SCÈNE V
Lis Mêmes, DURIVEAU.
régira, l’apercevant.
Mon tuteur !
Martin, se levant, à pa.t.
Mon père !
DURIVEAU, s’approchant lentement.
Régina, laissez-nuus! (Elle parait hésiter.) laissez-nou*. je vous prie... {Elle sort.) Monsieur, il y a quelques jours, tnap'»pille effaçait de mon esprit les préventions que notre première entrevue avait dû me donner, elle me disait vos premières années, vos soins délicats, celle cassette arrachée b un malfaiteur et nip*
C ariée ici par vous; après l’avoir entendue, jo vous croyais un ornmo d'honneur.
MARTI*
Jo tous en conjure, monsieur le comte, ne changes pas d'opi-
nioQ.
DURIVEAO.
En montant id, je m'attendais b quelque malheur : cet air singulier et préoccupé des gens de la maison... la pâleur do II" 4 Honoré qui fuit à mon approche... tout mo semblait d'un funete augure; mais j'étais loin de croire qu'un homme, abusant do l'intérêt qui s'attache I un malheur non mérité, oserait dans ma maison...
ma uns.
lia position est cruelle, monsieur le comte, je no puis mo défendre.
Le roman a voulu jeter un grand intérêt sur ces enfants du hasard oui blasphèment contre le monde uii 1rs a jetes l'abandon... Il y a un assez beau mouvement 1 se dire bâtard; cependant ce n’est peut-être pas un titra suffisant que le mépris de son père et la nonte do sa mère...
MARTI*
Arrêtez, de grâce, tous regretteriez ces paroles.
duriveau.
Des menaces!
MARTI*
Non, monsieur le comte !
seront vi
* DURIVEAU, CLAUDE GERARD.
Claude céiurd, qui vit nt d entrer et a entendu le» demie rts paroles ; d'une r oix sitire.
Martin, retirez-vous, mais sans vous éloigner.
duriveau, à lui- même.
Que signifie...
CLAUDE GÉRARD
Ccst b moi do répondro h monsieur le comte... [Martin sorl par la droite.)
DURIVEAU.
Expliquez-vous, monsieur.
CLAUDE GÉRARD
Dans ces traits creuses par le chagrin, sous cos cheveux blanchis avant l'âge, vous ne reconnaissez pas, monsieur lo comte, l'homme qui après tant d'années vient ü vous?...
DCRIVEAl'.
Non! il est vrai!
CLAUDE GÉRARD
Cherchez dans votre mémoire, une de vos plus ancienne», et je le crois, une de vos plus sincères amitiés...
dcrivbau, allant ricanent ù lut.
Claude Gérard, mon ami, toi !
CLAUDE GERARD, le retenant.
Claude Gérard, oui... votre ami, non !
duriveao.
Que dis-tu? Après trento ans do séparation tu viens I moi, je l’accueille I bras ouverts, et tu ne veux pas être mon amil...
CLACDS GÉRARD.
Sur ces trente ans do séparation, comptez-en vingt-cinq voilés h la.douleur... aux plus cruels regrets, écoules voire nom mêlé I toutes mes plaintes... je no veux pas dire à mes imprécations, et royez si je puis vous appeler mon ami...
DCRIVEAU.
Jo ne comprends pas...
CLAUDE GERARD
Au milieu des plaisirs du monde, des distractions, du luxe.OB oublie si vite le mal qu’on a fait et dont on ne souffre pas... DCRIVEAU.
Au nom du ciel ! explique-toi.
Vous souvient-il de Perrine, séduite, abandonnée?
DURIVEAU.
Forcé par ma famille d'accepter un poste près d'une cour étrangère, j'ignorai tout d'abord... mais lorsque je sus...
CLAUDE GÉRARD
Vous avez au sa malédiction, sa fuite... aa raison troublée, son enfant perdu, et sa disparition au milieu de cette foule qui se c*«'he pour mendier et souffrir... Avez-vous su aussi quo le coup qui frappait cette infortunéo rebondissait plus terrible encore peul-êMre sur le cœur d’un homme honnête, sincèrement et profondément épris, qui avait promis I cetto femme une vie d'amour et de dévouement, et qui, au retour d'une absence, n'a pas même pu consoler la coupable déjà proscrite et errante, ni la venger, puisque le suborneur avait été son premier, son plus cher ami T
DURIVEAU.
Grand Dieu ! que dis-tu 7... Ah! pardon 1 mille fois pardon ! Oaude Gérard, depuis que je connaissais le malheur de Perrine, ie ne croyais pas que rien pût ôire ajouté à mes regrets, mais je te retrouve, et ton malheur a été mon ouvrage. Ah ! pardonne I dis-moi ce qu’il faut faire...
CLAUDE GÉRARD
Dieu ne permet pas è l'homme do réparer le passé I
Dl'RIVEAU.
El crois-tu donc que sa justice m’ait épargné ? Tandis que Perrine me maudissait, j'èpcusais la fille d’une grande maison, qui devait flatter mon orgueil et mon ambition. Au bout do deux années d'une union sans amour et sans bonheur, elle me laissait en mourant un Gis dont ma lâche faiblesse n'a pas réprimé tes mauvais penchants... 11 a vingt ans h peine, et déjà la fortune de sa mère est dévorée. Dans cetto vie do desordre, dans celte lutte de débauche entre jeunes insensés, il a perdu tout sentiment du droit et du bien; son cœur s'est perverti, les affections les plus saintes, il lésa méconnues; l'amuur même de son pèro s’«i retiré devant celle gangrène... Oh ! je suis bien puni, va, Claude, car ce fils qui porte mon nom no reculerait pas devant le crime, et dans mon affliction, plus d’une fuis a surgi cetto pensée... U oût mieux valu qu'il ne vint pas au monde.
CLAUDE GÉRARD
Comte Duriveau, j'éiais venu à vous l’âme forte et sûr do moi... mais vous mo parlez comme autrefois do vos peinas, comme autrefois, vous m'ouvrez voire cœur, et comme autrefois je le tends la main en te di?ont : Ami !
BCBIVEAV.
Ah ! voila lo premier moment où depuis long temps mes larme» ne sont point amères; il mo semble que le sort va m’étro mains contraire... mais dis moi ces details fur Périme...
CLATDK GÉRARD.
io l'ai revue... j’ai revu son fils...
DURIVEAU.
Son fils !...
CLAUDE GÉRARD
Une noble nature, une bcllo intelligence... le hasard l’a remia tout jeune entre mes mains... je l'ai clevé avec amour... Dieu â béni mon ouvrage... un roi serait fier do lui... il est ma joie!... mon orgueill
DURIVEAU.
Ce fils ! ce noble onfaut, qui donc est-il?
CLAUDE GÉRARD
Celui que tu insultais tout h l'heuro.
DCRIVEAU.
Luit...
Tu pouvais l’outrager... il gardait lo silence... il savait quo tu étais son pèro...
DCRIVEAU.
Mon Dieu! quel troublo tu jettes dans mon cœur... Et sa mCro... sa raison?...
CLAUDE GÉRARD
Lui a été rendue pour comprendre sa honte et son abandon.
DCRIVEAU.
Ah ! je veux lui fairo tout oublier... tout réparer...
CLAUDE GERARD
Bien 1 mon ami.
DURIVEAU.
Quoique ma fortune ait souffert, cependant, grâce au ciel, jo puis encore assurer son existence... Demain, amène Perrine b ma campagne h Saint-Gérant... je vcui la voir. . J'ai en Touraine un bien quo io lui abandonnerai... je veux qu'ello vivo dans l’avance, qu'elle rajeunisse dans le bien-être, qu’elle aime encore la vie et ne maudisse plus mon nom...
CLAUDE GÉRARD
Et sous quel titre l’établiras- tu dans celte propriété?... comme ta fermière, ou ta maltresse émérite?
DUniVEAC.
Que voux-tu dire? est-ce que je no fais pas assez?...
CLAUDE GÉRARD
Non!
Que faudrait-il donc faire?. .
CLAUDE GÉRARD
L’épouser.
DURIVEAO.
Tn n’y penses pas, mon ami I
CLAUDE GÉRARD
Pourquoi ?
DURIVEAO.
Mais pour mille raisons !
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