‹ Martin Le Franc, prévot de LausanneChapitre 12 sur 13 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Versification ^

Martin Le Franc a eu un faible tout particulier pour le huitain en vers octosyllabes, rimant abab bcbc, Tune des nombreuses variétés delà strophe divisible, dite strophe tripartite, de l'ancienne lyrique française. Les 24000 vers du Champion des Dames et plusieurs pièces de TEstrif sont en huitains pareils. Rare au XIII^ siècle ^, la combinaison ababbcbc, déjà plus fréquente au XIV® où elle devient la forme la plus habituelle de la ballade, est excessivement employée au XV«. Outre le Champion des Dames, on peut citer le Chevalier aux dames ; la Résolution d'Amours; le Débat du Réveille-Matin, d'Alain Chartier, le Bréviaire des Nobles, la Belle Dame sans merci, TExcusation maistre Alain (contre ceux

* André van Hasselt (Essai sur l'Aist. de la poésie fr. en Belgique) fait de Martin Le Franc un grand inventeur de rhythmes aussi variés qu'originaux, et regrette que les poètes de la Pléiade n'aient pas puisé à pleines mains dans TEstrif.

*. Voy. Bartsch, AUfr» Romanzen m. PastoureUen, p. 240.

qui dient qu'il a parlé contre les Dames en son livre nommé la Belle Dame sans inercy) ; la Response des dames faictes à maistre AUain ; la Response de la Belle Dame sans merci ; les Erreurs contraires à la Belle Dame en amours ; le Traittié fait par Baudart Hereng correspondant à la Belle Dame sans mercy ; la Dame leale en amours ; la Cruelle femme en amour ; la Conclusion du débat sans relacion ; THôpital d'amours; THostelerie de joye ; la Déserte du desloyal ; le Congié d'Amours ; la Confession d'Amours ; le Débat du cuer et de l'eul ; l'Ambusche Vaillant ; le Mirouer des Dames ; le Jugement du pauvre triste amant banny ; le Livre de l'amant rendu cordelier à l'observance d'amours, de Martial d'Auvergne 5 on retrouve la même strophe dans le Plaidoyer de Coquillart d'entre la Simple et la Rusée, dans les Droits nouveaux, le Monologue du Gendarme cassé, le Blason des Armes et des Dames ; dans le Testament de la Mule Barbeau, les Lamentations Bourrien, les Lettres de Baude envoyées a Mgr de Bourbon, connestable de France ; dans les Fortunes et Adversitez de Jean Régnier, la complainte de François Garin, le Jardin salutaire de Jean Joret ; dans lé Lais François Villon et le Grand Testament ; etc., etc. ; dans Clément Marot au XVP siècle.

Outre les variantes de ababbcbc, par exemple aabaabbcbc (fol. 9 r^, vers de 7 syllabes ; fol. 172 ro, vers de 10 syllabes), Martin le Franc s'est servi dans l'Estrif des strophes suivantes :

Couplets de deux vers octosyllabes, aabbccdd etc, ^ol. 4ro).

Tercets en vers de 12 syllabes, aaabbbccc etc. (fol.79v-).

Quatrains enchaînés, aaab bbbc cccd etc., les trois premiers vers de 10 syllabes, le quatrième de 4 (fol. 99 r»). •

Quatrains en vers de 7 syllabes rimant aabb ccdd eeff etc. (fol. 155 v<>).

Quatrains en vers de 12 syllabes, aaaa bbbb aaaa etc, (fol. 255 v**).

Septains monorimes, en vers de 7 syllabes (fol. iiSv<>).

Huitains rimant aabababb, en vers de 10 syllabes, sauf les 3*^ et 7® vers qui en ont 4. (Fol 128 r^*.)

Dizains monorimes en vers» de 10 syllabes (fol. 139 vo).

Strophes de 1 5 vers, abaabbbabbbbbab, en vers de 7 syllabes, sauf les 4®, 8®, 9^ et 12® vers qui en ont 3. (Fol. 67 ro.)

Strophes de 16 vers de 7 syllabes, aaabaaabbbba aaab. (Fol. 45 r°.)

Strophes de 18 vers décasyllabes aabaabbbabba aabbba. (Fol. 57 v^.)

Voici, pour terminer cette énumération, une petite pièce en vers de 2, de 3 et de 7 syllabes^

Avise toy en chemin ; Car pechié Embuschié, Embronchié,

£t par gnuit barat madûé En hatnt de pèlerin.

Se &int de vertu voisin,

Afîin,

Cousin,

Afin Que de son mauvais venin Soyes tantost allechié ; Lequel quant auras touchié.

Bechié,

Lechié,

Suchié, Prins seras et empeschié.

De chayennes atachié, Villainement desmarchié.

Du sentier d'amour divin K

La rime chez Martin Le Franc, comme généralement chez tous les poètes du XV® siècle, est riche. Mais on ne trouve pas encore chez lui les rimes équivoquées des rhétoriqueurs de la fin du siècle, sauf peut-être un ou deux exemples épars dans les 24000 vers du Champion.

Fol. 23 r*^. Champestre rimant avec champ estre.

Fol. 27 r^. Car je ne sui des fols béjannes ; Béjannes sont, je ne le ny.

Car certes ils ont les becs jannes Plus que les oiselets du ny.

Fol. 30 r®. Terrestre — terre estre

* Estrif, fol. 163 vo.

Fol. 51 v^. Ja ne pœust (Jupiter) ses soupes ;;^c7«//^>r Avecques Altnena la belle Qui fut d'Amphitrion moullier^ S'il ne faisoit quelque cautelle.

Pour ce le corps et la cotelle

D'Amphitrion vesty...

Fol. 73 v*'. Ne fay d'aultrui ton secrétaire,

La langue humaine trop tost vire.

Quant tu pourras ton secret tctir^ Tu ne te doubteras du dire.

Fol. 80 r®. cornettesf — de corps nettes

Fol. 103 x^.folyé '— fol lyé

Fol. 109 x^. parchemin — par chemin

Fol. 112 r^ Maintenant me souvient d'Orthense, Aussy est il temps que j'en dye. D'elle qu'en peus-tu dire ? or tense, Or t'en debàt a l'estourdye.

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