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passage, trop long pour être cité*, concernant les puis cT amour.
Une discussion intéressante s'élève entre le Champion et l'Adversaire au sujet de ces confréries litté- L^ raires. L'Adversaire n'en est pas partisan : il se prend vivement à ces fols béjannes qui riment U " en l'honneur d'Amour. C'est une vraie contagion, dit-il ; tous, les laïques comme les clercs font des lais, des ballades, des rondeaux, des hymnes. Cependant c'est là une coutume païenne, « contre les mœurs de l'Eglise >.
Vaten aux festes de Tournay, A celles d'Arras et de Lille, D'Amiens, de Douay, de Cambray, De Valenciennes, d'Abbeville.
La verras tu manières mille De servir le prince des sos, Dedens les sales et par ville.
En plain midy et a falos ^
De son côté. Franc- Vouloir plaide éloquemment la cause des puis, dont les membres glorifient l'Amour, c'est-à-dire la paix et là concorde. Martin Le Franc, profitant de l'occasion, supplie les princes de faire trêve à leurs haines et à leurs querelles qui
* Il n'a pas moins de 300 vers.
* Fol. 27 vo — 68 ro. Edition :
La verras tu des gens dix mille Plus qu'en la forestz de Torfolz Qui servent par sales, par ville, A ton Dieu le prince des folz.
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font le malheur de la France, et de venir, unis entre eux, balader et rymer, dans les puis d'amour ^ Le poème de Martin Le Franc est également une source féconde de renseignements pour Thistoire des mœurs au moyen-âge. Avec les seules données du Champion des Dames, on pourrait écrire un traité détaillé sur le costume au XV^ siècle. Dans sa guerre contre le sexe féminin, TAdversaire n*a pas manqué de disserter longuement sur la beauté des femmes, beauté, d'après lui, tout artificielle et de peu de durée, sur la toilette et les modes du temps. Il conseille aux admirateurs et aux défenseurs des femmes d'examiner un peu, pour leur édification, ce que contiennent les armoires de leurs protégées, d'ouvrir les boîtes nombreuses, remplies de fards, d'onguents, de poix, d'outils divers :
Hé ! fol homme, preng tes lunettes.
Longuement des yeulx n'as veu goutte.
Je cite ici trois huitains d'un chapitre curieux intitulé : f L'Adversaire produit en jugement les engins comme fards et aultres artifices que les femmes font a decepvoir les hommes ^ >
Va cerser toutes leurs au maires, Et Dieu scet que tu y verras.
* Voy. au fol. 31 vo du ms. fr. Bib. Nat. 841, une miniature représentant un Puy d'amour : au premier plan sont les poètes qui récitent leurs vers ; au second, le prince tient une couronne dans ses mains ; dans le fond s'entassent les auditeurs.
* Fol. 43 vo — 115 vo.
Se semblent estre apoticaires *,
Tant de boistes y trouveras.
Pas toutes ne les ouverras,
Car il y put et sont mal saines.
Trop bien celles descouverras
Qui sont de plour de vignes plaines.
Se rien n'y trœuves, des escrins
Emble les clefs. Car la sera
La poix dont arrachent leurs crins,
Et d'aultres outilz y ara
Dont telle quelle se fera
La faulse femme, pour mieulx plaire,
Non pas fera mais desfera
Le parfait divin exemplaire.
Ne vois tu comme leurs frons tendent, Visaiges et poittrines paindent.
Dressent leurs mamelles qui pendent.
Ou a l'avantage se chaindent, Drapeaulx entour elles estraindent A faire apparoir leurs beaulx raina ? etc *.
Un autre passage du même chapitre fait allusion au goût du moyen-âge pour les cheveux blonds, goût sur l'origine et la nature duquel on a déjà beaucoup écrit ^ L'Adversaire reproche aux femmes de se « blondir » les cheveux :
* Cf. CoquiUart, éd. Tarbé, Droits nouveauXf p. 124 :
Amours ce n*est que trahison :
Aujourd'huy pour la contrefaire, Je l'equipare a la maison, Ou ouvrouer d'un apoticaire, etc.
* Cf. Quicherat, Hist. du costume, p. 287.
' Voy. Fr. Michel, Théâtre fr, au moyen-âge, Paris, 1839, p. 58, note I ; J. Houdoy, La beauté des femmes dans la littérature et dans
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Il n'est rien que femme n'eschive.
Ne vois tu comme de leschive Ses cheveulx noirs comme corneille Blondist, et sa couleur nayfve En oste, et nous semble merveille * ?
Le Champion naturellement ne laisse pas sans réponse les dénonciations de l'Adversaire ; à son tour j il fait une description minutieuse des hommes à la mode, des élégants, des « gorriers ». Il pose entre autres une série de questions bien embarrassantes pour les hommes de son temps * :
Diray je, je ne me puis taire, Dont vient que vos chausses fourrez ?
Et vos jambettes de Beaucaire Rengroississiez et rembourrez ?
Quelle response m'y donrez, Fredons escuiers damoisiaux, Qui quant les chausses escourrez Semblerez aler sur fusiaux ?
Dittes moy, je ne m'y congnois.
Sont plus en cours mances fronsséez ?
Ou sont chapperons bourbonnois, Robes jointisses et pressées, Grosses cornettes bien troussées Autour de la gente testiere ?
Sont elles ja prez que passées ?
Les met on en aultre manière ?
rart du Xlh au XVh siècle, Paris et Lille, 1876, in-8 ; Rod. Renier, Il tipo estetico délia donna nel medio ^z/e?, Ancona, 1885, in-8.
* Fol. 44 ro — 116 vo.
» Fol. 53 vo — 145 ro.