‹ Martin Le Franc, prévot de LausanneChapitre 9 sur 13 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Martin Le Franc et la Guerre de Cent ans.

La Guerre de Cent ans fut pour la France une époque désastreuse : guerre avec les Anglais, dissensions intestines, peste, famine, tous les malheurs semblaient s'accumuler sur le royaume. Pour s'en convaincre, il suffit d'ouvrir les nombreuses chroniques du temps, ou simplement de lire les poètes, Eustache Deschamps , Christine de Pisan , Alain Chartier, etc., sans oublier les nombreuses pièces anonymes, les complaintes, les débats des laboureurs et des gens d'armes, qui sont arrivées jusqu'à nous. Chacun connaît, par exemple, la fameuse complainte, écrite en 1422, sur les malheurs du temps et les misères du pays, que Monstrelet cite en entier et intitule : (( la Complainte du pauvre commun et des pauvres laboureurs. » Bonnemère ^ appelle cette pièce une longue épopée de la douleur. Les laboureurs, en effet, étaient surtout à

* Histoire des paysans de 1200 a 18^0 (Paris, 1856, 2 vol. in-8).

plaindre. Fuyant devant les ravages des gens de guerre, ils quittaient le plat pays et se réfugiaient dans les endroits fortifiés ; les villages étaient abandonnés et les terres cultivées retournaient en friche. On était loin du temps où les Anglais, débarquant en France lors de leur première invasion, trouvèrent, au dire de Froissart, c( le pays gras et plantineus de toutes coses, les gragnes plainnes de blé, les maisons plainnes de toutes rikèces ^ »

Né en Normandie, c'est-à-dire dans la province française de toutes la plus éprouvée par la guerre, Martin Le Franc nous fait de la France une description lamentable, et, dans une satire vive et forte, se. prend aux grands seigneurs de tous les malheurs qui arrivent. Indifférents au malheur du peuple et aux désastres de la France, ces seigneurs, divisés entre eux en factions ennemies, firent en effet plus de mal à la France que les Anglais eux-mêmes. Noblement courageux , Martin Le Franc les attaque depuis les plus grands aux plus petits, condamnant leurs débauches honteuses et leur luxe insensé qui seul avait survécu à la ruine générale, les exhorte à la concorde et les rappelle à leurs devoirs de bons princes. Il s'emporte contre certains d'entre eux qui font a jour de nuit et nuit de jour pour plus secrètement complaire à leurs luxures », et il s'écrie qu'il vaudrait mieux pour le peuple ne pas avoir de chefs que d'en avoir de pareils :

» Edit. Luce, t. III, p. 136.

Vertu tient elle les cordeaulx Du régime de nos seigneurs Quant de nuit vont par les bordeaulx Es habis de leurs serviteurs?

Dieux! quelz notables gouverneurs!

Helas, le peuple est bien sans chief Quant il a princes et pasteurs Abandonnez a tel meschief

Hz vont de nuit par les estuves Unes et aultres estriller.

Et verras en baings et en cuves Leurs corps toute nuit voutriller, Boire, mangier, rire, railler, Faire et dire les trente mille.

Quicumques soit leur conseiller, Ilz sont les plus sos de la ville ^

Alors, par une juste comparaison, il montre quelle grande influence, bonne ou mauvaise, les seigneurs peuvent avoir sur le peuple , qui les prend pour exemple :

Le prince en la chose publique

Est comme sang dedens le corps ;

Le sang mauvais fait vie oblique

Et jette enfin l'esprit dehors ;

Le bon rend les esperis fors

Et donne aux membres nourreture ^

^ Ms. 12476, fol. 68 ro.

"^ Fol. 68 r". Même idée dans l'Estrif de Fortune et de Vertu, fol. 96 r« ms. II 50 : « Au corps de la chose publique estes mis. comme les os a soustenir la charge de la char ou comme la teste a penser aux besongnes, ou comme le cuer a donner vie, confort, salut et ayde au menu monde. »

Plus loin S on trouve une satire amère des seigneurs qui, pour se conduire, prennent conseil de leurs fous ^ Oue voit-on dans les cours? Des flatteurs, des (( farseurs », des jongleurs, un «. liffe loffe )), qui ont plus d'autorité qu'un honnête et sa^e conseiller. Cette « epidimye y> règne partout, à la cour des princes à cheveux blancs comme à celle des jeunes sans expérience. Martin Le Franc, se fâchant tout à fait, nous fait alors de curieuses révélations :

Aucuns de nos seigneurs de France N'ont ilz souffert qu'en table plaine Quelque paillart a grosse pance Keist ou dist chose villaine ?

Ne donnoit on pris ou estraine Au plus punais, au plus camus ?

O chose tôle ! o chose vaine !

Vierge Marie, quel abus ^ !

Aux flatteurs qui vont partout répétant que les seigneurs mourraient d'ennui « s'ils ne s'esbatoient à quelque babouynerye », Martin Le Franc répond que les plaisirs honnêtes ne manquent pas, et que les princes qui ne savent où en trouver sont plus fous que leurs fous.

Fol. 93 vo.

* Martin Le Franc cite entre autres, Coquinet le fou de la cour de Bourgogne. Cf. La Borde, Les aucs ad Boîirgogne, t. I,

* Fol. 93 vo.

Quant des folz vous vouldrez esbattre, Seigneurs, je le dy plainement, N'en retenez né trois ne quatre, Prenez a vous esbatement.

Vous foliez plus lourdement Que nesun folz que vous voiez, Car, par vo fol gouvernement, Vous et le monde desvoiez *.

La mort de la chevalerie attriste Martin Le Franc. Dans un chapitre intitulé : (( Comment aux chevaliers et gentilz hommes principalement appartient deffendre les dames ^ », il nous parle des chevaliers du temps jadis qui erraient par le monde en quête d'une dame à protéger, d'une injustice à réparer. Maintenant « la chose est toute retournée ». Les chevaliers d'aujourd'hui, dit Martin Le Franc^ passent l'hiver au coin de leur cheminée, et, l'été^ leur plus grand souci est d' a eschiver le chault soubz une gente galerye ». Il en est du chevalier comme du cheval. Un cheval qu'on engraisse à l'étable devient poussif et paresseux ; un seigneur qui ne court le monde à la recherche d'aventures perd bientôt toute vertu chevaleresque. S'habiller ce frisquement ' », porter « belles livrées », faire bonne chère, tout cela est indigne d'un chevalier.

' Fol. 94 r».

^ Fol. 76 v«).

^ Estrif, fol. 97 r» : « Que signifient voz vaines et legieres contenances, tant de nouveaulz habillcmens remuez et rechangie2i mille fois la journée, véritablement non pas arrest et fermeté de cuer, mais incertains, volages et esgarez courages, tant congneux que mains en estes prisiez et redoubtez. »

Martin Le Franc recommande aux seiQ^neurs de son temps de lire la Vie aux douze pairs et le Bréviaire d'Alain Chartier, et il leur donne des conseils qui sont des plus raisonnables. Inutile de passer les « desers d'Arabye », de combattre les « ours de Numidye », les « loups d'Archadye », ou bien les « grans cocodrilies d'E^ipte ».

Faictes chose que vous poez.

Servez Dieu tout premièrement.

Au bien publique vous voez.

Puis au vostre secondement.

Servez les dames leaument, Et vous faictes de tous amer '.

Martin Le Franc compare à une fleur sans odeur un noble qui ne cherche pas à s'illustrer par ses actions :

Ung noble homme, un homme gentil Quant il est lâche a vertu faire, A conquester honneur, n'est-il Comme ung bouton qui riens ne flaire ^?

Les vers que Martin Le Franc a consacrés à Jeanne Darc sont fort intéressants. Quoique élève de Thomas de Courcelles et protégé de Philippe le Bon, il est un admirateur passionné de la Pucelle. Il ne se gêne pas de le dire, et cela,

* Fol. 77 V".

^ Fol. 77 r».

comme Ta remarqué Ouicherat, quinze ans avant la réhabilitation juridique de Jeanne Darc. Après les vers que dans sa retraite Christine de Pisan écrivit pour saluer la pastoure de Domrémi, ceux de Martin Le Franc sont les premiers que nous ayons, et on y reconnaît « Tempreinte récente des événements et le vivant souvenir de Jeanne. 5) (Sépet.)

Franc- Vouloir fait le plus grand éloge de Jeanne Darc ; il nous la dépeint coiffée d'un « chappiau de faultre )), et portant ce heuque frapée et robes courtes ». Pour ce vaillant avocat des dames, c'est en vain que les envieux attaquent Jeanne et l'accusent :

Dient d'elle ce que vouldront, Le parler est leur, et le taire.

Mais ses loenges ne t'auldront Pour mensonge qu'ilz sachent faire *.

L'Adversaire, Lourt-Entendement, répondant au Champion qui prétend que Jeanne fut inspirée de l'Esprit divin, la compare à frère Thomas Couette, lequel, après avoir selon l'expression de Monstrelet (( régné es pays de Flandres, Artois, Cambrésis ^ », fut brûlé à Rome en 1432 :

Prestre n'estoit ne subdyaque, Et toutesfois messe chantoit A subdyaque et a dyaque, Heureux n'estoit qui n'y estoit.

* Fol. 102 vo.

* Edit. de la Soc. de t Hist. de France, t. IV, pp. 302-306.

A paine la terre on baisoit Sur laquelle il avoit marchié.

A son gré du peuple faisoit.

Il n'y avoit aultre marchié *.

.Les vers de Martin Le Franc sur Jeanne Darc sont réimprimés dans les ouvrages de Quicherat ^ et de Sépet S auxquels je me permets de renvoyer. Ce que je veux relever, ce sont les conseils que Martin Le Franc donne aux princes français à propos de la Pucelle. « A l'exemple de la Pucelle, le Champion exhorte les nobles cœurs de France *. » Les choses iraient mieux, si les seigneurs ressemblaient davantage à Jeanne Darc :

Or pleust a Dieu que vous, barons,

Vous, princes, vous, seigneurs de France,

Soubs lesquelx toudis espérons

A veoir nostre délivrance,

Eussez le cueur et la souffrance

De ceste femme seulement.

Pour destruire et mettre a oultrance

Vos ennemis hastivement^

Voici, d'après Martin Le Franc, à quoi s'occupent princes et seigneurs :

' Fol. 102 ro.

* Quicherat, Procès de Jeanjie Darc, t. V, p. 44. ^ Sépet, JeaufteDarCy Tours, 1885, in-8.

* Fol. 102 ro.

* Fol. 102 r^.

Contre ung van ou contre ung panier Vous joustez par esbatement, Cestui en habit de monnier, L'aultre en divers habillement.

C*est le vaillant tournoiement, Ce sont les fais chevallereux, Que vous monstrez trop follement Aux ennemis aventureux '.

Cette (( exhortation aux nobles cœurs de France » se termine par un appel à la concorde et un encouragement à la lutte contre les Anglais :

Hé ! francs cueurs estes vous fenis ?

Ou a luxure ou a paresse

Estes ordement achiennis,

Et ne vous souvient de noblesse ?

Hé ! cueurs de France en gentillesse

Concheus vostre esprit reprenez.

Rassemblez vous en union

Et l'ung a l'aultre pardonnez.

Haine, discord, division,

De vos francs cœurs exterminez.

Et soyez tous déterminez

A mourir, ou vos ennemis

Seront a mort habandonnez

Ou hors de France a honte mis l

Des appels à Tunion se rencontrent fréquemment dans l'œuvre de Martin Le Franc. Nous avons vu

* Fol. 103 r».

* Fol. 103 r».

dans l'analyse du Champion avec quelle joie notre poète célèbre la paix conclue entre la France et la Bourgogne, et quel enthousiaste éloge il fait d'Isabelle de Portugal qui s'était employée de tout son pouvoir à cette réconciliation.

Dans l'Estrif également se trouve une longue pièce de vers à l'adresse des seigneurs qui par leurs haines et leurs divisions ont tellement ruiné la France oc que d'elle on fait comme d'ung viez cabas. i> Ce morceau commence ainsi :

Malheureux est qui son malheur deslie, Et, wyt de sens et remply de folie, Qui quiert son mal et sa merancolie ;

Et de son dueil Aultre ne doibt blasmer que lui tout seul, Quant, par sa faulte et oultrageux orgueil.

De son doy propre il s'est féru en l'ueil.

Certainement, Telz estes vous. François, communément.

Qui de voz maulz cause estes seulement ^

Le passage du Champion des Dames qui nous montre le mieux tout le patriotisme de Martin Le Franc est un important morceau de 300 vers environ, dans lesquels il fait parler la France elle-même. Cette longue prosopopée se trouve au fol. 22 v". (( Franc-Vouloir aprez ce qu'il a monstre le povoir d'Amours ou ciel et es aultres choses, incidentement et par ung entreject, réduit a mémoire comment

^ Estrif, fol. 99 ro.

hayne ou faulte d'amours a ainsy abattu les Franchois et fait flatrir la belle fleur de lys ^.^ Martin Le Franc y recherche les causes de rabattement de ses compatriotes, et se demande pourquoi la paix ne vient point en France. C'est la même question que posa en 143 1 la chambre de rhétorique d'Arras pour un concours auquel prirent part les puis de Cambrai, de Douay, de Hesdin, de Valenciennes, de Saint-Quentin ^ On p.ourait peut-être croire que Martin Le Franc a écrit sa prosopopée pour le concours d'Arras et qu'il l'a faite entrer quelques années plus tard (( incidentement et par un entreject )) dans son Champion, mais certaines allusions à r Jniversité de Paris et au concile de Bâle ne le permettent pas. M. André van Hasselt a réimprimé ce fragment du Champion des Dames dans l'Appendice de son Histoire de la Poésie française en Belgique ^ ; je me bornerai à en citer quelques strophes.

Martin Le Franc suppose que la France, jadis « puissant royne » et maintenant

Errant sans spntier et sans voye En habit de povre meschine, Toute couverte de ruine.

* Fol. 22 vo ; édition, fol. 54 ro.

* Voy. une Notice historique sur les Chambres de rhétorique, dans le Mém, histor. sur la Bibl. de BotirgogfU (Brux. 1809, in-80) de La Sema Santander p. 165.

^ Pp. 202-206.

Noire de cops et de battures, Cryant le murdre et la famine, Jetée aux maies aventures,

s'en vient devant les Français faire sa complainte. Elle passe en revue tous les maux dont elle souffre, raf)pelle Azincourt et Verneuil, et se lamente sur le sang des siens qu'on répand « a déluge » : <t le ciel ne pœut tant arrouser la terre, qu'elle ne soit rouge. »

Voyez vous point mes champs desers, En lieu de blé porter espines ?

Mes laboureurs fuitifs et sers Pour les murdres et les rapines ?

Tant d'orphenins et d'orphenines Sur les fumiers mourans de fain, Plusieurs jadis de sebelines Fourrez, qui n'ont vaillant ung pain ?

Je ne voy mais ville champestre.

Ne manoir, ne beste en pastis ;

Le bon homeau n'ose ea champ estre,

Doubtant l'espée ou Tapastis ;

Se force entre les murs bastis

A labourer, traveille et souffle.

Il est mussiez, il est quatis.

Comme ung poucin craignant l'escouffle.

Quicumques en France a esté Es temps paisibles et entiers Voye en pitié la cruaulté Sur bours, sur villes, sur monstiers.

Elle est fondue plus du tiers ; Encor ce qui est demouré, Des ennemis et des routiers Est mis au bas et dévoré \

Martin Le Franc tiermine cette longue et douloureuse complainte en souhaitant que l'amour et là concorde viennent remplacer en France les haines criminelles et les divisions funestes.

France, lasse, dolente et mate, En ta flour ne retourneras, S'amour les félons cœurs ne mate ; Ains tousjours plus bas tourneras.

S'amour les vaint. gouverneras»

Flouriras comme fis jadis, Et en cestui monde seras L'aultre terrestre paradis \

Martin le Franc, qui rend la noblesse responsable des malheurs de la France, explique dans son Estrif comment un gentilhomme est toujours « serf de Fortune », et ne peut qu'avec peine et rarement rester honnête et bon. « Est il riens plus subject a

* Fol. 23 ro.

^ Fol. 24 ro. On peut comparer à la prosopopée de Martin Le Franc celle de Nicolas de Clémanges. Voy. édit. Lydius, p. 179 sqq. Epistola LXIII (adressée à Gerson). Detestatio bellorum civilium introducta per Prosopopoiam : Patria Franciae ad suos Principes loquente, suasque et illorum futuras miserias lamentabiliter exponente. Cf. Eustache DeschampSy édit. Queux de Saint-Hilaire, t. II, p. 93, ballade CCLV : Complainte du pays de France.

nous (c'est Fortune qui parle) que cuer de gentilhomme dont la vie dépend d'un povre labourier ou d'un meschant rentier ? L'année est stérile ; ses hommes ont delaissîé possessions et héritage par mort, par guerre, par oppressions ou aultre occasion. Il a filles a marier, querelles a deffendre, amis a secourir. Apellé est au service du prince. Estât lui fault monstrer. Or n'a rien, et s'il a, de beaucop ne lui soufïist. Assez doibt et riens gaigner ne scet, et s'il scet ouvrer, pour honneur n'ose. Il est constraint, pour nom de gentillesse maintenir, a ventre wit dire qu'il a disné ; honte le contregarde d'entrer avant, de demander, de ouvrir sa nécessité. » Il de^ vient alors bientôt une sorte de lyon ravissant et de loup très affamé. « Or soit ainsi qu'il ait des biens assez, plus en plus lui en fault despendre, et a plus en avoir sans reposer laboure pour entretenir estât, pour chasteaulz bastir, pour églises fonder, pour conquester terres nouvelles, pour passer oultre mer. Cent mille choses en ung moment propose. Il veult assez et plus que nesun aultre. Il entreprend oultrageusement, et s'il ne puet ses entreprises achever, il mauldit Dieu et nous. Se il les acomplist, en descongnoissance de Dieu, de nous, de lui mesmes, de toute humanité s'appuye a sa noblesse, cuidant, car il est gentilhome, que par naturel cours bien et honneur lui doivent en dormant advenir. Et ainsi sans congnoissance de soy mesmes, de Dieu, de nous, de nature et des hommes, demeure ^ ».

* Fol. 173 vo.

— 2ïO —

On pourrait citer encore bien d'autres passages du Champion des Dames et de TEstrif, inspirés uniquement par l'amour de la France et la douleur de voir le pays en proie non-seulement aux invasions étrangères mais à la guerre civile, par F état lamentable du petit peuple et le vif désir de la paix, par la conduite honteuse des grands. Ce qu'il faut relever, c'est que, dans son patriotisme éclairé, jamais Martin Le Franc ne montra de haine pour les Anglais, les léopards^ \t.^ godons, comme on les appelait. Il avait bien vu que les Français faisaient plus de mal à la France que les Anglais euxmêmes, et il savait que « le liepart ï), attiré par des (( haynes mauldictes » aurait depuis longtemps repassé la mer si les Français n'eussent eu « le cœur si mat. » Aussi ne trouve-t-on dans ses œuvres ni vaines déclamations, ni injures à l'adresse des ennemis de son pays. Sa patrie, c'est bien la très douce France, comme il l'appelle ^ mais c'est, avant tout, le monde entier : a. La terre est a tous commune, non par héritage mais par usage. Le cuer est bien petit qui se laisse enclorre en ung anglet de terre, et ne repute tout cest monde que une cité ou maison donnée aux hommes pour habitation commune ^ »

* Champioft, ms. fol. 114 ro ; édit. fol. 317 vo.

* Estrif, fol. 254 vo.

Page 1