‹ Masaniello, le pêcheur de NaplesChapitre 10 sur 15 · LB PÊGHBTJK DE NAPLES · texte numérisé non relu

LB PÊGHBTJK DE NAPLES

Au milieu de la trempe victorieuse de In place du Marché, le colosse ût choix à son tour des deux cents hommes qui devaient raccompagner dans son expédition. Les lazaroni de Naples lui étaient connus. Il enrôla sans balancer les garnements les plus détestables, les pillards les plus émérites et les coupe-jarrets les moins scrupuleux, comme propres à remplir la mission de confiance qu'il venait de recevoir, et surtout comme ceux vers lesquels il se sentait le plus é'en^ traînement et de sympathie.

Car Gennaro, ainsi qu'il le disait lui-même, avait un compte très-long et très-embrouillé à démêler avec le diable.

Tour à tour bandit, routier, matelot, il exerçait indistinctement ces professions diverses^ selon qu'elles lui offraient des bénéfices plus variés ou plus de chances d'exercer sa dague. Il avait sur la conscience, en fait de brigandages, de vols, d'expéditions de grands chemins, de profanations de monastères, de coups de stylet donnés ou rendus^ un fardeau très-lourd, et qui, pour tout autre, eût été gênant.

Mais lui ne s'en inquiétait guère. Il buvait, mangeait, dormait avec le calme d'une conscience pure, jouissait de kl phis belle santé du royaume et comptait sur saint Janvier, son patron, pour arranger les choses.

Il n'y avait pas à Naples, à cette époque, de bandit éhonté, de filou de naissance et de coquin sans vergogne qui ne témoignât la même confiance au saint martyr de PoQzzdes et ne le rendît en quelque sorte solidaire de ses crimes : la tradîtioii s'est perpétuée jusqu'à ce jour, et pas un lazarone ne donne un coup de poignard sans invoquer ce puissant protecteur.

Saint lanvier doit recevoir, là-haut, des bienhaireux

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de sa connaissaace^ une foule de compliments sur sa clientèle.

Donc^ Gennaro, après avoir choisi ses hommes, quitta la place du Marché, traversa la porte de la Marine e* descendit sur le rivage.

Là notre héros se gratta l'oreille.

On était en vue de Tescadre. Elle se composait de quatre voiles : le vaisseau-amiral, puissant navire, bien campé sur sa quille et montrant, comme un boule dogue montre sa mâchoire, une double rangée de canons à l'entrée de ses sabords; deux petites galères fines, coquettes, sautillantes, bien garnies de couleuvrines; enfin un gros brick ventru qui se balançait au milieu d'elles comme un bourgeois en goguette entre deux commères éveillées et rieuses.

Le brick portait les trois cent mille ducats de Fernandez.

C'était le galion dont Gorcelli était devenu amoureux pendant son entretien sur le Vésuve avec Masaniello.

Bien que les trois navires de guerre eussent pour mission de convoyer le brick, celui-ci néanmoins n'était pas dépourvu de moyens de défense. Il portait dans ses flancs^ outre des barriques pleines d'or, des canons fondus à Valence et un nombre suffisant de boulets:

Gennaro ne demandait pas mieux que de se faire casser bras et jambes; mais il désirait que ce ne fût pas du moins sans capturer son galion, et il cherchait un moyen de l'attaquer sans trop de péril.

Ce fut donc avec une satisfaction très- vive qu'il aperçut les galères et le vaisseau déployer leurs voiles et se diriger vers l'extrémité du golfe, sans doute pour courir des bordées par une fraîche brise de nord-ouest.

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Quant au galion, il resta à Tancre, immobile et paresseux comme un moine qui a trop dîné.

Cependant il fallait se défier de la mauvaise humeur de ce gros Espagnol, qui pouvait envoyer une bordée à Gennaro, lui couler bas deux ou trois barques^ et mettre les autres en fuite.

Il y avait» ce jour-là dans le port, un énorme bateau chargé de foin qui, la veille, était arrivé de Capri. Une idée lumineuse traversa la cervelle de Gennaro,

Son plan d'attaque fut arrêté.

— Enfants, dit-il, à la besogne, et dépéchons t Les lazaroni couraient démarrer les barques.

— Non pas diavolo! non pasi cria le colosse. Nous avons mieux que vos nacelles. Suivez-moi !

Il se dirigea vers le bateau de foin, dont le propriétaire fut sommé à l'instant même, au nom de Masa* niello, chef du peuple, d'avoir à quitter la place et à livrer sa marchandise, sans broncher, sans sourciller, sans se permettre l'observation la plus simple, sous peine d'être lardé à coups de gaffe et jeté au fond du golfe.

La sommation était nette, claire, précise, parfaitement intelligible ; le propriétaire ne se la fit pas répéter deux fois.

— Allons, montez, vous autres i cria Gennaro à ses hommes. Corpo santot voici de la litière fraîche! couchez-vous là-dessous, hein ? comprenez-vous la manœuvre?

— Oui, oui, bravissimo t crièrent les lazaroni. Toute la bande se précipita sur le bateau et se fourra

dans le foin.

La masse des navires à l'ancre dans le voisinage servit à dérober ces préparatifs aux officiers du brick.

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Gennaro ne gat^a que deux rameurs pour aider la voile, prit en maia lu gouvernaii, sortit du i»of t el se dirigea vers l'euDemi»

— Enfants, dit l'iiereule, que personne ne bouge! Lea marins espagnolaont des longues-vues traîtresses^ dont il faut nous défier. Cachez -vous )»ien»<acraoMiiito/ restez dans le foin^ et ne mangez pas toutl

Cependant on voyait du galion approcher cette lourde meule sans la moindre défiance.

La cour d'Espagne avait profité du départ de l'amiral don Juan FernandezL pour Naples, où il allait épouser la fille du duc d'Arcos,. et lui avait confié le commandement de Tescadre qu'on envoyait, deux fois Tan, chercher les semestres de rimp6t dû au Trésor de Madrid.

Le galion destiné au transport de ces fonds était vide.

Fernande^ l'avait lesté de: trois cent mille ducats, somme dont la possession devait singulièrement hâter, à son sens, la conclusion de son mariage.

Il était arrêté qu'un autre amènerait l'escadre à Cadix, dès que l'impôt serait payé, afin que Fernandez pût demeurer auprès de sa jeune épouse.

Don Juan étsdt un homme assez jeune encore, mais dont le visage portait les traces évidentes de l'abus du plaisir» Grand, bien fait, soigneux de sa personne et d'un maintien irréprochable, il passait pour Tun des plus élégants cavaliers de la cour d'Espagne, et beaucoup de nobles senoras eussent facilement donné l'ex. plication de la fatigue de ses traits et du cercle bleuâtre qui entourait ses yeux.

Sans craindre de tomber à faux, on pouvait accuser Fernandez de vouloût se marier beaucoup plus par calcul qiue par amour.

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Une affection sérieuse n'était plue capable de prendre racine dans ce ccBur i^. Linatinet de la jeune fille avait éclairé là-dessus Isabelle^ presque aussi netiement qu'aurait pu le faire l'expérience de la femme.

C'était le seci>nd voyage de don Juan Fernandez en Italie.

Fort de la promesse du duc d'Arcos, il avait repria le chemin de Madrid pour aller réaliser sa fortune et revenir déflnitivement s'instaUer à la cour du vioe-roi de Naples, auquel il espérait succéder un jour*

Gomme la peste désdait Cadix, ainsi qu'une grande partie du littoral qui regarde la côte africaine, aucun navire espagnol n'entrait dans les ports de la Méditerranée sans se soumettre aux mesures de précaution usitées en pareil cas. Voilà pourquoi don Juan Fernandez, arrivé depuis la veille, n'avait pas encore rendu visite au vice-roi.

Mais il était écrit que l'amiral n'achèverait pas sa^ quarantaine.

Depuis le matin, des bruits inquiétants lui arrivaient de Naples, et jusqu'alors aucune chakmpe, aucune barque de pécheur, n'avait abordé l'escadre pour lui apporter des nouvelles. Désireux d'en apprendre, Fernandez avait passé sur le galion qui portait sa fortune, laissant les galères et le vaisseau courir au loin dans le goUe.

Ce fut donc avec une joie très-vive qu'il aperçut le bateau de foin voguant dans la direction du brick.

Il prit un porte- voix et héla Gennaro.

— Hé! là-bas, le pilote l

— Ohé ! fit l'hercule en plaçant ses deux larges mains de chaque côté de sa bouche, et en répondant par une sorte de mugisseinent de taureau.

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— Approche un peu^ reprit Fernandez.

— Je n'ai pas le tempsi répondit le pilote de sa voix de tonnerre.

— Où vas-tu?

— A Capri.

— C'est ton chemin. Vire de bord et viens me parler.

— Non !

— Par saint Jacques I tu vas obéir, ou j'envoie dans le ventre de ta barque le contenu d'une caronade.

— Envoyez ! dit le colosse. Au fait, avez-vous quelque chose à boire?

— Oui, du malaga ou du xérès, à ton choix.

— Sar^o Bacco ! voilà qui me décide !

-* Ne bougez pas, coquins ! ajouta-t-il à voix basse, en voyant quelques-uns de ses hommes mettre le nez hors du foin par curiosité.

— Nous étouffons, dirent-ils.

— Sacramentoîï assomme de ma gaffe le premier qui grouille.

On approchait du navire.

Gennaro vit avec une sorte de satisfaction que le vaisseau de ligne et les deux galères couraient des bordées à une assez grande distance. Une minute après^ le bateau de foin se collait au flanc du navire, sous les sabords^ et n'ayant rien à craindre du canon des batteries.

— Que se passe-t-il donc à Naples ? demanda Fernandez.

— Ah t senor, de bien vilaines choses!

— Explique- toi.

— Diavoht j'ai la gorge sèche, et votre malaga serait le bienvenu, dit Gennaro d'un air câlin.

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— MoQte^ ditFernaadez.

On lui jeta une corde à nœuds. Il se mit à grimper ayecTagilité d'un chat^ sauta pardessus le bastingage^ et se trouva debout sur ses jambes musculeuses, en face du fiancé d'Isabelle et de deux officiers qui étaient avec lui.

Le reste de l'état-major dînait au frais dans les cabines.

Presque tous les matelots se livraient, dans l'entrepont^ aux douceurs de la siesta ou dormaient en plein soleil autour des écoutilles.

» Ah çà 9 vous autres, dit Gennaro à ses deux rameurs» est-ce que le malaga vous est défendu par ordonnance de médecin ?

La corde à nœuds pendait toujours en dehors du navire; les rameurs grimpèrent.

— Voyons, répondit Fernandez, on livre donc une bataille dans les rues de Naples ?

— Et une fameuse, répondit Gennaro : sans compter celle que nous allons livrer ici ?

— Que veux-tu dire?

-* Le voilà, ce que je veux direl

En même temps Thercule terrassa Fernandez d'une main puissante et lui appuya sur la gorge la pointe aiguë d'un poignard.

Les deux rameurs exécutèrent absolument la même manœuvre à l'égard des officiers.

— A moi, camarades, k moi! cria Gennaro de sa voix formidable.

Les hommes couchés dans le foin se dressèrent.

Des grappins furent lancés aux sabords, et les lazaroni se firent la courte-échelle avec une prestesse si merveiUeuso, un ensemble si parfait^ que toute la horde

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déguenillée fut en un clin d'ceil sur le pont du navire. ~ Infàmeft bandit&i erîa Fernandez.

— Taîs-toi, lui dit IranqpiAtteai^lGeiiiiaro^et reflète à toa équipage les ordces <iue ^à vai» te di^teff, ou tu es

BUKt.

— Les chefs qui dînaient et les matelots qiû ronfiaient^ attirés par le braît de la lutte^ montrèreat en ce moment aux écoutilles leurs visages effarés.

— Ordonne-leui de redescendre, ajouta Geauaro sur le même ton paisible, mais ayant soin d'apuyer un peu plus fortement son poignard sur la poitrine de Ferimnéefl.

Il achevait à peine de pr(»oncer ces perdes, qu'un coup de mousquet l'atteignit par derrière elle renversa sur le tillac qu'il inooda de son sang.

L'amiral bondit comme un tigre, se précipita par l'éeotttille, entraîna avec lui le contre^maitte qui venait de le délivrer et disparut.

Il avait avec lui vingt hommes d'équipage^ excellents soldats de marine, robustes, adroits, déterminés.

En un instant sa résolution fut prise. Il rassembla son monde autour de lui el commença à jeter dans la mer, par les sabords, les quinze ou vingt lazaf oni qui pillaient l'entrepont.

Puis il forma sa troupe en colonne serrée.

—Maintenant, eacaladoos le pont^ braves Espagnols I cria-t-il. Égorgeons cette canaille et lauçous-la pardessus le bord.

Cet ordre fut exécuté avec une rapidité el un ensemble de manoeuvres qui tenaiettt du prodige. Les matelots de Feraandez fireat une trouée effroyable parmi les Napolitains qui occupaient le gaillard d'avant.

Mais ceux-ci repriKil counge à la voix 4êk Bambtnio,

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vigoureux débardeur des parts de Napies, qu'on avait ainsi nommé par antiphrase et qui ytmsix de suceèder à Genaaro dans le oommandeiBent.

Les gaffes d'un côté, les mousquets de l'autre tt les sabres d'aborda^ aocomplifeat feur beso^^ sanglante.

On se prit <MMrps à eorps, on lutta pied contre pied, poitrine contre poitrine, poigaard eostre poignard. Mais biealôt accablés par le aaaibre, les soldats de FernaadfiK furent obligés de battre en retraite vers les passavants.

L'juuirai vit que le galion était peidu.

n jeta un regard désespéré vers la mer. Le vaisBeau et les deux aiUres bàtioients oonoieoçai^vt à disparaître à rhorizon, et il était douteux qu'ils pussent entendre à une aussi grande distance le bruit du combat qui se livrait.

L'Espagnol dut alors prendre un parti extrême.

— Péree, dit-ii au capitaine du navire, défendez le terrain pouoe à pouce; prokmgez te comliat de quel* ques miisQtes encore, fallût-il y perdre les «dMeurs de vos matelots.

Gela dit, FeanuinâeE oourat à la soute aux poudres; renversa vn èaril, y «fusta «ne mèche qui pouvait durer un laps de temps raisonnable, et Tallun»,

Puis, feroMiit k trappe de la soute, il en jeta la clef à la mer.

U remonta sur le pont et tt eesaer ia bataille,

— Braves gens, dit-il aux lazzaroni, je ie ^s^ ta déknse est imitiie. Nous sommes dix à peine eoiitre eent soixante. Pourtant nous mourrons tous ptaM que de BOUS rendre prisonniers.

^ IVms! répétèrent les Espagnols.

— Je propose une capitulation.

^ Laquelle? demanda il Bambine.

— Nous vous abandonnons le brick. Laissez-nous partir.

— Addio addio, carissimiî répondirent les Napolitains en éclatant de rire.

— Un instant! reprit t7 Bambino; un instant, mon doux Seigneur! vous nous avez tué quinze hommes, sans compter les pauvres diables qui se sont noyés. Nous sommes tenus de faire dire des messes pour le ealut de leur âme^ et nous avons besoin pour cela des trois cent mille ducats que renferment les flancs de ce galion. Trois cent mille ducats de messes! Quelle aubaine pour nos prêtres I Où diable avez-vous serré cet argent?

— Ciierche-le!

— Vous vous fâchez? Eh I per Baccoi ce n'est pas joli! Vous voyez bien que, recevant de vous une pareille somme en présence de tant de témoins, gens pour la plupart respectables, il est juste que je la compte et que je vérifie le poids et le titre de chaque pièce.

— Laissez-nous partir, ou battons-nous.

— Qu'pn descende une chaloupe à la mer, cria il Bambino.

— Les chaloupes sont sur les autres bâtiments, dit Fernandez.

— Alors, prends le bateau de foin, et bon voyage, mio gerUile capUano!

Fernandez ne répliqua rien. Il descendit avec le reste de ses hommes et s'éloigna du galion.

— Mes amitiés au vice-roi! cria il Bambino, en se penchant sur le bord. Ne manquez pas de lui pré-

senter mes hommages^ à moins qu'il ne soit déjà pendu I

Les Espagnols se dirigèrent vers Naples à force do rames ; les dernières paroles (f^/ Bambino avaient trop ému Fernandez pour qu'il s'arrêtât à observer légation et à savourer sa vengeance.

— Flamme et tonnerre t nous sommes des héros ! cria le chef des Napolitains à ses hommes quand Fernandez fut parti.

Les lazaroni jetèrent au ciel leurs bonnets crasseux et se mirent à sauter, en brandissant leurs gaffes et en poussant des cris de joie.

— A la cale, enfants I Montez quelques tonnes de xérès, et buvons à la santé de Masaniello ! Nous chercherons les ducats après.

A peine les tonneaux eurent-ils été transportés de la cale sur le pont, qu'il se passa à bord du navire une scène indescriptible de débauche et dMvresse. Les lazaroni ne s'étaient jamais trouvés à pareille fête. Ils défoncèrent les pièces et burent en y plongeant la tête. Puis ils recommencèrent leurs danses avec les poses les plus grotesques et les gambades les plus extravagantes. L'un buvait à saint Janvier, un autre à sa maltresse, un troisième s'étendait sur le tillac, et ses amis lui versaient à pleins seaux du xérès dans la bouche. On eût entendu le bruit qu'ils faisaient de la côte, si le démon de l'émeute n'eût pas grondé dans les rues de Naples.

Au milieu de ce tumulte, de cette joie, de cette ivresse, un homme apparut, pâle, tremblant, horripilé.

— Le feu est aux poudres ! cria-t-il, nous sommes perdus t

Ces paroles glacèrent le rire aux ièvi«8 des buveurs, ils se regardèrent avec eflfroi.

— Que diable vien^-tu nous chanter là, imbécile! cria U Bambioo.

*- C'est l'affreuse vérité, répondit le lazarone. J'ai Tegardé par une ouverture de la Saînte-Ba?be, et j'ai aperçu une mèche qui brûlait sur un tonneau renversé.

— Damnation ! sauvons-nous I sauvons-nous ! crièrent les lazaroni, en se précipitant vers les bastingages.

Mais la plupart des malheureux reculèrent devant Tabîme béant des eaux. Ceux qui savaient nager, et ils étaient en petit nombre, sautèr^t par^dessus le bord. Les autres ooNiraient çà et là comme des hisen»és , cherchant une issue pour s'enfuir, tendant les br^s vers la oâte, jurant, pleurant, invo^ant Notre-Dame et aaint Janvier.

Ivre de xérès, il Batnbiao riait et continuait de boire.

Soudain une épouvantable ocoflagration éclata sous les pieds de ces homoies. Une gerbe immense de feu Jaillit de la mer, et chacun de ses jets de pourpre lança vers le ciel, brisa^ dispersa, planches, earaottdes» buaroni, tonneaux d'or et <fte xérès.

La mer reflua autour de rexfiloaion, revint aur ellemême et se couvrit de débris.

Un épais nuage de fumée demeura suspendu dans l'espace et marcha quelque temps ensuite sans se dissoudre, emporté par les vents.

Déjà l'amiral avait gagné ie port.

Après avoir débarqué avec sa suite, il se dirigea vers le palais du duc d'Arcos et eut la chance heureuse de trouver un passage qui n'était pas encore fermé par 4a révolte.

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Il entrait dans !a ehambre du conseil au moment où se faisait entendre l^ffroyable explosion du golfe.

Fernandez expliqua la catastrophe, et le vioe-reî, en présence de rimpossibitité de faire (k)rénavant de l'es* cadre un moyen de salut pour Isabelle, semble perdre le souvenir de ce qui -venait d'avoir lieu, et dit II la jeune fille :

— Ne me priais^tu pas, ma chère enfant, d'avoir compassion de ces misérables révoltés ? Je ne résiste plus à ton désir. Don Juan Fernandez t'accompagnera au Cbâteau-Neuf, et moi je vais rester jusqu'à nouvel ordre. Si nous les repoussons, loué soit Dieu! S'ils forcent, au contraire» l'entrée du palais, — eb bient je les verrai, je leur parlerai, j'écouterai leurs plaintes...

— Ohl dit IsabeUe treml^ote, il vaudrait mieux envoyer sur-le-champ «les i^rieaaurataires. Si vous attendez la fia du combat pour v^s exposer aux regards d'un peuple furieux...

— Ma fille! ma fille I me laisserez-vous au moins quelque liberté d'action? Vous n'êtes pas raisimnable» Isabelle, et vous prenez le vice-roi de Naples pour votre eselave.

— Pourtant, dit Fernandez, il est à craindre, DM>n« seigneur, que cette horde de scélérats ne se porte à des excès sur votre personne.

Le duc se pencha vers don Juan et lui dit à l'oreiRe:

— Sois sans crainte, mon fils. Tu n'ignores pas com* bien ce peuple est niais et stupide. Je l'ai dé}à trompé une fois, «- je me charge de le tromper enooreu

Fernandez n'eut rien à répondre.

Il Q£frit le Juras à Isabelle, qui n'osait plus opposer de résistancoi et se mit ea devoir de ia mener au Château^ Neuf.

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140 MASANIBLLO

Deux compagnies des gardes eurent ordre de les suivre.

Mais au moment où ils sortaient par une porte secrète, pour gagner la rue, ils tombèrent au milieu d'une foule immense de peuple^ qui reconnut la fille du vice-roi et poussa des cris de mort.

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