‹ Masques et bouffons; comédie italienneChapitre 12 sur 41 · MARCO-PEPE · texte numérisé non relu

MARCO-PEPE

Marco-Pepe est, dans le poëme de Berneri, le seul ([ui ose tenir tète à 3Ieo-Patacca. Il y joue le rôle d'un traître. Meo-Patacca le provoque, ils se battent; mais, dans le combat, Marco-Pepe ne remporte que du déshonneur.

Marco-Pepe, dans les drames de Palla corda, est l'ami et le souffre -douleur de Meo-Patacca. Il cherche à imiter ce liéros qui marche derrière lui, car Marco-Pepe est un fanfaron, un vantard, un braillard, on dirait qu'il va tout avaler; il a l'air bien plus terrible que son compa^j-non. Il crie bien plus fort que lui; mais si Meo-Patacca se fâche ou ferme seulement le poing , ilarco-Pepe disparaît comme par enchantement.

Meo-Patacca ne doute de rien; Marco-Pepe craint tout.

Ces types existent encore aujourd'hui à Home sur le Théâtre -Émilien [Triaio Mijani). Tacconi, naturellement bossu, directeur de la troupe, joue et récite un jour eu dialecte des monts [linguaf/yio monticiam), le lendemain en transteverin , les pièces dont il est toujours l'auteur. Les drames ou pièces héroïques, comme Héro ci Léandrc , Francesca di Riinini, Jiiliciic cl Roméo, sont également arrangées

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par lui et travesties au goût de sou iiuhlic. J*otir en duiiuei' un excnii)le : lloniéo, vêtu dans le genre de Meo-Patacca, eoifl'é d'un ehapeau empanaché, flanqué d'un grand bancal de cavalerie, répond à Juliette qui vient de lui reprocher, en termes peu choisis, la mort de son cugiitu Jhiiclto.

« Tiens-toi lrau(piille, lille, je vais te faire comprendre. [Sia ziita, /i(jli((, clic li l'oglio Jhr capacc.) Sache qu'hier, en te quittant, au bas de l'escalier, j'allumai mon cigare. [Sai dunqnc chc icri, lasciannoli, la tjiù la scdla, iii'acccsi un sifjaro, me acccsi.) Voilà qu'en tournant la nie, j'entends cette mauvaise parole. [Ecco ch' ai- vortane (pour al vollu) d'aiia sirada , scnio sia parolaccià.) Tu le sauves, vilaine bète! [Tu te la Jinni , hntlla carogiia!) L'injure reçue [matjnala sla fufjlia), je me retourne de suite, je tire mon sabre [mi cavn la sciahula), et... mais tu sais le reste {ma sai il rcsio, ma), etc. »

IL SITON^O.

Les Napolitains ont un type très-populaire, qu'ils appellent // Giiapo et il Sitonno (le garçon). Il représente le bravache populaire. Vêtu comme le Napolitain de la basse classe actuelle, mais de certains quartiers de la ville : veste ronde et large en velours de coton couleur cannelle, une sorte de casquette sur l'oreille, pantalon de couleur claire avec la ceinture rouge autour de la taille, il marche, un long rotin à la main, en se balançant d'une façon insolente et provocatrice; il ne parle que de coups de couteau, coups de bâton, coups de pierre, coups de carabine et eoui)s de toutes sortes, avec une emphase pleine de réticences mena-

gantes. Cependant, quoiqu'il ne soit pas tout à fait lâche, les faits répondent peu aux paroles, et le i)lus suuvi'ut les menaces et les querelles se terminent, au lieu de sang, par du vin versé au cabaret voisin.

Dans la Plovana d'Angelo Beolco {Riizzanic), loôO, un jeune paysan amoureux porte le nom de Srrox. C'est là sans doute le type primitif du Sitonno, qui est encore le type du paysan, mais devenu faubourien, et bien dénaturé.

I Je ne fais pas de diflerence entre un amoureux et un de ces jeunes veaux auquel im bouvier aurait mis, pour rire, un bandeau sur ks yeux et fourré une épine sous la queue, et qui irait de çà et de là sans savoir où il va, ni où il est. Moi je suis le veau, l'amour est h bouvier, l'épine c'est le chagrin que j'ai au cœur, et l'égarement c'est le bandeau que j'ai sur les yeux. Je ne sais pas où je vais, bien ou mal, puisque où je suis je ne suis pas. Je suis ici, et mon cœur et mou âme sont auprès de la Nina , mon amoureuse. ^

(Plovana de Ruzzante.)

BIRRICHINO.

A Bologne, les théâtres de marionnettes ont encore un autre type qui personnifie \es faccliini, les jeunes gens de la basse classe de la ville ; c'est le Birrichino. D'après les annotations du poëme de Berioldo Bcvtoldhw e Cacasenno, Birrichino viendrait de la profession d'une certaine classe oisive et mendiante, vivant de larcins et de friponneries, exerçant plusieurs vilains métiers à Bologne. On dit en grec êvûoc, , en latin himis et burrus , manteau de bure

KiO LA COMEDIE IT\Î,1KN\K.

dans lequel s'enveloppaient ces fripons. O mot viendrait plutôt de Imricm des Latins, ou de bonico (âne) des Espagnols, parce que, comme les fjiianos, ils faisaient le métier de maquignons, de raseurs de mulets et autres du même genre.

Birrichino est moqueur, plaisant, faiseur de niches; il ne manque jamais de passer la jambe au commissaire ou au sbire quand ils entrent en scène. C'est un être insaisissable, leste, vif, doué d'une paire de jambes qui disputeraient le prix de la course à un lièvre. Il n'est jamais voleur. Si parfois il dérobe quelque chose, ce n'est pas pour en profiter, c'est une farce qu'il fait à un ennemi pour le forcer à chercher, car il finit toujours par le lui rendre. Il est vêtu comme les gens du peuple de Bologne. Doit- on le rattacher aux variétés de Polichinelle?

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