‹ Masques et bouffons; comédie italienneChapitre 15 sur 41 · I. 26 bis · texte numérisé non relu

I. 26 bis

206 LA COMKDIK ITALIEINNK.

ScAPiiE. Touchant quoi?

Philematii:. Rejjarde-iuoi bien, cL conviens avec moi que ce vêtement me rend plus l)elle.

ScAi'iiK. La ibrce de votre beauté a plus d'éclat et d'influence que votre parure. Tout ce que vous mettez en reçoit de la grâce et du prix.

Philematii;. Je ne veux pas que tu me flattes.

ScAPiŒ. Si j'osais, ma bonne maîtresse, je dirais que vous êtes bien folle! Comment, vous aimez mieux qu'on vous critique à faux que devons louer avec raison! Yoilà un étrange goût! Quant à moi, par Pollux! j'aime bien mieux recevoir des louanges que je ne mérite pas, que des reproches sur mes défauts que je connais, ou des moqueries sur ma tigure.

PiuLEMATiE. Je déleste les gens qui me veulent plaire par des mensonges.... Si je manque en quelque chose, fais-moi le plaisir de m'en corriger.

ScAPiiE. Assurément, vous agissez grossièrement contre vos intérêts quand vous vous donnez tout entière à Philolache. A'^ous ne comptez que sur lui; vous êtes tellement soumise, conqjlaisanle, obéissante à ce jeune homme-lii, que, pour l'amour de son beau nez, tous les autres amants ne vous sont rien : ce n'est pas à une courtisane de n'avoir qu'une intrigue; elle doit laisser cela aux dames de haut parage.

PiiiLEMATiE. Depuis ({uc mon cher amant m'a délivrée du pesant et honteux esclavage, je ne fais que mon devoir en lui témoignant cent fois plus de tendresse que quand je le flattais pour obtenir ce qu'il a fait pour moi.

COLOMBINÉ. . 20Î

ScAPiiE. En ce cas, regardez-le comme un époux de conscience et d'iionneur, aussi bien que de tendresse, et, sur ce pied -là, laissez croître vos cheveux comme les femmes mariées '.

Philematie. lie{j[arde si ma coitrure est bien arrangée, et si chaque cheveu est bien à sa place. Donne -moi mon blanc.

ScAPUE. Qu'en voulez-vous faire?

Philematie. JM'en mettre sur le visage, m'en frotter les joues pour m'embellir.

ScAPHE. C'est comme si vous vouliez blanchir l'ivoire avec de la suie.

Philematie. Donne-moi aussi du rouge {ptirpurismiini).

ScAPHE. Vous allez gâter par ces couleurs le plus bel ouvrage de la nature. Tenez-vous-en au brillant de votre jeunesse. Ni la céruse, ni le fard de l'île de 31élos, ni quelque plâtrage que ce soit ne vous est nécessaire.

Philematie. Ne crois- tu pas que je ferais bien de me frotter d'odeurs et de me parfumer?

Scaphe. Gardez -vous -en bien! Une femme sent toujours bon dès qu'elle ne sent rien. Car que pense-t-on de ces femmes qui se parfument, qui s'annoncent elles-mêmes par leurs bonnes odeurs? On les traite de vieilles édentées qui cherchent à cacher sous le fard les défauts et les exhalaisons de leur carcasse. Quand, chez ces squelettes

• Les courtisanes ne se laissaient point croître les cheveux, pour pouvoir s'habiller en homme quand l'envie leur en prenait. Mais celles qui étaient fidèles à leurs amants gardaient les cheveux longs, montrant par là leur conduite régulière.

aiiihulants parés et embaumés, les parfums se mêlent a leur mauvaise odeur, elles sentent comme un mélange de plusieurs sortes de sauces; vous ne sauriez dire précisément ce qu'elles sentent, mais assurément ces femmes sentent mauvais.

Pnnj'MATn:. Examine attentivement ma longue robe et mes bijoux; me trouves-tu bien parée? Tout ce que j'ai me vu-t-il bien?

ScAPHE, Ce n'est pas à moi d'en juger; c'est le seul l'iiilolache qu'il faut consulter là-dessus. La pnurpre est bonne à cacher la vieillesse, et, quant à l'or, il sied mal à une femme. »

BETTA.

De l'esclave flatteuse, cynique et curronq)ui', est née sur le théâtre itahen la Serveiia ou Funicsca , servante contidente, plus lard, en France, la Soiibreiic, emploi (jui se confond avec celui des villageoises éveillées et malicieuses. Dès 1528, nous voyons des femmes dans cet enq)loi sur le théâtre de Padoue, dans les vives et remarquables comédies d'Angelo Beolco (lluzzante). C'est Betta et Bettia pour Elisabetta, Cxva pour Genoveiï'a, Gitta pour Cianetta, Nina, Besa, etc. Ce sont, la plu})art du tenqis, des j)aysannes qui tronq)ent leurs époux ou leurs amants pour fort peu de chose, ^ un morceau de i)ain ou un rid)an », ou même très- souvent i)ar esprit de contradiction : ainsi, Bettia s'est enfermée avec son anumt, ïonin, l'houniie d'armes, et parle de la fenêtre avec lUizzante, son mari.

({ui lui dil d'ouvrir la porte el de s'en venir avec lui à la luaisoii, où il lui pardonnera sa faute.

» .le n'ai t[ue faire de ton pardon... tu en prends à Ion ai;-e; au logis, c'est moi qui suis chargée de toute la peine, et je ne m'en soucie plus. Pendant que tu restes à ne rien foire, le derrière cloué à ta chaise, il faut, moi, (|ue je mette les mains à tout, fermer, ranger, en haut, en has, à gauche, à droite, dessus, dessous. Va-l'en chercher une autre servante pour nettoyer tes pots et tes écuelles, pour faire ton service et celui de la maison ! Quand nous sommes au lit, tu dors connue un sahot. Est-ce là la condu'te que doit tenir un mari vis-à-vis de sa femme? Et tu crois que moi, qui suis fraîche et frétillante comme le poisson dans l'eau claire, je n'aurai pas une autre société que la tienne, si je le veux hien? Je suis ici , et j'y reste; j'y prends du hon temps. J'en suis fâchée pour ton honneur, iiiais c'est toi qui l'as voulu! »

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