‹ Masques et bouffons; comédie italienneChapitre 2 sur 41 · IMHOni CTIO^V · texte numérisé non relu

IMHOni CTIO^V

« Nota. Cette scène sei'a t(nite sans musique, mais si » l)ien représentée, qu'elle fera presque oublier l'iiarmonie B passée.

» Le premier acte de la pièce est terminé par un liallet, » dansé par quatre ours et quatre singes, lesquels, au son » de petits tambours, foui une plaisante danse

» Et paraissent des autruches, lesquelles, s'ahaissant à s> une fontaine i)Our boire, forment une danse. »

Voici l'argument de la huitième et dernière scène du tr(jisième acte.

« Nycomède reconnoît Pyrrhus pour son petit- fils, et » cependant arrive un Indien, lequel ayant fait la révé- » renée au roi , raconte que , parmi les marchandises (pi'il » conduisoit dans son navire que la tempête avoit ramené » dans le port, il y avoit cinq perroquets, dont il lui faisoit » offre, et les fait apporter dans une cage.

» Au même tems, quatre Indiens font un petit bal à la » moresque; enfin les perroquets s'envolent des mains de » leurs maîtres et les laissent désespérés de cette perte : » après quoi s'achève la pièce et s'en vont tous s'embarquer » pour la guerre de Troie. » (>'ote de Gueulette.)

En 1055 reparut une nouvelle troupe, dans laquelle nous retrouvons des acteurs qui étaient déjà venus en France plusieurs fois, comme Tiberio Fiurelli (Scaramouche), Locatelli (Trivelin), Brigida Bianchi (Aurélia). Cette troupe hit la première stable à Paris.

Le théâtre du Petit-Bourbon lui fut d'abord assigné, ainsi qu'à la troupe de comédiens espagnols qui, de H'»50 à l(>7:2, joua concurremment avec la troupe italienne.

Voici ce ([u'eu dit Lorel, ([iii i)iil)liail ses Jellivs en vers tous les samedis.

Muse historioii- df. Loiikt, du 16 nnùl 1653.

Lac Iroupc de gens comiques, Venus des climats italiques, Dimanche dernier, tout de bon, Firent, dans le Petit-Bourbon, L'ouverture de leur théâtre Par un sujet assez folâtre, Où l'archiplaisant Trivelin, Qui n'a pas le nez aquilin , Fit et dit tout plein de folies Oui semblèrent assez jolies.

Au rapport de certains témoins, Scaramouche n'en fil pas moins.

Mais pour enchanter les oreilles , Pâmer, pleurer, faire merveilles, Mademoiselle Béalrix Fmporta ce jour-là le prix.

ÎN. Tiiri (de Modène) jouait li:s Pam.vlo.ns; An^e-Aiifjustin-Constantin Lolli (de Bologne), les Docteurs Baloardo; 3Iarco Romagnesi, les premiers amoureux, sous le nom d'HoRAzio; Turi fils, les seconds amoureux, sous le nom de ViRGiMo; Béatrix Adami, les soubrettes, sous le nom de Diamantine; Jean Doucet, caractère d'un niais; Tiberio Fiurelli (Scaramouche); Brigida Bianchi, les amoureuses, sous le nom d' Aurélia; Dominique Locatelli (Trivelin).

Les représentations avaient lieu de deux à cinq heures du soir. Cette mesure avait été prise à cause de la boue et des filous qui encombraient les rues de Paris, mal éclairées la nuit.

54 IMUOin crioN.

Cette lroii|i(' ((iiilla le Petit- B()nrl)on en 1()()0 et passa, par (H'diT (In r^i , avec la troupe de Molière, au (liràtre du Palais-Royal, où elle continua ses représenta lions de deux jours l'ini, en s'adjoijjininl plusieurs aelcin's et actrices venus d'italie.

\.\i.i;iuo, Ottavio, amoureux (Andréa Zanotti).

EuLAuiA, anii;ureuse (Ursnla (]orteze, iéinnjc de l)((niinique).

DiAMANTiM- , soubrette (Patricia Adami, femme d'Angelo Lolli).

Arlequin (Giuseppe-Domenico lîiancolelli, dil Domhihjuc).

CiNTiuo (Mario-Antonio Romajjnesi).

ScARAMOccHE (Tlbcrio Fiurelli).

Flactkn (Giovanni Glierardi), Ku.").

Mezzetin (Angelo Constantini), ir)8!2.

CoLOMBiNE (Catarina Biancolelli, tille de Doniiniipiel.

Pierrot (Giuseppe Giraton), l()8i.

Pasquariello (Giuseppe Tortoretti), lOSo.

AuRELio, amoureux (Bartolomeo Pianieri), 1085.

Mariis'ette , soubrette (Angelica Toscano, femme de Tortoretti).

Polichinelle (Michel-An[>"elo da Fracassano ), 1085.

Graiiki.ino, valet (Constantino Constantini), IG87.

Ottavio, amoureux (Giovanni-Batista Constantini), 1087.

Arlequin (Evarista Gherardi).

Léanure (Charles- Vigile Romagnesi de Belinont).

Spinetta, Bhigiiella, le Capitan, dont on i[|n(jre les véritables noms.

La Chanteuse (Elisabeth Danneret, dite Babet).

IMU0J)rCT10\. 5ô

La li'uupe iïil expulsée de Paris, le lliéàlre Irniié en W.)l, à roeeasioii (['une eouiédie (la lùiiis.sc l'iiidc) dans la(juelic Constaiilini, ([iii reinplaeait rArle([iiiu, s'était permis des allusions satiriques sur luadauie de Maintenon.

Sous la dénomination de Théâtres de la Foire, on coni- ])renail , jusqu'à la lin du di\-lniitiènie siècle, les salles do spectacle établies sur l'euqilacement des marchés Saint- Germain et Saint-Laureid , (pu avaient connnencé par des danseurs de corde, des chiens savants, etc.

C'est alors (|ue les acteurs l'orains s'emparèrent du répertoire italien, se fondaid, sur les suspensions de privilégies, et sur les franchises a("cordées aux marchands des foires Saint-(iermain et Saint-Laurent.

Biais les acteurs de la ('.()niédie-Fran(,;aise, voulant le jnaintien de leurs droits, obtinrent du lieutenant de police, M. de la lleynie, une sentence portant « défense à tous par- » liculiers, hors les comédiens fran(^'ois, de représenter' » aucune comédie ou farce dans la ville de l'aris, sous » peine d'amende. »

Les forains interjettent appel de cette sentence, et continuent leurs représentations pendant l'appel. Nouvelle opposition des comédiens fram^'ais. M. de la lleynie défend de nouveau aux forains de représenter « aucun spectacle où il y ait des dialo(]ues. »

Les forains déclarent alors qu'ils ne joueront plus de dialogues. Deux ou trois jours après, ils aftichent : Scum- ))i()itclic, pcilaui srriipiilcii.r , comédie en trois actes et en monolufjites. (^)uand un comédien avait récité son r('tle, il se retirait dans la coulisse, et celui (jui lui donnait la réi)li({ue

50 INTKODlCnON.

venait le remplacci", pour (lisixirailrc ;i smi lour et finiv place au jiremier. Sept acteurs jouèrent ainsi dans celle comédie.

Moqués par le public, exasiiéivs contre les forains, les comédiens francjais et les {^ens de justice, accompajjués de plusieurs escouades du ^uet, de quarante archers de la robe courte, de deux huissiers au Parlement, de deux exemj)ts de police, envahissent, le 20 février 170!), les théâtres forains, et détruisent loges, banquettes et décors. Après quoi ils se retirent, tout fiers d'en avoir fini avec ces récalcitrants.

Les forains ne se tiennent ])as pour battus; aussitôt les archers partis, ils rétablissent les tiégàts en quelques heures, avec l'aide du public, et, le lendemain, ils affichent et jouent comme s'il ne s'était rien passé. ^lais les archers et les huissiers reviennent le surlendemain, et, cette fois, ils ne se contentent plus de l)riser et de déchirer; on livre tout aux flammes, et, pendant plusieurs jours, douze archers, plantés sur les ruines de la farce, n'eurent d'autre occupalion que de brûler et d'anéantir.

Les acteurs de la foire furent donc obligés de se soumettre; mais ils trouvèrent encore moyen de se relever, car, quelques années plus lard, ils chantaient, sur leurs théâtres, ces vers de Panard :

(I Les lois ne sont qu'une barrière vninc

One les'hommcs franchissent tons; Car, par-dessus, les grands passent sans peine, Les petits , par-dessous. »

Les directeurs de l'Opéra comprirent bien vite que l'on ne s'opposerait pas au développement de ces petits

lliéàlivs. Ils vendirent iiii lliràliv de lu foire Saint-Laurt-iil le droit de chanter, puisque le Théàtre-rrançais leur refusait celui de parler. Ce théâtre prit alors le titre d'Opéra-Coniique.

Parmi les entreprises des théâtres forains, il y avait le jeu de lîertrand, Alard, la veuve Maurice et Decelles, associés et primitivement seuls pos-esseurs des spectacles de la foire. Ils partagèrent ensuite avec Dolet et Laplace. Puis vinrent Octuve et Dominique. Saint-Ednie et madame Baron leur succédèrent, en rivalité avec le chevalier Pellej^rin, que remplacèrent Francisque et Lalauze, et enfin Ponteau, qui ohtiiit, de l'Académie royale de musique, en 1728, le privilé{j,'e de l'Opéra-Comique et le garda jusqu'en [1A^2.

Un grand nombre de nos auteurs plus ou moins célèbres ont travaillé pour les spectacles forains, entre autres Lesage, Fuzelier, d'Orneval, Panard, Favart, Diderot, Piron, Vadé, Carolet, Sedaine, Dorville, Laffichard, Gallet, Fagan, Dallainval, Boissy, Taconet.

« Qui croirait, disait Grimm en 1772, que l'Opéra et les deux Comédies Française et Italienne se sont perpétuellement réunies pour persécuter, en vertu de leur privilège, les spectacles forains? Dès qu'il vient à un entrepreneur quelque bonne idée pour attirer le public, et dès qu'il tente quelque chose qui réussit, la chose qui réussit est défendue. Dans l'espérance d'empêcher la bonne conq)agnie de fréquenter ces spectacles , on a défendu aux entrepreneurs de prendre aux premières places plus de vingt-quatre sous, pour que les honnêtes gens s'y trouvent confondus avec la populace.... Prêchez la tolérance, et flattez -vous de la voir

régner dans un pays où HtMiri IV et Polichinelle ont été I)ersécutés avec un égal acharneuient ! »

Les théâtres forains ont fait connaître des acteurs et des actrices d'un mérite reconnu. Le puhlic a applaudi tour à tour, et souvent ensemhle, le jeu houtfon et singulier de Dominique fils en Arlequin ; l'air naïf de Belloni en Pierrot; la voix et la finesse de mademoiselle de Lisle en soubrette ; le plaisant baragouin de Desgranges en Scaramouche; la figure de Paghetti dans les rôles de Pantalon, de Cassandre; l'air modeste de mademoiselle Mulin dans les amoureuses.

On jouait aussi à l'Ambigu-Comique, situé alors sur le boulevard du Temple, des arlequinades et des pantomimes, de 1750 a 177L

Au théâtre Gaudon, en 1769, on pouvait voir jouer Poi.icniNEi.LE, AuLEQriN, IsABELLK , et autres personnages italiens.

Les quatre salles de spectacle de la foire Saint-Ciermain jouaient du 5 février au dimanche des Piameaux,

Celles de la foire Saint-Laurent, ouvertes du 1" juillet au 50 septembre, comme celle de la foire Saint-Ovide, qui se composait plus spécialement de bateleurs et de montreurs de marionnettes.

Quelques types italiens restèrent tels qu'ils étaient et furent joués dans leurs costumes adoptés depuis longtemps, et invariables. îMais quelques-uns changèrent de noms, de caractères et de costumes. Pierrot devint Gu.i.es, Pantalon s'appela Cassanure, Léandre devint un amoureux ridicule, un fat, un poltron, une sorte de Capitan; Jea.n.not, qui n'était qu'un rôle ébauché dans la troupe italienne, devint

INTRODl r,TI()\. 59

un rôle plus cc)nii)k'l et lit coiu'ii' huit Paris. Los forains ne se firent pas faute non plus de })rendre les types du Théâtre- Français: ainsi (a'ispin, IlarpiiMon, S[>anarelle, Gros-llené, vinrent se mêler aux types italiens, et il en résulta un amalgame fort heureux, qui dura jus({u';i la lin des foires Saint- Laurent et Saint-Germain, tondjées en désuétude et passées de mode en 1789.

31ais revenons aux troupes italiennes. La dernière, celle que le régent Plii!ii)pe d'Orléans appela en 171G, sous la direction de Louis Riccoboni (dit Lclio), se fixa à l'ancien hôtel de Bourgogne, rue Mauconseil.

La Iroupe était ainsi composée :

Lki.io, amoureux (Louis Riccoboni).

BIauio, second amoureux (Baletti).

AnLEQUI^' (Vicentini, dit Tlioniassin).

Pamtai.mn (xVlborgheli) (Véronèse, 1744).

Le DocTEiR (Matterazzi) (Bonaventure Benozzi, 1752).

ScAPiN (Bissoni).

ScAr.AMnuciu: (Giacopo Bauzzini).

Fi.ANHMA (Elena Baletti).

Sii.viA, amoureuse (Gianetla Benozzi).

Viui.ETTE, soubrette (Margarita Busca).

Coi.()Mi.i>;e (Teresa Biancolelli, 1759).

Lelio (Antoine Bomagnesi, 1725) (François Riccoboni, 172()).

Arlequin (Carlo Berlinazzi, 17-41).

Lei.k» (Louis Baletti, 17-41).

CouAi.iNE (Garolina Véronèse, 17-44).

Camu.le (Antonia Véronèse, 17-4-4). — Elisabeth Constan-

liiii, 177)0. — Mademoiselle Jk'liiiuiit, 177)0. — Aladeiuoisellc Deliesse, 1750. — Marie J.aboras de Mézières, 1754 (madame lliccoboni ). — Colomlje, 1702. — .Madame Favart, 17i9. — Madame Bo{!;nioli, 1758.

Angki.iqck (mademoiselle Foulquier, dite Caiinoii, 1755). — Mesdames Vesian, liacelli, Zamai^ini, Billoiii.

Cette (roupe de 17 1() fut donc appelée la nouvelle Comédie-Italienne, ou troupe du Réj^ent, pour la distiujjuer de celle de 1055, qu'il fut convenu de nommer l'ancienne (roupe de la Comédie-Italienne.

Ces différentes troupes italiennes, jusqu'à celle de 1710 inclusivement, jouaient plusieurs {{enres de pièces. C'était un mélan(je de scènes apprises et récitées, de scènes tout inq)rovisées ou seulement mimées, appelées scènes tout à ritaliciiiii' , dansées et chantées; le tout avec acconq)a- (juemenl de décors et de mise eu scène, coumie on pouvait le faire ahu-s. On ne nuuKjuait jamais de tirer un feu d'artilice à chaque ouverture de saison, les Italiens tenant à conserver leur vieille réputation pyrotechnique. Ce qu'on appelait en Italie opéra (œuvre) n'était autre chose que ce mélange de tous les genres, comme Le gélose ])oliliclii e amorose , di Pielw Aiige/o Zaf/iiri, rappresenlaia iii casa di Giovanni Balisia Sanudo , a Vcnczia, 1691, où le prologue se passait dans un pays imaginaire, habité par Kole, auquel le Til)re, acconq)ogué des Nymphes, venait rendre visite; c'ét.it un liallet, un drame, une tragédie mêlée de couplets et de danses.

La troupe de 1655 joua plus particulièrement des pièces sans grande mise en scène, et la musique n'y tenait que

INTKODL'CTION. 61

très-peu de place. Les acleiii's durent renoncer bien vite à improviser en italien, les spectateurs ne saisissant pas le sens de leurs plaisanteries. (Test grâce à ce compromis qu'ils purent se maintenir en France; car nous voyons que lu troui)e appelée en l()59 par lîiclielieu, (jrand amateur de lanjjuc et de musique italiennes, après avoir joué, dansé et chanté l'Ercolano aiiuiiiic , fut oblijjée de s'en aller, faute d'auditeurs.

Celle de Klia, appelée par Mazarin, et qui joua entre autres lu FinUi Pazza et Ui Rosattra , n'aurait pas eu un meilleur succès auprès du })ublic, sans les opéras à grand spectacle (connue Oifco), qui firent fureur. Douze décorations se changeaient à vue, et repré.-entaienl : une ville forte assié'fée et défendue; un temple entouré d'arbres; la salle du festin donné pour les noces d'Orphée; un intérieur de [)alais; le temple de >énus; une forêt; le palais chi Soleil; un désert atTreux; les enfers; les champs Élysées; \\n bocage sur le bord de la mer; l'Olympe et le firmament. Les frais de mise en scène, les machines et les décors, peints et combinés par Giacomo Torelli, s'élevèrent à 550,000 livres.

Les pièces italiennes, en France, furent donc des canevas sur lesquels on improvisait le dialogue, mais dans lesquelles les acteurs intercalaient aussi des scènes écrites et apprises par c(eur. Regnard, Palaprat, Delonne, de Montchenay, Lenoble, Mongin, Fatouville, Dufresny, de Bois-Franc, etc., firent pour ce théâtre des canevas, dont quelques scènes étaient écrites, et d'autres laissées entièrement à la verve d'improvisation de l'acteur. Grâce à Gherardi qui a recueilli

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quantité do ces scènes, dites à Id fniiiniisc , nous pouvons juger ce que peut donner l'esprit français estropié dans une langue mi-partie pour ainsi dire, incorrecte en italien et en français, et, par cela même, offrant un babil pi({uant, qui résume mieux ({u'aucun autre la gaieté fantasque des deux nations. Même dans les parodies des drames et tragédies de l'époque, où les vers et la rime défendent l'improvisation, l'acteur italien coui)e un acte au beau milieu pour introduire une scène toute de lazzi et de pantomime. C'est ce qui se fait encore en Italie, aujourd'hui, avec les personnages de Stenterello, de Narcisin, et autres types de l'ancienne comédie.

Cependant, vers le milieu du siècle dernier, le chant l'emporta peu à peu sur le dialogue, probablement faute de bons acteurs. La Comédie-Italienne ne fut plus qu'un théâtre donnant des opéras-comiques, ou des pièces entièrement écrites, delMarivaux, d'Alainval, Laftichard, Legrand, Boissy, Delisle, Favart, Sedaine, Desportes, Lanoue, Fuselier, Anseaume, Vadé, etc. Des acteurs français ne tardèrent pas à envahir un théâtre où personne ne parlait plus italien.

En 17G2, la Comédie -Italienne fut réunie au théâtre de l'Opéra -Comique (l'ancienne foire Saint-Laurent).

Voici quelle était la nouvelle composition de la troupe :

Dehesse, valci. — Ciavarelli, Scapiii. — Carlin Bertinazzi, Arlequin. — Baletti, (iiuoiircit.i. — Lejeune, ainonrciix. — Chanqn'ille, (dhoidciix ridicule. — Zanucci, Lelin. — Colallo, Paiiialon. — Caillot, ('alas. — Laruette, ('assaiidre. — ■ Clairval , (iinmireu-r. ■ — • Madame Favart, soubreiie, umou-

INTROnrCTION. G3

relise. — ^Mesdames Rivière, Desjjlands, no{;iiioli, Lariiette, Bérard, Beaupré, Carlin, Maiideville.

En ITTi), l'administration renvoya tous les acteurs italiens, et on ne joua plus que des opéras-comiques. — « La Comédie -Italienne, ayant obtenu la permission de ne plus donner de pièces italiennes, les a remplacées par les comédies de son ancien répertoire, qu'elle avait entièrement abandonnées depuis sa réunion avec l'Opéra-Coniique. On a renvoyé en conséquence tous nos acteurs ultramontains, à l'exception de (Carlin Bertinazzi et de son double, qui continuent de jouer leurs rôles d'Arlequin dans les pièces françaises. » (Grimm, avril 1770.)

Ku 1780, le tbéàtre de la Comédie-Italienne prit le nom de Tbéàtre des Italiens, bien qu'il n'y eût plus un seul acteur italien à ce théâtre.

En 178ri, la salle de la rue Miiuconseil tombant en ruine, on construisit un théâtre sur l'enqjlacement de l'hôtel de Choiseul, sur le boulevard des Italiens, et le Tliéàire des Italiens prit le nom de Théâtre -Favari. Des réparations nécessaires forcèrent la troupe de l'abandonner pour aller occuper le théâtre de la rue Feydeau, qui était destiné à une troupe venue d'Italie, laquelle arriva en 1789, sous la protection de jMonsieur, frère du roi. Elle fut bientôt remplacée par rOpéra-Comique.

En 1701, la salle Louvois a servi momentanément aux représentations de l'opéra français et italien; et aujourd'hui, les Italiens, ou plutôt l'Opéra -Italien, après avoir porté ses pénates de la salle de la place Favart à l'Odéon, est venu se fixer à la salle Ventadour.

C4 INÏRODICTIO.N.

Après celle rajjide esquisse (l(! l'histoire des types cl du jfciire eoiiii(jiie italien, disons donc, et tenons pour certain avec le savant M. Charles ÏMagnin, dont les recherches sont fort précieuses, (pie « le drame pojjidaire l't roturier n'a » jamais nian((ué d'c{>ayer, dans les carrefours, à ciel » découvert, la tristesse des serfs et les courts loisirs des » nuinants : théàtn' indestructible, (jui revit de nos jours » dans les parades en plein veut de Dehuraii; tlii''àtre ipii V unit la scène ancienne à la moderne.... L'érudition peut » trouver à cc^jacitldiarcs , h ces dchisarcs , à ces ijolididi de » nos jours et du moyen à{;e, les plus honorables ancêtres » dans l'antiquité grecque, latine, osque, étrusque, sici- » lienne, asiatique, depuis Ésope, le sage bossu phrygien, » jusqu'à ^laccus, le Calabrais jovial et contrefait, héros » des farces atellanes, devenu depuis, dans les rues de » Nai)les, par la simple traduction de son nom, le très- » sémillant seigneur l^olichinelle. »

Pierrot, Arle(iuin, Léaudre, Cassandre et (^olombine sont, dans la pantomime, les seuls tyi»es italiens restés en France aujourd'hui, et encore chacun d'eux s'est bien transfiguré, aux Funambules et aux Folies-Nouvelles. Fn Italie, il faut les chercher dans quelques petits théâtres ou parmi les marionnettes.

Voici ce qui' dit M. Théophile Cautier à jjropos d'une spirituelle pantomime de M. (Ihanqitîeury, qui fut jouée aux Funambules :

« Fa pantomime est la vraie comédie humaine, et, bien » qu'eJle n'emploie pas deux mille personnages, comme » celle de M. de Balzac, elle n'en est pas moins conq)lète.

» Avec quatre ou cinq types, elle suffit à tout. Cassandre B représente la famille; Léandre, le bellâtre stupide et cossu !> qui agrée aux parents; Colouibine, l'idéal, la Béatrix, le 1) rêve poursuivi, la tleur de jeunesse et de beauté; Arlequin, D museau de singe et corps de serpent, avec son masque » noir, ses losanges bigarrés, sa pluie de paillettes, l'amour, » l'esprit, la mobilité, l'audace, toutes les qualités et tous B les vices brillants; Pierrot, pâle, grêle, vêtu d'iiabits bla- B fards, toujours afTamé et toujours battu, l'esclave antique, » le prolétaire moderne, le paria, l'être passif et désbérité » qui assiste, morne et sournois, aux orgies et aux folies de v ses maîtres. »

Il ne finit pas s'attendre à trouver ici une lii>toire du théâtre italien ; nous ne ferons mention ni du drame merveilleux, qui, en Italie comme dans toute l'Europe, fut essentiellement religieux pendant tout le moyen âge; ni du drame et de la comédie acndcmiques et classiques qui, à partir du quinzième siècle, défrayèrent les cours des princes italiens. Nous ne nous occuperons pas davantage des drames et comédies sérieuses qu'eu Italie on joue de nos jours, en vers ou en musi(|ue, pastiches pour la plupart de notre théâtre français moderne. Ce que nous recherchons, c'est ce qui fait le vrai caractère de l'Italie; c'est cet art sin gaicrif; que l'on ne trouve que là, cette comédie à l'impromptu, fille des aidianex; ces masques pleins d'originalité, ces bouffons remplis de verve et de spontanéité, aussi bien sur la place publique qu'à la cour de Versailles ; c'est enfin de ces comediami dkli.' au-fk, et de leurs successeurs dans la même voie, que nous allons essayer de

(iG ■ IINTUODUCTION.

retrouver l'iiisloire et de retracer les types, à l'aide de la deseriplioii et de nos dessins mis eu litminc, connue on disait jadis pour ijKtvvs , par nolie ami Alexandre Maneeau.

TRIVKLIN, TRUFFALDIN.

« Je suis né à Bergame, Siç/nori , mais il y a si longtemps, que je ne m'en souviens plus. On m'appelait dans ce temps-là.... attendez donc!... je ne me rappelle plus mon nom, pcr Bacco! Excusez-moi si j'en appelle à Bacchus, mais c'est le seul dieu que j'aie jamais pris à témoin.

» Signori, j'ai beaucoup connu, jadis, un certain IMaccus, qui n'était pas aimable tous les jours, et, aloi's, j'avais plus d'esprit que cette grosse brute-là. Plus lanl, je fus valel d'un docteur qui n'était qu'apothicaire, et si avart', (pi'il ne me donnait pour vêtement que les vieux morceaux des habits qui ne pouvaient pas servir à en raccommoder de moins râpés. .l'ai eu de la noble niisère, et longtemps. Vous regardez mon chapt'au? il est presque neuf; c'est le roi IleiH'i JII qui m'en fit présent. Il n'aimait guère les chapeaux; il m'en donna un trop petit pour sa tète de moi-

68 LA COMKDIK ITALIENNE.

iit'au. (jette (|ii{'iie de lapin, c'est reiiilileiiie de son courage et du uiien, non pas courage de brehis, mais courage de lièvre, pour fuir vite et longtemps.

y .l'ai été l)ieu naît, i)our ne pas dire sot, chers ^lessieu'rs; mais, avec ràj;e, l'expérience et l'esprit me sont vernis, et, à présent, j'en ai à revendre. Je me suis dit d'abord, en quittant mon vieil apothicaire, que je ferais mieux d'imiter mon frère lîrighella, c'est-à-dire de me mettre en condition là où on mange bien, .l'ai donc choisi les luUellei'ies; mais, hélas! si les cordonniers sont les plus mal chaussés, les valets d'auberge sont les plus nud nourris. J'ai quitté le métier; je me suis fait soldat, pauvre condition, croyezmoi; puis comédien, sauteur, danseur, pitre et bateleur tout à la fois. Mais, m'apercevant que mes guenilles faisait nt mauvais effet à la cour, j'ai acheté du drap neuf de toutes les couleurs: du voyant, du rouge, du jaune, du bleu, pour remplacer les vieux morceaux de mon petit habillement, qui maintenant n'a pas son pareil à mille lieues à la ronde. Les dimanches et jours de fête, je mets mes habits de satin; mais cela se fripe trop vite, et c'est troj) cher, (lar, faut-il vous le dire, Signori! je n'ai jamais le sou, ce qui ne m'enqjèche pas d'être gai et de plaire aux belles; mais j'ai une attraction particulière i)Our les soul)rettes. Je m'entends parfaitement avec elles pour manigancer certaines affaires amoureuses et délicates où les pères, nuîris ou tuteurs n'ont que faire de mettre le nez. Je suis, pour le moment, valet de condition chez des jeunes gens qui n'ont rien dans la cervelle, mais dont la bourse n'est pas toujours aussi vide. Enfin, en attendant que je fasse mes affaires moi-

AHLEQLLN. GO

même, je fais celles (raiiii'ui, et je dii'ai roniiiie inoii vieil ami Polichinelle : J'en lahms hicii (l'unltcs!

ï Si bien qne je vais maintenant ii la conr; je suis marquis (le SliniJJ'iidrli , et je laisse les servantes de eùlé; je courtise les imn'tresses, et j'aspire à la main d'Isabelle... Mais qu'est-ce que c'est? (jui nie frappe? Oimcl où me cacher? De {jrâce, mon maître, je vous rendrai vos habits, ne me faites pas mourir sous le bâton: laissez-moi mourir de vieillesie! Je reprends mes jjuenilles, ma batte et mon masque; je reviens à Colombine et me venjjerai sur Pierrot. »

Les Grecs représentèrent et mirent en scène tous les peuples de la terre alors connus d'eux, et toutes les classes de la société : citoyens {jrecs, marchands de Tyr, savants et sorciers perses, médecins étrangers, prêtres égyptiens, sorciers chaldéens , soldats macédoniens, barbares scy thés; pédants, parasites-, matrones, jeunes filles, courtisanes de Lesbos ou d'Athènes, paysans, esclaves asiatiques ou africains. Parmi ces derniers, nous trouvons un acteur vêtu, tantôt d'une peau de chèvre, tantôt d'une peau de ti^jre aux couleurs variées qui lui cei{>nait le corps étroitement, une baguette de bois pour toute arme, la tète rasée et couverte d'un cliapeau blanc, le masque de couleur brune; le vulgaire l'apiielait le jeune satyre. Serait-ce là le premier Arlequin?

Dans un article sur Arlequin, Marmontel écrivait, en 177G:

« Celui-ci est en même tenqis le personnage le plus bizarre et le plus plaisant de ce théâtre. Un nègre bergamasque est une chose absurde; il est même assez vraisem-

TO

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Iilahli' ([iriiu iièjjTL' ali'icain fui le prctnicr )iioilclc île ce jii'i'siiiniiii/e. »

Les Sycioiiii'ns, clicz qui les iiiiiiics l'iireiil aussi anciens qu'à Atliènes, (•(niservèrent le iioui de pliall()])li()res à leurs cliaiileiii's j)liallii|ues. Ces phallojjliores de Sveioiie ne portaient point le nuisque, ils se harhouillaieut le visajje de snïr ,J'iili;iiiir Jiuicm oinliicunii , ou se mettaient des écorces de I)apyrus sur la tljfure, c'esl-à-dire un masque de papier, p(jur représenter des esclaves étranjjcrs. Ils s'avançaient en mesure, soit de côté, soit par le fond du théâtre, et leur début était toujours : « lîaccluis ! Bacchus! Bacchus! c'est » à toi, Bacchus, que nous consacrons ces airs. >fous orne- » rons leur simple rhythme par des chants variés qui ne » sont pas faits pour les vierges. Nous n'employons pas de » vieilles chansons; l'hymne que nous t'adressons n'a » jamais été chanté. »

A Rome, ces mêmes pliallophores prenneiit le nom de jilmilpcs. Ce nom leur vint de ce que, n'ayant pas besoin des hautes chaussures tragiques pour se grandir, puis- (ju'ils jouaient tout près du public, sur le thymélé, dans l'orchestre même, ils jouaient pour ainsi dire le pied à plat. De là vient peut-être la coutume de dire par mépris : C'est un pied plai , un hisirioii , un plai valet. Ces acteurs ne représentaient que de petites pièces et des improvisations, des farces atellanes.

Qiiid eiinii si rliDraijiiiDi tlnpiielien))! possidevexiy ninn ex en ar(/ii)iieiil(ife eliain iili nie eaiisiiesse Iriii/irdi M/iiiiiile , liisininiis Cl ovula , luiiiii ceniimeuln , dit Apulée dans son Apologie.

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