LES FREDAINES DE M. PUNCH
« Oh! prêtez-moi l’oreille un moment! je vais vous conter une histoire, l’histoire de M. Punch, qui fut un vil et mauvais garnement, sans foi, et meurtrier. 11 avait une femme et un enfant aussi, tous les deux d’une beauté sans égale. Le nom de l’enfant, je ne le sais pas; celui de la mère était Judith. — Ri g ht toi de roi loi, etc.
» M. Punch n’était pas aussi beau, il avait un nez d’éléphant, monsieur! sur son dos s’élevait un cône qui attei-
POLICHINELLE
gnait la hauteur de sa tète; mais cela n’empêchait pas qu’il n’eût, disait- on, la voix aussi séduisante qu’une sirène, et par cette voix (une superbe haute-contre, en vérité!) il séduisit Judith, cette belle jeune tille. — Right toi de vol lot, etc.
» Mais il était aussi cruel qu’un Turc, et, comme un Turc, il ne pouvait se contenter de n’avoir qu’une femme (c’est, en effet, un pauvre ordinaire qu’une seule femme!); et cependant la loi lui défendait d’en avoir deux, ni vingtdeux, quoiqu’il put suffire à toutes. Que fit- il dans cette conjoncture, le scélérat? Il entretint une dame. — Right loi de roi loi , etc.
» Mistress Judith découvrit la chose, et, dans sa fureur jalouse, s’en prit au nez de son époux et à celui de sa folâtre compagne. Alors Punch se fâcha, se posa en acteur tragique, et, d’un revers de bâton, lui fendit bel et bien la tête en deux.... O le monstre! — Ri g ht toi de vol loi , etc.
» Puis il saisit son tendre héritier... et le lança par la fenêtre d’un second étage; car il aimait mieux posséder la femme de son amour que son épouse légitime, monsieur! et il ne se souciait pas plus de son enfant que d’une prise de macouba. — Right loi de rot loi , etc.
» Les parents de sa femme vinrent à la ville pour lui demander compte de ce procédé, monsieur! Il prit une trique pour les recevoir, et leur servit la même sauce qu’à sa femme, monsieur! 11 osait dire que la loi n’était pas sa loi, qu’il se moquait de la lettre, et que si la justice mettait sur lui sa griffe, il saurait lui apprendre à vivre. — Riglit toi de roi loi , etc.
LA COMÉDIE ITALIENNE
» Alors il se mit à voyager par tons pays, si aimable et si séduisant, que trois femmes seulement refusèrent de suivre ses leçons si instructives. La première était une simple jeune tille de la campagne; la seconde, une pieuse abbesse; la troisième, je voudrais bien dire ce qu'elle était, mais je n’ose; c était la plus impure des impures. — Riglit loi de roi loi, etc.
» En Italie, il rencontra des femmes de la pire espèce; en France, elles avaient la voix trop haute; en Angleterre, timides et prudes au début, elles devenaient les plus amoureuses du monde; en Espagne, elles étaient fières comme des infantes, quoique fragiles; en Allemagne, elles n’étaient que glace. Il n’alla pas plus loin vers le Nord; c’eût été folie. Riglit loi de roi loi, etc.
» Dans toutes ces courses, il ne se faisait aucun scrupule de jouer avec la vie des hommes. Pères et frères passaient par ses mains. On frémit rien qu’à penser à l’horrible traînée de sang qu’il a versée par système. Quoiqu'il eût une bosse sur le dos, les femmes ne pouvaient lui résister. — Riglit loi de roi loi, etc.
» On disait qu’il avait signé un pacte avec le vieux N ici, 'las, comme on l’appelle; mais, quand j’en serais mieux informé, je n’en dirais pas plus long, ('/est peut-être à cela qu’il a dû ses succès partout où il est allé, monsieur; mais je crois aussi, convenons-en, que ces dames étaient un peu couci-couci, monsieur! — Riglit loi de roi loi, etc.
» A la fin, il revint en Angleterre, franc libertin et vrai corsaire.... Cependant le jour approchait, le jour où il devait solder ses comptes. Quand le jugement fut prononcé,
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il ne lui vint que des pensées de ruses en songeant à l'exécution; et quand le bourreau au front sinistre lui annonça que tout était prêt, il lui fit un signe de l’œil et demanda à voir sa maîtresse. — Right toi de roi loi , etc.
» Prétextant qu’il ne savait comment se servir de la corde qui pendait de la potence, monsieur, il passa la tète du bourreau dans le nœud coulant et en retira la sienne sauve. Enfin le diable vint réclamer sa dette; mais Punch lui demanda ce qu’il voulait dire : on le prenait pour un autre; il ne connaissait pas l’engagement dont on lui parlait. — Riglil toi de vol loi, etc.
» Ali! vous ne le connaissez pas? s’écria le diable : trèsbien ! je vais vous le faire connaître. Et aussitôt ils s’attaquèrent avec fureur et aussi durement qu’ils le purent. Le diable combattait avec sa fourche; Punch n’avait que son bâton, monsieur! et cependant il tua le diable, comme il le devait. Hourra! Old Nick (Satan) est mort, monsieur! » — Right loi de vol loi , etc.