‹ Masques et bouffonsChapitre 18 sur 46 · ANGÉLIQUE · texte numérisé non relu

ANGÉLIQUE

Hé! qui frappe si rudement!

MATAMORE

C’est un faiseur d’égorgement. »

Les premiers Capitans italiens datent du quinzième siècle, et leurs costumes ont varié selon les époques. Ils portaient primitivement des buffles, la longue épée, le casque ou morion, et paraissaient toujours masqués. Leurs masques étaient couleur de chair, avec un nez proéminent et d’effroyables moustaches.

« Au Capitan ancien italien, dit L. lliccobini, a succédé » le Capitan espagnol, qui s’habillait selon la nation. Le » Capitan espagnol, petit à petit, détruisit le Capitan ancien » italien. Dans le temps du passage de Charles -Quint en » Italie, ce personnage fut introduit sur notre théâtre. La » nouveauté emporta les suffrages du public; notre Capitan » italien fut obligé de se taire, et le Capitan espagnol resta » le maître du champ de bataille. Son caractère était d’être » fanfaron; mais qui, à la fin, recevait des coups de bâton » de l’Arlequin. »

En Italie et en France, des noms espagnolisés sont portés par les Capitans, tels que : cl Capitano Sangre y fuego, cl Capitano Cuerno de Cornazan, cl Capitano Escobombardon della Papirotonda, cl Capitano Uodomonte, cl Capitano Parafante; le Capitaine Boudoufee, Taille-Bras (1567), Engoulevent, que l’on promenait au carnaval sous le nom de

LE CA P) TAN

Prince des sots, et qui, en 1652, fut le pseudonyme de l’acteur Nicolas Joubert.

Les Allemands eurent aussi au dix-septième siècle leur Capitan , Horribilicribrifax , qui ne fut qu’une copie du Spavento milanais, du Matamore castillan et du Capitaine F racasse.

Le Capitan Matamoros fut le nom prédominant. Sous ce nom de guerre, Sil vio Fiorello, chef d’une troupe de comédiens italiens, parcourait l’Italie au seizième siècle. En 1584 il jouait encore à Naples.

Au seizième siècle, le Capitan Spezza-Monti, connu en France sous le nom de Tranche -Montagne, « fermait les yeux lorsqu’il combattait ses ennemis, afin de ne point voir les morceaux et les membres qu’il allait tailler et couper ».

Le Capitan Fracasso prit son nom du géant Fracassus (qui brise tout), père de Ferragus, dont parle Merlin Coccaie dans sa seconde Macaronée.

Gallot, dans sa série des Petits Panseurs, a représenté quelques-uns de ces Capitans italiens du seizième siècle, entre autres le Capitan Taglia-Cantoni, vêtu d’habits étroits, coiffé d’une toque empanachée, les jarrets entourés de chiffons d'étoffe noués avec prétention, et ne dédaignant pas de croiser le fer avec Fracasso, qui est ici vêtu comme le Pullicinello du même recueil :

Le Capitan Bombàrdon, aux habits collants, à la toque et à la trousse tailladées, l’épée au flanc et chaussé de bottes à revers dentelés. Le Capitan Zerdino, au triomphant panache et au masque orné de lunettes. Le Capitan Gerimonia, le jarret tendu, la main sur sa rapière, dont la pointe menace

LA COMEDIE ITALIENNE

le ciel en soulevant son manteau tout entier. 11 est fort cérémonieux, comme son nom l’indique, car, rencontrant la signora Lavinia (Diana Ponti), il paraît lui adresser un doux regard à travers son masque, en mettant sa toque tailladée à la main :

Les Capitans Mala- Gamba et Bella-Yita, cagneux tous les deux, se saluant avec précaution et défiance. Ceux-ci portent d’immenses collerettes empesées, des jarretières exagérées par-dessus des bottes. Leurs manches, leurs trousses, leurs chausses, sont tailladées à la mode du temps de François 1er.

Le Capitan Cardoni, le Capitcin Babeo (l’imbécille), les Capitans Esgangarato, Cocodiullo et Grileo portent le costume des danseurs.

Page 1