LL VA F PO
Le Vappo ou Smargiasso, c’est-à-dire le fanfaron, Lavaleur de charrettes ferrées, est un type napolitain, représentant le spadassin d’il y a soixante ans. Grand querelleur, vantard à l’excès, et, avant tout, poltron outre-mesure, comme les autres variétés de ce type. 11 porte le costume que portait le Capitan au siècle dernier : l’habit carré et ample de la régence, un tricorne d’une hauteur exagérée, un haut-
LE CAPITAN
de-chaus§es jaunâtre mal boutonné, et une longue rapière dont la garde vieillie et rouillée fait un grand bruit de ferraille. C’est un personnage cambré, dégingandé, prenant des poses « terrifîcques », un Franca-'Frippa de Callot qui s’est vêtu un peu plus à la moderne. 11 eût mieux fait de conserver son sayon de toile jaune et son feutre démesuré.
I» OC A NT INC).
Les Romains ont aussi une sorte de Capitan, Rogantino, qui a les mêmes allures et le même caractère que leur Marco-Pepe. A Bologne, le caporal Rogantino est le même chef de sbires; il est brutal, a un accent bizarre, fait vibrer les r; et, quand il vient arrêter quelqu’un, si le coupable a échappé, il empoigne souvent un innocent; essaye-t-on de l’en empêcher, il veut alors frapper et incarcérer tout le monde.
La scène se termine par une mêlée générale, de laquelle Rogantino sort toujours dans un état pitoyable. « Us m’ont bien battu, dit-il, mais je leur en ai dit! » Ce personnage est, encore aujourd’hui à Rome, avec Pulcinella et Casrandrino , un des héros de la baraque de marionnettes de Gaetanaccio, impressario plein de verve et d’esprit, qui fait jouer à Rogantino des rôles semblables à ceux que le Sergent du guet remplit, chez nous, dans les farces de Polichinelle.
COLOMBINE
BETTA, FRANCISQUINE, DIAMANT i NE, MARINETTE, VIOLETTE, CORALINE, LA GUAIASSA.
Dans la Mostellaire de Plante, Philematie, musicienne, a pour servante une certaine Scaphe, qui lui tient des discours tout semblables à ceux que Diamantine tiendrait à Aurélia, ou Colombine à Isabelle. Dans la scène qu’on va lire, nous assistons à la toilette d’une femme de l’antiquité.
« Pii il emàtie. Vois, je t’en prie, ma Scaphe, si cet habitlà me sied bien; car je veux plaire à Philolache, lui qui est tout à la fois et mon bien -aimé et mon maître.
Scaphe. Pourquoi ne cherchez -vous pas à acquérir des manières provocantes, galantes, puisque vous êtes tonte jolie? Les amoureux n’aiment pas une femme pour ses habits, mais pour elle-même.
Philematie. A présent, qu’en dis-tu?
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LA COMEDIE ITALIENNE
Scapiie. Touchant quoi?
Philematie. Regarde-moi bien, et conviens avec moi que ce vêtement me rend plus belle.
Scapiie. La force de votre beauté a plus d’éclat et d’influence que votre parure. Tout ce que vous mettez en reçoit de la grâce et du prix.
Philematie. Je ne veux pas que tu me flattes.
Scapiie. Si j’osais, ma bonne maîtresse, je dirais que vous êtes bien folle! Comment, vous aimez mieux qu’on vous critique à faux que de vous louer avec raison ! Voilà un étrange goût! Quant à moi, par Pollux! j’aime bien mieux recevoir des louanges que je ne mérite pas, que des reproches sur mes défauts que je connais, ou des moqueries sur ma figure.
Philematie. Je déteste les gens qui me veulent plaire par des mensonges.... Si je manque en quelque chose, fais -moi le plaisir de m’en corriger.
Scapiie. Assurément, vous agissez grossièrement contre vos intérêts quand vous vous donnez tout entière à Philolache. Vous ne comptez que sur lui; vous êtes tellement soumise, complaisante, obéissante à ce jeune homme -là, que, pour l’amour de son beau nez, tous les autres amants ne vous sont rien : ce n’est pas à une courtisane de n’avoir qu’une intrigue; elle doit laisser cela aux dames de liant parage.
Philematie. Depuis que mon cher amant m’a délivrée du pesant et honteux esclavage , je ne fais que mon devoir en lui témoignant cent fois plus de tendresse que quand je le flattais pour obtenir ce qu’il a fait pour moi.
COLOMBIE E
Scapiie. En ce cas, regardez -le comme un époux de conscience et d’honneur, aussi bien que de tendresse, et, sur ce pied -là, laissez croître vos cheveux comme les femmes mariées 1 .
Piiilematie. Regarde si ma coiffure est bien arrangée, et si chaque cheveu est bien à sa place. Donne -moi mon blanc.
Scapiie. Qu’en voulez-vous faire?
Piiilematie. M’en mettre sur le visage, m’en frotter les joues pour m’embellir.
Scapiie. C’est comme si vous vouliez blanchir l’ivoire avec de la suie.
Phil ematie. Donne -moi aussi du rouge (purpurismum).
Scapiie. Vous allez gâter par ces couleurs le plus bel ouvrage de la nature. Tenez-vous-en au brillant de votre jeunesse. Ni la céruse, ni le fard de l'ile de Mélos, ni quelque plâtrage que ce soit ne vous est nécessaire.
Piiilematie. Ne crois- tu pas que je ferais bien de me frotter d’odeurs et de me parfumer?
Scapiie. Gardez -vous -en bien! Une femme sent toujours lion dès qu’elle ne sent rien. Car que pense-t-on de ces femmes qui se parfument, qui s’annoncent elles- mêmes par leurs bonnes odeurs? On les traite de vieilles édentées qui cherchent à cacher sous le fard les défauts et les exhalaisons de leur carcasse. Quand, chez ces squelettes
1 Les courtisanes ne se laissaient point croître les cheveux, pour pouvoir s’habiller en homme quand l’envie leur en prenait. Mais celles qui étaient fidèles à leurs amants gardaient les cheveux longs, montrant par là leur conduite régulière.
LA COMEDIE ITALIENNE
ambulants parés et embaumés, les parfums se mêlent à leur mauvaise odeur, elles sentent comme un mélange de plusieurs sortes de sauces; vous ne sauriez dire précisément ce qu’elles sentent, mais assurément ces femmes sentent mauvais.
Philematie. Examine attentivement ma longue robe et mes bijoux; me trouves-tu bien parée? Tout ce que j’ai me va-t-il bien?
Scaphe. Ce n’est pas à moi d’en juger; c’est le seul Philolache qu’il faut consulter là-dessus. La pourpre est bonne à cacher la vieillesse, et, quant à l’or, il sied mal à une femme. »
BEJTA.
l)e l’esclave flatteuse, cynique et corrompue, est née sur le théâtre italien la Sevveiia ou Fantesca, servante confidente, plus tard, en France, la Soubrette, emploi qui se confond avec celui des villageoises éveillées et malicieuses. Dès lo^S, nous voyons des femmes dans cet emploi sur le théâtre de Padoue, dans les vives et remarquables comédies d’Angelo Beolco (Buzzante). C’est Betta et Bettia pour Elisabetta, Gnva pour Genoveffa, Gitta pour Gianetta, Nina, Besa, etc. Ce sont, la plupart du temps, des paysannes qui trompent leurs époux ou leurs amants pour fort peu de chose, « un morceau de pain ou un ruban », ou même très- souvent par esprit de contradiction : ainsi, Bettia s’est enfermée avec son amant, Tonin, l’homme d’armes, et parle de la fenêtre avec Buzzante, son mari,
COLOMBINE
qui lui dit d’ouvrir la porte et de s’en venir avec lui à la maison, où il lui pardonnera sa faute.
« Je n’ai que faire de ton pardon... tu en prends à ton aise; au logis, c’est moi qui suis chargée de toute la peine, et je ne m’en soucie plus. Pendant que tu restes à ne rien faire, le derrière cloué à ta chaise, il faut, moi, que je mette les mains à tout, fermer, ranger, en haut, en bas, à gauche, à droite, dessus, dessous. Va-t’en chercher une autre servante pour nettoyer tes pots et tes -écuelles, pour faire ton service et celui de la maison! Quand nous sommes au lit, tu dors comme un sahot. Est-ce là la conduite que doit tenir un mari vis-à-vis de sa femme? Et tu crois que moi, qui suis fraîche et frétillante comme le poisson dans l’eau claire, je n’aurai pas une autre société que la tienne, si je le veux bien? Je suis ici , et j’y reste; j’v prends du bon temps. J’en suis fâchée pour Ion honneur, mais c’est toi qui l’as voulu! »