FRANCIS QUI N E
Dès 1550, les servantes portent, dans la troupe des Inlronali, les noms de Colombina, Oliva, Fiametta, Pasquella , Nespola , Spenetta. Mais la plus célèbre actrice dans cet emploi fut Silvia Uoncagli, née à Bergame, qui, sous le nom de Franceschina, vint en France avec la troupe des Gelosi en 1578. Elle retourna en Italie avec la troupe, et joua à Florence les rôles de servante d’Isabelle (Isabella Andreini) ou les Travestis sous le nom de Lesbeno. Cette
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actrice possédait parfaitement notre langue, et se permettait parfois l'improvisation tout en français. Vittoria, dont le nom était Antonella Bajardi, Olivetta, Ortensia et Nespola, avaient le même emploi dans cette troupe.
La soubrette qui faisait partie de la troupe des Fcdcli, et qui vint à Paris avec G. B. Àndreini, portait encore le même nom, mais orthographié Fracischina.
La femme légitime ou supposée de Tabarin, qui improvisait sur les tréteaux de la place Dauphine, portait aussi le nom de guerre de Francisquine. L’Étoile prétend qu’elle était Italienne; il la confond certainement avec Silvia Roncagli. Son véritable nom était Anne Begot, dont la réputation valut mieux que celle qu’on lui fit, le badaud peuple de Paris prenant à la lettre les farces qu’elle jouait et les sottises qu’elle débitait.
Dans une farce tabarinique, Francisquine se plaint amèrement de son mari Tabarin : 0 N’est- ce pas une chose misérable, dit-elle, d’être mariée aujourd’hui à un ivrogne qui ne prend d’autre soin que de sa cuisine! Il est toujours au cabaret! » Tabarin, qui l’a écoutée, lui demande si c’est de lui qu’elle parle : « Fais attention à ce que tu dis, ou je me jetterai sur ta friperie et n’en bougerai de trois heures. » Elle s’arrange de manière à donner rendez-vous au sieur Piphagne, qui jargonne l’italien, et à Lucas, l’un à minuit, l’autre à deux heures, moyennant chacun cent écus. Tabarin, ayant entendu le marché, dit qu’il sent déjà les cornes lui percer la tête.
«Tabarin. Eh bien, madame la carogne! quel marché avez-vous fait?
COLOMB! NE
Francisquine. Voilà comme Tabarin me traite ordinairement. Merci de ma vie, je ne suis pas de ces gens-là!
Tabarin. Comment, mort-diable! ne t’ai -je pas entendue faire le marché?
Francisquine. Je n’eusse pas voulu faire cela sans vous avertir, mon mari; mais c’est pour attraper leur argent.
Tabarin. Encore as-tu de l’esprit! Laisse-moi manier cette affaire-là; va-t’en au logis, apprête-moi tes vieux habits et me laisse faire. »
Tabarin, habillé en femme, vient à l'heure et au rendezvous; il reçoit les cent écus de Piphagne et l’attache à un poteau. Lucas vient à son tour, donne l’argent, et, sur l’ordre de la fausse Francisquine, il bâtonne Piphagne. Cela fait, Tabarin se démasque à Lucas et l’attache au même endroit, puis le fait battre par Piphagne. Francisquine arrive et fait cesser les corrections réciproques en corrigeant son mari. La farce finit par une mêlée générale.
Maria Antonazzoni joua d’abord dans la troupe des Gc/osi sous le nom de Uicciolina. Après la disparition de cette troupe, elle entra dans celle d’Andreini (les Fedeli ) en 1615, à Florence.
Gallot l’a représentée dans sa série des Petits Acteurs.
En 1644, sous le nom de Bettina, Elisabetta Dafflizio jouait les rôles de servante ou de paysanne, à Venise.
D1AMANTINE.
Patricia Adami, née à Rome en 1655, connue sous le nom de Diamantine, joua d’abord en Italie avant devenir
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en France. Après la mort de son mari, Adami, comédien qui mourut jeune, elle vint débuter à Paris en 1660, et son talent varié fit bientôt oublier l’actrice qui l’avait précédée, en 1655, dans la troupe appelée en France par Mazarin. De celle-ci on ne connaît que le nom de théâtre, Béatrix, par ces quatre vers de Loret :
« Mais pour enchanter les oreilles,
Pâmer, pleurer, faire merveilles,
Mademoiselle Beatrix Emporta, ce jour-là, le prix. »
Patricia Adami était petite, un peu brune de peau, mais extrêmement jolie , et d’une grande vivacité sur la scène. Augustin Lolli, qui jouait les Docteurs, devint amoureux d’elle et l’épousa. Elle continua ses succès et remplit son emploi jusqu’à ce qu’une nouvelle gloire vint l’éclipser, c’est-à-dire jusqu’au début de Catherine Biancolelli ( Colom bine). En 1685, Diamantine, se sentant déjà vieille, se retira tout à fait du théâtre.
COLOM BINE.
Ce type de la soubrette est toujours le même; depuis Plaute jusqu’à Gherardi, et depuis Gherardi jusqu’à nos jours, il a peu varié; mais la soubrette s’est personnifiée dans le personnage de Colombine par Thérèse, Catherine et la seconde Thérèse Biancolelli, la grand’mère, la petitefille et l’arrière-petite-fille, toute une génération de Colombines. La plus remarquable , par son talent varié et ses créations nombreuses, est Catherine Biancolelli (planche 15),
CO COMBINE
fille du célèbre Dominique, et femme de Pierre Lenoir de la Tliorillière , élève de Molière et acteur distingué dans la troupe de celui-ci. Elle est tantôt soubrette, tantôt maîtresse, avocat, danseuse, chanteuse, homme à bonnes fortunes, etc. Elle remplissait également bien, dit-on, tous les emplois, et parlait facilement plusieurs langues, dialectes et jargons. Elle semble avoir été une personne très-instruite et d’un véritable talent. « Elle était petite, un peu brune de peau, mais d’une figure très- agréable. Elle avait plus que la beauté, elle avait de la physionomie, l’air très-fin, le geste aisé et la voix douce et gracieuse. » Née en 1665, de Joseph-Dominique Biancolelli et d’Ursula Cortèze, connue au théâtre sous le nom cI’Eulaiua, elle prit le surnom de Colombine, surnom déjà en vogue au théâtre depuis 1560, parce que sa grand’mère du côté paternel l’avait déjà porté, et s’était fait peindre en habit de ville, tenant un panier qui renfermait deux colombes, par allusion à son nom de théâtre. Ce portrait était dans la maison que Dominique habitait au village de Bièvre, près de Paris.
Catherine débuta, le 11 octobre 1685, dans Arlequin Protèe. Elle entrait en scène où son père était en Arlequin , et lui disait en italien : « On m’a dit que Votre Seigneurie voulait me parler. Niais quelle drôle de figure a Votre Seigneurie! elle me fait l’effet d’un dindon à la daube....
— Comment cela, un dindon? répliquait Arlequin; je suis comédien et chef d’une troupe de dindons... je veux dire d’une troupe de comédiens. Mais je vous ai fait demander parce que je sais que vous avez de grandes dispositions pour la comédie, et je vais vous donner un rôle
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dans l’Incendie de Troie: je ferai le cheval, vous ferez l’incendie, » etc. Colombine refuse cette pièce, qui finirait en fumée et ferait mal aux yeux des spectateurs. On s’arrête au choix des Amours de Titus et de Bérénice. Colombine dit qu’elle va s 'embérênicer ( imberenicciarmi ), et Arlequin va se l il usiner ( intitusinarmi ) .
Elle eut un grand succès, et dès ses débuts elle lâcha la bride à toute sa verve et à toute son audace d’improvisation. Soubrette d’Isabelle, elle fait des remontrances à sa maîtresse, désolée d’épouser un homme qu’elle n’aime pas.
« Vous vivrez, lui dit- elle, comme vivent les femmes de Paris. Les quatre ou cinq premières années, vous ferez bonne chère et grand feu; et puis, quand vous aurez mangé la meilleure partie du bien de votre mari en meubles, en habits, en équipages, en pierreries, vous vous séparerez de corps et de biens; on vous rendra votre mariage, et vous vivrez après cela en grosse madame. Ce que je vous dis là, c’est le grand chemin des vaches. Que vous êtes bonne ! est-ce qu’on épouse un homme riche pour l’aimer ? »
Ailleurs elle dit de franches vérités à son maître :
« Tout franc, monsieur, si vous n’y prenez garde, avec vos millions, vous allez devenir la risée de tout Paris. On sait bien que, dans la vie, il n’est si petit ni si grand qui n’ait parfois quelque chose en la tète : mais c’est une honte de vous voir, sans sujet, lamenter votre vie, et lésiner depuis le matin jusqu’au soir sur le plus nécessaire de la maison. Hélas! où est le temps que vous jetiez tout par les fenêtres et qu’il n’était mention que de vos bombances et