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de votre belle humeur? Reveniez -vous de la ville, vous causiez un moment avec moi; vous me passiez la main sous le menton : Colombine par-ci, Colombine par-là; tantôt des rubans, tantôt une bague, tantôt un éventail. Enfin on avait, de temps à autre, quelque petite marque de votre souvenir. Présentement, vous rentreriez cent fois sans dire : Dieu te gard. Vous ne dégrondez point; vous êtes vilain comme lard jaune, bourru comme un diable. De cinquante valets, vous en avez congédié quinze. 11 n’y a plus que trois carrosses chez vous, et je crois, Dieu me pardonne! que vous retrancheriez jusqu’à votre femme, pour en épargner les habits. »
A propos de coquetterie, Colombine parle ainsi à Isabelle :
« Il ne faut pas que les choses aillent dans l’excès. Mais je vous assure qu’une petite pincée de coquetterie répandue dans les manières d’une femme la rend cent fois plus aimable et plus appétissante.... Et si, je ne parle que d’après ma mère, qui était une merveilleuse femme sur ces
matières-là . le lui ai entendu dire cent fois qu’il en est
de la coquetterie comme du vinaigre : quand on en met trop dans une sauce, elle est piquante et insupportable; quand il y en a trop peu , elle est si fade qu’on n’en saurait tâter; mais quand on attrape cette médiocrité qui réveille l’appétit, on mangerait ses doigts. Il en est de même d’une femme. Quand elle est coquette aux dépens de son honneur, ti ! cela ne vaut pas le diable ; quand elle ne l’est point du tout, c’est encore pis, sa vertu semble confondue avec son tempérament, et vous diriez d’une beauté en
LA COMÉDIE ITALIENNE
léthargie. Mais quand une belle se sent, et qu’elle n’a d’enjouement que ce qu’il en faut pour plaire, ma foi, franchement, si j’étais homme, j’en voudrais par là. »
Dans le Banqueroutier , pour prouver à Isabelle qu’elle a le cœur plus tendre qu’elle ne l’avoue, voici ce qu’elle imagine :
« Colombine. More ! apporte-moi ici un manteau, une écharpe, une perruque et un chapeau du frère de mademoiselle. Pendant que nous avons le temps, il faut que je fasse la folle. Je veux contrefaire un de ces soupirants du bel air.
Isabelle. Mais encore comment t’appellerai-je?
Colombine. Vous m’appellerez chevalier.... Or eà, tenezvous bien sur vos gardes. Je vais vous pousser, ma foi, des fleurettes aussi franches.... Vous riez? Si Dieu m’avait faite homme, j’aurais été un dangereux pendard. (Elle sort et revient en habit de chevalier.) Ce n’est, ma foi! pas sans peine, mademoiselle, qu’on parvient à votre appartement.... Si votre brutal de portier avait des chausses froncées, on le prendrait pour un suisse. Savez -vous qu’il y a deux heures, au pied de la lettre, que je suis à votre porte, et que ce maroufle-là n’aurait point ouvert si je ne m’étais avisé de dire que j’étais de vos parents?... Tenez-moi pour un coquin si je vous ments.... A propos, vous ai-je dit que je vous aime ?
Isabelle. Cela n’est point encore parvenu jusqu'à moi !
Colombine. Nous autres gens de cour, nous sommes tellement dissipés que, très-souvent, il faut qu’on nous devine.... Je vous trouve d’un fleuri... qui touche.