‹ Masques et bouffonsChapitre 40 sur 46 · OTTAVIO · texte numérisé non relu

OTTAVIO

Le 2 novembre 1688, Jean-Baptiste Constantini, frère puîné d’Angelo Constantini (Mezzetin), étant arrivé de Vérone, sa patrie, débuta au théâtre sous le nom d’OnAvio (planche 25).

« Le 2 novembre 1688, les comédiens italiens ont joué » pour la première fois une comédie toute italienne, inti-

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» tulée la Folie d’Otiavio. Celui qui représente Ottavio est i> un jeune homme qui fait le personnage d’amant. 11 est » fds de Gradelin et frère de Mezetin. Il fut applaudi de » toute l’assemblée. Il joua de sept sortes d’instruments, » savoir : la flûte, le théorbe, la harpe, le psaltérion, la b cymbale, la guitare et le hautbois, et, le lendemain, il b y ajouta l’orgue. 11 ne chante pas mal, et danse fort b bien. 11 est bien fait de sa personne, b ( Noie de M. de Tralage .)

Octave succéda à Àurelio dans l’emploi des seconds amoureux.

En 1094, il prit les premiers rôles, quand Cinthio les quitta pour ceux de docteur et de père.

En 1697, après l’expulsion des comédiens italiens par ordre de Louis XIV, Constantin! se retira dans sa patrie, à Vérone, et rendit des services importants aux généraux français pendant la guerre de 1701. Les Impériaux s’en vengèrent en faisant le dégât dans ses propriétés.

« Le chevalier de Lislière, envoyé par le roi en Italie b pour reconnaître les postes, les campements et les mar- » elles des ennemis, certifie que le sieur Constantini b Octave, gentilhomme de Vérone, a donné des preuves b essentielles de son zèle et de son attachement pour la » France; ayant fait plusieurs voyages par ordre des généb raux, et si utiles, qu’il a été le premier qui a donné b l’avis de la marche des ennemis en Italie; ce qu’il a fait b à ses dépens, ayant refusé les gratifications que les géné- >■> raux lui ont offertes; et que les ennemis ayant su, et étant b informés de son zèle pour la France, lui ont ruiné les

LA COMÉDIE ITALIENNE

» biens qu’il avait aux environs de Vérone; et m’ayant » demandé le présent certificat, comme ayant été souvent » chargé de lui donner les ordres des généraux, je n’ai » pu refuser mon témoignage pour marquer le zèle et l’at- » tachement dudit sieur Constantini aux intérêts de la » France, et la manière désintéressée avec laquelle il en » a donné des preuves.

» Fait au camp de Saint-Pierre de Linage, le 12 juin 1701.

» Signé Lislière. »

Ottavio revint à Paris en 1708 complètement ruiné, et obtint du roi, par la protection du maréchal de Tessé, en récompense des services qu’il avait rendus aux armées devant Vérone, l’inspection de toutes les barrières de Paris. Cet emploi, assez considérable, le mit à même de monter des représentations, et de faire une sorte de théâtre italien aux foires Saint-Germain et Saint-Laurent en 1712. Mais, comme il avait peu d’ordre et beaucoup de besoins, il fit d’assez mauvaises affaires. Aussi, quand la troupe italienne appelée par le Régent vint en France en 1716, il alla offrir ses services à ses compatriotes qui les acceptèrent avec empressement. Mais, soit désordre ou incapacité des gens qu’il employa pour monter les machines et faire les réparations au Palais-Royal, ses camarades le remercièrent au bout d’un mois.

Il mourut, en 1721, à la Rochelle. « Il avait de l’esprit » et des talents pour la conduite d’un spectacle; mais, » ainsi que son père Gradelin et son frère Mezetin, l’amour

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» effréné des femmes et les dépenses de la table le rendi- » rent toujours malaisé et misérable à la fin de sa vie. »

Jean-Baptiste Constantini avait épousé, en Italie, une très-belle femme nommée Térésa Corona Sabolini, qui jouait sous le nom de Diana. Elle ne vint point en France avec son mari.

En 1694, Charles- Vigile Romagnesi de Belmont, petit-fils d’Aurelia et d’Orazio, débuta ii la Comédie italienne sous le nom de Léandre.

Doué d’une jolie figure et de talents innés pour l’art dramatique, il joua tous les amoureux jusqu’en 1697. Après la fermeture de la Comédie italienne, il s’engagea dans la troupe de Tortoretti (Pasquariello) et parcourut la France avec lui. Il s’éprit de la fille de Jean-Baptiste Constantini (Ottavio), qui courait aussi la province, alla avec celui-ci en Forraine, revint à Paris en 1707, où il épousa celle qu’il aimait (Elisabetta Constantini). Il mourut en 1731.

FELIO

(jolis riccoboni).

« Fouis Riccoboni (dit Lelio) était né à Modène en 1674; fils d’un comédien célèbre, il suivit la profession de son père, Antoine Riccoboni, et remplit toujours avec succès l’emploi de premier amoureux sous le nom de Federigo. Il entra dans la troupe de la signora Diana, femme de Jean-Baptiste Constantini, connue dans l’ancienne troupe sous le nom d Ottavia Diana; elle l’engagea à quitter le

La comédie italienne.

nom de Federigo pour prendre celui de Lelio, qu’il a toujours porté depuis, en Italie et en France. Riccoboni avait épousé, en premières noces, la sœur de Francesco Materazzi, qui jouait le personnage du Docteur dans la troupe du Régent. Cette première femme se nommait Gabriella Gardelini, et jouait les soubrettes; mais elle quitta cet emploi pour les secondes amoureuses. Elle mourut jeune et sans laisser d’enfants à Riccoboni, qui se remaria et épousa Elena Baletti (dite Flaminia). »

Louis Riccoboni avait été chargé de former la troupe italienne qui vint en France, en 1716, sous le titre de Comédiens ordinaires de S. A. S. monseigneur le duc d’ Orléans , régent de France. !1 avait alors vingt-deux ans.

Le 26 avril 1729, il prit sa retraite avec sa femme Flaminia et son fils François Riccoboni; mais Flaminia et Riccoboni fils rentrèrent au théâtre quelque temps après.

Lelio jouait avec beaucoup d’entrain; « personne ne caractérisait les passions outrées avec tant de vraisemblance ». U joignait au talent d’acteur excellent celui d’auteur distingué. Il a composé une trentaine de pièces, et, de plus, une Histoire raisonnée du Théâtre italien, un Poème italien sur la déclamation, des Observations sur la comédie et sur le génie de Molière.

Ap rès avoir pris sa retraite, il se rendit à la cour du duc de Parme, qui lui donna l’intendance des théâtres de son duché et de sa maison. Après la mort de ce prince, il revint en Lrance, où il mourut, en 1753, âgé de soixantedix-neuf ans.

« Dans l’année 1690, à l’âge de treize ans, dit-il dans

LELIO

son Histoire du Théâtre italien, je commençais à fréquenter le théâtre : presque tous les comédiens de ce temps -là étaient ignorants... Les amoureux étaient des fils de comédiens sans aucune éducation, ou des jeunes gens qui embrassaient la profession de comédien par un principe de libertinage. » Riccoboni parle, dans son Histoire, d’un acteur qui chercha comme lui à relever la bonne comédie, c’est-àdire la comédie classique, apprise par cœur et versifiée.

« Comme dans toutes les professions, dit-il, il se trouve souvent un homme d’esprit et de goût qui se distingue des autres; dans les derniers temps où les comédiens avaient encore la liberté d’aller jouer à Uorne pendant le carnaval, un jeune homme de cette grande ville prit le parti de la comédie et suivit une troupe. Il eut le bonheur de tomber entre les mains de Francesco Calderoni, dit Silvio, et d’Agata Calderoni, dite Flaminia, sa femme, dont la mienne est petite-fille, qui, ayant conservé un reste de cet art (la comédie classique), lui ouvrirent une bonne porte et lui montrèrent le bon chemin.

» Ce jeune homme, qui ne cherchait qu’à se faire honneur, passa par tous les degrés de la comédie, et, par son application et son étude, parvint à être chef d’une troupe et le premier acteur de son temps; celui dont je parle se nomme Pietro Cotta, dit Lelio; il a toujours passé pour un homme d’une grande probité, ennemi déclaré de toutes les pensées équivoques et de toutes les licences qui, à la fin du siècle passé, étaient si fort en usage sur nos théâtres déréglés. »

En effet, Lelio voulut relever la comédie « dans toutes

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