A R REQUIN
TRUFFA LD IN.
La première création de ce personnage eut lieu vers 1550, dans la troupe d’Angelo Beolco (Ruzzante). Il représente le valet rusé et menteur, sons le nom de Truffa [le fourbe). Ce type devint populaire en Italie, et, vers le milieu du dixseptième siècle, il devint une des variétés de l’Arlequin, sous le diminutif de Truffaldino.
Dans la Vaecaria de Ruzzante, Truffa est valet de Flavio, jeune amoureux, et dans la Rhodiana du même auteur, valet de Roberto, qu’il aide dans ses amours :
« Vous pouvez vous fier entièrement à moi, lui dit-il, car bien que vous me voyiez sous ces habits de paysan, je ne suis cependant pas de basse extraction. Je ne me découvre qu’à vous seul, bien certain que vous ne divulguerez pas mon secret. Sachez que mon vrai nom est Gasparo, fils de Roberto San-Severino; j’ai été forcé de fuir mon pays par amour pour une belle dame dont j’étais épris et dont les parents en voulaient à ma vie. J’ai voyagé en Italie, en Orient et en Occident, où j’ai appris plusieurs langues, ce qui m’a été fort utile par la suite. Finalement, étant à Venise, je me suis énamouré de la sœur de ma patrone, nommée Lucretia, et, afin de pouvoir lui parler en secret, j’ai pris l’habit des paysans; et 11e vous offensez pas si, seul avec vous ou en compagnie, je me sers du langage correspondant à mon habit. »
Vers 1758, Sacchi jouait en Italie et surtout à Venise sous le nom de Truffaldino , caricat ure bergamasque, des
rôles semblables à ceux cl’Arlecchino. Goldoni et l’abbé Cliiari s’étaient vantés de chasser cl n théâtre la comedia deir acte et les masques de cuir; Sacchi, voyant la comédie nationale disparaître, partit de Venise avec sa troupe et ses amis, le Brighella, le Tartaglia et le Pantalon, pour chercher fortune au delà des mers. Mais le tremblement de terre de Lisbonne les chassa du Portugal; Sacchi revint alors à Venise avec sa troupe, et, en 1761, le théâtre de San- Samuel, fermé depuis cinq ans, fut nettoyé, et la réouverture se lit par l’Amour des trois oranges, fable en cinq actes, de Carlo Gozzi. Le genre fiabesco (merveilleux), ayant Gozzi pour soutien, fit fureur à Venise jusqu’en 1769, époque à laquelle une troupe rivale de celle de Sacchi, s’emparant des pièces et des acteurs du pauvre imprésario, fit tomber son théâtre au profit de celui de Sant-Angelo, malgré l’essai de comédies soutenues et apprises qui fut fait par Sacchi; « mais, dit M. Paul de Musset, la décadence et la dispersion de la troupe Sacchi n’en étaient pas moins inévitables. Truffaklin prenait de l’âge et perdait ses jambes. Pour surcroît de complication, ce vieux fou s’avisa d’être amoureux de la Ricci (la maîtresse de Ch. Gozzi), et malgré ses soixante-dix ans, il donna de l’ombrage à notre poète, qui voulait bien se contenter du titre d’ami, à condition de ne point voir d’amant en titre. Un jour, Gozzi trouva sa belle occupée à tailler du satin blanc pour faire une robe. C’était un cadeau de Sacchi, et la jeune première, avec la naïveté italienne, aurait bien voulu conserver à la fois les aunes de satin et sa vertu. La chose étant décidément impossible, elle garda le satin. »
ARLEQUIN
La donnée du personnage que Sacclii représentait consistait à être poltron, battu et trompé. Vantard, trèsorgueilleux de sa naissance et traitant tout le monde de bâtard, il n’en était pas moins, la plupart du temps, le souffre-douleur de la pièce. Sacclii était un admirable improvisateur, aussi les rôles qui lui étaient destinés ne sont-ils pas écrits dans les pièces de Charles Gozzi.
« Personne, dit celui-ci, ne pourra écrire le rôle de Truffaldin, pas plus en prose qu’en vers. Il suffit au Sacclii de connaître l’intention de l’auteur pour improviser des scènes supérieures à toutes celles qu’un écrivain pourrait lui tracer. »
Les parties de la pièce où Truffaldin, ainsi que les autres masques, doit agir, ne sont indiquées que par : « Truffaldino entre, fait ses plaisanteries, » ou bien, simplement : « 11 entre, puis sort. » Dans certaines pièces, cependant, son rôle est plus explicite.
« Truffaldin : "S ous me demandez ce que je suis et ce (pie je sais faire. Je vais vous le dire et vous raconter sincèrement ma vie. Je suis sorti de l’hôpital des Enfants trouvés. Laissez-moi un peu penser à mon arbre généalogique ! A coup sur, il y a quelque probabilité que je suis fils de roi, car j’ai toujours senti dans mon sang une grande supériorité. Dans l’hôpital, on voulut m’apprendre à lire et à écrire. Mais ma grandeur d’âme ne put jamais s’abaisser à cette mesquinké; par suite d’une certaine férocité royale, il m’arriva même de rompre le crâne au magister. Après quoi je me sauvai, et, grâce à mon héroïsme, je me lis mendiant. Pris par des corsaires, je fus vendu comme