‹ Masques et visages GavarniChapitre 3 sur 45 · LES PARTAGE! SES · texte numérisé non relu

LES PARTAGE! SES

— A ta place, moi, je lui reprocherais tous

mes torts... Et ça serait fini.

— J\e plus m 'aimer! ... Mais Paméla, ce serait un luxe que vos moyens ne vous permettent pas.

— Pont-à-Mousson ? C'est une bien petite Ville, mais les hommes n'y sont pas ennuyeux comme ça!

— Vojons, Tibine, cle\enons une femme honnête.

Difficile !

Vous n'avez jamais essayé.

— Et dire qu'on a eu cinq mille francs de lover, calèche orange et loge aux Hou (Tes, et tout!

— Ah! dam! les hommes se suivent et ne se ressemblent pas.

— As-tu ' jamais vu! Klodie Charnu qui ne vous regarde plus les camarades depuis qu'elle a trouvé un serin de monsieur pour se marier!... Ça fait des manières et ea a dansé dans les chœurs... Je nous demande un peu, une porte-maillot comme ça!...

— Et qui en avait vu des cavalcades!

— (Qu'est-ce qui te dit que Louison valait mieux (prune autre?

— Mais toujours, la voilà mariée, vicomtesse de Coquanh , poste dans le inonde, reçue partout....

— Parce que ça trouve un serin dans upe couvée de pierrots !.. Yoilà-t-il pas!

LES PARTA GELSES .

brute retourne au

Vous connaissez ce cachemire ?

Parbleu! Ce qui vient de la

— .... Enfin, mon cher, au carnaval suivant, je lui donnai

fils, à cet animal.

— Eli bien ?

— Eh bien ! il n'en a pas voulu !

— Je vous ai sonné trois fois, Robinson !

— J etions là, madame... en bas... au coin... même que je prenions un canon, nous deux le papa de Madame.

—T'as bien tort, va, ma fille.de laisser la pelite te parler comme ça.

— Dis: grand'mère, tu nous embêtes.

— Manman, grand'manman dit que* tu dois m'apprendre tout ce qu'elle t'a appris quand t'étais petite.

— Eh bien! dis à grand'manman qu'elle aille se faire fiche!

— Mais au moins, moi! je ne suis pas numérotée... comme un fiacre!

— Parce que e'est sous remise et que ça roui»* au mois !...

If v '

LES LORETTES VIEILLIES

LES LORETTKS VIEILLIES.

L'ombre approche, et, comme les vierges folles, toutes ces imprévoyantes femmes, qui ont consume dans les rires le joui* de leur prospérité, n'auront pas d'huile à mettre dans leur lampe quand la nuit sera \enue.

L'âge a sonné; la beauté s'est évanouie. Les adorateurs se sont enfuis comme les oiseaux à l'approche de l'hiver. La partageuse est tombée de son ciel: el dans ce monde qu'elle quitte, où la jeunesse succède à la jeunesse, ou ne se souviendra d'elle non plus que des vieilles lunes. Le génie qu'elle a déployé dans les intrigues équivoques, elle le transporte dans quelque industrie ténébreuse. Klle essave de vendre à de jeunes partageuses, qui se rient de sa tardive sagesse, les fruits d'une expérience qui ne peut plus profiter à elle-même. Sa vieillesse est un long inartvre. Le chapeau rose qui passe, la voiture qui emporte au bois un minois effronté, les sensualités qu'elle sa-

voure du regard aux vitrines de Chevet, lui rappellent la persistance de ses premiers instincts : elle aime toujours les chiffons et la cuisine. Elle en est réduite à envier sans espoir de posséder. Comme elle n'attend rien de l'avenir, ses illusions son! dans le passé. Elle se ressouvient avec amertume, mais non sans quelque jouissance, de ses grands jours; elle n'a pas d'autre baume pour ses blessures. Autrefois elle méprisait les hommes; elle les hait aujourd'hui. Elle n'est réconciliée avec aucun bon sentiment; mais elle n'a plus ces vives saillies de la jeunesse qui dérobaient ses vices : iî lui reste le masque de l'hypo crisie pour cacher sa bassesse.

Il faut un châtiment à tant de hontes : sa fille, pervertie par ses exemples, s'abandonnera aux mêmes séductions, et se préparera les mêmes regrets par les mêmes fautes; et cette mère, abîmée de douleur, abreuvée d'humiliations, trouvera dans l'excès de son désespoir un cri déchirant que Gavarni a imprimé : c'est le dernier mot- de cette histoire des Partageuses et des Lorettes.

LES LORETTKS VIEILLIES.

— Et de la beauté du diable, voilà ce qui me reste... des griffes.

— Les poètes de mon temps m'ont couronnée de roses....

et ce matin je n'ai pas eu ma go.itte! et pas de tabac pour mon pauvre nez!

de ma féte!

— C'est aujourd'hui Sainte-Madeleine C'a été longtemps le jour

— Ma petite maison, maman l'a mangée; mon frère Zidor a joué mes chevaux, mes châles, mes ba&nes... et tout. Enfin mon père a bu le reste.

que c'est.

— Je dis !;» bonne aventure depuis (pie je ne sais plus ce

les dames.

— A présent je vends du plaisir pour

— Ah! j'ai bien aimé le homard!

LES LORETTES VIEILLIES

— Nous en avons pour une dizaine d'années, nie* colombes, «lu roi de cœur et du roi de trèfle : deux affreux gueux ! Ça va se trémousser, ça va se chamailler pour les beaux yeux de la dame de cœur... Après quoi, la dame de cœur aura besoin de protections pour cirer leurs bottes.

Allons! va au marché, m'niaii...

et n' me carotte pas.

— Moi Le mo'sieu donnait toujours pour le petit banc.

— Et quand j'en aurais un de sentiment, après?

— Après ?... Et manger?

~~ vo ' ,a ta mère qui V^,^ 7 ^ 4® recommence encore ses histoires: « Le monde! les convenances Une

mère de famille!... »

— Tu n'as plus d'anisetle?

— JNon, m'sieu Henri, je ue doule pas de la délicatesse de vos sentiments, ni ma petite non plus; mais voyons! je ne peux pas faire la soupe avec ça !

— Madame autrefois, c'était Uoui-

son.... Quand moi, j'étais Madame.

— Encore, si j'avais autant de ménages à faire que j'en ai défait!

LES LORETTES VIEILLIES

— Je dois me connaître en châles mieux que toi, Manon, qui n'as jamais porté que des cachemires d'osier..... moi qu'ai porté des cachemires de l'Inde!

— Charitable 3Io'sieu , que Dieu garde vos fils de mes filles!

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