LA VIE DE JEIXE HOMME
Elle est un tissu d'erreurs et de vanités, d'illusions constantes et d'amours fugitives.
Tout sourit au début du chemin. Sur la route à plat de la jeunesse, rien ne gâte encore la perspective. Dans l'infinie variété d'objets et de tableaux qui frappent ses regards, le voyageur s'éprend pour tout du même feu et ne s'attache à rien. Tel est le fond de la vie de jeune homme.
Mais il vient une heure de lassitude où l'on s'aperçoit que les impressions sont toujours les mêmes, et l'on commence à compter avec l'ennui. Il faut d'ailleurs arriver, et l'on n'avance pas à battre les buissons. La curiosité est déjà émoussée; on veut être captivé par un intérêt plus sérieux. Dans cette disposition d'esprit, on trouve des fautes au paysage, des longueurs aux relais; puis, au bout, la servante de l'auberge ne parait plus si jolie.
C'est la peinture fidèle de tes déceptions, ô jeu-
ncsse! D'autres dégoûts te montreront d'autres réalités; mais, en bornant à ce premier essai de la vie le fruit de ton expérience acquise, il est une vérité dont tu dois te pénétrer, ô jeune vovageur! c'est que sur le grand chemin du monde, où tu cours, il faut savoir modérer tes admirations, ménager leschevaux, et surtout te défier des sourires de la cabaretière.
Voilà ce que Gavarni a voulu t'inculquer dans ce chapitre qui te concerne.