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Telle est la part du philosophe qui a vu la société où il vivait s'enfoncer peu à peu dans tous les macadams. Celle de l'artiste est plus grande encore. Les personnages sont des types qu'il a évidemment rencontrés, et dont la photographie est restée au bout de ses doigts. Il n'y a presque pas un de ces bourgedis si variés dont on ne se dise à première vue :
« Je connais cet homme-là I »
L'exécution, dans le principe, indécise et légèrement empâtée, avait pris en peu de temps une distinction et une finesse qui n'ont fait que s'épurer encore jusqu'à son dernier coup de. pinceau. Il était arrivé à cette transparence, lumineuse et à cette grâce incomparablQ, si appréciée chez les- grands artistes anglais, comme Reynolds, Lawrence ou Bonnington. Il avait à un suprême degré l'art d'habiller ses personnages. Regardez un Gavarnl daté de 1845, les costumes en sem-
blent taillés sur le patron coupé d'hier. 11 n'y a pas, au reste, un exemple plus frappant de cette faculté de draper ses sujets que l'admirable portrait que Gavarni a fait de lui-même et qui est placé en tête de ce volume. Il eut été à la mode en 1625, comme il était à la mode en 1 840, et comme il Test encore en 1867. Nos costumes sont incontestablement ridicules, Gavarni les copie fidèlement dans ses dessins, et ils y deviennent charmants. A quoi attribuer cette transfiguration? Je l'ignore. C'est même là ce qu'on appelle le secret de l'art, celui de tous les secrets qui est malheureusement le mieux
gardé.
Henri Rochefort.