LES PARTA6EU8ES
— Vous connaissez ce cachemire ?*
— Parbleu ! Ce qui vient de la brute retourne au pandour.
— .... Enfin ^ mon cher, au carnaval sui vont, je lui donnai un fils à cet animal.
— Eh bien ?
— Eh bien/ il n'en a pas voulu !
— Je vous ai sonné trois fois, Robinson !
— Tétions là, madame.... en bas.... au
coin.... même que je prenions un canon^ nous deux le papa de madame.
— Tas bien tort, va, ma fille, de laisser ta petite te parler comme ça*
— Dis : Grand' mère, tu nous embêtes.
— Manman, grand*manman dit que tu dois ra'apprendre tout ce qu'elle t'a appris quand t'étais petite.
— Eh bien, dis à grand' manman qu'elle aille se faire fiche !
LES PARTAGEUSES.
— Mais au moins, moi, je ne suis pas numérotée... comme un ûacre!
— Parce que c'est sous remise et que ça roule au mois!...
LES LORETTES VIEILLIES
LES LOKBTTES VIEILLIES
L'ombre approche, et, comme les vierges toiles, toutes ces imprévoyantes femmes, qui ont consumé dans les rires le jour de leur prospérité, n'auront pas d'huile à mettre dans leur lampe quand la nuit sera venue.
L'âge a sonné; la beauté s'est évanouie. Les adorateurs se sont enfuis comme les oiseaux à l'approche de l'hiver. La Partageuse est tombée
(le son ciel; et dans ce monde qu'elle quitte^ où la jeunesse succède à la jeunesse^ on ne se souviendra d'elle non plus que des vieilles lunes. Le génie qu'elle a déployé dans les intrigues équivoques, elle le transporte dans quelque industrie ténébreuse. Elle essaye de vendre à déjeunes Partageuses, qui se rient de sa tardive sagesse^ les fruits d'une expérience qui ne peut plus profiter à elle-même. Sa vieillesse est un long martyre. Le chupeau rose qui passe, la voiture qui emporte au Bois un minois effronté, les sensualités qu'elle
savoure du regard aux vitrines de Chevet lui rap-
pellent la persistance de ses premiers instincts : elle aime toujours les chiffons et la cuisine. Elle en est réduite à envier sans espoir de posséder. Comme elle n'attend rien de l'avenir, ses illusions sont dans le passé. Elle se ressouvient avec amertume, mais non sans quelque jouissance, de ses grands jours, elle n*a pas d'autre baume pour ses * blessures. Autrefois elle méprisait les hommes, elle les hait aujourd'hui. Elle n'est réconciliée avec aucun bon sentiment; mais elle n'a plus ces
LES LORËTTËS VIEILLIES. S7
vives saillies de la jeunesse qui dérobaient ses vices : il lui reste le masque de l'hypocrisie pour cacher sa bassesse.
II faut un châtiment à tant de hontes : sa iille^ pervertie par ses exemples^ s'abandonnera aux mêmes séductions^ et se préparera les mêmes regrets par les mêmes fautes; et cette mère^ abîmée de douleurs^ abreuvée d'humiliations^ trouvera dans Texcès de son désespoir un cri déchirant que Gavami a imprimé : c'est le dernier mot de cette histoire des Partageuses et des Lorettes.
LES LORETTES VIEILLIES
— Et de la beauté du diable, voilà ce qui me reste.... des griffes.
— Les poètes de mon temps m'ont couronnée de roses. .... et ce matin je n'ai pas eu ma goutte! ci pas de^tabac pour mon pauvre nez !
— C'est aujourd'hui sainte Madeleine.', «'■té longtemps le jour de ma fôte t
— Ma petite maison, maman l'a mangée; mon l'i'ère^^Zidor a joué mes chevaux, mes châles, mes hajtuea. ... et tout. Enfin mon père a bu le reste.
— Je dis la bonne aventure depuis que je ne sais plus ce que c'est.
LES Z.ORETTES VIEILUES.
— A présent je vends du plaisir pour Ira dames.
Ah! j'ai bien aimé le homard!
— Nous en avons pour une dizaine d'années, mes colombes, du roi de cœur et du roi de trètle : deux affreux gueux! Ça va se trémousser, ça va se chamailler pour'les beaux yeux de la dame de cœur — Après quoij la dame de cœur aura besoin de protections pour cirer leurs bottes. '
— Allons! va au marché, m'man... et n me carotte pas.
— Moi Le mo'sieu donnait toujours pour le
petit banc.
Et quand j*en aurais un de sentiment^
après?
Après?... Et manger?
LES L0RETTE8 VIEILLIES
— Zoé, voilà ta nière qui recommence encore ses histoires : «Le monde!... les convenances.... Une mère de famille!... » Tu n'as plus d'ani-
sette ?
— Non, m'sieu Henri, je ne doute pas de la délicatesse de vos sentiments, ni ma petite non plus, mais, voyons! je ne peux pas faire la soupe avec ça !
— Madame.... autrefois, c'était Louison....
quand moi, j'étais Madame.
— Encore, si j'avais autant de ménages à faire que j'en ai défaitl
— Je dois me connaître en châles mieux que toi, ManoUj qui n'as jamais porté que des cachemires d'osier moi qu'ai porté des cachemires
de l'Inde I
— Mes respects chez voua, m'ame veuve Toutle-Monde.
LES LORETTES VIEILLIES
— Giaritable Mo*sîeu^ que Dieu garde vos fils de mes filles I
LA VIE DE JEUNE HOMME
LA VIE DE JEUNE HOMME
Elle est un tissu d'erreurs et de vanités^ d'illusions constantes et d*amours fugitives.
Tout sourit au début du chemin. Sur la route il plat de la jeunesse^ rien ne gâte encore la perspective. Dans rinfinie variété d'objets et de tableaux qui frappent ses regards^ le voyageur s'éprend pour tout du même feu et ne s'attache il rien. Tel est le fond de la vie de jeune homme.
Mais il vient une heure de lassitude où l'on s'aperçoit que les impressions sont toujours les mèmes^ et Ton commence à compter avec Tennui. Il faut d'ailleurs arriver, et Ton n'avance pas à battre les buissons. La curiosité est déjà émoussée ; on veut être captivé par un intérêt plus sérieux. Dans cette disposition d'esprit, on trouve des fautes au paysage, des longueurs au relais ; puis^ au bout, la servante de l'auberge ne parait plus si jolie.
C'est la peinture fidèle de tes déceptions^ ô jeunesse! D'autres dégoûts te montreront d'autres réalités; mais, en bornant à ce premier essai de la vie le fruit de ton expérience acquise, il est une vérité dont tu dois te pénétrer, 6 jeune voyageur 1 c'est que sur le grand chemin du monde où tu cours, il faut savoir modérer tes admirations, ménager tes chevaux, et surtout te défier des sourires de la cabaretière.
Voilà ce que Gavarni a voulu t'inculquer dans ce chapitre qui te concerne.
LA VIE DE JEUNE HOMME
L'indicatif d'un amour qui va jusqu'à rinfinitif.
Rien n'est plus embarrassant que le premier tête-à-tête quand on a tout à se dire... si ce n'est le dernier quand tout est dit.
— Quand on pense que voilà ce que c'est qu'un homme.... et que les femmes aiment ça !
— Voilà huit mois, Auguste, que vous me promettez un mantelet. C'est pas gentil ! tu n'as pas le sou I tu n'as pas le sou I . . . Tu avais bien besoin d'acheter encore un cadavre, n'est-ce pas?... Égoïste! va...
— Et le dimanche, que fais-tu, mon garçon ?
— Ma cousine, le dimanche, nous allons dans^
LA VIE DE JEUNE HOMME
un jardin qu'on appelle la Grande-Chaumière, où nous entendons la musique religieuse.
— Après vêpres ?
— Après vêpres, ma cousine.
— Ne va pas te tromper ! Si c'est un mo'sieu qui t'ouvre, tu diras ce que j'ai dit; si c'est une dame, tu ne diras rien; tu donneras ça, si c'est une bonne aussi, ou une petite fille.
— Il n'y a toujours que le mo'sieu qui ne doit pas voir.
— C'est ca.
— Tiens donc ça dans l'ceil, innocent I... C'est mieux et plus commode.
— Oui, mais je ne peux pas.
104 UASQDES ET VISAGE
— Tiens, bichettel une goutte de rhum., rien d'excellent comme {a pour la migraine.
Graver, tout le jour, le froid, la grêle et la pluie, attendre aquatiquement une femme adorée qui vous dira demain : Pauvre chéri! je n'ai pas pu sortir.
Faire toute la soirée la partie d'un mari stupïde qui gagne votre argent, se moque de vous, et va se coucher.... à votre harbe.
LÀ VIE DE JEUNE HOMME
— Pour justifier sa présence chez la femme d'un dentiste^ ce pauvre Adolphe se fait arracher une dent par le mari.
— Belle dame^ vous êtes joliment jolie ce soir ! je souperais fièrement avec vous....
— Tu n'es fichtre pas dégoûté!...
. — Tu pourrais te contenter d'un simple coup de pistolet à quinze pas; c'est déjà bien gentil!... Entre nous. Florentine ne vaut pas davantage.... hein?
— Ça me coftte de quitter Paniélà ! . . .
— Pas si cher que de la parder.
— Je vas le présenter, bon ! Mais moi, qui
est-ce qui me présentera?
— Moi, après.
— Combien m'en mets-tu donc de papillote?, Nini? tout le code civil y passera.
— - Oui; mais, mon Bichon, tu seras geoti , faudra voir!
LA VIS DE JEUNE HOMME
— C'était une femme que j'ai bien aimée!
— Farceur, tu l'as gardée quinze jours.
— Mais je lui ni fait la cour deux ans !
Rien ne pèse au bras comme la femme qu'on n'aime plus.
— Ah I que c'était une riche nature de femme ! jolie! toutcœuripleined'eaprit... et si bon {garçon!
— Ça, c'est vrai. . . enfin ! ... il y en a d'autres !
— Quelle différence y a-t-il entre les bergères et les petits écuB?
— C'est qu'on peut faire danser l'argent sane les femmes, et qu'on ne fait pas danser les femmes sans argent.
— Mais comment aa-tu pu te laissjer prendre comme ça ?
— Demande aux canards sauvages comment ils se laissent prendre!... Il a tiré sur moi le ^ " mars, on m'a ramassé le 5 avril : voilà comme ça se fait.
LÀ VIE DE JEUNE HOMME
— Voilà un tilbury^ Paméla^ qui nous a amenés^ en moins de trois mois, de la rue Saint- Jacques à Clichy . . . Hein^ le bon .cheval !
Victime d'un abus de créance.
LÉ CARNAVAL
LE CARNAVAL
Quand on dit que le carnaval tombe en désuétude etqu*il va s'efîaçant^ je ne suis nullement persuadé d*un progrès de la raison et des mœurs. Je crois entendre un homme qui regarde dans un stéréoscope; il s*abuse sur une image double : le monde et le bal masqué. La corruption des mœurs a si fort accru la licence^ qu'entre ces deux ima-
ges je ne vois de différence que l'habit; c'est peutêtre ce qui fait dire que le carnaval tombe.
Pourquoi donc tomberait-il? Est-ce que nous vaudrions mieux que nos pères? On dit : « C'est un plaisir usé. » Ce mot nous donne tout de suite l'explication de cette comédie vertueuse qui n'est au fond qu'un regret. Oui, il est bien vrai que les hommes d'un certain âge sont désabusés d'un plaisir qui veut l'ivresse et la furie de la jeunesse; mais ils n'en sont pas devenus plus sages: ce sont ces mêmes hommes qui ont fait de la société un carnaval sans masque.
Pour Gavarni , cette différence même n'existe pas; il peint indifféremment et avec la même bonne foi les hommes et les masques. C'est toujours le même cynisme qui pose.
LE CARNAVAL
— Viens au bal ce soir. Qu'est-ce qui te manque?
— Un pantalon.
— Malheureuse enfant ! qu*as-tu fait de ton sexe ?
— Encore une nuit blanche que tu me fais passer, Phémie.
— Eh bien ! et moi, donc?
— Toi, Phémie, c'est pour ton plaisir.
— Eh bien? et toi? est-ce que ce n'est pas pour mon plaisir, bête?
— Y en a-t-i' des femmes, y en a-t-i'... Et quand on pense que tout ça mange tous les jours . que Dieu fait! C'est ça qui donne une crâne idée de Thomme.
LE CARNA.VAL.
Le masque a beau mentir, Diogène femelle, On sait ce que promet ton manteau de salin, £t quelle affaire ici te fait, jusqu'au matin. En guise de lanterne allumer ta prunelle.
— Bast! quand tu me donnerais un peu de sentiment pour ce soir. . . .
-T- Ca Fuse !
— Fichtre ! que je ne voudrais pas être dans la peau du suborneur qui se jouerait de Tinnocence à% cette enfant !
uâsques et visages.
— Ecoute ce que tu vas ouïr, 6 jeunesse ! Faut pas accorder toute ta confiance au premier venu I . . . le second serait fumé.
— N'y aurait pas de société possible si une dame ne pouvait pas accepter un verre de vin... sans qu'on y fiche une gifile après , parce qu'elle aura dansé avec un autre... Pas vrai, Polyte?
~ Monter a cheval sur le cou d'un homme qu'on ne connaît pas , t'appelles ça plaisanter, toi!
LE CARNAVAL
— Moi, mon Pierrot, n'y à pas de danger.,, il est attaché à l'ambassade.
— Il est bien attaché?
. — lia ne te regarde pas; de quoi te môles-tu? est-ce que son homme n'est pa8 là pour la battre?
— Tu sais bien, Margouty, ce beau Turc qui m'avait parlé; avec une veste, tu sais, à tout plein de belles affaires brodées le long des manches, et puis une culotte qui n'en finissait plus... enfin
120 MASQUES BT VISAGES.
avec quoije suis revenue de chez Mabille... et qui m'avait dit qu'il était suave?...
— Eh bien?
— Eh bien, Margouty I c'est un homme qui vend de ces machines qui sentent bon^ rufi Vivienne.
— Et qui puent chez le monde.
— ...Et si Cornélie ne trouvait pas de voiture?
— Nous irions à pied I
— Merci! je serai canaille tant qu'on voudra, mais mauvais genre, jamais!
— Eh bieni on dit que certain colonel se marie... Te voilà veuve, ma pauvre bayadère!...
— Hélas I oui, mon pauvre baron, et ta femme aussi.
LE CABNAVAL.
— Avancez-moi donc cent sous, m'man, puisque j' vous dis que j' suis de garde à la mairrrie c' matin....
-^ Et où donc qu' sont tes deux redingotes?
animal 1...
— M'man, j'ai mis ma veste au plan hier soir.
— Jésusl et tonaut'? malheureux!
— Puisque j' vous dis, m'man, qu' la bleue est restée pour le costume... Si vous ne m'avancez pas cent sous,]' vas monter lagarde enarlequin, m'man... qu'est qu' ça m' fait?...
— Arrête, malheureux!... c'est ma tante !
HASQOES ET VISAGBS.
— Mais puisque je vous dis que j'ai uq mari... et j'en ai même deux... deux maris! et trois enfants par-dessus le marché. . . Comment, qu'est-ce que cela fait? grand mauvais sujet que vous êtes!
— Le pierrot, je ne sais pas. . . mais la pierrette, pour être ta femme c'est ta femme... et c'est une canaille... Cest à toi, Bigré, à voir si tu veux filer ou si tu veux cogner... Hoi , je cognerais...
LE CABNAVAL.
— Ah ! voua avez là une chouette femme ! . . . et il n'y a pas longtemps que vous êtes... pierrot?
— Mot, j'ui pas de chance; je n'ai jamais fait qu'une fois une femme au bal masqué... et c'était la mienne. .
— Nous intriguons deux dominos que nous ne connaissons pas... et c'est eux qui savent qui D0U8 sommes...
— Et que nos femmes s'embêtent I... — Ça m'intrigue.
— Qui est phis à plaindre au mondo qu'un homme uni à un débardeur?
— C'est une femme en puissance de pierrot.
— Une pierrette qui se respecte, vois-tu, n'a jamais qu'un pierrot.
— A la fois.
— Tu as bien tort, va, Coquardeau, de toujours porter ce nez-là t Tu sais pourtant comme ça dé> plaît à madame.
LE CARNAVAL-
— Madame^ une honnête femme a ses amants et ne prend pas ceux des autres !
— Madame !
— Madame^ si je ne me respectais pas, je vous ficherais une drôle de trempée, comme il n*y a qu'un Dieu.
— Gomment, Mo*sieu, à l'heure qu'il est vos galanteries ne sont pas encore couchées 1
Le masque tombe, l'homme reste, et le... pierrot s'évanouit.
FOURBERIES DE FEMMES
FOURBERIES DE FEMMES
Tout homme est un menteur^ dit la vieille sagesse ; vérité triste et qui est aussi ancienne que Thomme^ dont Thistoire commence par un mensonge : le discours du sei*pent à la première femme.
Quelle est donc cette loi de nature qui sol-
licite rhomme à mentir? La même qui porte
les animaux faibles et timides à ruser. Il y a au
fond de tout mensonge un sentiment irraisonné
de crainte^ quel que soit le mobile qui Ten-
gendre. Ce sentiment si alerte^ qui nous donne l'éveil sur tout ce qui nous est contraire^ s'associe^ même à notre insu^ à des degrés variables^ sous des nuances indéfinies^ à tous les mouvements de notre cœur et à toutes nos actions.
Nous ne pouvons rien désirer^ rien entreprendre sans craindre^ c'est-à-dire sans trahir la faiblesse dont nous avons dit que la ruse est l'auxiliaire.
On demande si la femme ^ plus faible que l'homme^ est^ plus que lui^ encline à mentir. Je ne veux pas médire ouvertement, et je réponds : — Peut-être. Mais, au lieu que l'homme fait du mensonge un expédient qu'il emploie à son orgueil, à son intérêt, à son ambition, à ses penchantSy à ses haines, il n'est presque toujours pour la femme qu'un voile discret qu'elle étend sur des sentiments et des erreurs qui lui feraient perdre l'estime du monde. A proprement parler, la femme ne ment point : elle biaise. Elle ne demande à la ruse que des refuites et des crochets de lièvre.
Exemples :
FOURBEBIES DE FEMMES
Une de ces mines pudibondes, calamiteuses et résignées, qu'une honnête femme prend du plus profond de ses hypocrisies quand il lui arrive de rencontrer, en même temps, un adorateur et un «oup de vent.
— Gommentlc'estavec moi, une amie intime...
■que tu agis ainsi !...CommentI tu as ton Gustave,
Aoatole Barbeseau^ le pantalon garance, le grand blondj le petit marquis^ ce gros imbécile de Marjolet, Victor, le cousin de l'autre, Labricbe, et Ihéobald, et le chasseur d'Afrique... qui encore? celui de Belleville, et... ahl et le petit d'en face! vois donc. Félicité, sans compter M. Chose; et tu viendras encore porter le trouble dans mon ménage? Ah ! Félicité, ce trait-là vous ôte ma considération.
— Comment saviez-vous, papa, que j'aimais M. Henri?
— Parce que tu me parlais toujours de .
M. Paul.
— Vois-tu, ma petite, quand un amoureui commence à devenir dangereux, faut se dépêcher
FOURBERIES DE FEMMES
d*eû avoir deux^.. Après on ne peut plus^ et on fait des bêtises!
Jamais l'entre-sol ne pardonne à la mansarde ; dans le cœur des femmes , la jalousie 8*accroît comme le carré des distances^ et comme la distance des carrés dans T escalier.
— Quand je pense que M. Coquardeau va être mon mari^ ça me fait de la peine pour Alexandre.
— Et moi pour Coquardeau.
MASQUES BT VISAGE .
— Allez au bal de l'Opéra avec madame Coquardeau, allez, madame Prudhomme, j'y consens ; il y a toujours dans la confiance, quelque aveugle qu'elle soit, une noblesse qui, songez-y bien, manquerait à la ruse.
— Tu n' sais pas, m'sieu Coquardeau, ce que ta fille a fait... la mâtine ? N'a-t-elle pas jeté sa cateau dans le jardin de mo'sieu Alexandre. . . (ce mo'sieu du rez-de-chaussée... qui acette barbe...) Il a eu la politesse de remonter la cateau à mademoiselle Nini... Il est fort honnête, ce mo'sieu... C'est égal, il me déplairait.
FOURBERIES DE FEMMES
^'Vi..|,-...,,rfa.'!i
-r- Mais!... il me semble... qu'on a pipé ici.
— Hein?... Ahl c'est moi qui ai voulu voir pour ma dent du fond. . . Ma foi^ c*est bien des bêtises; ça ne fait rien.
— Il me semblait pourtant avoir entendu la voix d*un homme dans sa chambre?... Mais elle dort^ elle dort paisiblement. Oh! Angélique^ je suis un monstre d'ingratitude ! . . .
— Une enfant^ une enfant^ mo'sieu^ dont je me
136 MASQUES BT VISAGES.
croyais, avant-hier encore, le premier et le seul amour I...
— Si. vous aviez été le premier, mon cher, vous n'auriez pas pu être le seul; faut être juste.
— Comment ! tu me vois avec un mo sieu que tu ne connais pas, et tu fais des bêtises inconvenantes comme çal... et tu n'ôtes pas seulement ton chapeau ! . . . Hippolyte, vous ne serez donc toute votre vie qu'un homme sans aucune espèce de forme ?
— Vous reverrai-je ? — Allons ! . ., oui. — Où ? * Ici. — Quand ? — Demain, mais partez vitel . . .
- Ange ! . . . un mot encore : vous êtes mariée ? Parbleu !
FOURBERIES DE FEMMES
— Au moins si j* étais aimée comme toi 1 . . .
(Les femmes ont toujours Tingénuité de comparer r envers de leur amour avec l'endroit de celui des autres.)
— Quelle agréable surprise ! . . . monsieur le baron^ je vous présente M. Ernest, le prétendu de ma petite sœur. . . qui est venu me demander à déjeuner sans façon.
— Mais, voyons ! si Paul et Henri s'entendent,
il faudra que tu choisisses : lequel des deux gar^ deras-tu?
— Celui qui me quittera.
— Mon ami Je vous sacrifie tout ce que je dois au meilleur des époux 1... Si jamais vous me trompiez^ Maurice^ oh ! ce serait bien mal I
— Ah ! par exemple^ voilà qui est bizarre ! . . . Ce matin j'ai fait un nœud à ce lacet-là^ et ce soir il y a une rosette ! . . .
FODRBBRIES DE PEMUES.
— ËntendB'inoi bien : demain matin, il ira l'engager à diner. Si tu lui vois son parapluie, c'est qu'il n'aura pas sa stalle aux Français : alors tu n'accepteras pas. S'il n'a pas de parapluie, tu viendras dtner.
Mais (il faut penser à tout), s'il pleut demain matin?...
— S'il pleut? il sera mouillé, voilà tout. . . Si je ne veux pas qu'il ait de parapluie, moi, il n'en aura pas!... Tu es donc bétel...
FBTtT DIALOGUE LE lOUR DU DtPAHT DE LA OARNUOR.
— Mon cher Maire, comment allez-vous ?...
et Madame?...
— Merci, mon cher Sous-Préfet, ma femme est souffrante; et Madame?...
— Mais elle n'est pas trop bieù non plus...
140 MASQUES ET VrSAGES.
— Qu'est-ce que c'est que ce mo*sieu qui sort
d'ici?
— Ah ! mon Dieu !... il ne t*apas parlé ? C'est un mo*sieu qui venait pour Taffaire d'Ancelin.... et qui part ce soir... Il t*a attendu plus de deux heures ! . .. Mais comme tu as chaud^ ma biche ?.•
...? — J'ai rendez- vous ici, mon cher, avec une femme charmante 1 — Et moi aussi ! — Une blonde ! I — Et moi aussi ! ! — Les yeux bleus ! ! I
— Et moi aussi ! ! ! — Petite ! ! ! I — Et moi aussi 1 1 1 ! — Alphonsine ! ! ! ! 1 — Et moi aussi ! ! ! ! I
— Ahl je suis floué!!!!!! — Et moi aussi I!!!!!...
FOURBERIES DE FEMMES
— Ah! c'est le 'jeune homme dont tu m'as parlé ^ madame Coquardy... Vous voulez donc être dans le bâtiment^ jeune homme ?... Eh bien... mais... c'est très-bien... Faut faire monter un lit dans une chambre d'en haut.
L'ami de l'amant est à l'amant ce que Tamant est au mari.
— Le garçon a dit un chapeau rose, un voile, un châle noir... c'était ma femme, il n'y a pas de
doute... Mais avec qui?... voilà!... le billet n'a pas de signature... nous sommes arrivés trop tard ! . . . Anatole I vous qui êtes notre ami depuis longtemps, vous *seriez-vous douté de cela?... une femme qui a l'air d'une sainte!... Soyez jaloux, on vous honnit; soyez confiant, on... Ah! nous sommes toujours dupés.
( Anatole : Oui, nous sommes dupés ! )
— Voyez-vous, monsieur Anatole, ce que nous vous disons là c'est pour vous... Qu'est-ce que cela nous fait?... Mais si vous continuez à vous déranger ainsi, vous perdrez certainement mon estime. . . et celle de mon mari.
— Mais écoutez donc ce que vous avez écrit! . . « Mon Gustave, je... »
POURBEttISS DE FEMMES. 143
— Ëb bien, oui, monsieur I eh bien, oui I Estce ma faute si tous ne comprenez pas tout ce qu'il y a d'amour pour vous dans ce billet écrit à un autre? Vous m'avez fait tant de chagrin ! j'étais foUel je me -serais noyée... je me suis jetée au cou du premier venu... mon Dieu ! et il ose dire que je ne t'aime pas 1
— Oui, ma chèi-e, mon mari a eu l'infamie de faire venir cette créature dans ma maison, sous mes yeux I et cela quand il sait que la seule affection que j'aie en ce monde est à deux cents lieues d'ici!... Les hommes sont lâches !...
— Voyez-vous, ma chère, les cigares... il faut prendre son parti là-deasus : si vous ne laissex
pas piper votre mari chez vous, votre mari ira piper ailleurs. . . Vous n*aimez pas ça I... mais il y a des femmes qui aiment ça : méfiez- vous !.,.
Ce qu'on aime le plus après l'amoureux, c'est le papa de l'amoureux.
— Quoi I vous ajouteriez foi aux propos de cette créature 1 . . . Ernest, vous me faites vraiment de la peine.
FOUIIBEHIES DE FEMMES.
L'homme qui livre les secrets d'une femme est un méchant, car il lui ôte ainsi l'ineffable plaisir de les livrer elle-même.
— Charles! Charles! ne lorgnez donc pas ainsi toutes les femmes... C'est indécent !
Les maris sont bien laids quand on revient du bal; mais où serait le Mérite des femmes si le devoir était aussi charmant que le plaisir ?