‹ Masques et visagesChapitre 5 sur 19 · LES MARIS ME FONT TOUJOURS BIRE · texte numérisé non relu

LES MARIS ME FONT TOUJOURS BIRE

Yous riez^ philosophe ? Quoi ! il y aurait donc encore le mot pour rire dans cette éternelle comédie des MariSy qu'on fait paraître nouvelle en retournant les habits ? Ce n'est pas vous qui irez habiller vos personnages de costumes usés jusqu'à la trame. On a bien longtemps et J)ien injustement raillé la casaque du bonhomme Dandin et le pourpoint de M. Sganarelle ; ne vous semble-

t^il pas qu*il est bien temps de prendre un peu en pitié les visions cornues de celui-ci et les do*^ léances de celui-là ?

Mais on veut toujours rire des maris ! Eh bien^ taillez et façonnez à la mode nouvelle le manteau du comte Almaviva, cet enragé donneur de sérénades^ qui entra un jour en ménage par la fenètre. Vous savez ce qui advint : un peu après la lune de miel^ le comte éprouva des langueurs^ et Ton soupçonne qu^il fut réduit à jouer ses meilleures chansons pour sa servante^ tandis que madame la comtesse se laissait attendrir par les romances de M. Chérubin.

Vous dites : « Le comte Almaviva est mort ! » Je lé sais^ et il n*a pas eu d* enfants. Mais il a laissé son chapeau à plume et sa guitare ; vous avez dû les voir. Si vous connaissez des maris désenchantés^ qui essayent de se ragaillardir et d'escalader encore les balcons^ ce sont les héritiers d* Almaviva. Qu'ils soient les personnages de votre comédie; voilà^ voilà les maris qui nous feront toujours rire.

lES MARIS ME FONT TOUJOURS RIRE

Il y a des hommes qui s'arrangent de n'être pour une femme que la raison d'un chapeau.

Ce qui fait les qualités du mari qu'on aime fait les défauts du mari qu'on n'aime pas.

— Les hommes! mame Hue... quand ça veut les femmes^ c'est des sansonnets ; on en prend un, c'est un crapaud.

— Avant la noce, Colastique, t'étais pas si chiche de beurre dans ma soupe... et pourtant le beurre était plus cher.

— Madame Beauminet va bien?

— Très-bien, merci.... Mais ça me fait trois filles.

LES MARIS ME FONT TOUJOURS RIRE. Ib3

— Comment! chéri, je ne sauFai pas où j'ai fourré ma capote grise !

— T'as si peu de tête.... et tant de cliapeaux !

— Ta, ta, la, tal comme si le Code civil m'obligeait à l'entretenir de colifichets à si cher l'aune!... avec ça qu'il t'en faut pour un cotillon!... Quand on a des fantaisies comme ça, Zéphirine, on ne grossit pas comme tu fais.

— Fortuné, mon Dieu!... qu'est-ce que tu fumes donc là, qui pue comme cela ?. . .

— Ça? Mais, Bibie, c'est de ce bon tabac que j'apportais chez ton père avant notre mariage... et dont tu raffolais, Bibie !

— La paternité, ça gâte la taille !

— Toi, Beauminet, au milieu de tous tes défauts, je ne te vois qu'une qualité : tu es hypocrite.

LES IfARlS ME PONT TODJ0DB3 RIRS. Ibi

— iMon cher, votre femme est charmante.

— Mon cher, la v6tre est mieux 1

— Ah bien, Beauminet, n'allons pas dîner là : on est trop mal I

— Dédèle, c'est meilleur marché : nous ne sommes que nous !

— Vous croyez donc, Joseph, que cette personne m'a remarqué?

MASQUES ET VISAOBS.

— Ça ira godelurer on ne sait où pour vous faire en rentrant un mensonge mat fait... et mosieu se fichera dans le toupet que tout est dit !

— Comme tu mens mal, mon chéri !

— C'est grave à penser, chère madame; mais la seule chose que les maris de beaucoup d'honnêtes femmes puissent trouver chez ces drôlesses, et non dans le ménage... c'est d'être dupes.

LES MARIS ME FONT TOUJOuns RIRE. Ib7

T'as beau dire que c'est pour un bal de cbarité.... je trouve que t'as là une petite tenue bien charitable 1

— Je ne sais vraiment pas comment marne Lebucbéose se décolleter comme ça... c'est indécent!,.,

— Le matin, oui... mais le soir...

Item, pour avoir montré, au bal de la Préfecture, le signe particulier que madame a dans le dos, 562 fr. 40 c.

— La maîtresse de qui?

— De Savinien.

— Roué de Savinien ! elle est presque aussi bien que sa femme^

— Voilà Savinien entre madame de Naile et s femme.

— Entre l'amour et l'amitié.

— Ah! si vous ne m'aimez pas, mon futur, voua serez bien ingrat,car j'ai bien aimé mon défunt !

Page 1