CHAPITRE II
Affections dans lesquelles on se sert de la méthode de Brandt.
Dans ce chapitre j'indiquerai successivement, avec autant d'ordre que possible, les affections des organes génitaux de la femme, dans lesquelles il convient de mettre en usage la méthode de Brandi. Je dirai aussi comment, suivant les cas, il faut en modifier la technique. En un mot, j'exposerai ici ses indications et son manuel opératoire spécial. Est-il besoin de répéter, en commençant, qu'il est quelques affections où elle est absolument inutile? Personne n'aura, certes, l'idée de masser, par exemple, un épithélioma de l'utérus. J'en dirai autant pour les tumeurs sarcomateuses, pour les néoplasmes ovariens, etc.
A. — Métrite chronique.
J'intitule à dessein ce paragraphe métrite chronique, y>ovlv bien faire comprendre, une fois de plus, l'inutilité et le danger de la méthode de Brandt pendant toute la durée de la période aiguë, si- celle-ci a existé. Si donc, on constate des frissons, de l'élévation de la température, de la fréquence du pouls, tous signes qui font redouter une inflammation suppurative ou, tout au moins, un processus en voie d'évolution aiguë, il serait impardonnable de vouloir masser ; il y a là une contre-indication absolue et formelle au traitement manuel.
En ce qui concerne les métrites chroniques, j'en étudierai trois variétés :
1° L ' endomètrite chronique simple avec douleurs et leucorrhée ;
2° La métrite ulcéreuse ou, pour mieux dire, les ulcérations mélritiques du col utérin ;
3° La métrite hémorrhagique .
\. Endomètrite chronique simple avec douleurs et leucorrhée. — Cette affection est caractérisée par des douleurs expulsives, de l'hypertrophie de l'utérus et un écoulement leucorrhéique sans
coloration spéciale, d'odeur fade. La malade est, en outre, incommodée par des troubles dyspeptiques et gastriques, tourmentée par des accidents nerveux d'intensité variable. On connaît bien le retentissement qu'exercent les affections utérines sur les fonctions de l'organisme tout entier.
Le processus intéresse au début la muqueuse delà matrice, pour ensuite envahir le parenchyme utérin. L'organe, d'abord augmenté de volume et congestionné, diminue, se rétracte et s'indure, d'autant plus que la maladie est plus invétérée. Brandt soutenait que, dans ces conditions, l'hypertrophie de l'utérus portait à peine sur les dimensions transversales et anléro-postérieures et se caractérisait essentiellement par une augmentation en longueur.
Le massage, entrepris à temps, réduit rapidement le volume de l'utérus ; les douleurs, la leucorrhée disparaissent en quelques séances. Mais, ramener l'organe à son volume normal, cela exige un long travail, et l'opérateur doit user de toute son autorité pour convaincre la malade, que, malgré la rapide et surprenante amélioration , elle n'es! point encore guérie, et qu'elle doit continuer pendant plusieurs mois son traitement, sous peine de s'exposer à une rechute à brève
échéance. Il est évident qu'un catarrhe du col cède plus vite qu'une endométrite totale.
On pratique un massage léger, et c'est surtout le corps utérin (voyez page 48) qui devient l'objet du traitement manuel. Un utérus très volumineux pourra être modifié avec avantage par le massage externe sur la paroi abdominale, massage qui, exécuté alors avec une certaine force, produira des effets assez rapides.
Brandt avait noté une particularité que je dois mentionner et qui m'a également frappé. C'est que les femmes, pendant la durée du traitement, sont plus sensibles que d'habitude à l'action du froid, qui réagit surtout sur les accidents utérins. Ainsi, un refroidissement des membres inférieurs amène quelquefois une exacerbation des phénomènes, passagère, il est vrai, et dont on vient rapidement à bout par un traitement approprié. Dans ces cas, les mouvements noS 19, 3 et 4, combinés aux mouvements congestionnants ou décongestionnants, mis en œuvre à des degrés différents, suivant les circonstances, calment bientôt ces petits incidents.
Contre les pertes blanches, le massage de l'utérus possède également une efficacité, qui pourrait étonner de prime abord. Mais elle est facile à expliquer. En effet, ces pertes ne sont que l'une
des manifestations de la nutrition défectueuse de l'utérus, et, d'après ce que nous avons indiqué plus haut, y a-t-il lieu d'être surpris de l'effet salutaire du massage, combiné aux mouvements décongestionnant le petit bassin?
Le prurit est aussi favorablement influencé par le massage utérin.
2. MÉTRITE ULCÉREUSE OU, POUR MIEUX DIRE, ULCÉ- RATIONS métritiques du col utérin. — Les ulcérations du col n'ont pas l'importance prépondérante qu'on leur attribue en général. Elles disparaissent, en effet, en même temps que la maladie principale, la métrite, sans même demander un traitement particulier. Les plaies se cicatrisent toutes seules, quand le trouble de nutrition, qui en est la cause, est guéri.
Les érosions , les ulcérations et le catarrhe cervical, bien que constituant les signes d'un désordre profond de l'organe, ne sont cependant que des épiphénomènes, auxquels on accorde très souvent plus d'attention qu'ils n'en méritent. La méthode de Brandt les attaque à leur racine et les récidives, si fréquentes avec les traitements habituels, sont très rares dans notre pratique et dépendent alors des imprudences.
Ce fait est un nouveau triomphe pour le mas-
sage utérin. Car, si on néglige celui-ci, les ulcérations sont très rebelles à la guérison ; les cautérisations employées contre elles, donnent lieu à des cicatrices, qui, à leur tour, provoquent des rétractions inodulaires de la muqueuse. De ces rétractions dérivent des déviations des organes, encore plus difficiles à corriger que la maladie insignifiante que l'on voulait guérir.
Le praticien voit journellement des femmes, dont le col utérin porte des traces de cautérisations répétées — exécutées par des sages-femmes ! — et qui veulent « essayer le massage », avant de recourir au curettage qu'on leur a proposé.
De petits écoulements sanguins, pendant les premières séances de massage, sont occasionnés presque toujours par l'index vaginal.Ils ne doivent pas inquiéter ; en procédant avec prudence, ils cessent sous peu.
Je dis ici, une fois pour toutes, qu'avant et après chaque séance de massage utérin, la malade doit faire une injection antiseptique tiède, de préférence avec une solution de sublimé à 1 pour 2000.
3. Métrite hémorrhagique. — On sait combien le curettage donne, dans la plupart des métrites, des résultats sinon aléatoires, tout au moins temporaires. Ce reproche ne doit pas être adressé
d'une façon aussi formelle à la forme hémorrhagique des mélrites et beaucoup d'observations le démontrent. Cependant, c'est là, en définitive, une opération chirurgicale, nécessitant parfois la narcose, et je crois qu'on peut atteindre dans ces cas un résultat tout aussi satisfaisant à l'aide du massage utérin. On fera bien de commencer par le mettre à l'essai.
En massant, on agit d'abord sur les côtés du sacrum (1), puis sur les éléments vasculaires des ligaments larges, pour ensuite s'approcher de l'utérus lui-même, dont on masse légèrement le corps, du fond vers l'isthme, en augmentant le temps et la force employés si l'organe est dur. Puis on procède avec plus d'énergie quand la malade s'est habituée un peu au traitement.
De petites hémorrhagies, qui s'installent après les séances, ne sont pas rares, mais n'ont pas grande importance. L'irritation, éveillée par le massage au début du traitement, augmente la vitalité musculaire etnerveuse : voilà le but principal, devant lequel il faut négliger ces petites
• (1) Il est certain que cette manœuvre initiale est utile, ainsi que le démontre l'observation journalière. Comment agit-elle ? Il est difficile de le dire. Peut-être la pression exercée sur les nerfs a-t-elle pour résultat d'iniluencer en bien les filets vaso-moteurs du petit bassin ?
pertes de sang inévitables, qui diminuent et disparaissent, d'ailleurs, sous peu de temps.
Des métrorrhagies, durant parfois des années, peuvent se rencontrer avec un utérus petit et mollasse. C'est alors surtout que Ton a recours à un massage très léger, presque à un effleurage, jusqu'à ce que la matrice ait retrouvé son volume normal, ce qui demande quelquefois moins de temps que l'on ne pourrait s'imaginer.
Chez une malade, gênée depuis longtemps par des hémorrhagies, on trouve très souvent la partie vaginale de l'utérus très tuméfiée et en ectropion. Tout revient vite à l'état normal par un massage bien compris. Celui-ci se fait bi-manuellement ; d'abord, on masse les parties postéro-latérales de l'excavation pelvienne, puis de chaque côté de l'utérus, avant d'attaquer l'organe lui-même. Alors, on procède comme plus haut, du fond vers l'isthme, mais en commençant très prudemment, surtout si l'utérus est gros et dur. Après le traitement local, on donne quelques mouvements décongestionnants, parmi lesquels les mouvements nos 18 et 21 sont très appropriés ; on veille comme toujours à ce que l'écartement des genoux se fasse avec beaucoup de douceur, mais leur rapprochement avec une certaine force.