JULES-CÉSAR MASSÉNA
:Négociant
C'est le père du maréchal. Sixième enfant de Dominique, il naquit à Nice, le 21 mai 1731, et fut baptisé le lendemain en l’église cathédrale. Son parrain fut le R. P. Jules-César Malausséna, et sa marraine, M"° Marie-Madeleine Malausséna, sœur de celui-ci (1).
Rien de particulier ne marque ses premières années qu'il passa avec ses frères et sœurs dans la maison paternelle. Il avait quatre ans quand son père Dominique mourut.
Nous avons déjà vu (2) qu'en 1743, alors qu'il avait seize ans, son frère aîné Augustin Marie, ayant été désigné par le Conseil de la ville de Nice pour servir comme soldat au Régiment National de cette ville, il accepta de le remplacer moyennant le paiement d'une somme de sept cent lire dont il devait d'abord ne toucher que les intérêts, mais qu'il finit par se faire payer par petits acomptes, les seuls intérêts n'étant pas suflisants pour assurer son entretien au régiment. Augustin avait ainsi versé le capital € pour ne pas dégoüûter son frère du service militaire et l’encourager à servir fidèlement (3).
Jules Masséna, à cette occasion, semble avoir été un peu sacrifié par les siens. Il n'accepta, dit l'acte auquel nous faisons allusion, de remplacer son frère Augustin que sur l'insistance pressante de son grand-père Augustin
et de sa mère.
(1) Nice, arch. cathéd. registre des baptême Vol.29, folio 16%.
(2) Voir le chap. Augustin Marie Masséna, fabricant de sävon, p. #5, -)
(3) Nice, arch. dép. C. 126, folio 272 (1253, L. 2)
Il convient de remarquer qu'Augustin, son frère, paraît avoir eu dans la famille des sympathies particulières ; il fut certainement le fils préféré de sa mère, qui d’ailleurs, comme on l'a vu, l'avantagea dans son testament, en lui donnant en plus de sa part, une maison à Levens, achetée aux frères Gioffredo (1).
Jules-César Masséna fut donc soldat à Nice pendant sept ans, de 1747 à 1754. Aucun détail de sa vie militaire ne nous est parvenu:
Vers 17950, avaient commandé les travaux de creusement et d'aménagement du port de Nice (2). Toselli indique dans sa « Notice historique sur le maréchal: Masséna », que c'est à cette occasion que M. Joseph Fabre, ingénieur ou plutôt entrepreneur de travaux à Toulon, vint à Nice pour y exercer son art.
Ce Joseph Fabre, si lon en croit une tradition de famille, était appelé « l'Ouraganñ », surnom qui lui venait, paraît-il, de son caractère emporté ; il appartenait à une famille connue, était l'ami des de Possel et avait deux filles, dont l'une Marie-Magdeleine, avait épousé Joseph- Pierre Infernet, chirurgien-major des hôpitaux de la Marine, qui devait être le père du contre-amiral, Cyprien Infernet, célèbre pour sa brillante attitude à la bataille de Trafalgar.
Joseph Fabre « l'Ouragan », était non seulement entrepreneur, mais également armateur et commerçant. Il put de la sorte procurer un embarquement au tout jeune Cyprien Infernet et aussi, comme on le verra plus tard» faciliter celui d'André Masséna, son neveu, sur des navires de la maison Fabre, dont le port d'attache était Toulon.
(1) Nice, arch. dép. C. 426, folio 272 (1753-L. 2),
(2) Le port de Nice n'est pas ancien ; il a été creusé en 1750-51. La première pierre de son môle à été posée le 18 juillet 1751 au milieu d'un grand 9oncours de peuple. Ce fut le port Lympia. (Revue Nice historique année 1899).
A ce moment, l'armement des navires, en course pendant la guerre et au commerce dans les périodes de paix, était un emploi des capitaux tout à fait identique aux placements financiers de nos jours ; les grands noms de France, d'ailleurs, donnaient l'exemple de ces opérations quelquefois très fructueuses.
Joseph Fabre, qui avait déjà exécuté de nombreux travaux à Toulon, notamment les quais du port et ceux de Saint-Mandrier, vint donc à Nice avec sa famille (1). Il s'établit aux environs du port, près de l'Eglise Saint-Martin. Jules Masséna remarque sa fille Catherine et la demande en mariage. Il avait alors vingt-trois ans et allait achever sa septième année de service. Il fut agréé.
Un contrat de mariage fut rédigé le 26 juin 1754, par M: J.-B. Rubino, notaire à Nice (2), en présence du KR. P. professeur Dominique Rossetti de l'ordre des Augustiniens, de Pierre Vassalo et Antoine Rossetti, tous natifs de Nice, témoins requis à cet effet.
Par cet acte, Joseph Fabre, constitue en dot à sa fille Catherine, la somme de treize cent trente lire « en louis et écus français de la dernière frappe », dont Jules Masséna donne quittance à son futur beau-père, promettant selon l'usage, de la rendre dans le cas « que Dieu ne Île veuille pas » où Catherine viendrait à décéder.
Jules-César Masséna, alors soldat, comme nous l'avons dit plus haut, se trouva fort embarrassé par cet argent et incontinent, il pria son beau-frère, André Deporta, négociant à Nice, de le lui garder jusqu’au jour où il trouverait un placement avantageux, ce qui fut fait.
(1) Joseph Fabre est parrain à Nice, le 24 août 1755, de Marie Lucrèce Masséna, le premier enfant de sa fille. Sa femme fut marraine du deuxième enfant de M. J. A. Roux
(2) Nice, arch. dép. C. 429, folio 192 (1754 L. ?).
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Le placement fut d'ailleurs vite trouvé car trois mois plus tard, le 10 septembre 1754 (1), André Deporta restituait à Jules Masséna les treize cent trente lire qu'il avait en dépôt et celui-ci prêtait mille lire à son frère Antoine- François, tanneur, qui s'engageait à lui en payer les intérêts, à trois pour cent, pendant la première année, et à quatre pour cent, les années suivantes, pendant quatre ans, donnant en garantie une hypothèque sur tous ses biens. Cinq ans après Antoine-François Masséna devait partir pour l'Amérique d'où il ne revint jamais. Ce n'est qu'en 1789 que son neveu André, agissant comme héritier de Jules-César, son père, put se faire rembourser de ces mille lire sur les biens de son oncle.
Catherine Fabre, qui devait être la mère du maréchal, apportait en se imariant, non seulement treize cent trente lire en argent, mais égalenient un trousseau, ainsi com-
posé (2) :
« Un costume complet; une coiffe (bonnet) avec dentelles, neuve, et deux autres, en bon état; deux autres en dentelles, usagées ; quatre demi-mouchoirs pour la tête, appelés « poncia »; trois pour le cou et la tête; douze chemises, dont huit usagées et quatre neuves; deux robes de chambre, dont une d'indienne usagée, et une autre en coton également usagée ; quatre jupons usagés, dont l'un en taffetas piqué et un en coton: trois tabliers, dont deux en coton et un autre en indienne: le tout usagé ; un tablier neuf (en calfacana); trois paires de bas de coton, trois mouchoirs € pour le nez » en toile neuve : trois corsets ; deux corsages, l'un neuf et l’autre usagé ; une paire de boucles d'argent pour chaussures, une croix d'or avec un petit diamant ; une paire de boucles d'oreilles avec ses pendantifs et, enfin, un mouchoir € neuf » pour le cou. »
(1) Nice, arch. dép. C. 430, folio 58-1754. L. 3.
(2) Nice, arch. dép. C, 429, folio 192-1754. L. 2.
Le mariage fut célébré le 1° août 1754 en l'église Saint- Martin, par le curé Antoine Levamis, en présence du R.P. Augustinien Guillaume Bottin de Nice, et de Joseph Spitalieri de Coni, témoins des époux (1).
Après son mariage, Jules Masséna vint habiter d'abord, pendant une année, dans les limites de la paroisse Saint-Martin. C'est Ià que naît son premier enfant, Marie-Lucrèce. Il se transporte ensuite auprès de la cathédrale ou bien à la Bourgade et ici se pose le problème de la maison natale d'André Masséna. Il demeure quatre ans dans ce nouveau domicile, et revient, enfin, habiter près de le porte Pairollière où il vécut ses trois dernières années (2). |
Son union avec Catherine Fabre fut heureuse ; il eut en dix ans de mariage six enfants.
Quel métier exerça-t-il ? Nous n'avons sur ce point aucun renseignement certain. À sa libération du service militaire, il dut certainement entreprendre une profession quelconque ; rien de précis n'est parvenu jusqu’à nous. Notons pour mémoire que dans un relevé de ses états de service, signé de sa main, le maréchal Masséna se dit « fils de Jules-César, cultivateur » (3), ce qui semble bien improbable, puisque Jules, né à Nice, y résidant jusqu'à seize ans, puis, soldat jusqu'à vingt-quatre ans, ne semble pas avoir jamais été cultivateur.
D'autre part, dans l'acte de mariage d'André Masséna avec M': Lamarre, le nouvel époux, est dit « fils de Jules- César, négociant ». Notons encore que Toselli, après lui avoir fait faire à Toulon un apprentissage comme tan-
(1) Nice, arch. parois. Saint-Martin, registre des mariages 1754.
(2) Nice, arch. dép. série C. Livres des Notaires, année 1765, testament de J. C Masséna.
(3) Arch. adm. de la Guerre. Dossier Masséna André. Pièce datée du 1e pluviôse, an III. Etats de services de André Masséna ; voir également même dossier, pièce datée de Garezio, 4 prairial, au II (états de services).
neur, ce qui paraît inexact, dit « qu'il se mit à la tête d'un commerce de vins » et que Beauregard, rééditant l'erreur de Toselli, prétend « qu'après avoir été tanneur estimé, il se fit vigneron ».
En 1814, sous la Restauration, André Masséna, devenu Duc de Rivoli et prince d'Essling, pair de France, ne parle plus de son père « cultivateur » ; il ne renie pas sa naissance roturière, mais ayant sollicité du roi sa naturalisation, il déclare dans une lettre adressée à S. E. M. Dembray, Ministre de la Police :
Monsieur, ï
Depuis que j'ai eu l'honneur d'écrire, hier soir, à Votre Excellence, en lui envoyant l’état de mes services pour obtenir des lettres de naturalisation, j'ai pensé que j'aurais peut-être dû lui donner des renseignements sur ma famille.
Pour réparer cette omission, si c'en est une, je m'empresse de vous annoncer que mon père, Jules Masséna, était né à Nice de parents qui y vivaient bourgeoisement, depuis deux cents ans, et que ma mère Catherine Fabre, était fille d’un bourgeois de Toulon.
On ne peut rien ajouter aux sentiments avec lesquels je fais profession de vous honorer, Monsieur, et de vous être plus parfaitement attaché que je ne puis vous l’exprimer.
LE MarÉCHAL, duc de Rivoli.
Paris, le 16 juin 1814.
à Son Excellence, Monsieur Dambray (1).
Chancelier de France.
Si Jules-César Masséna fut marchand de vins, iln'exerça pas longtemps son commerce. En effet, à peine âgé de trente-trois ans, 11 tomba gravement malade. Sentant sa fin prochaine, il fit venir le 12 décembre 1764, à huit heures du soir, le notaire Rossetti, qui, accompagné de sept témoins, amis de la famille pour la plupart, et dont
(1) Arch. privées de la famille Masséna.
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ET SA FAMILLE : on?
les noms nous sont déjà connus pour les avoir rencontrés dans divers actes importants, reçut « à la lueur des chandelles, vu l'heure tardive » ses dernières volontés.
Après avoir, dit ce document (1), fait le signe de la croix et recommandé son âme à Dieu tout-puissant, à la glorieuse et toujours Vierge-Marie et à toute sa cour céleste. Jules Masséna indique qu'il désire être inhumé dans l'église des R. P. de Saint-Augustin, paroisse de Saint-Martin et dans la tombe existant devant l'autel de Saint-Nicolas-de-Tolentino (2). Ses obsèques et funérailles devront être faites selon sa situation et qualité, et en plus de la messe chantée en présence de ses restes mortels, cent vingt messes de requiem pour Île repos de son âme devront être célébrées par les officiants que sa mère, M"° Lucrèce Blanc, désignera et ce, aux frais de sa succession. Exhorté par le notaire, suivant l'usage habituel, à laisser quelque chose aux établissements charitables de Nice ou à l'hôpital de Saint-Maurice et Lazare de Turin, il déclare ne rien pouvoir leur laisser et il lègue :
A ses filles Lucrèce, Marie et Marguerite « pour le cas de leur mariage, une dot et un trousseau dont l'impor-
© (1) Nice, arch. dép. série C., année 1765, L. 1. Testament de J. C.
(2) Avant 1786, il n'existait pas de cimetière à Nice et toutes les inhumations étaient faites dans les églises. Le sous-sol de l'Eglise Saint- Martin (ou Saint-Augustin) est divisé en caveaux de huit à dix mètres carrés de surface depuis le chœur actuel jusqu'à la porte principale. L'indication extérieure de ces tombeaux a disparu lors de la réfection du pavé. A l'époque où ces travaux furent faits, on a pu apercevoir la maçonnerie qui ferme les ouvertures des tombeaux. Une seule de ces tombes est encore apparente, et quand, récemment, le gaz et l'électricité furent installés dans l’église, les ouvriers chargés des travaux se trouvèrent en présence d’ossements.
Jules Masséna fut enseveli dans le caveau le plus proche du maïîtreautel actuel qui était anciennement celui consacré à Saint-Nicolas de Tolentino, célébre par le vœu prononcé en 1705 par la municipalité de Nice pour protéger la ville contre les armées françaises qui l’assiégeaient.
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tance devra être en rapport avec le montant de sa succession » et d'ici-là, les aliments, habits et le nécessaire qui leur sera fourni par sa femme Catherine Fabre, usufruitière de tous ses biens, cette charge ne devant avoir effet que le jour de la cessation de l'usufruit de ses biens non encore partagés de la succession de son père et dont jouit actuellemeni sa mère Lucrèce Blanc. Il espère que celle-ci voudra bien, entre temps, prêter à ses enfants et « à sa femme Catherine Fabre, avec sa table et couverts, « les aliments nécessaires, à condition que celle-ci (Cathe- « rine Fabre), fasse vie commune avec elle, lui donne « aide et ne prétende quoi que ce soit sur ses biens et « futur héritage en raison de sa dot; le susdit usufruit « légué à la susdite Catherine Fabre n'étant valable que « pour autant qu'elle restera veuve de façon à ce que, si « elle venait à se remarier, ce legs soit nul et sans effet « et prenne fin en faveur des héritiers nommés ».
Il est curieux de constater combien, par les dispositions de ce testament, Jules Masséna, prévoyait les évènements qui surviendraient après sa mort.
Il donne ensuite des instructions détaillées au sujet du procès qu’il soutenait avec ses frères contre Joseph-Iognace Garidelli, et qui était venu en-première instance. devant le tribunal ordinaire de Nice, puis, en appel devant le Sénat pour se terminer par un accord verbal, par lequel, Garidelli s'obligeait à payer aux frères Masséna, une somme de huit cents lire. Il charge sa mère, Lucrèce Blanc, d'intervenir en ses lieu et place dans cette affaire et de stipuler au nom de sa succession.
Pour tous ses autres biens, le testateur désigne comme ses légataires universels : ses deux fils, André et Jean, avec substitution entre eux au dernier vivant, et, après eux, ses filles Lucrèce, Marie et Marguerite, le dernier survivant devant recueillir Ia totalité de l'héritage. A leur défaut, ses frères Augustin, Antoine François et Jérôme
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Marcel seraient appelés à lui succéder. Il désigne encore sa femme Catherine Fabre comme tutrice de ses enfants mineurs ; ordonne que ses enfants vivent et soient élevés auprès de sa mère Lucrèce Blanc, dispense celle-ci et sa femme de l'obligation de donner caution et de faire inventaire et, enfin, charge le notaire de dresser une simple nomenclature de ses biens.
Cet acte fut signé par sept témoins : MM. André Deporta, Horace et Jean-Louis, frères Rabassin, Jules- César Lubonis, Honoré Verani, noble,, Paul Raïibaudi, Placide Visconti et le notaire Joseph Rossetti. Jules- César déclara ne pouvoir signer « en raison de ses infirmités ». Il mourut le lendemain, 13 décembre 1764 (1), à l'âge de trente-trois ans. Son fils, André, avait six ans.
Sa femme, Catherine Fabre, se remaria avec M. Feraudi ou Faraudy (2) négociant, à Nice, originaire de Levens, certainement contre le gré de sa belle-mère, Lucrèce Blanc qui, dans son testament, lui manifesta sa réprobation en l'écartant de l'administration des biens qu’elle laissait à ses petits-fils (3).
M": Jules-César Masséna ne semble pas avoir été une mère excellente. Au moment de son remariage, elle se débarrassa de ses enfants en les confiant aux parents de son mari défunt ; c'est ainsi que la tradition veut que le jeune André ait été recueilli quelque temps par une de ses parentes à Levens, avant d’être mis en apprentissage à Nice, chez son oncle, Augustin, fabricant de savon.
Elle mourut à une date indéterminée, probablement avant 1789, puisqu'elle est indiquée comme décédée dans l'acte de mariage de son fils André.
(i) Arch. par. Saint-Martin-Regist. des décès, 1764.
(2) Général Koch. Mémoires de Masséna; Beauregard, Toselli. Nous n'avons retrouvé aucune trace de ce mariage, ni le lieu et la date de son décès.
(3) Voir le chapitre Dominique Masséna, négociant (in-fine).
ANTOINE-FRANÇOIS MASSÉNA, Tanneur
Antoine-François Masséna est né à Nice, le 11 février 1733 : il fut baptisé le 13 en l'église cathédrale et eut M. Antoine-François Puons comme parrain, et M"° Alexandra Silnia (di lei consorte), comme marraine (1).
Antoine-François Masséna est un personnage énigmatique ; il n’est nullement question de lui jusqu'à l'âge de vingt et un ans. Îl demeure à Nice à cette époque et, comme nous l'avons vu, emprunte miile lire à son frère Jules-César (2).
Qu'a-t-il fait jusqu’à ce moment ? Estal allé à Toulon apprendre le métier de tanneur, comme le prétend Toselli (3) avec son frère Augustin-Marie ? C’est possible.
Quoi qu'il en soit, 1l semble certain que cet emprunt de mille lire est destiné à créer une affaire industrielle. En effet, le 31 juillet 1757, il loue pour deux ans, à Joseph Sasserno, la tannerie que celui-ci possède à Nice au faubourg Saint-Jean-Baptiste, moyennant un loyer annuel de deux cents lire (4). Dans cette fabrique se trouvaient un certain nombre de peaux de moutons, chèvres et veaux, représentant une valeur de mille quatre-vingt-sept lire et seize sols, qu'Antoine-François Masséna s'était engagé à payer en désintéressant M. Levar, de Grasse, d'une somme de cinq cents lire pour fournitures de marchandises faites à Sasserno et le solde, soit huit cent
(1) Nice. Arch. cath. Regist. des baptêmes, vol. 29, fol. 252. (2) Nice. Arch. dép. C. 430, fol. 58 (1754, Livre 3).
(3) Toselli, Notice sur Masséna.
(4) Nice. Arch. dép. C. 580, fol. 334 (1789, L. 4).
trente-sept lire en quatre années avec intérêts à cinq pour cent l'an.
Que se passa-t-il alors ? François Masséna fit-il de mauvaises affaires ? Ne fut-il pas en mesure de faire face à ses engagements ? ou fut-il pris comme la plupart des Masséna par le besoin de courir les aventures ? On ne sait ; toujours est-il qu'il s'embarqua pour l'Amérique en 1759 pour y chercher fortune (1) et disparut.
La tannerie abandonnée, M. Sasserno fit nommer un curateur provisoire, M. François Bonavone et assigna en paiement la famille Masséna. Le procès traîna en longueur et se termina le 24 septembre 1779 par un arrangement amiable ; les héritiers de Sasserno, décédé en cours d'instance, se désistaient du procès engagé, moyennant le paiement de neuf cents lire.
Antoine-François Masséna ne donna plus jamais de ses nouvelles. On sut qu'il était mort, paraît-il, vers 1772, mais rien de certain ne put être affirmé, les recherches de sa famille n'ayant donné aucun résultat. Déclaré absent dans les actes de partage des biens de famille (2), son neveu André dut se rembourser sur ses biens du prêt que son père Jules-César avait consenti à son frère.
(1) On faisait encore fortune en Amérique à cette époque. C'est ainsi que le 1®* mars 1809, le Préfet des Alpes-Maritimes écrit à Horace Grinda, d'Eze, alors à Chambéry, pour l'informer que son père François, mort en Amérique et disparu depuis trente ans, laisse une fortune considérable. (Nice. Arch. dép , n° 74). |
(2) Nice, arch. dép. Q. 186. Dossier Masséna. Partage des biens de la famille Masséna. Péglion, notaire, acte Gu 2? août 1188).
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