MÉMOIRE JUSTIFICATIF DU CITOYEN FERRU
-DE TOULON Commissaire des Guerres, Employé à l'Armée du Var
Un exposé simple et fidèle de la conduite de Ferru, Commissaire des Guerres, suffit à sa justification et détruit le tableau peint avec les couleurs de la prévention et de l'exagération dans le rapport fait à la Convention le 31 janvier dernier, par ses commissaires à l’armée du Var.
Ferru dira avec franchise et vérité ce qu'ilest, ce qu'il a fait, ce qu'on lui impute ; et de ce rapprochement résultera l'injustice du traitement qu'il éprouve, et la nécessité de le rendre à son état.
(1) Tisserand € La Révolution dans les Alpes-Maritimes », p. 112-118.
(2) Arch. administ. de la Guerre. Dossier Ferru, commissaires des guerres, employé à l'armée du Var.
(3) Voir « Le Général d’Anselme à la Barre de la Convention », par A.-J. Rance-Bourrey. Bulletin de la Société des Lettres, Sciences et Arts des Alpes-Maritimes, cinquantenaire (1852-1911).
(4) Arch. parlementaires. Tome 72, {re série, p. 467. Annexe 3, Convention nationale, Séance du lundi 19 août 1793,
Ferru, lors de la convocation des Etats généraux en 1789, jouissait déjà de la confiance publique. Membre des premières assemblées populaires, il en rédigea les cahiers et annonçant déjà l'énergie d'un caractère ennemi du despotisme et de l'oppression : électeur de 1789, il n’hésita point à seconder ces mouvements révolutionnaires dont l'ancienne Provence donna les premiers exemples et dès le 23 mars 1789, il fut en butte aux persécutions de partisans des anciens abus. Un premier décret de prise de corps décerné par le ci-devant Parlement d'Aix fut le prix de son patriotisme. L'insurrection générale du mois de juillet vint le soustraire à une condamnation capitale, en arrachant le glaive de la main de ses juges despotiques. Ferru, rendu à ses concitoyens fut toujours constant dans la carrière révolutionnaire, l'un des créateurs du Club de 1789, toujours uni à celui des Jacobins de Paris, l’une des victimes que les ennemis de la municipalité patriote de 1791 choisirent pour les objets d'une procédure monstrueuse concertée entre un tribunal et un département gangrenés d’aristocratie, mis en fuite par un nouveau décret de prise de corps, il fut accueilli et protégé par la Société de Marseille, qui le nomma membre d’une commission pour établir dans les départements circonvoisins, des sociétés correspondantes au nombre de soixante et onze. Ferru se joignit à l’armée marseillaise lors de son expédition à Aix pour le désarmement du régiment Suisse d'Ernest et à Arles, pour la réduction de cette ville rebelle.
Lorsque le décret qui déclara la Patrie en danger provoqua une levée extraordinaire des gardes nationales, le département du Var, sur la présentation de la commune de Toulon, nomma Ferru l’un des commissaires pour, conjointement avec ceux du département des Bouches-du-Rhône, procéder à cette levée et répandre dans les contrées qu'ils étaient obligés de parcourir, les vrais principes de la Révolution.
Lors de l'insurrection du 28 juillet, qui renversa la tyrannie d’un département absolu, comme celle du 10 août, postérieure de treize jours, renversa la royauté, Ferru se glorifie de s'être montré avec courage et péril, et peu s’en fallut que dans le désordre inséparable d’un tel mouvement, il ne fit le sacrifice de sa vie.