‹ Masséna et sa familleChapitre 32 sur 75 · À DA MASSÉNA · texte numérisé non relu

À DA MASSÉNA

Nommé pour la seconde fois commissaire du département pour l'approvisionnement des vivres et munitions nécessaires à l'armée du Var, des succès répondirent à son zèle.

Les Commissaires de la Convention, Gasparin, Lacombe- Saint-Michel et Rouyer le trouvèrent en activité auprès de l’armée du Var et concurent l’idée de l'attacher à cette armée comme un homme qui lui avait rendu les plus grands services

et qui pouvait la servir encore utilement.

Ils le nommèrent provisoirement commissaire des guerres auprès de cette armée et cette nomination, en date du 28 juillet, que Ferru ne sollicita point, fut à la fois le prix de ses services et le moyen de les continuer.

C'est à travers les épreuves et les périls de la Révolution, c'est après quatre années d’un patriotisme dont le caractère personnel prononcé dès l'aurore, s'est constamment soutenu dans toutes les périodes, que Ferru parvient à une place qu'il a remplie malgré la calomnie, en patriote ardent et actif, en administrateur prudent et désintéressé.

Après avoir retracé ses titres révolutionnaires, Ferru va présenter le tableau non moins satisfaisant de sa conduite administrative.

Ferru, privé de ses papiers ne peut cependant que retracer d'une manière imparfaite les diverses opérations dont il a été chargé ; mais il invoque avec confiance le témoignage des commissaires de la Convention et ceux des généraux, des commissaires Gasparin, Lacombe et Rouvyer, qui l'ont nommé: Aubry, Isnard et Despinassy qui lui ont-expédié une ordonnance de paiement pour ses appointements et le paiement de ses frais de bureau, ordonnance restée entre les mains du général d’Anselme qui, par une lettre écrite en octobre, avait approuvé sa conduite ; qui, le 3 novembre le fit charger par une lettre de l'Adjudant général au général Barral des premières informations contre les coupables des excès commis à Saint-Martin ; qui dans son mémoire, page 24, rend témoignage à l'activité avec laquelle il avait exécuté les ordres du général Barral, pour les arrestations faites à Levens ; du général Brunet, sous les ordres duquel il fut chargé d'une expédition à Villefranche

ET SA FAMILLE l

d’après les instructions qui lui furent expédiées le 30 septembre par le commissaire ordonnateur de l'armée du Var : du général Barral à la division duquel il fut attaché dans les deux expéditions qui eurent lieu le 17 octobre à Aspremont et le 31 à Lovenzo. L'analyse de ces procès-verbaux de ces expéditions dont les minutes sont restées entre les mains de Ferru, suffira pour prouver à la fois son activité et son exactitude et pour repousser d'avance les couleurs sous lesquelles on a peint sa conduite.

A Aspremont, le 17 octobre, il se concerta avec la municipalité et la force armée pour y maintenir le bon ordre, remédier au pillage du château, et assurer la subsistance des troupes. Le lendemain à Saint-Martin, même succès, recherche de six bœufs appartenant à des émigrés qu'il fit conduire à Nice ; à la Rochette, vente du vin du ci-devant seigneur et du curé, qui avait suivi l'ennemi, au prix de 480 livres pour chaque partie, faite au comptant et au plus grand avantage de la Nation ; découverte de six bœufs appartenant au seigneur qu'il fait marcher sur Nice ; à Levens, il trouve le général Barral et se range sous ses ordres ; il fait l'assiette du logement et pourvoit à la subsistance des troupes d’une manière qui les satisfait et n’excite aucune réclamation ; une partie du pain se trouvant gâtée, il en fait fabriquer par ordre de la municipalité qui y satisfait avec empressement ; il fait envoyer un dragon d'ordonnance à Nice pour qu'on délivre des magasins d'artillerie mille pierres à fusil, nécessaires au détachement du général Barral ; le 19, il s'occupe à faire renfermer le pain que la municipalité de Levens a fait fabriquer ; il fait publier une proclamation du général d’Anselme pour encourager les habitants à porter du foin et de la viande à Nice en échange d’une livre de sel pour chaque livre de foin et de cinq livres de sel pour chaque livre de. viande :; il s'occupe de l’arrivée d'un secours en médicaments et officiers de santé et du logement du 4° bataillon du Rhône et Loire, aux besoins duquel il pourvoit entièrement. Le soir même, sur une fausse alerte, il fait charger les subsistances et les effets sur la brigade des mulets du détachement et s'occupe de la conservation des espèces qu'il avait reçues ; le 20, départ pour Lantousca ; logement des troupes à leur satisfaction. Con-

vocation de la commune de Rocabillière, la Boulaines, Belvers et Saint-Martin ; le 21, vœux et serments d'union à la République, fixation de leur contribution en subsistance à trois cents bœufs, quinze cents moutons, trois mille brebis, cent mulets, chargés de blé, orge ou seigle, six cents quintaux de foin, mille chèvres ; recommandation à ces municipalités de n’apporter aucun retard dans leurs livraisons et demande à celle de Lantousca, d’une fabrication de pain. Le 22, livraison de ce pain, -mesures pour la subsistance d'un détachement de deux cents hommes, commandés pour favoriser l'arrivée des bestiaux, commission donnée à Masséna d'aller avec ce détachement dangune maison d’émigré pour en assurer le mobilier, distribution de viande, arrivée de bestiaux et départ d'un convoi pour Nice, attendu linsuffisance des écuries de Lantosca ; remise par un officier du détachement ; arrivée de trois mulets chargés de viande et dix mulets chargés de pain. La viande s'étant trouvée pourrie et le pain altéré, rebut d’après un procès-verbal particulier ; le 23, distribution de viande et de pain, envoi à Nice des bestiaux et des grains qui arrivaient en quantité : ordre pour le départ du détachement, recherches des impositions dues au Roi de Sardaigne ; remise par le Receveur d’une somme de six mille livres dont cinq cent quarante-huit livres douze sous en monnaie de France et cinquante et une livres et huit sous en monnaie du Piémont; visite de la maison d'un officier de milice émigré; distribution à la troupe d'environ deux quintaux de pommes et trois quintaux de châtaignes, trouvées chez lui, vente de son vin à deux cent quarante livres. Le 24, départ pour Utel, demande de transports aux municipalités de Lantousca et Rocabillière, arrivée à Utel le 25, recette de sept cent soixante-quinze livres douze sous données en acompte par le receveur des impositions du Roi de Sardaigne, assiette et subsistance des troupes et retour à Nice avec le général Barral. Six jours après avoir pris les mesures nécessairés pour la subsistance du département composé de vingtcinq mille hommes et d'un premier envoi de dix-huit mulets et un deuxième de cinquante pour les besoins de cette armée, promis par le commissaire ordonnateur et après s'être assuré par une réquisition de foin existant dans les greniers de la

ci-devant marquise de Grimaldy ; le premier novembre, attaque près de Lantosca et compte rendu au général Anselme et à lordonnateur Eyssautier des besoins de l'armée. Le 2, réquisition à la municipalité pour faire tuer des bœufs et fabriquer du pain ; le 3, nouvelle lettre pressante au préposé des subsistances, ordre envoyé par le général Anselme, à l'effet d'informer sur les excès commis par les troupes, à la commune de Saint- Martin ; expédition des rations au bataillon de l'Aude, interrogation de trôis hommes suspects mis en prison pour être traduits à Nice; le 4, réquisition à la municipalité pour faire tuer des bœufs avec promesse renouvelée que sur les bons des quartiers-maîtres, la fourniture de viande serait exactement payée. Départ pour Lovenzo, distribution de pain pour deux jours, demande à la municipalité d’Utel de mulets de transport pour les munitions de guerre et de bouche et par le défaut de mulets nécessité de laisser à Utel quarante-huit boisseaux d'avoine, deux cent huit rations de pain pétri et non cuit, sept cent vingt rations de pain en partie brisé par le transport; quatre sacs de riz, un sac de haricots et un sac de pois. Le 5, vérification de farine suffisante pour la fabrication, mais défaut de fourrages et réquisitions aux municipalités de Tourettes et d'Apremont pour deux cents rups chacune et à celles de La Roquette et de Saint-Martin pour cinquante chacune ; lettre au général An<elme pour pourvoir à lhabillement des volontaires de la compagnie franche. Le 6, ordre de conduire à Nice les trois savoyards arrêtés à Utel. Plainte du meunier de Levenzo sur les violences commises à son égard par neuf hommes, dont deux reconnus et désignés. Le 7, ordre du général d’Anselme pour garder les prévenus du délit. Le 8, arrestation d’un délinquant et réquisition pour sa garde. Le 9, nouvelle lettre, toujours plus pressante pour là fourniture des fouirages et demande de retourner à Nice auprès du général, demande pour le paiement des dragons porteurs des dépêches. Le 10, arrivée de soixantequinze quintaux de fourrage et deux cent quatre-vingt-huit boisseaux d'avoine et assurance tranquillisant pour le service de cette partie ; vérification du pain et sur sept mille huit cent quarante rations, quatorze cents rebutées comme gâtées. Le 15, arrivée de Masséna, commandant le 2° bataillon du Var,

chargé d'une permission du général pour retourner à Nice, arrangement pris pour assurer les besoins de la troupe ; invitation à la municipalité pour renouveler la paille des quartiers et pour l'amélioration des logements ; soins pris pour assurer la subsistance et la régularité des convois et départ pour Nice.

Tel est le tableau fidèle et détaillé extrait des procès-verbaux des deux expéditions dans la vallée de la Vézombia, rapprochons-les du seul passage du rapport des commissaires, où il soit question de Ferru : © Ferru, dit le rapporteur, commissaire des guerres, aidé de Masséna, capitaine des guides, fouillaient : les maisons et chargeaient les mulets à leur suite de tous ce qu'ils pouvaient emporter. Malheur à l'homme économe et laborieux auquel ils soupçconnaient une somme d'argent; le sabre sur la gorge, ils lui faisaient avouer où reposait le fruit de ses épargnes et de ses travaux; ils l’arrachaient avec violence et se glorifiaient de ces honteuses captures ; les généraux avaient au nom de la discipline forcé les gardes nationales à pratiquer ces barbares exécutions. » La réponse à ces violents reproches est dans les procès-verbaux ci-devant analysés.

Ordre du 30 septembre pour s'emparer des trésors civils et militaires, contributions levées en force armée en nature et en argent, somme de trois mille cinquante livres exactement envoyée à la caisse du payeur général, convois de bestiaux et de grains subsistances assurées, éomptabilités épurées par les précédents commissaires, procès-verbaux détaillés, nulle relation avec Masséna, ordre des généraux, concert avec les chefs

de bataillon, satisfaction entière et conduite pure, reconnue telle.

Voilà la vérité opposée à l'exagération et prouvée par les pièces ; (mais, continue le rapporteur, les bataillons employés à ces barbares exécutions ont fait parvenir à vos commissaires le cri de leur indignation. Les coupables des excès que Ferru avait eu ordre de poursuivre, sont les seuls au nombre de 30 ou 40 qui par vengeance se sont travestis en dénonciateurs, et c'est dans l'acquit de son devoir que Ferru a trouvé la cause de sa perte.

Les coupables, effrayés de notre arrivée, profitèrent de cette

époque pour fuir, et l'état-major a fait évader Ferru au moment où nous avions donné l'ordre de l'arrêter ».

Ferru, dénoncé aux sociétés de Marseille et de Toulon, dont il était une des plus fortes colonnes, par des ennemis qu'il s'était faits en remplissant ses devoirs, demande un permis pour courir s'y justifier, il l'obtient le 23 novembre, mais instruit qu'une colonne se portait sur Sospello pour le rejoindre, il se met en marche avec elle et le général La Houillère le destina à se porter sur le Mont-Gros pour y établir un camp et pourvoir aux besoins de la troupe. L'ennemi chassé et le général revenu à Nice, Ferru profite de la permission qu'il avait obtenue, et se rend à Toulon et à Marseille, ou il trouve les commissaires et n'hésite point à se présenter devant eux. Est-ce là la conduite d’un fugitif et d’un coupable ?

« Ferru, continue le rapporteur, d’après la déclaration du payeur de l’armée, n’a jamais été ni breveté ni employé sur les états de l’armée ». Les commissaires l'ont nommé, le Ministre a confirmé sa nomination, les seconds commissaires ont admis son payement, il ne l'a jamais reçu, voilà la vérité ; lé non emploi fait par le payeur lui est étranger et nuisible, voilà tout. « Il est prouvé, dit-il enfin, qu'il a reçu des ordres directs du général pour diriger des opérations importantes. Il n’a donc agi que d’après ces ordres. Il à agi avec exactitude et cela suffit à son entière justification ; ce rapport ainsi analysé ne présente ni faits, ni preuves. Ferru a-t-il besoin de combattre des chimères abandonnées par le silence du rapporteur? Parlera-t-il d'un prétendu viol dont il n'existe aucune plainte de la part de la partie intéressée? De prétendus enlèvements de bestiaux, tandis qu'il est prouvé par pièces authentiques que ceux fournis par les communes, l'ont été d’après les ordres des généraux, et ont été exactement envoyés à Nice ? Ferru a donc été accusé calomnieusement et sans fondement ; il doit donc être honorablement acquitté et pleinement indemnisé. C’est là la dette de la justice qu'il réclame avec confiance comme le prix du civisme.

Signé : FERRU,

Les dires de Ferru furent d’ailleurs corroborés par le général d'Anselme dans son second mémoire justificatif en réponse aux accusations de Collot-d'Herbois (1) et qui s'exprime ainsi en ce qui concerne Ferru :

Ferru, qui était à l'évent (Levens) ne m'a pas été dénoncé par le général Barral, et je ne devais pas pour cette raison le présumer coupable. Si les commissaires (Collot d'Herbois, Goupilleau et La Source) m’eussent fait connaître l'intention où ils étaient de le faire arrêter comme ils l'avaient fait à l'égard de Masséna François, l’un n’eût pas plus échappé que l’autre.

et à propos de la situation non officielle de Ferru aux armées signalée par Goupilleau, il réplique :

Est-il bien étrange que Ferru, nommé par les commissaires de la Convention au mois de novembre, ne fut pas encore confirmé ? Les commissaires ne l'ont nommé que sur le besoin d'un commissaire de guerres. N'est-ce donc qu'à l’armée du Var que des fonctionnaires provisoires ont été mis en fonctions; je ne dirai pas avec une autorité illégale, mais seulement scus celle du général? Au surplus, le commissaire ordonnateur n’a confié à Ferru que des opérations de détail relatives à son état comme distribution et fournitures...

Le Comité de la guerre de la Convention nationale avait chargé le représentant Poultier de l'examen du volumineux dossier concernant l'affaire d'Anselme-Ferru. Après l'avoir minutieusement dépouillé, il rédigea un long rapport très étudié et très documenté qui concluait à la mise hors de cause des deux inculpés. Voici la partie de ce rapport qui intéresse plus particulièrement Ferru.

(1) Voir le rapport de Collot-d'Herbois contre d'Anselme, Ferru et Masséna, cité au chapitre précédent François Masséna,

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