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CHAPITRE VII

Naissance d'André Masséna

CHapPiTRe VII

Naissance d'André Masséna

Déterminer l'emplacement de la maison natale de Masséna, le fils le plus illustre dont Nice est en droit de s’'enorgueillir, est un problème autour duquel on a beaucoup discuté, mais qui, aujourd'hui encore, demeure sans solution irréfutable.

Mais s’il est impossible d'apposer une plaque sur l’immeuble où naquit ie maréchal, on connait du moins certainement le lieu et la date de sa naissance et c'est déjà une assurance qui a sa valeur, si l’on remarque combien d'historiens et de biographes ont varié d'opinion sur ce point (1). Bien que la majorité opine pour Nice, plusieurs d'entre eux et non des moindres, l'ont fait successivement naître

(1) Un brouillon de lettre de la main de Masséna, daté de juin 1814, à l'époque où il sollicita du roi sa naturalisation poite: « Sire, je suis né à Nice, le 6 mai 1758... »

Arch. privées de la famille Masséna, vol. 2, pièce 158.

— Les différentes pièces du dossier André Masséna aux archives administratives de la Guerre le font naître tantôt à Nice, tantôt à Levens ; la date de sa naissance varie également sur chaque document.

— Parmi les auteurs qui ont indiqué Levens comme lieu de la naissance de Masséna, citons : L: Durante (Histoire de Nice); Chabert Plaucheur (Histoire d'Antibes) ; Franceschini {(Les Contemporains, Masséna); Gavini di Campile (Statistique des Alpes-Maritimes), etc...

à Levens, pays d'origine de sa famille, à Antibes où il a tenu garnison et s'est marié et même à La Turbie (1), alors bourgade de la principauté de Monaco.

Un seul fait est définitivement acquis ; André Masséna a été baptisé le 8 mai 1858 à la cathédrale de Nice, paroisse de Sainte-Réparate. Mais où, dans quelle maison est-il venu au monde ? sur ce point pas de documents authentiques, rien que des conjectures.

Joseph Guerzoni, dans son histoire de Garibaldi (2), indique que le libérateur de l'Italie est né dans une petite maison située au Port de Nice, quai Lunel et dans la chambre même où quarante-neuf ans auparavant, André Masséna avait vu le jour. Cette légende a obtenu un certain crédit puisque Garibaldi lui-même était persuadé de sa véracité (3). En réalité elle ne repose sur rien et s'il est exact que certains Masséna, nous l'avons vu (4), ont bien habité le quartier du port, comme François Masséna, commissaire des guerres et Philippe Masséna, qui y exploita un moment une fabrique de porcelaine, jamais à notre connaissance, Jules-César Masséna, le père du maréchal, n'y demeura.

D'autres auteurs, se reportant à l'inscription des registres de la cathédrale Sainte-Réparate, de l'acte de baptême de Masséna, en ont conclu que la naissance avait forcément dû se produire dans les limites territoriales de cette paroisse, c'est-à-dire, dans la vieille ville de Nice et non en dehors de ses murs.

Et pourtant, il est indéniable que la tradition la plus

(1) Mémoires du général Baron de Marbot. T, 3, p. 7.

(2) Guiseppe Guerzoni € Garibaldi ». G. Barbera, editore, Firenze 1882.

— Monographie de la ville de Levens. Ed. Arène,

(3) (Mémoires de Garibaldi », chap. 1.

(4) Voir ci-dessus les chapitres consacrés à François Masséna, commissaire des guerres et Philippe Masséna, fabricant de savon.

répandue et la plus tenace, fait naître Masséna dans un immeuble de l'ancienne Bourgade.

La Bourgade, aujourd'hui disparue et sur l'emplacement de laquelle est bâti un quartier de la nouvelle ville, était un faubourg de Nice, situé sur la rive droite du Paillon à peu près à la hauteur de la rue Gubernatis et du quai Saint-Jean-Baptiste, appelé aujourd'hui avenue Félix-Faure.

C'était un quartier populeux, bruyant et pittoresque, relié à la ville par un pont de pierre, le Pont-Neuf, lequel donnait accès à « la Rouaccia » sur la rive gauche. La Bourgade avait l'aspect hirsute et débraillé de tous les faubourgs; maisons basses, boutiques d'apparence sordide, groupées le long d'une rue étroite, quelques masures avec jardins potagers bordant la rive du Paillon, torrent quelquefois impétueux qui ravageait alors tout le quartier, mal protégé par un nur peu élevé. On y trouvait aussi quelques fabriques, teintureries, tanneries, un ‘couvent, celui des Augustiniens, des auberges et une ou deux maisons d'une certaine apparence.

Toute une population bruyante grouillait à la Bourgade qui formait le trait-d'union entre la ville et les hameaux éloignés de Saint-Pons et Saint-André.

Le transit se faisait alors au moyen d'ânes et de mules, les transports par charettes et diligences et tout ce charroi entretenait un grand nombre de petits commerçants, bourreliers, selliers, forgerons, maréchaux-ferrants, voituriers, cabaretiers, aubergistes et épiciers.

Ce serait donc au quartier de la Bourgade et dans l'une de ces maisons au n° 21, extrémité du Grand-Hôtel actuel, que serait né Masséna, le 6 mai 1758 (1).

(1) Beauregard (Masséna) ; Tisserand (Histoire de la Révolution française dans les Alpes-Marit., p. 438); Edouard Arène (Monographie de la ville de Levens); Journal l'Zc/aïireur de Nice, Jouïnal Le Petit Nicoiïs, du 23 mai 1909 ; l'£claireur du Dimanche de Nice, 30 octobre 1921,

Le peintre niçois Costa a consacré la légende par une aquarelle qui, après avoir appartenu au petit-fils du maréchal, se trouve aujourd’hui au musée Masséna à Nice et qui représente, comme étant la maison natale, un modeste immeuble exigu, de deux étages et de deux croisées de façade, bâti sur la rive droite et au bord du Paillon dans l'axe même de l'emplacement actuel de la statue du maréchal. Cette maison aurait été la propriété d'un levensois aisé, Drogoul-Ferrero, qui exploitait une auberge fort achalandée, rendez-vous habituel de ses compatriotes de Levens. | :

Cette vue rétrospective établie sans doute sur la foi de renseignements contemporains ne constitue certainement pas un document de suffisante importance, mais peut être considéré simplement comme le reflet de l'opinion la plus accréditée, sur le lieu même de la naissance du futur maréchal de France.

L'hypothèse de la naissance de Masséna à la Bourgade

a pourtant trouvé des sceptiques :

\ Il nous semble étrange, écrit un niçois fort avisé (1): que la mère de Masséna, bourgeoise aisée et de quelque distinction, ait accouché à la Bourgade, dans une de ces maisonnettes basses, d'aspect minable, peuplées de cordiers, d'âniers et de laitiers, entourées de jardins maraïîchers, qui se groupaient alors en désordre autour du Couvent des Augustiniens, le long des berges ravinées du Paillon.

et plus loin l’auteur, d'ajouter :

Les règles canonniques, alors rigoureusement observées, permettaient-elles de baptiser un nouveau-né ailleurs que dans la paroisse de son ressort ? et si elles ne le permettaient pas, la légende de la Bourgade se trouve mise À néant et seul l'extrait

(1) Victor-Emmanuel. Journal Le Petit Niçois, 23 mai 1909. Nice.

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de baptême conserve une valeur historique certaine, laissant le champ libre aux hypothèses les plus diverses.

Ces observations sont fort judicieuses mais la première se heurte à une tradition tenace et à une certaine vraisemblance, tandis que la seconde tombe d'elle-même, si l'on considère que tous les enfants nés à la Bourgade à cette époque ont été aussi baptisés à la Cathédrale.

Il résulte de l'ensemble de ces considérations que ce que l’on peut affirmer avec certitude, c'est que le maréchal Masséna est né à Nice, ainsi du reste que son père et tous ses frères et sœurs, mais qu'en ce qui concerne Île le lieu même de sa naissance, on ne saurait, aujourd'hui, situer l'emplacement de sa maison natale.

Néanmoins, si nous nous trouvions dans l'obligation de nous prononcer, nous nous rangerions parmi ceux qui désignent la Bourgade comme lieu de naissance d'André Masséna.

En effet, quand Jules-César Masséna, son père, épousa M': Catherine Fabre, étant soldat au Régiment National de Nice, il habita quelque temps au domicile de son beau-père, non loin de l’église St-Martin. C'est là que naquit son premier enfant, Marie-Lucrèce, qui devait devenir M"° André Gaudo.

Un peu plus tard, ayant achevé ses sept années de service militaire, il choisit une profession, changea de domicile et s'installa dans les limites de la paroise Ste-Réparate, la cathédrale, où furent successivement baptisés son second enfant, Marie-Anne, le 28 décembre 1756 et André, le futur maréchal, le 8 mai 1758.

Dès 1760, Jules-César Masséna dut revenir s'installer de nouveau sur le territoire de la paroisse Saint-Martin, où ses quatre derniers enfants reçurent le baptême, le premier, Jean Masséna, le 31 mars 1760.

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On peut donc placer la période où Jules-César Masséna, père d'André, habita la Bourgade, entre 1756 et 1760.

A ce moment, ne touchant plus sa solde, et d'autre part les 1300 livres de la dot de sa femme prêtées à son frère Antoine-François, tanneur à la Bourgade, ayant été engloutis dans la faillite de son entreprise, Jules- César, déjà père de trois enfants, se trouva dans l'obligation de se créer des ressources pour subvenir aux besoins de sa famille déjà nombreuse. Quoi de plus naturel qu'il ait alors, comme certains le prétendent, changé de domicile pour aller exploiter un «<ommerce de vins à la Bourgade dans la maison Drogoul- Ferrero, indiquée comme étant la maison natale du futur maréchal.

Alors que les maraichers, fermiers et métayers de l'Escarène et Contes, venant à Nice par la diligence descendaient sur la rive gauche, place Saint-Francois, à l'hôtel des Aigles d'Or, ceux de la vallée de la Vésubie, Saint-André, Falicon, Tourrettes, Levens, Saint-Pons, affluaient à la Bourgade où ils avaient coutume de descendre à l'hôtel du Chapeau-Rouge, qui portait sur sa façade un grand coq rouge avec en exergue cette inscription, avis prudent à la clientèle :

‘ Quando il gallo cantarà, credito st farà ”.

(Quand ce coq chantera, on fera crédit)

Toute cette foule de maraichers, d'âniers et de laitiers constituaient une clientèle avantageuse pour un commerce tel que celui de Jules-César Masséna, les paysans ayant, tout comme de nos jours, l'habitude de traiter leurs affaires à l'auberge.

Il existe aussi cette dernière présomption en faveur de l'hypothèse du séjour du père d'André Masséna à la Bourgade, dans la maison de Ferrero, qu'on prétend être

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la maison natale de Masséna, que celle-ci se trouvait comme nous l'avons dit, dans l'axe même de l'emplacement actuel de la statue du maréchal et que c'est sur le témoignage de contemporains que cette statue fut placée à cet endroit précis lors de son érection en 1869.

On a prétendu enfin que Masséna était né à Nice mais accidentellement, si l'on peut s'exprimer ainsi, sa mère, venue dans cette ville avec son mari à l'occasion d'une fête ayant mis au monde le futur enfant chéri de la victoire (1).

Légende encore que ce voyage fortuit puisqu'il est bien établi que le père de Masséna, d'ailleurs lui-même né à Nice y habitait et était fixé à la Bourgade à l'époque de sa naissance.

Quelle que soit la maison où sa mère accoucha, c'est le 6 mai 1758 qu'André Masséna vint au monde. C'était le troisième enfant que le jeune ménage avait en trois ans de mariage et il fut baptisé deux jours après à la cathé-

drale de Nice où son acte de baptême fut inscrit dans les termes suivants (2) :

Ali 8 maggio 1758

Andréa Massena, figlio del nob. Giulio e di Cattarina Fabre, guigali Masséna, nato li sei corrente, battezato oggi, da me Ignazio Cacciardi, canonico coadjutore. Il padrino il nob. Andrea Deporta e la madrina la nob. Cattarina Massena.

du 8 mai 1758

André Masséna, fils du noble Jules et de Catherine Fabre, époux Masséna, né le six courant, baptisé par moi Ignace Cacciardi, Chanoine Coadjuteur, le parrain étant le noble André Deporta, et la marraine, la noble Catherine Masséna.

(1) Ed. Arène. Monographie de la ville de Levens.

(2) Nice, arch. cathéd. Livre des baptêmes, année 1758.

Jules-César Masséna avait choisi pour tenir sur les fonts baptismaux son premier enfant, son beau-père Joseph Fabre, « l'Ouragan », et sa mère M"° V'° Masséna, née Lucrèce Blanc. Au moment de la naissance de la seconde fille, il prit comme parrain et marraine, son frère Antoine-François Masséna, tanneur, et sa belle-mère, Marie-Anne Fabre. Pour son troisième né André, son choix se porta sur sa sœur Catherine Masséna et son mari Deporta.

André Deporta, le parrain, qui donna son prénom à André Masséna, était négociant, établi à Nice dans la vieille ville, auprès de l'église Saint-Martin. Il était non seulement le beau-frère de Jules-César dont :l avait épousé la sœur quinze ans auparavant, mais aussi son meilleur ami. re

On se souvient, en effet, qu'il avait été dépositaire pendant un an de la dot de M" Jules-César Masséna, la mère du futur maréchal et les liens d'amitié étaient si étroits entre les deux familles, qu'il sera de nouveau parrain le 28 mars 1762, du cinquème enfant de Jules César, Dominique Masséna, qui mourut en bas âge.

Un doute pourrait subsister au sujet de lidentité de la marraine qui figure dans l'acte de baptème sous le nom de Catherine Masséna. On ne rencontre dans la famille Masséna, que deux Catherine, la propre mère du Maréchal, qui n’est certainement pas la marraine et Catherine Deporta, née Masséna, sœur de Jules-César. C'est donc sur ce nom que se réunissent toutes les présomptions et l'on peut, semble-t-il, aflirmer que c'est M" Deporta qui fut la marraine de son neveu André bien qu'elle figure à l'acte de baptême sous son nom de jeune fille.

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