‹ Masséna et sa familleChapitre 46 sur 75 · CHapitRE VII · texte numérisé non relu

CHapitRE VII

Années d'Enfance

CuapitrRe VII

Années d'Enfance

André Masséna serait venu au monde chétif et débile, au point que sa mère désespérait de l'élever. Comme on fait pour les malades, elle cédait à ses moindres caprices si on ajoute créance à l'anecdote suivante qui a trouvé ses propagateurs (1).

Un soir, l'enfant manitesta le désir de s'emparer d’une mince branche de laurier en fleurs, qui était à sa portée ; la mère s'empressa de la mettre entre ses petites mains, ce dont le médecin survenu sur ces entrefaites, la blâma fort, prétextant que la fleur de laurier est vénéneuse.

Le petit être défendit tant et si bien son butin qu'il s'endormit avec lui.

Or, le lendemain matin l'enfant s'éveillait en pleine santé, miracle que la mère, dans la superstition de son amour, attribua à la vertu de la branche de laurier vraiment symbolique.

Et l'on prétend qu'à la mort de la mère, on retrouva sur son sein, dans un-sachet, des bribes désséchées des ’ feuilles de laurier que le maréchal aurait, à son tour,

(1) Watripon. C. F. Journal l'Eclaireur du Soir, Nice, 10 août 1922, (Léon Sartv).

pieusement recueillies dans un médaillon qui ne laurait jamais quitté (1).

André Masséna ne resta guère que deux ans à la Bourgade : ses parents retournèrent, en effet, à leur première paroisse, Saint-Martin vers 1760.

C'est là, d'ailleurs, que son père Jules-César meurt le 13 décembre 1764, à l'âge de trente trois ans, laissant sa veuve avec six enfants en bas âge dont André Masséna, âgé alors de six ans et cinq mois.

La tradition veut que très jeune, le petit André eut déjà un emploi aussi modeste que peu lucratif, celui de porteur de pain dans son quartier, qu'il exerça jusqu'au nouveau mariage de sa mère, qui épousa, peu après les délais de viduité, le sieur Féraudy, négociant à Nice.

Après la mort de son premier mari, il est probable que Me V'e Jules-César Masséna et ses six enfants, allèrent habiter chez sa belle-mère M" Lucrèce Blanc, veuve Dominique Masséna. Combien de temps ? vraisemblablement jusqu'au jour où elle épousa en $Secondes noces M. Féraudy.

C'est alors que la famille se disperse en partie et qu'André reçoit l'hospitalité à Levens chez une parente,que les uns disent sa être tante Marie. Quelle tante Marie ? A moins qu'on ne désigne ainsi soit Marie-Catherine Deporta, sa tante et marraine qui pourtant ne semble pas avoir vécu à Levens, soit une autre tante paternelle Marie- Elisabeth Masséna, épouse de François Beghet, sur laquelle

(1) Ce geste cadrerait assez avec le tempérament de Masséna qui était très superstitieux. C'est ainsi, dit son médecin, le docteur Brisset, dans sa notice biographique sur le maréchal. qu'il ne montait jamais le cheval noir jai qu'il tenait de la succession du général Saint-Croix, son ancien aide de camp, parce que cet officier avait été tué en le montant : une araignée trouvée sur sa chemise en (813, lui fit prédire le malheur de deux années qui suivirent ». (Arch. priv. de la famille Masséna, vol. ?, p. 105).

nous manquons de renseignements et qui habitait peutêtre Levens ; soit sa tante maternelle Marie-Madeleine Infernet, née Fabre, qui dut certainement habiter Nice ou encore plus probablement sa propre grandmère (1), Marie-Lucrèce Blanc, veuve Masséna qui habita Levens sur la fin de sa vie et recueillit son petit-

fils.

Quoi qu'il en soit, le séjour de Masséna à Levens, dans ses premières années, est une tradition qui demeure.

Levens, chet-lieu de canton, est un des plus gros bourgs des Alpes-Maritimes, situé pittoresquement sur une hauteur donnant le confluent du Var et de la Vésubie.

Comme dans les vieux villages de la contrée, les rues y sont étroites et tortueuses, mais la petite cité est très proprement entretenue et l'atmosphère de ses 570 mètres d'altitude, pure et salubre, en fait USD ER une résidence d'été agréable.

Comme nous l'avons vu, les Masséna possèdaient à Levens des immeubles et des propriétés, celles-ci sises tant à Levens qu'au quartier de la commune, dénommé St-Antoine-de-Siga.

A Levens, Masséna aurait, toujours suivant la légende, continué à exercer son emploi de porteur de pain. Ce qui lui aurait permis d'acquérir sur la configuration géographique des lieux, les connaissances topographiques qui devaient lui être plus tard d’une singulière utilité, lorsqu'il fut appelé à combattre dans cette région les armées austro-sardes.

A la mort de la parente qui l'avait hébergé, — sa grand” mère sans doute, — il fallut régler le sort du jeune André.

(1) J. Amic. Histoire de Masséna. Voir dans le même sens, la lettre du colonel Roux, datée de Nice, le 7 avril 1847, au général Koch. (Arch. priv. de la famille Masséna, vol. ?, pièce 163).

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C'est alors qu'il fut recueilli par son oncle paternel, Augustin Masséna, qui exerçait à Nice, dans la vieille ville la profession de fabricant de savon, disent les uns, peut-être de pâtes alimentaires, d'après d'autres auteurs, ainsi qu’on le verra plus loin.

Augustin Masséna habitait un immeuble qui existe encore et porte aujourd'hui le n° 22 de la rue de la Préfecture ; c'est là que fut installé le jeune André âgé à cette époque d’une dizaine d'années.

Que faire de ce gamin ? Son oncle songea à lui apprendre un métier et tout naturellement le prit dans sa boutique comme apprenti. ;

Dans cette fabrique, André fit plus amplement connaissance de ses deux cousins germains, François, de quatre ans plus âgé que lui, et Philippe son aîné de cinq ans. Tous trois se prirent d'une amitié qui ne devait pas se démentir plus tard, mais c'est surtout avec François qu'André devait se lier. Ÿ

A l'enfant débile des premières années avait succédé un adolescent de meilleure santé, mais chez lequel perçait déjà un caractère ardent, indépendant et quelque peu autoritaire ; aimant la vie au grand air dont il avait pris le goût à Levens, enclin aux jeux bruyants ou l'activité physique et l'énergie jouent le rôle prépondérant, supportant mal le joug d'une autorité.

C'est ainsi parait-il, qu'avec ses camarades du quartier St-Jacques, 11 avait organisé un bataillon de gamins de son âge qui marchait souvent à la rencontre de ceux de la Bourgade, sous le prétexte qu'ils ne pouvaient considérer comme niçois ces derniers logés hors de l'enceinte de la ville. La querelle sans cesse renaissante de part et d'autre, se traduisait par des batailles rangées où le jeune André préludait à ses succès futurs par sa vaillance incontestée et l'ascendant qu'il avait su prendre sur sa troupe.

C'est aussi l'époque où le travail terminé, le jeune André, allait, avec d’autres, polissonner à la faveur de la nuit dans les ruelles obscures de la vieille ville, et tendre au travers des rues, des cordelettes auxquelles le guet venait régulièrement trébucher. fé

André Masséna ne semble avoir montré qu'un goût très

relatif pour l'emploi que son oncle lui avait assuré dans sa fabrique.

« Vers le milieu du siècle dernier, quelques vieux niçois se souvenaient encore d’avoir vu dans une boutique sombre près de St-Jaume, (St-Jacques), le jeune Masséna, taper du cul (1) sur la plate-forme en bois d’une vieille machine à vermicelles. »

Et l’auteur ajoute :

«€ On comprend qu'à ce régime de Aart labour, le futur vainqueur de Zurich, ait pris en horreur la maison avunculaire (2) ».

André était un enfant terrible, actif, exubérant, audacieux, le sang bouillant des Masséna courait dans ses veines ; il était fait pour l'action et non pour mener une existence régulière, monotone et sans grand intérêt dans un atelier.

Il avait supporté jusqu'alors la fabrique de son oncle tant qu'il y vivait à côté de son cousin François, mais voici que celui-ci part pour Toulon se perfectionner, comme l'avait fait son père, dans le métier de fabricant de savon. Son autre cousin Infernet a été aussi embarqué à Toulon, comme mousse, sur un navire de la maison

(1) Fonction aujourd'hui disparue par suite du perfectionnement de l'outillage de l'industrie des pâtes alimentaires.

(2) Journal Le Petit Niçois du 23 mai 1909, sous la signature de M. Victor-Emmanuel,

Fabre. André se trouve seul, isolé, privé de la tendresse de sa mère qui se passe très bien de lui.

Il prend en horreur l'existence qu'on lui fait mener.

Le moment est venu où le futur maréchal va tenter de voler de ses propres ailes. C’est alors qu'il échappe à la monotonie de la tutelle familiale et va courir lui aussi les aventures.

CuapiTRE IX

André Masséna dans la Marine

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