‹ Masséna et sa familleChapitre 55 sur 75 · RECHERCHE DE SITUATIONS · texte numérisé non relu

RECHERCHE DE SITUATIONS

Le lendemain de son mariage, André Masséna alla demeurer chez son beau-père dans la maison de Sainte- Claire sur la Place Vieille, où il avait le vivre et le couvert, mais cela ne pouvait durer ; il lui fallait songer à trouver un emploi pour subvenir aux charges de son ménage et assurer l'avenir de ses enfants.

Il n'avait aucun métier et la question était délicate ; que faire ?

Une tradition curieuse, mais qu'il convient de n’accueillir qu'avec circonspection, veut que Masséna se souvenant des heures de sa première enfance où il exerçait le métier de mitron et de porteur de pain, se soit employé quelque temps chez un boulanger du nom de Fianson. ;

Cela est fort possible, car Masséna n’a jamais rougi de la pauvreté de sa famille et l’on sait que plus tard, parvenu à la fortune et aux honneurs, il se moquait de l'affectation de quelques-uns de ses collègues à renier leur origine ou leur parenté (1) ; mais ce qui est certain, c'est qu'il ouvrit dans le petit magasin du rez-de-chaussée

(1) Brisset.

de la maison de son beau-père, une boutique de fruits secs de Provence et d'huile d'olives (1).

On peut s'imaginer ce que durent penser les bourgeois d'Antibes en voyant dans cette boutique la fille du chirurgien Lamarre et son mari débiter aux clients des livres de raisins secs et remplir les estagnons d'huile. Quelle déchéance !

Le ménage Masséna vivota ainsi quelque temps avec peine, les maigres revenus des propriétés d'André s'ajoutant aux bénéfices réalisés dans ce petit commerce. Les Lamarre avaient aussi un jardin potager et André ne dédaignait pas de s'emparer d'une pioche pour cultiver ses légumes !

Le temps passait et la Révolution grondait ; l'agitation croissait dans tous les villages, et aussi la crainte de l'étranger. Déjà le 31 juillet 1789, la municipalité avait décidé de lever une garde bourgeoise pour assurer la sécurité de la ville. Ïl fallait un instructeur habile pour habituer les recrues au maniement des armes et aux évolutions ; on fit tout naturellement appel à Masséna, qui accepta le poste de capitaine instructeur qu'on lui offrait.

Les exercices avaient lieu le dimanche et l'on raconte que les vieux Antibois se souvinrent longtemps d’avoir vu Masséna faire manœuvrer ses recrues sur le cours. Comme d'habitude, Masséna resté soldat dans l'âme, se donna tout entier à sa nouvelle tâche, et y gagna l'estime et l'amitié de son nouveau chef, M. Granet de Saint-Ferréol, commandant de la Garde Nationale.

Mais ce grade de capitaine instructeur rapportait à Masséna plus de considération que d'argent ; il fallait trouver autre chose. Une fille lui était née le 8 juillet 1790 et avec l'arrivée de ce premier enfant les: charges du ménage allaient augmenter.

(1) Marbot, Beauregard,

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C'est alors qu'il songea à rentrer dans l'armée par une autre porte, comme officier de gendarmerie.

Un décret du 21 décembre 1790 avait réorganisé la maréchaussée qui prit dès lors le nom de gendarmerie. Elle était constituée par deux divisions de 800 hommes, tirées des 1600 brigadés de France et composées chacune de 4 escadrons de huit compagnies. Ces deux divisions furent des troupes d'élite, alors que les trois divisions tirées le 3 juillet des anciennes gardes françaises, ne se firent remarquer que par des actes de pillage et d’atrocité et furent licenciées avec beaucoup de peine en mars 1793.

Vers le mois de janvier 1791 André Masséna fit sa demande pour être pourvu d’une lieutenance dans ce nouveau Corps.

Demande de Masséna pour entrer dans la Gendarmerie (1)

Nom et prénom, pays du postulant. — Masséna André, nati} de Nice, résidant en France depuis son enfance.

Age. — Agé de 33 ans.

Grades et services. — I] a servi 14 ans dans le corps des chas- ‘seurs de Provence ci-devant Royal Italien en qualité d’Adjudant. Il n’a quitté ce service que depuis 18 mois: il sert depuis dans la Garde Nationale d'Antibes, en qualité de Capitaine aidemajor ; il était aide-major de 300 gardes nationaux, détachés dans la même ville.

Grade demandé. — Place de lieutenant.

Observations du postulant. — W a rapporté de son corps les attestations les plus honorables. Recommandé par la Garde Nationale d'Antibes et de Toulon.

(1) Arch. dép. du Var, série L., n° 840.

Il a dressé au maniement des armes la garde nationale d’Antibes avec un succès distingué. Toute la contrée d'Antibes et de Grasse prend à lui l'intérêt le plus considérable.

Observations du Directoire. — Plusieurs pièces honorables.

Pour appuyer sa proposition, Masséna fit appel au concours d'un médecin de l'hopital de la Marine qu'il avait connu à Toulon, M. Négrin, (1) lequel avait quelque crédit auprès du Directoire de ce département et qui, d’ailleurs, faillit lui faire obtenir ce poste.

‘ De son côté le commandant de la Garde Nationale d'Antibes, Granet de St-Férréol, recommanda chaudement lé postulant, son subordonné, par une lettre du 17 janvier 1791, rédigée en ces termes :

Au Directoire du Département du Var (2).

Messieurs,

La confiance dont vous aviez bien voulu m'honorer en me donnant le commandement des gardes nationaux qui ont tenu garnison en cette ville, m'engage à réclamer vos bontés et votre protection pour M. Masséna, capitaine aide-major de la Garde Nationale antiboise, qui a pris toute sorte de peine et de soins pour l'instruction de ces gardes nationaux ; il vous prie par mon organe de lui accorder une place d'officier à la gendarmerie nationale que l’on va établir au lieu de la Maréchaussée. Il est d'autant plus capable d'occuper cet emploi qu'il était adju- .dant de bataillon des Chasseurs Royaux de Provence, et que j'ai souvent oui dire de ses officiers supérieurs qu'il avait beaucoup de mérite et qu'ils avaient perdu beaucoup, quand il a quitté le

(1) Louis Négrin, né à Toulon le 24 mars 1747, premier médecin-chef de la marine à Toulon, entré au service conime aide-chirurgien de marine ) nn r . x 27 Sr le 18 octobre 1764, médecin-chef à Toulon le 18 août 1798, retraité le

16 octobre 1813. (Arch. de la Marine, Paris).

(2) Nice, Musée Masséna.

Clché Aunisio, phot. Antibes

GRANET pe St FERRÉOL Commandant de la Garde Nationale d’Antibes

(d’après un portrait appartenant à M'"* Aubernon)

PL. p. 296

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service pour se marier. J'ose espérer, Messieurs, que vous aurez la bonté d’avoir égard à la prière que je vous fais, pour lui, je vous en aurai une reconnaissance infinie et je ne désire rien d'autre que des occasions pour vous prouver que je suis avec respect, Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur.

’ Antibes, le 17 janvier 1791.

(Brouillon sans signature, mais très probablement de Granet de St-Ferréol, commandant la Garde Nationale Antiboise).

En février 1791, les édiles de Grasse demandèrent au

. . ,. AS À s Directoire du Var qu'il fut placé à la tête des brigades de gendarmerie en formation :

« I faut à cet emploi, — délibérèrent-ils,— un officier qui puisse joindre au talent militaire un civisme reconnu, et qui par ses qualités personnelles s'assure l'estime et la confiance de tous les citoyens. Ces titres paraissent réunis en lui par le long séjour qu'il a fait dans le régiment de Royal Italien et dans le bataillon des Chasseurs Royaux de Provence, où il s’est distingué à l’occasion des derniers troubles et dangers suscités par les ennemis de la Révolution, ainsi que par le bon souvenir qu'en ont conservé les gardes nationaux qui furent à diverses reprises, renforcer la garnison d’Antibes (1).

Malgré toutes ces démarches et ces interventions pourtant pressantes et flatteuses, la nomination espérée ne vint pas et après huit mois, las d'attendre, André Masséna en fut réduit à solliciter le poste de secrétaire écrivain de la place d'Antibes.

Un mémoire de proposition appuyé par son ancien colonel Chauvet d’Allons, figure à son dossier aux archi-

(i) Grasse. Arch. municip. Regist. des délibérat., février 1791. C. f, J.-E. Malausséna, Saint-Jeannet, Paris, Picard 1909.

ves administratives de la Guerre à la date du 15 août

On se rend compte, par ce qui précède, combien précaire fut l'existence d'André Masséna pendant ces deux années (Août 89. Sept. 91) époque à laquelle il quitta Antibes par suite de sa nomination au poste d’instructeur du 2" bataillon des Volontaires nationaux du département du Var.

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