CHaPiTRE XVII
André Masséna,
Adjudant-Major du 2° Bataillon des Volontaires du Var (1)
La situation en France s'aggravant tous les jours, les événements vont se précipiter. La frontière devenant plus menacée du fait des agissements de l'étranger et des émigrés, l'Assemblée Constituante, en juin 1791, décida le principe de la levée des volontaires nationaux.
Par décrets des 2 et 4 août 1791, sanctionnés par une loi le 12, le ministre de la guerre Duportail, règlementa la formation des bataillons de volontaires destinés à la défense des frontières. Les commissaires de chaque département les répartirent en corps de 568 hommes, comprenant neuf compagnies de 68 hommes dont une de grenadiers et huit de fusiliers.
L'état-major de chaque bataillon était composé de deux lieutenants-colonels, un adjudant-major, un adjudant sous-officier, un quartier-maître, un tambour-maître et l'armurier ; au total 574 hommes.
Chaque bataillon avait son drapeau aux couleurs nationales, portant le nom du département et le numéro du bataillon, à supposer que le même département en fournit
(1) Bernard-Attanoux. Le 200 bataïllon des volontaires du Var, mp, Latil, Draguignan 1909,
plusieurs. Le bataillon nommait ses officiers et sous-officiers par la voie du scrutin à la majorité absolue des suffrages. |
C'est dans ces conditions que furent fournis douze bataillons de volontaires nationaux pour le seul département du Var du 16 septembre 1791 au 12 décembre 1792.
Le bataillon en garnison à Vence, 2” bataillon des volontaires du Var, fut organisé le 17 septembre 1791 (1).
(1) C. Rousset. Les Volontaires (1791-1794), Didier, éditeur, Paris 1879, pièces annexes p. 327.
Voici d’après l'ouvrage du Commandant Dumont Des Volantaires Nationaux, p. 343, l'état des cadres à sa formation d’après la revue du 17 septembre 1791 :
Lieutenant-colonel: Sanglier de la Nollaye (Jean-Jacques-Désiré), de Saumur, 48 ans.
2 Lieutenant-colonel: Gazan (Honoré-Théophile-Maxime), de Grasse, 26 ans.
Aiïde-major-trésorier : Blay.
Adjudant-major : Masséna André, de Nice, 35 ans.
Adjudant sous-officier : Cresson Nicolas, de Montoires (Somme), 30 ans
Chirurgien-major: Aussel (Joseph), de Tourettes, 53 ans.
Compagnie de Grenadiers..…….
Capitaine Raybaud (J.-B.) de la Colle, 26 ans.
Lieutenant... N..
Sous-lieutenant.…. nr
1'e Compagnie de Grasse...
Capitaine: Court (André-Ambroise), de Saint-Cézaire, 30 ans.
Lieutenant...
Sous-lieutenant..….
ème Compagnie de Grasse...
Capitaine: Vacquier (Charles), de Vence, 29 ans. Lieutenant...
Sous-lieutenant…..
3me Compagnie de Fréjus :
Capitaine: Attanoux (Emmanuel), de Roquebrune (Var), 21 ans. Lieutenant : Tripoul (Louis), de Puget-sur-Argens, 21 ans. Sous-lieutenant….
que Compagnie :
Capitaine : Alberny (Jean-François), de Narbonne, 49 ans, Lieutenant...
Sous-lieutenant..,,
Composé de 571 volontaires des districts de Fréjus, Grasse et Saint-Paul du Var, rassemblés à Draguignan le 12 septembre, formés en compagnies et organisés en bataillon du 13 au 16, le 2"° bataillon fut passé en revue par le maréchal de camp de Muy, assisté du commissaire des guerres Eyssautier et des commissaires du département. [| partait le 19 par Fréjus et Cannes pour Vence où il arrivait le 22, pour y séjourner neuf mois, jusqu'au 22 juin 1792, occupé à compléter son habillement, son équipement et son instruction.
Le commandement du bataillon fut confié à Jean-
ome Compagnie :
Capitaine : Bouges (Charles), de Toulon, 28 ans. Lieutenant...
Sous-lieutenant.…..
Gme Compagnie :
Capitaine : Mottet.
Lieutenant : Sue Joseph, de la Colle, 27 ans. Sous-lieutenant..…
me Compagnie:
Capitaine: Layet, de Cagnes.
Lieutenant: Raybaud (César-Robert), de la Colle, 41 ans
Sme Compagnie :
Capitaine...
Lieutenant : Darluc (Auguste-Toussaint), de Grimaud, 20 ans. Sous-lieutenant..…..
Etat des Cadres au moment de l'amalgame Chef: Raybaud -(C.R.) Quart.maître: Duval.Adjud.major: Giraud (A.L.M.) Chir..... adj. Sous-lieut. (J. J.) Garent ré
Gr. cap. Raybaud (J. B.) Lt N... SLEUN
er Court (A. A.) lo" 1 Minguet
9me Vacquier (C.) Do, ARE
9me Attanoux (J L) 30 Trépoul SAUT
4me N. AO. 4 Curel (B. J. B.) 5me Bouges SD nee DOM tele
Ge N. ÉROPRES 6 Palanque (J.J.) Te N. 19 Farnet (J. M.) 7 Constantin
Sme Darluc CURRY S Audibert (C.)
Jacques-Désiré Sanglier (1) ancien major de la place d'Antibes et les fonctions de lieutenant-colonel en second à Gazan (Honoré-Théophile-Maxime) de Grasse.
Pour l'emploi d'adjudant-major, on fit appel au concours
(1) Jean-Jacques-Désiré Sanglier, fils de messire J.-J. Sanglier, Seigneur de la Tremblaye, et de dame Madeleine-Victoire de Doré, est né aux environs d'Angers, à Saumur, le 25 janvier 1743. Il entra très jeune dans l’armée et le 10 janvier 1781, étant en garnison à Antibes comme capitaine au régiment d'infanterie d’Arbois, il épousa Anne-Marie- Thérèse-Gabrielle Couston, fille d'Etienne Couston, major d'Antibes, et de Françoise Caire, son épouse.
J.-J. Sanglier remplaça son beau-père comme major de KR place d'Antibes en 1782 et cessa ses fonctions le 1° août 1791, par suite de la suppression de son poste; l’Assemblée Nationale, par décret du 10 septembre 1792, lui accorda une pension de 1940 livres 15 sols en récompense de ses 34 ans 10 mois et 29 jours de service.
J.-J. Sanglier est désigné ensuite pour prendre le commandement comme lieutenant-colonel du 2e bataïllon des volontaires nationaux du département du Var qui arrive à Vence le 22 septembre 1791. Il quitta son commandement le 1°" août 1792, sa santé ne lui permettant plus de supporter les fatigues de la guerre et revint à Antibes où :1l fut quelque temps procureur de la Commune. Le 27 avril 1793. il est nommé commandant du Fort Carré par le général Montredon puis successivement commandant de place à Grasse, le 4 septembre 1793; à Fréjus, le 19 germinal an IT; à Cannes, le 11 thermidor suivant ; à Villefranche-sur-Mer, le 18 brumaire an III, pour reprendre enfin le commandement du Fort Carré, à Antibes. -
Il mourut le 6 brumaire an IV (27 octobre 1795), à l'âge de 52 ans.
J.-J. Sanglier avait une nombreuse famille, trois filles et un garcon tous nés à Antibes et ne possédait aucune fortune. Après sa mort sa veuve demanda et obtint des Représentants du Peuple près l’armée d'Italie, par arrêté du 3 nivôse an IV « les rations de pain, légumes, viande et vin », nécessaires à la subsistance de sa famille. Quelque temps plus tard, une pension annuelle de 400 francs lui fut accordée et
elle se retira à Saumur (Arch. administ. de la Guerre — Doss. de J.-J. Sanglier, commandant de place).
c. f. — « Le sieur Sanglier renoncera à son grade de major du Fort
Carré pour prendre le commandement du ?me bataillon ayant le sieur Gazan de Grasse pour adjudant-colonel ».
Lettre du directoire du département du Var à la Municipalité de Vence. Tisserand, La Révolution dans les Alpes-Maritimes, p. 85.
de Masséna, qui accepta (1). Nul choix n'était certes plus justifié. De par ses services antérieurs, si élogieusement appréciés de ses chefs, André Masséna était l'homme qui devait le plus heureusement concourir à la formation et à l'instruction militaire de ces volontaires inexpérimentés, indisciplinés et turbulents.
André Masséna entrait en fonctions le 17 septembre 1791, cinq jours après il se trouvait à Vence, le 22 septembre avec cette unité. A cette date la ville de Vence fournit l'étape au 2" Var, soit 793 rations de bouche et 92 de fourrages. (2)
Vence voyait arriver d'un bon œil cette nouvelle troupe sur laquelle elle comptait pour sa défense et sa sécurité, la garde nationale locale étant peu apte à l'assurer. Le maire de cette ville avait, en effet, tout récemment écrit au directoire de Toulon pour lui signaler l'état de trouble des populations et les appréhensions qu'il avait, pour la sécurité de ses administrés (3).
(i) « Depuis son mariage à Antibes, il vivait chez son beau-père sans occupation ; il avait accepté dans la garde nationale d'Antibes l'emploi de capitaine instructeur et lorsque fut organisé le 2e bataillon du Var à Vence, comme les charges étaient à l'élection, on fixa les yeux sur lui et on envoya lui demander s’il voudrait bien faire l'honneur aux volontaires du Var d’être leur capitaine instructeur.
&« On le trouva revenant de cultiver son jardin. Il consentit et monta à Vence. Les anciens nous disent l'avoir vu sur la place Saint-Michel exercer les hommes avec le talent qu'on lui connaissait. Il était aimé et craint du soldat; aussi lorsque le lieutenant-colonel Gazan quitta le bataillon (12 février) pour le 27e régiment d'infanterie, Masséna fut promu à sa place. Quelques mois après, il succéda au commandant Sanglier, démissionnaire. (Tisserand, La Révolution dans les Alpes-Maritimes, p. 101- 102).
(2) Nice, Areh. dép. L. 701.
(3) On réclamait partout de la troupe: « la licence est montée à son comble, écrivait le maire de Vence, au directoire de Toulon, à tel point qu'on est à la veille des massacres et du brigandage. Des gens qui n'ont
rien à perdre s’attroupent à la moindre occasion. La garde nationale est impuissante. Les villages voisins sont en effervescence, les perturbateurs
Le conseil municipal se mit aussitôt à l'œuvre pour pourvoir au logement des officiers et au casernement des hommes.
Les officiers furent logés chez les particuliers, les basofficiers et les hommes au ci-devant palais épiscopal, acquis par la commune, au ci-devant séminaire et à la ci-devant prévôté, appropriés pour la circonstance par les soins des édiles de la ville. (1)
Dans une organisation aussi improvisée, il y avait de nécessaires défectuosités, c'est ainsi notamment, que le petit nombre de lits de l'hôpital de la ville devenu insuffisant par suite de l'accroissement de la population, faisait l'objet d'une réclamation pressante de la part du colonel
s’enhardissent par l'impunité. Entre Vence et Saint-Paul, il y a une inimitié implacable. Les malveillants sont en grand nombre. Ajoutez à cela le germe de division qui existe entre les honnêtes gens au sujet des opipions 1elig euse-. Les e: prits sont aigris de part et d'autre, et la prudence exige de ne pas se servir même de la garde nationale. Une partie des administrateurs veut donner sa démission si l'on n'envoie pas de la force armée. Nous craignons des troubles pour la Saint-Véran (10 septembre).
Le directoire de Toulon répondra le 14 septembre que le 2e bataillon du Var est en marche sur Vence avec la moitié du 6e bataillon de . chasseurs. Le 3€ sera cantonné à Cannes ».
Tisserand, La Révolution dans les Alpes-Maritimes, p. 85.
(1) Arch. munic. de Vence. Délibération du ? octobre 1791 «.. auquel conseil il a été représenté qu'en suite de la lettre d'avis de MM. les Commissaires du département pour l'organisation des gardes nationales, en date du 17 septembre dernier ; il est arrivé en cette ville le 22 dudit mois, un bataillon de gardes nationales composé de 574 hommes qui ont .été logés, savoir: les officiers chez les particuliers, et les bas-officiers et fusiliers au-ci-devant palais épiscopal acquis par la commune, au cidevant séminaire et à la ci-devant prévôté. Les lits ont été fournis par les particuliers ; la municipalité a fourni les ustensiles et a été obligée de faire quelques réparations au ci-devant séminaire, elle a également fourni l'étofle et le bois pendant quelques jours, il a été déjà remis plusieurs rôles de la dépense faite à ce sujet et les ouvriers demandent à être payés ».
(Suit la liste des paiements).
du 2% bataillon (1) à la municipalité, à la date du 23 octobre 1791.
D'autre part, aux approches de l'hiver, les hommes n'ayant encore à leur lit que des couvertures d'été malgré les demandes à la municipalité, le colonel Sanglier se plaignait de cet état de choses aux administrateurs du district de Grasse qui aussitôt, le 29 octobre 1791 (2), en référaient aux édiles de Vence, leur indiquant qu'au cas
(1) Je comptais MM., avoir l'honneur de vous vuir ce soir et vous faire verbalement une nouvelle réquisition au sujet des effets qui manquent encore au bataillon, savoir : des tables, des bancs et des râteliers dans les différentes casernes, plus un emplacement pour les volontaires qui tombent malades et qu'on ne peut admettre à l'hôpital, attendu le petit nombre de lits. Vous ne vous êtes point assemblés et des affaires pressées m'appellent demain à Antibes, je me suis déterminé à vous écrire pour vous demander en grâce de vouloir bien enfin vous occuper sérieusement de ce qui nous manque parce que les reproches que je reçois journellement à ce sujet ne me permettent plus de ne pas vous presser moimême.
Veuillez, MM., en mon absence, prendre les moyens nécessaires ; disposé à vos ordres et avec respect, Messieurs, Le Commandant du 2m bat. du Var: Sanglier. (Lettre de Sanglier à la Municipalité). Vence, le 23 octobre 1791. (Vence, arch. municip. H. 15).
(2) A la municipalité de Vence, Grasse, le 29 octobre 1791.
€ M. Sanglier, premier lieutenant-colonel des Gardes volontaires nationaux en quartier chez vous MM., nous mande par sa lettre du 28 du présent que les lits à l'usage de ces volontaires ne sont garnis que de paillasses avec des couvertures d'été, la plupart vieilles et usées, ce qui est impossible à servir dans cette saison et encore plus en hiver. M. Sanglier nous observe encore que sa troupe étant payée en partie en assignats de 5 livres, vos boutiquiers refusent de prendre cette monnaie même quand la somme de 5 livres est complète. Il est important, MM. que vous vous occupiez sans délai et toute affaire cessante à remédier à ces inconvénients :
1° En obligeant tous vos concitoyens sans nulle exception à fournir des couvertures d'hiver, les mieux en état devant en fournir davantage ; si cet arrangement éprouve des difficultés impossibles à suppléer, M. Sanglier propose d’en faire demander à Antibes où l'entrepreneur des fournitures en trouvera sûrement, pour celà vous aurez la bonté MM., de vous consulter avec M. Sanglier, vous conviendrez avec cet entrepreneur
où les particuliers ne pourraient fournir un nombre sufhsant de couvertures d'hiver, ils eussent à en louer à l'entrepreneur des fournitures à Antibes. qui était en mesure de pourvoir à leurs besoins. É Dans cette même communication du 29 octobre 1791, les administrateurs du district de Grasse appelaient l'attention de la municipalité sur l'attitude des boutiquiers de Vence qui sous prétexte de manque de menue monnaie refusaient les assignats en paiement aux hommes de troupe, et suggéraient aux édiles vençois, l'idée de créer « un papier
du prix pour le louage de ces fournitures, lequel vous déduirez à prorata sur le paiement qui reviendra à chaque propriétaire fournisseur des lits mais en attendant que la nation y ait pourvu votre municipalité en fera l'avance.
« 20 Il ne vous a pas été possible, MM., de vous procurer de la basse monnaye comme nous représente M. Sanglier, nous savons MM., qu'elle serait de la plus grande utilité soit dans vos communes comme dans tout le département, tout ne peut pas s'opérer à la fois, mais en attendant, pourquoi ne demandez-vous pas à être autorisés à établir chez vous un papier de confiance forcé par trois officiers municipaux; c’est ainsi qu’à Grasse on a supplé à la pénurie de la basse monnaye en établissant ce papier de confiance depuis 5 livres et jusqu'à 25 livres contre des assignats ; la première émission de 6000 livres fut enlevée dans moins de trois-quarts d'heure, pour la seconde de 6000 livres, il y avait des signatures pour 30.000 livres. Le Conseil vient d'en délibérer un 3%€ pour 38000 qu'on échange en assignats qui représentent ces sommes en circulation et qu'on peut retirer en rendant ce papier de confiance. Dans ces temps de crise, il faut MM, se décider au plutôt pour le parti convenable à sauver la Patrie ; nous avons tous le plus grand intérêt que les gardes volontaires nationaux soyent au plutôt formés à lui rendre les services qu'elle en attend, ce sont les conservateurs de notre constitution, c’est de quoi nous vous prions de vous pénétrer, vous devez soutenir de toute votre autorité la libre circulation des assignats, nul ne peut, ni ne doit les refuser en paiement; quiconque le refuse insulte au crédit public, c'est pourquoi vous devez MM., surveiller, vous n'avez pas encore répondu MM., à la lettre du Directoire du 24 septembre dernier, nous vous prions de le faire sans délai.
« Les Administrateurs du directoire de Grasse, signé : Mougins », Vence, arch. municip. H, 15. »
D nm:
de confiance à l'instar de la ville de Grasse, destiné à suppléer à la pénurie de Ia basse monnaie ».
La municipalité vençoise n'apportant toutefois pas une célérité suffisante à faire droit aux diverses réclamations du 2% bataillon du Var (1), le colonel Sanglier porta ses doléances aux administrateurs du directoire du Var qui, le 3 décembre 1791 admonestait les édiles vençois « au sujet des plaintes graves que le directoire vient de recevoir sur le refus habituel qu'ils opposent aux légitimes doléances du colonel du 2% bataillon ». Les administrateurs du directoire du Var énumèrent dans leur communication les diverses réclamations restées sans réponse, tant sur l’impropriété de divers locaux à usage de logement que sur l'insuffisance de l’ameublement (2).
[faut croire que la leçon avait porté car, dès le 12 décembre 1791, ces mêmes administra-
(1) Le 1°" novembre 1791, Sanglier invite la municipalité à faire établir le corps de garde du Séminaire dans un endroit où il y ait une cheminée « et qui ferme avec une porte ».
A fournir des couvertures d'hiver, des tables et des bancs pour les chambrées.
Un logement pour une compagnie qui est extrêmement mal logée à l'Évêché.
Une chambre en ville pourvue d’une cheminée pour « le faiseur de guêtres ».
La réparation de la porte de la salle de discipline qui est dépourvue aussi de bas-flancs et de couvertures de laine.
La fixation entre midi et une heure de la distribution du bois et du luminaire.
Enfin, il s'inquiète de la question des assignats que personne ne doit refuser et prie la municipalité de commencer à dater de ce jour la fourniture en bois et luminaire des trois postes de l’hôtel-de-ville, du château et du séminaire qui comprennent chacun 9 hommes et de deux corps de garde d'officiers.
(Vence, arch. municip. H. 15. 1e novembre 1791). (2) « Le 2ne bataillon MM. de volontaires nationaux de notre départe-
ment cantonné à Vence vient de nous porter des plaintes graves sur le refus habituel que vous leur faite de leur faire fournir les divers objets
teurs du Directoire du Var, constatèrent avec satisfaction (1) que la municipalité vençoise avait fait droit à la majeure partie des réclamations.
qui leur sont nécessaires et sur d’autres difficultés également mal fondées de votre part. Il nous expose que ? compagnies du bataillon sont logées dans les galetas du séminaire et de l'évêché et que les volontaires y sont exposés à l'eau et à la rigueur de la saison par le mauvais état des toits et la disposition de cette partie des bâtiments. Nous vous prions de faire nécessairement raccommoder les toits tant de l'évêché que de la prévôté et du séminaire en ayant attention de faire un état à part.du montant de la dépense qui sera fait à la prévôté et au séminaire qui étant deux édifices nationaux vous met au cas du remboursement que nous vous ferons effectuer par le district.
Le bataillon demande que les toits soient plafonnés et que les portes du galetas du séminaire soient rétrécies par un simple buget pour que ce logement soit en état. Cette demande nous paraît également juste et vous voudrez bien y satisfaire
Il vous expose aussi que les volontaires n'ont que de très minces couvertures à leur lit et il demande qu'il leur en soit fourni qui puissent les mettre à l'abri du froid. <
Le bataillon se plaint aussi que la fourniture du bois pour le corps de garde lui en est faite tout en bois vert, quoiqu'on dut lui en fournir la moitié en bois sec, d'après le règlement établi. ;
Le bataillon se plaint qu'il ne se vend point de bois dans le pays, d'où impossibilité de faire cuire la soupe le bataillon se plaint encore de ce le corps de garde, les chambres et le quartier sont dépourvus de tout ce qu'il est d'usage de fournir aux troupes.
De ce que les soldats malades sont couchés de deux en deux dans votre hôpital et qu'il arrive souvent qu'un blessé se trouve couché avec un homme attaqué d’une maladie pestilentielle.
Le bataillon demande qu'il leur soit fourni des matelas ainsi que la loi le leur accorde.
Veillez à tout cela et rendre cours forcé aux assignats.
Les administrateurs du directoire du Département du Var: Guérin, Debaux, Pascalis, présidents, Roubard fils, Maure, Guisol Toulon le 3 déc. 1791. (Arch. de Vence, H. 15).
(1) Vence, arch. municip. H. 15 Toulon le 12 octobre 1791. A MM. les Officiers municipaux à Vence,
Nous voyons avec plaisir, Messieurs, par votre lettre du 7? de ce mois, que vous avez donné satisfaction au ?ne bataillon du Var cantonné à
Les rapports de la troupe des volontaires et des habitants de Vence n'étaient pas des plus cordiaux, ils se ressentaient des lenteurs de la ville’ à assurer le confort des hommes dans leur cantonnement et leur couchage, des difficultés opposées par les boutiquiers aux paiements en assignats, du refus des habitants de vendre du sel à la troupe, alors qu'ils le cachaient dans leur grenier (1) et aussi de nombreuses dépradations commises par les volontaires dans les jardins potagers entourant la ville en vue d'améliorer leur ordinaire. Des querelles et des altercations violentes étaient les conséquences de cet état de choses.
C'est ainsi qu'à la date du 29 octobre 1791, nous relevons la plainte au conseil municipal d'un habitant M. Blacas (2)
Vence, sur la plupart des objets sur lesquels il réclamait, nous ne doutons pas que vous ne vous conciliez avec les chefs de ce corps pour faire cesser les autres objets de réclamation ; l'intérêt de votre ville, le bien public et le patriotisme dont vous faites profession, vous en font une loi.
Nous écrivons suivant votre désir au directoire du district de Grasse. de faire la levée des scellés apposés au séminaire et de rendre libre les pièces de cet édifice qui peuvent servir au casernement du bataillon des volontaires.
Nous seconderons toujours bien volontiers les mesures que vous prendrez pour donner à cette troupe le logement et les facilités qu’elle a le droit d'attendre de vous: Les Administrateurs composant le directoire du Var : Debaux, Ruel, Denache, Guérin.
(1) Vence, le 22 décembre 1791, M. Gazan commandant en second le eme Var à M. le Maire de Vence :
« Plusieurs caporaux viennent de me porter plainte qu'il ne se trouve point de sel a acheter dans le pays et qu'il y en a néanmoins renfermé dans les greniers. Je viens donc, Messieurs, vous prier de prendre de votre sagesse les moyens les plus propres pour faire cesser de pareille demande. J'ai l'honneur d'être Messieurs, votre très humble : Gazan.
(Vence, arch. municip. H. 14. Subsistances militaires).
(2) « Je prie et je requiers pour la quatrième fois MM. les Maire et officiers municipaux de cette ville de Vence de requérir eux-mêmes par écrit M. Sanglier, commandt du Bat. de Vol. n° ? actuellement en garnison à cette ville de donner un détachement au soussigné pour l'arrestation de celui qui sera par lui indiqué, c’est-à-dire par le soussigné pour insultes,
qui prie instamment la municipalité de requérir M. Sanglier, commandant du 2” bataillon de « donner un détachement au soussigné, pour l'arrestation de celui qu'il indiquera comme s'étant livré à des insultes, menaces et effets commis tant contre sa personne que contre sa maison. En outre de lui fournir deux soldats qu'il paiera pour la garde de sa maison. »
Dès le 29 octobre, le commandant Sanglier prenait des mesures de protection pour la maison Blacas où un caporal place deux sentinelles de garde (1).
Le 11 décembre, il écrit à la municipalité pour demander un autre corps de garde que celui du château qüi en raison du froid, a été déserté par ses occupants dans la nuit du 10 au 11, il désigne comme local susceptible de remplir cet objet la cuisine du sieur Vacquier Charles, inhabité et où se trouve un billard public. Vacquier informé refuse de le céder prétextant qu'il va l'habiter mais la municipalité ordonne que ce local sera transformé en corps de garde après qu'un état des lieux aura été établi (2).
Mais les rapports entre les volontaires et la population
menace et effets commis tant contre sa personne que contre sa maison d'habitation et encore de le requérir de donner deux soldats que le sous signé soudoyera pour la garde de sa maison.
Fait a Vence 1: 29 octobre 1791, et pendant la nuit de ce jour au 30 courant. Blacas »
(Vence, arch municip. H. 15).
(1) Vence, arch. municip. H. 13 - 12 à 14. Vence. le 29 octobre 1791 A MM. les Maires et officiers municipaux de Vence,
D'après vos réquisitions MM. je vais faire commander tout de suite ? soldats de plus au poste du château pour fournir cette nuit ? sentinelles à la maison de M. Blacas; il sera nécessaire que le valet de ville, porteur de votre missive revienne dudit poste au château pour indiquer au caporal de garde l'endroit où il faudra placer les ? sentinelles
Le Cdt du 2° bataillon des Volontaires du dép. du Var : Sanglier.
(2?) Vence, arch. municipales, H, 15, délibération du Conseil municipal du {1 décembre 1791, ;
se tendaient tous les jours et le 5 janvier 1792 un propriétaire de Vence tirait un coup de fusil sur quatre volontai.
res, qui pénétraient dans son potager et en blessait deux grièvement.
Sur plainte du colonel Sanglier (1) et des officiers du bataillon, les édiles de Vence se bornaïient à informer les habitants qu'ils n'avaient pas le droit de tirer sur les volontaires et refusaient de porter plainte contre l'auteur du coup de fusil, renvoyant le commandant à « faire le nécessaire s'il le jugeait à propos » (2).
Le 6 janvier le commandant Sanglier informait le Maire qu'il en référaient au directoire de Toulon et rassemblait son bataillon pour lui interdire de pénétrer dans les campagnes. (3)
(1) Vence le 5 janvier 1792,
Pétition au maire de Vence indiquant que 4 volontaires ayant pénétré dans un potager privé pour y voler des choux, le propriétaire a tiré un coup de fusil qui a blessé grièvement ? volontaires qui passaient près du lieu du vol. Le 2e Var requiert que le nécessaire soit fait. Signé des officiers : Sanglier, Layet, Gazan, Court, Mottel Bouge, Alberny.….
(Vence, arch. municip. H. 13).
(2) Vence, arch. municip. délibération du 5 janvier 1792.
(3) Vence le 6 janvier 1792 :
Sanglier signale au maire que les officiers du 2e Var ont décidé d’envoyer au directoire de Toulon la délibération du Conseil Municipal adressée hier au sujet du coup de fusil tiré sur deux volontaires ; il y a plus de six semaines que les volontaires, n’ont donné lieu à aucune plainte.
Sanglier assemblera aujourd’hui le Bat. pour renouveler les défenses d'aller dans lescampagnes. Sur des observations multiples de la part des sous-officiers et volontaires, relatives à la perte de 5 sols par assignat, il suspend cette mesure, requiert une millième fois la municipalité de fournir de meilleures ou de secondes couvertures au bataillon.
Vence le ? janvier 1792.
Sanglier annonce que la poursuite contre le propriétaire n'aura paslieu s. la municipalité est décidée à vivre en bonne intelligence avec le bataillon,
31 janvier 1792.
Sanglier signale que les sentinelles sont insultées et attaquées la nuit au moyen de pierres, avis d'y porter bon ordre sinon il se chargera de la police,
(Vence, arch. municip. H. 13 )
Le discrédit général qui commençait à peser sur les assignats décida la municipalité de Vence à prier le colonel Sanglier à la date du 3 janvier 1792, d'amener ses hommes à consentir dans leurs achats aux habitants de la ville une perte de 5 sols par assignat de 5 livres. Dès le lendemain, rassemblant ses hommes, le commandant faisait appel à leur patriotisme et dans l'intérêt de leurs bons rapports avec la population, les engageait à subir cette légère dépréciation de la valeur de l'assignat. « La perte de 5 sols par assignat, leur dit-il, ne sera presque pas sensible et maintiendra l'harmonie entre les citoyens et la troupe ; je veillerai d’ailleurs à ce qu'aucun intérêt ne soit lésé. Consentez, soldats, à favoriser la chose publique en applaudissant à l'ordre que je suis forcé de vous donner ; votre obéissance ne fera qu'accroître l'attachement que je VOUS ai voué ». ë
De plus pour compenser cette perte et combattre les effets de cette communication le colonel ajoutait : « je ferai délivrer demain par la compagnie et en prenant les précautions nécessaires une certaine quantité de chemises, bas et mouchoirs, les volontaires peuvent y compter ».
Communication de cet ordre et des mesures prises était donnée à la municipalité par le colonel Sanglier qui semblait ne pas s'illusionner outre mesure sur la décision que prendrait la troupe car il ajoutait en postscriptum : «telles sont les mesures que j'ai prises pour assurer le succès de ce dont vous m'avez requis, je souhaite de tout mon cœur de n'être point trompé » (1).
Le 16 janvier (2), le colonel Sanglier indiquait à la municipalité que ses hommes se refusaient à subir la
(1) Vence, arch. municip. H. 13 lettre de Sanglier à la municipalité de Vence du 4 janvier 1792.
2 ete ve ‘ SES de (2) Vence, arch. municip. H. 13-Lettre du colonel Sanglier à la municipalité du 16 janvier 1797,
re
perte légère sur l'assignat proposée par les édiles vençois et il ajoutait : « Je ne puis ordonner une chose contraire à ce qui est prescrit par la loi, jugez de mon embarras . il ne me reste d'autre parti que d'écrire au directoire du département afin qu'il maintienne ce qu'il a déjà réglé en vous marquant d'amender ceux de vos habitants qui refuseraient nos assignats au pair ».
Pendant ce temps l'équipement, l'habillement (1) et l'instruction militaire du 2" Var se poursuivaient, les exercices avaient lieu sur la place Saint-Michel, aménagée en terrain de manœuvre et les marches aux environs de Vence; parfois même le bataillon entier ou certaines de ses unités se rendaient dans les villes ou villages voisins pour y rétablir l'ordre troublé ou éviter par la seule présence d'une troupe armée les désordres qui auraient pu se produire (2). Les bruits de guerre provoquent de fausses alertes tant du côté français que du côté piémontais; c'est ainsi que le 5 mai 1792, les troupes des deux camps prennent simultanément les armes sur un faux bruit du passage de la frontière par l’armée adverse (3).
Les démêlés avec la municipalité continuent le 1°’ mars 1792, le conseil d'administration du 2" Var signale la réclamation du sieur Augier, boulanger, qui prétend faire
(1) Lettre de la municipalité d'Antibes du 20 déc. 1791 invitant celle de Vence à envoyer chercher neuf ballots d'effets destinés au 2m Var (Vence arch. municip. H. 15-I1-4-3-à4-4) H. 15 lettre du 4 février et le 26 avril 1792 nouvel envoi de 6 ballots d'effets fournis par le département. )
(2) C'est ainsi qu'à la date des ? et 3 septembre 1791, la ville de Grasse fournit l'étape du 2€ Var, soit 712 rations de bouche et 98 de fourrage pour chacune de ces deux journées, quelques jours plus tard le 8 novembre‘ Grasse fournit l'étape à une compagnie de grenadiers du 2° Var, OÙ rations de bouche et 8 de fourrage. (Nice, arch dép. L. 701).
(3) Arch. du minist. de la guerre — correspondance de l'Armée des
Alpes et du Midi. Lettre de Sanglier Commandant le 2° Var du 5 mai 170e