‹ Masséna et sa familleChapitre 61 sur 75 · CE · texte numérisé non relu

CE

Fe

ET SA FAMILLE SYyE

L'affaire n'avait pas été très chaude, car les Piémontais ne s'attendaient pas à une attaque sur ce point et n'y avaient laissé que des milices. L'année suivante, Masséna, rappelant cette opération à Dubermion s'exprimait ainsi : « Il paraît que l'ennemi veut occuper les mêmes postes que l'hiver dernier et que nous débusquâmes cependant le 28 février sans peine. Ils n'étaient gardés à la vérité que par des milices et furent attaqués le même jour sur tous les points ; vous devez vous rappeler, général, de cette époque (1) ».

Après cette expédition, les opérations marquent un temps d'arrêt, Masséna revient à Antibes, pendant que Layet assure le commandement du bataillon maintenant cantonné à Gilette.

Le 8 mars 1792, Masséna, d'Antibes répondant aux inquiétudes manifestées par Layet, lui écrit pour linformer « qu'il fera tout son possible pour que le bataillon n’aille plus haut (2) ».

de ligne et 150 miliciens par des détachements de garnison d'Annot Castellane et Entrevaux les en a chassés.

Nous n'avons en ces différentes affaires que 20 hommes tués et 50, blessés, dont 4 officiers et 21 prisonniers qui excédés de fatigue, n'ont pu suivre Ia colonne. La perte des ennemis est de 200 hommes, tant tués que blessés et 200 prisonniers y compris ? officiers ; on a pris deux pièces de canons et deux espingardes à Belvédère et quelques munitions de guerre et de bouche, etc ».

(Moniteur universel; vol. 15 p. 708- Séance du mercredi 13 mars 1793 Convention nationale)

(a) I faut lire Masséna. C'est la Tère fois que son nom parait dans le Moniteur.

(1) Lettre de Masséna à Dumerbion du 29 brumaire an I.

(2) Au citoyen Layet, lientenant-colonel du 2me bataillon du Var à l'avant-garde à Gilette. Je ne partirai qu'après demain cher camarade, le général Dumerbion ne doit arriver que demain. Je ferai mon possible pour éviter que le bataillon n'aille plus haut ; bien des choses à tous les

camarades. Masséna le 4 mars. (Arch. du maréchal Masséna vol. I Italie 1792-1793).

Jugeant sans doute que son corps qui a participé aux rudes opérations d'hiver a mérité quelque repos, Masséna s'emploie à le lui obtenir. C'est ainsi qu'à cette époque du 8 mars, le bataillon quitte Gilette pour aller tenir garnison en troisième ligne à Villefranche, son effectif est alors de 590 hommes. Nous l'y retrouverons encore le 11 avril.

Plus que jamais, Masséna s'inquiète de sa troupe ; le 5 avril il écrit à Layet « qu'il ne négligera rien pour rejoindre sous peu son bataillon » et lui fait en attendant des recommandations : « Je te prie, mon ami, de ne te relâcher en rien pour le bien du service ; nous jouissons d'une très bonne réputation pour ne pas prendre tous les moyens qui sont en notre pouvoir pour la conserver ; donne-moi des nouvelles tous les deux jours du bataillon ; ne perds pas de vue l'habillement ; fais acheter tout ce qui est nécessaire (1) ».

Le 11 avril, nouvelle lettre à Layet :

« Je te prie, la missive reçue de m'envoyer de tes nouvelles et de celles du bataillon, surtout où tu en es pour l'habillement ; si tu manques de tricot, ne manque pas d'en faire acheter, car il ne faut pas s'attendre à en recevoir de la part du citoyen ministre ».

Cette lettre était suivie d'instructions en vue de la tenue du bataillon (2).

(1) Archives du maréchal Masséna vol. 1- (Italie 1791-93) lettre de Masséna du 5 avril.

(2) Au citoyen Layet, lieutenant-colonel du 2e bataillon du Var à Villefranche (1).

Je croyais, mon cher Layet, avoir le plaisir de t'embrasser demain mais je me trouve forcé d'aller à Saint-Paul pour aller consulter ton oncle Gavary. Je ne trouve que des obstacles pour terminer mon affaire ; je te prie, la missive reçue de m'envoyer de tes nouvelles et de celles du bataillon surtout où tu en es pour l'habillement, si tu manques de tricot, ne manque pas d'en faire acheter à quel prix que ce soit, car il ne faut pas s'attendre à en recevoir de la part du citoyen Ministre Vu

ET SA FAMILLE Epir

Et il lui renouvelle : « Je te prie de m'écrire très souvent malgré que la commission militaire que le général doit me donner ne soit pas bien longue à ce que je crois, surtout si le bataillon recevait quelque ordre de départ ».

Avant de quitter Antibes pour rejoindre son poste. il n'a garde d'oublier de se faire délivrer par la municipalité un certificat de civisme (1).

comme les affaires sont malheureusement embrouillées, vous aurez sans doute su à Villefranche les lâches intentions du général Dumouriez. Je t'assure que cette nouvelle a attristé toute l'habitation, car on ne peut pas se dissimuler les suites fâcheuses que ce désordre amènera en France.

Adieu, bien des choses à tous les camarades ; j'attends sans faute de tes nouvelles après demain et parle moi aussi de ton inspection. Je suis

avec un sincère attachement ton camarade.

MaAssÉNA.

Antibes, le 11 avril.

Instructions pour le citoyen Layet:

1° Faire travailler sans relâche à l'habillement ; l'officier chargé de cette partie du 1ΰ bataillon de la Haute-Garonne vous remettra une pièce de tricot ; on coupera les culottes sur deux tailles, c’est-à-dire la moyenne et la petite.

2° Après ce travail, on fera couper des habits également sur deux tailles sans cependant oublier les réparations.

30 Le citoyen Darluc de concert avec le C. Balesin (?) achèteront les fournitures nécessaires.

Je recommande très expressément au citoyen Layet de ne jamais se relacher sur le rapport du matin les exercices des recrues, et enfin sur tous objets du service.

Je les prie de m'écrire très souvént malgré que la commission militaire que le généràl doit me donner ne soit pas bien longue à ce que je crois, surtout si le bataillon recevoit quelque ordre de départ.

Il doit arriver un maître cordonnier, dès'le moment qu'il aura joint voudra bien ordonner au... de lui faire donner une boutique pour monter notre atelier pour nos réparations. Qu'on n'oublie jamais les deux appels.

MassÉNA.

(Arch. du Maréchal Masséna, vol. 1).

(1) Extrait des registres des délibérations du conseil général de surveillance permanente de la commune d’Antibes :

Du huit avril mil sept cent quatre vingt-treize, l'an second de la République francaise dans la salle de la maison commune d'Antibes s’est pré-

A son retour sur la ligne de feu Masséna qui va bientôt mériter son surnom de « terribile nizzardo », terrible niçois, comme l'appelle l'historien Cusani, se voit confier un commandement important; tandis que Casabianca à la tête de cinq bataillons disposés dans les postes de Saint-Martin, Lantosque, Roquebillère, Belvédère et la Bollène, à la charge de défendre les débouchés des passages desservants de la Tinée, du vallon d'Entraque et de la Roya, Masséna qui commande lui aussi à cinq bataillons surveille de Peira-Cava, le poste ennemi établi au Moulinet et couvre la communication de l'Escarène à Lantosque par Luceram, les cols de Saint-Roch, de la Porte et de Saint- Arnoux (1).

Le 7 juin 1793 le 2" Var, dont l'effectif est de 346

senté au conseil général de surveillance permanente, le citoyen André Masséna, lieutenant-colonel au second bataillon du Var, résidant en cette ville d'Antibes pour obtenir un certificat de civisme pendant tout le temps de sa résidence en cette dite ville d'Antibes.

Sur laquelle proposition le conseil général, ouï le procureur de la commune a unanimement délibéré d'accorder le dit certificat de civisme audit citoyen André Masséna conformément à la loi du cinq février dernier.

Certificat de Civisme :

Nous soussignés, officiers municipaux et membres du Conseil généra] de la commune d'Antibes certifions que le citoyen André Masséna, lieutenant-colonel au second bataillon du Var, a toujours professé le civisme pendant le temps de sa résidence en cette ville d'Antibes porté par la loi du cinq février dernier.

Fait en la maison commune d'Antibes, l'an, mois et jour ci-dessus.

Signés : Remond, maire ; Lamarre Baptiste, Gairaud, Colobrière, Guirard Vial, officiers municipaux, A. Girard, J.-B. Rostan, Gros Riouffe, J. Laurent, Ph. Baud, Sanglier P. D. L. C. Ambroise Bernardy» secrétaire greffier, approuvant le renvoi.

Vu par nous, président et membres du directoire du district de Grasse le dix avril mil sept cent quatre vingt-treize, l'an ? de la République française.

GirARD, REVERDIT, GIRAUDY

(Arch. de la Guerre. Doss. Masséna).

(1) Krebs et Moris-Campagne dans les Alpes pendant la Révolut, t.1

ËT SA FAMILLE 379

hommes est dans la vallée de Roya au camp de Braous, sa compagnie de canonniers est détachée au col Nègre (1) Masséna et son bataillon vont prendre une part active aux opérations militaires qui vont se dérouler dans la région de lAuthion.

Dès le 8, le général Brunet attaque sur cinq points différents le camp de Lignières, le camp de Pérus, le poste du Moulinet, l'avant-poste du camp de Fourches et le camp de Braous.

La colonne de droite, aux ordres du général de brigade Mieskousky, est divisée en trois : celle de droite commandée par le citoyen Martin, chef de bataillon au 28" régiment d'infanterie; celle du centre par le colonel Despinoy, celle de gauche est conduite par le chef de bataillon Masséna, « allant à la course gravissant le mont formidable du col de Ligneras » (2).

Masséna en déloge l'ennemi qu'il poursuit jusqu’au sommet de Mangiabo d'où il le chasse également.

Dans son rapport au général Brunet, le général Mieskousky (3) cite parmi les officiers qui se sont distingués au cours de l’action, le citoyen Masséna, chef de bataillon du 2" Var. Dans cette journée Masséna avait un de ses capitaines blessé.

Enhardi par le résultat heureux des opérations du 8 juin, Brunet attaque le 12 « le formidable camp de la Fourche ». « Dans toutes les attaques, écrit-il au ministre de la Guerre, (4) on a été au pied des retrançhements. Un quart d'heure de constance, ils étaient enlevés mais les soldats

(1) Arch. de la guerre-Situation de l'armée d'Italie le 7 juin 1793.

(2) Arch. de la Guerre-Lettre du Général Brunet au ministre de la Guerre le 15 juin 1793.

(3) Arch, de la guerre-même lettre.

(4) Lettre de Brunet datée de l’Escarène le 15 juin- Arch. de la guerre.

emportés par leur ardeur ayant trouvé plus de résistance qu'ils n’en attendaient se sont repliés avec la même légèreté ! ».

Par un rapport du 20 juin au Comité de Salut Public, Barras, l'un des commissaires des guerres de l'armée d'Italie, après avoir tracé du général Brunet (1) un portrait peu avantageux au point de vue politique, laccuse de « n'avoir point de vues, point de plans, point de combinaisons » et de ne marcher à l'ennemi que par boutades ». Il le blâme de son insuccès dans son attaque du camp de la Fourche « où il a été repoussé avec une perte effrayante ».

Peu après le général Kellermann, qui a été nommé commandant supérieur de l'armée des Alpes et d'Italie, arrive à Nice le 17 juin et le 24 juin tient un conseil de guerre avec le général Brunet et les représentants du peuple arrivés à Nice fin mai (2) Barras, Baiïlle, Beauvare et Roubaud, au cours duquel il est fait au ministre un exposé de la situation des troupes et du nouveau plan de campagne projeté.

A cette date du 28 juin, le 2° Var est placé à droite de l’armée, il fait partie de huit bataillons qui gardent le col de Brouis et Breil et son effectif est de 366 hommes (3).

Le lendemain 29, un évènement heureux pour Masséna se produisait à Antibes, auquel il ne pouvait assister, se trouvant à Brouis, à la tête de son bataillon.

Jean-Jacques Aubanel et Dominique Raybaud venaient annoncer à la mairie d'Antibes la naissance « dans sa maison de Sainte-Claire au quartier de la vieille place »

(1) Arch. de la guerre-Lettre de Barras au Comité de Salut public,

(2) Arch. de la guerre-Lettre de Kellermann au ministre du 28 juin 1793.

(3) Arch. de la guerre-Situation du 28 juin 1773.

de Prosper Masséna, fils d'André Masséna, lieutenantcolonel actuellemént à l’armée d'Italie (1).

Les derniers jours de juin et le commencement de juillet sont employés à disposer les troupes conformément au plan arrêté entre Kellermann et Brunet.

André Masséna profite de cet instant de répit pour se rendre à Antibes et aller embrasser son nouveau-né. Il s'empresse, du reste, de rallier son bataillon et continue plus que jamais à s'occuper activement du bien-être de ses hommes. En réponse à une lettre de Masséna, le général Dumerbion (2) lui écrit à la date du 2 août : « Jai donné et ne cesse de le faire, les ordres les plus précis au commissaire ordonnateur de faire passer tous les objets dont vous pouvez avoir besoin et lui ai enjoint de punir sévèrement toute négligence de la part des préposés à cet effet » ; et le général termine sa lettre par les mots élogieux : « Je ne vous répéterai pas ce que je vous ai dit précédemment, c’est-à-dire que je suis bien persuadé que si des ennemis vous attaquent, vous et vos braves frères d'armes, les en ferez repentir ».

Par ordre du 9 août, le général Brunet prescrivait pour le 10 août la fête anniversaire de cette date mémorable, choisie par la Convention Nationale, pour célébrer la conquête de la liberté.

La célébration devait avoir lieu dans tous les camps occupés par l'armée d'Italie. Ordre est donné de tirer le canon et de faire trois décharges de mousqueterie. Les troupes, entre chaque salve, devant prononcer à haute et intelligible voix : « Vive la République française une et indivisible ». Et dans les camps où se trouvaient des aumôniers, ceux-ci devant la troupe en armes devaient

(1) Antibes. arch. munic. Regist. de l'Etat-civil juin 1793.

(2) Arch. du maréchal Masséna, vol. 1 Lettre de Dumerbionà Masséna datée de Nice le 2 aout 1793,

chanter des 7e Deum « en action de grâces de notre liberté et du bonheur que promet à la France la nouvelle constitution décrétée par la Convention Nationale et acceptée unanimement avec transport pour toute l'armée d'Italie (1) ».

(1) Arch, du maréchal Masséna vol, 1. Ordre du général Brune du 9 août 1793,

CuaPirRE XXI

André Masséna,

général de brigade.

Le Camp de Fougasse

Cliché J. Giuerra. phot. Nice

Prop. ses

Page 1