LE CAMP DE FOUGASSE
A la suite d’une dénonciation en règle de Barras et de Fréron, représentants de la Convention aux armées, le général Brunet est suspendu de ses fonctions. Barras et Fréron adressèrent à cette occasion, le 8 août 1793, une longue proclamation aux officiers, sous-officiers et soldats de l'armée d'Italie leur enjoignant « de ne connaître désormais pour commandant en chef de l’armée d'Italie, que le général de division Dumerbion auquel les représentants du peuple ont conféré provisoirement tous les droits et tous les pouvoirs attachés à la dite place ».
Cette nomination du général Dumerbion était une bonne fortune pour Masséna. Liés d'amitié de longue date, les deux hommes se rendaient une mutuelle estime. Masséna, comme sa correspondance va nous le prouver, se trouvant désormais en pleine confiance et en similitude de vues avec son chef, ne cesse de le tenir soigneusement au courant de tout ce qu'il peut apprendre, soit par ses nombreux déplacements dans les postes placés sous
ses ordres, soit par les déserteurs ennemis. Il en profite aussi pour demander avec insistance tout ce qui peut être utile au bien-être de ses hommes.
Jusqu'au 19 août le 2" Var, au camp de Fougasse était,
sous le commandement du général Dortoman, commandant du camp d'Argent, mais à cette date, le général en chef Dumerbion adressait à André Masséna l’ordre « de se rendre sur le champ au camp de Fougasse sous les Fourches (1) pour en prendre le commandement ainsi que celui des postes qui en dépendent, mettre sur Île champ le général de brigade Dortomann en état d'arrestation et le faire traduire de suite sous bonne et sûre garde devant le citoyen Durand, commandant de la ville de Nice (2) ».
André Masséna ne fut touché par l’ordre de Dumerbion que le 21 à 9 heures du matin au col de Brouis. Il partit à midi et arriva à 8 heures du soir au camp de Fougasse d'où il informait aussitôt le général Dumerbion que l'ordre
(1) Le camp de Fougasse établi à 1800 m. d'altitude sur l'un des premiers glacis de la longue chaine faitière de l’Authion était borné du côté de Lantosque et de la Bollène par la lisière de la forêt de Moulégas et par la crête de la Bugavista du côté de Breil et de Saorgue.
(V. E. Gauthier « les bandits justiciers des Alpes-Maritimes » Nice. imp, Eug. Gauthier 1870).
(2) Il est à remarquer que le général Koch, auteur des Mémoires de Masséna, commit l'erreur de faire arrêter le général Dortoman par Masséna lui-même dans la journée du 20 août.
Les Austro-Sardes dirigeaient à ce moment de fortes attaques contre nos postes dans la vallée de la Vésubie. Le 17 août le chevalier Bonneau, parti de la pointe de Rugger, ayant pendant la nuit traversé le vallon boisé de Praët et pénétré dans le ravin de l'Aiguette, s'emparait par surprise d'un de nos ouvrages construit sur le versant Nord de la tête de la Fougasse. Les 200 hommes qui s'y trouvaient prirent la fuite, abandonnant un capitaine et 5 tués, 5? prisonniers et tous les bagages L'ennemi se retira après avoir encloué ? canons et en emportant ? pièces légères. Le général Dotorman, commandant le camp d'Argent, sous les ordres de qui ce poste était placé, fut accusé de négligence. De plus, Son intimité avec Brunet le rendait suspect et c'est la raison de son arrestation,
d’arrestation du général Dortoman avait été exécuté la
veille « par un officier de gendarmerie sous l’escorte
d'une compagnie du 11% régiment »; et il ajoutait : «€ Demain matin, je prendrai connaissance des postes et des instructions que le général avait pour sa défense (1) ».
En envoyant au camp de Fougasse Masséna pour succéder au général Dortoman, Dumerbion lui donnait par avance le commandement d'un général de brigade, grade qu'il s'empresse d’ailleurs de demander pour son subor-
donné.
Au moment où Masséna prend effectivement ce nouveau commandement, il a sous son autorité le poste du Moulinet, le camp de Peira-Cava et celui de Béolet. Nous le verrons par la suite, se tenir en liaison étroite avec ces trois commandants et leur donner des ordres directs, ou leur transmettre ceux du général Dumerbion.
Le 23 ‘août, il avise le général Dumerbion (2) que Linage, chef de bataillon commandant au Moulinet, a été évacué vers l'hôpital et qu'il a remplacé par le chef de bataillon Dalous du 3” Var. Il demande des vivres pour ses hommes, notamment de la viande fraîche, et réclame de l'argent pour continuer les ouvrages de défense. Il prie de faire rentrer tous les officiers qui sont à Nice sans permission légale et finalement l'informe qu'il apprend le matin même par un déserteur que l'ennemi doit attaquer le 30 du mois.
Le soir de ce même jour le général Dumerbion vient trouver Masséna au camp de Fougasse (3). A la suite de cette visite, Masséna informe le commandant du Mou-
(1) Lettre de Masséna à Dumerbion du ?1 août, à 8 heures du soir (Arch. du Maréchal Masséna).
(2) Arch. du Maréchal Masséna. Lettre à Dumerbion du 23 août 1793.
(3) Arch. du Maréchal Masséna. Lettre au commandant du Moulinet du 24 août 1793,
linet qu'on va lui envoyer 200 hommes de plus, pris dans le poste de Collebasse (1) « avec ce petit renfort, vous pourrez surveiller très exactement vos postes ». Comme le général en chef a ordonné de faire descendre trois bouches à feu à Nice, Masséna donne l’ordre au commandant du camp de Peira-Cava d'envoyer un piquet de quatre-vingts hommes au devant du convoi des pièces, pour éviter les surprises et de les conduire jusqu’à Peira- Cava, et il ajoute à la fin « un grenadier a passé à l'ennemi ce soir ; tenez-vous sur vos gardes (2) ».
Le 25 août (3), le général Dumerbion accuse réception à André Masséna de cinq dépêches et l’informe qu'il a donné l’ordre « à tous les commandants de corps de compléter leur compagnie de grenadiers ». Le général approuve le choix qu'a fait Masséna pour commander le Moulinet où l’on ne pourra envoyer que 150 hommes au lieu de 200, comme il avait été annoncé.
Il indique que le rapport du déserteur dont lui avait parlé Masséna au sujet de l'attaque probable des ennemis pour la fin du mois se confirme, et qu'on envoie beaucoup de troupes à Belvédère et Isola, enfin, répondant à une demande personnelle de Masséna qui ne veut pas être oublié. il ajoute : « Vous devez être bien persuadé que je m'occuperai toujours de vous avec un grand intérêt et que je saisirai avec empressement la première occasion qui se présentera ».
Le 26, du camp de Fougasse, André Masséna informe le général Dumerbion que conformément à ses instruc-
(1) Colla Bassa-Col situé entre les cimes de Auriéras et Savel au S. O. du col de Saint-Roch (Carte de l'Etat-Major français)
(2) Lettre de Masséna au commandant de Peira-Cava du 24 août 1793. Lettre au commandant du 91m rég. même jour.
(3) Lettre de Dumerbion à Masséna du 25 aôut 1793 (Arch. du -maréchal Masséna, vol 1 ).
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tions, il a été reconnaître la veille, Collebasse et ses dépendances de concert avec les citoyens Bondy, officier d'artillerie, et Rambaud, et examiné avec soin les dispositions à prendre les plus avantageuses dont il lui donne un récit circonstancié et plein de détails extrêmement intéressants et qui montre les qualités de stratège du futur maréchal. Dans la même lettre, il lui rend compte d'un incident avec l'ennemi qui révèle la fermeté du caractère de Masséna.
« Hier soir, je me vis à la veille de faire tirer la mitraille sur les sentinelles qui communiquaient avec les nôtres du donjon. Je fis tirer un coup de canon pour avertir tous nos postes de se tenir sur ses gardes. D’après un avis que j'avais reçu de Moulinet, on devait nous attaquer et une colonne de barbets qu'on avait vu descendre dans le vallon où notre canon fut pris. A l'instant où le canon tira, les barbets attaquèrent le même poste qui a été déjà surpris. Une étourdie de sentinelle du donjon qui se promenait avec les piémontais, lâcha un coup de fusil sans cependant toucher personne ; et toutes les sentinelles de part et d'autre, se sauvèrent dans les retranchements. Après qu'on eût repoussé les attaques, le capitaine de garde à l'avancée ne fit dire s’il devait replacer les sentinelles en avant, après l’ordre qu'il reçut qu'il... placé de suite, il envoya son caporal avec les grenadiers pour les placer. Les piémontais dirent à nos grenadiers qu'ils n'avaient qu’à se retirer, que ce poste n'était pas pour eux et qu'il fallait le gagner, s’il le voulait; nos hommes retournèrent à leurs retranchements et le capitaine me fit faire le rapport. Indigné d’une réponse aussi fière de la part des gens que nous avons toujours battus, j'envoyais un officier supérieur à l'avancée pour signifier que si nos sentinelles ne reprenaient à l'instant leurs postes ordinaires, je les ferai repentir d'une audace qui ne leur était pas familière. L'officier de garde ennemi dit
ne pouvoir prendre cette affaire sur lui, qu'il allait envoyer à son général; l'instant après, la réponse fut que les choses seraient comme à l'ordinaire (1) ».
Le 26 août, Masséna avisait le commandant du Moulinet qu'on ne lui enverrait que 150 hommes au lieu de 200 promis ; il lui renouvelait d’avoir à s'adresser au camp de Peira-Cava, pour remplacer les manquants et Masséna ajoutait: « Nous ne sommes pas plus à notre aise que vous, mon ami, sur nos veilles et depuis que je suis à ce camp (La Fougasse), je ne me suis pas encore couché de nuit. De la vigilance et nous déjouerons nos ennemis (2) ». ù
Le 27 août 1793, Masséna, après des détails sur les travaux de défense et de retranchements qu'il est en train d'exécuter, avise le général Dumerbion que l'ennemi se montre. « Les ennemis ont attaqué hier au soir, entre onze heures et minuit le poste avancé du Baolet, les grenadiers les ont repoussés avec vigueur. J'ai cru nécessaire de me tenir sur mes gardes. Je puis cependant vous assurer que je suis à même de bien les recevoir ». A la fin de cette lettre, Masséna ajoute : « Un déserteur qui nous est arrivé hier soir, nous a assuré que nous serions attaqués sous peu et que l'ennemi croit que tous nos canons sont pris et qu'il ne nous reste que celui que nous tirons pendant la nuit, s'ils se présentent nous leurs prouverons qu'ils ne sont pas tous partis (3) ».
(1) Arch. du maréchal Masséna-Lettre à Dumerbion du 26 aout 1794. Dumerbion répondra à Masséna le 27 au sujet de cét incident : « vous avez bien fait de mettre infiniment de fermeté envers le général ennemi paur replacer vos sentinelles ayancées., telle doit être la conduite d'un soldat républicain ». | | |
(2) Arch. du maréchal Masséna-Lettre du 26 aout au Comdt du Moulihet,
(3) Arch. du maréchal Masséna-Lettre à Dumerbion du 27 aôut
A ce moment, l'ennemi faisait de nombreuses incursions nocturnes, les postes restaient perpétuellement sur le qui-vive, tout annonçait une action prochaine : les espions, les déserteurs et les mouvements de troupe qu'on observait. Masséna redoublait de vigilance dans son camp de Fougasse. Il donnait les consignes les plus strictes, pour l'officier supérieur de service. IL lui prescrivait notamment « des rondes de nuit, une à dix heures et l'autre à une heure (1) ». Dumerbion (2), de son côté, l'invitait à ordonner des patrouilles fréquentes dans les bois de la Mairis pour empêcher que des malveillants fassent tomber des arbres en travers du chemin pour entraver la circulation.
Le 28 août (3), Masséna avait un de ses postes attaqués : « Le grand camp ennemi. — écrit-il de Fougasse, au général en chef.
a répondu à mon coup de canon d'alerte, par quatre obus qu'il nous a envoyés ; aucun n'a donné dans le camp. Un peu après minuit, l'avant-poste de Baolet et le Moulinet ont été attaqués tous deux à la fois. Le feu a été très vif de part et d'autre. Le Moulinct a tiré plusieurs coups de canon. Je ne connais cependant pas encore bien le résultat de l'affaire ».
Masséna, qui, on s’en souvient, avait été chargé dès son arrivée au camp de Fougasse, d'arrêter le général Dortomann et n'avait dû qu'à une circonstance fortuite de ne pas exécuter cet ordre, ce qui lui aurait certainement été très pénible, s'inquiète du sort de celui-ci. Ses hommes lui proposent d'intervenir par une pétition destinée aux représentants du peuple. Masséna acquiesce à cette idée et se propose même de réunir toute sa troupe à cette
(1) Arch. du maréchal Masséna-Registre d'ordres. — Consigne pour l'officier supérieur de service : 27 aôut.
(2) Arch. du maréchal. Lettre de Dumerbion à Masséna du 27 août,
(3) Arch. du maréchal. Lettre de Masséna à Dumerbion du ?8 août
occasion. Il s'en ouvre à Dumerbion qui, tout en admettant le principe de la requête, le dissuade de prendre la tête de ce mouvement.
« J'ai reçu, hier soir, citoyen, votre lettre du 27 courant, ainsi que celle du général Dortomann que vous y aviez jointe.
« Que tous les officiers, sous-officiers, volontaires et soldats qui composent le camp de Fougasse que vous commandez, rendent justice au général Dortoman, d’après la conduite qu'il a tenue dans l’un et l’autre genre, cela doit être, mais mon avis n’est point du tout que vous les rassembliez tous chez vous à cet effet. Chaque citeyen peut émettre son vœu individuel et librement et le faire passer ensuite à qui de droit ».
« Ce général m'a bien fait passer, en effet, un mémoire pour être communiqué aux représentants du peuple et J'attends leur arrivée (1) ».
Comme les troupiers de tous les temps, les soldats de Masséna trouvaient plus facile pour nettoyer leurs armes de tirer des coups de fusil ; Masséna le défend à plusieurs reprises et le 30 août cette pratique continuant et des accidents étant survenus, il prend des mesures sévères (2).
(1) Arch. du maréchal Masséna — t.1 — Lettre de Dumerbion à Masséna de Nice, le 30 août 1793.
— c. f. — Général Koch, « Mémoires de Masséna » Introduction, t.I,
(2) Arch. du maréchal Masséna, t. I. Reg. d'ordres du camp de Fougasse, 30 août 1793.
&« Je me vois forcé de réitérer les ordres qui ont déjà été donnés relativement aux coups de fusils qu'on entend tirer toute la journée dans le camp ; le désordre ne peut et ne doit exister dans aucune garnison, cantonnement et encore bien moins dans un camp aussi, près de l'ennemi, comme nous sommes. Il est déjà arrivé que quelques-uns de mes braves frères d'armes ont été tués par des coups de fusils, lachés sans ordre. D'ailleurs comment pouvoir faire la différence des coups partis du côté de l'ennemi si on entend toujours un feu roulant aux environs du camp. Il est temps que ce désordre finisse, et qu'on fasse usage de tire-balles
Le 30 août, les alertes continuent ; Masséna en fait part à Dumerbion : « Différentes petites attaques nous obligent à prendre les armes exactement toutes les nuits, après avoir resté trois à quatre heures avec toute la troupe, l'attaque n'est plus sérieuse. Je vais doubler la garde et rentrer le restant, de manière que la garde passe presque deux’ nuits au poste ».
Par le fait de ces perpétuelles alertes nocturnes, le service était dur pour les hommes et dans sa même communication du 30, au général Dumerbion, Masséna toujours précautionneux du bien-être de ses soldats, lui fait connaître « qu'il va faire donner double ration d’eau-de-vie aux gardes, lesquelles iront au poste avant minuit. C’est ce qui nous arrivera très souvent. Nos gens commencent à être fatigués du service. Depuis mon arrivée, j'ai eu quatre cents hommes de moins, hôpitaux ou déserteurs ; ils n’ont qu'une et deux nuits pour la nuit que nous passons (1) ».
A cette même date du 30 août, Masséna remplace au Moulinet le commandant Dalous, obligé d'aller à l’hô-
pour décharger les fusils qui pourraient être trouvé trop sales, ou bien qu'on suive ce qui avait déjà été dit par le général Dortoman, que les adjudants-majors assembleraient le matin à 10 heures les hommes qui auraient besoin de décharger leurs fusils pour les faire tirer à l’entrée du bois ; en conséquence cet ordre est renouvelé.
« Quant à ceux qui se permettront de tirer des coups de fusils pendant la journée, ils seront arrêtés par les gardes de police et mis à la garde du camp pendant quatre jours.
Les commandants des gardes de police enverront dès l'instant qu'ils entendront tirer autour de leur poste, des patrouilles pour arrêter ceux qui auraient manqué à l’ordre donné ..... Les dits commandants sont responsables de l'exécution du présent ; l'officier supérieur tiendra la main pour que personne n'y contrevienne. MAssÉNA
(1) Lettre de Masséna à Dumerbion du 30 août.
pital, par le citoyen Despinoy, chef du bataillon du Cantal à Cole-Basse (1).
Le mécontentement grandit avec la fatigue et le manque de vivres... « Le commandant du Moulinet m'a dit que la désertion dans son bataillon devient très considérable. I] l'attribue à l'envie qu'ils auraient d'être relevés étant beaucoup fatigués à ce poste.
« Nous manquons de tout à l'exception du pain; j'ai l'honneur de vous observer, mon général, que je crains que le manque de vivres ne fasse un mauvais effet, étant extrêmement fatigués. Veuillez bien donner des ordres les plus précis pour remédier à ce grand inconvénient. J'ai déjà envoyé deux ordonnances au commissaire Thiébaut. En réponse, hier, il nous a dit que nous recevrions du lard et de l'huile, mais rien n’a paru. Il doit y avoir quantité de déserteurs à Nice. Le commandant de la gendarmerie pourrait obliger les fuyards de rejoindre leur poste ainsi qu'un grand nombre d'officiers.
« À l'instant où j'allais cacheter ma lettre, plusieurs grenadiers et fusiliers sont venus me faire part, qu'ils n'avaient depuis hier que du pain sans huile et sans lard, je n’ai rien négligé pour leur persuader que ce n'était qu'un oubli de Ïa part du commissaire. Ils ont voulu entrer dans d'autres détails que vous connaissez déjà, relativement à la retraite. Une députation est ici d'hier soir du camp de la Condamine, pour inviter nos grenadiers à faire une députation générale, pour demander de sortir d'ici. Ils ne se sont cependant pas présentés chez moi avec ceux du camp (2) ».
La démoralisation s'en mêle: en adressant à Dumerbion une dépêche venant du général ennemi, Masséna
(1) Lettre de Masséna à Dumerbion du 31 août ; lettre au chef de bataillon Dalous, Commandant au Moulinet du 30 août ; lettre au chef de , bataillon. Linage, même date.
(2) Lettre de Masséna à Dumerbion du 31 août.
ajoute : © Ils (les piémontais) ont fait ce matin une grande réjouissance, leur général leur a annoncé que les anglais nous avaient pris Marseille et Toulon. Le tout est chez eux dans la plus grande joie. Nos grenadiers sont venus dire cela, disant que plusieurs officiers étaient venus leur annoncer cette nouvelle en faction (1) ».
Le bruit d'une attaque prochaine se répand ; Dumerbion, prévenu par les rapports des déserteurs, les espions, le résident de France à Gênes (2) va reconnaître des positions de repli qui sont mises en état de défense au col Saint-Roch et au col Rose. Masséna donna à ses subordonnés des ordres précis pour une retraite éventuelle. (3) Le 31 août, une attaque a lieu à l’avant-poste de Béolet : « Le feu n'a pas duré longtemps, écrit Masséna à
(1) Lettre de Masséna à Dumerbion du 31 aout.
(2) Lettre des 20 et 24 août du Résident de France à Gênes (Arch. hist. de la guerre).
(3) Ordre de Retraite.
19 Arrière-garde commandée par le citoyen Guerre
Le devoir de l’arrière-garde est de couvrir absolument toutes les colonnes dont peut-être composée l’armée.
Le Commandant aura sa plus grande attention d'envoyer des flanqueurs pour n'être jamais tourné ; il veillera aussi à ce que les grenadiers ne soient jamais dispersés de manière à pouvoir être secourus en cas de surprise et 1l marchera constamment à 800 pas des colonnes...
Il ne doit pas perdre de vue que la sûreté de l’armée dépend incontestablement de son ordre de marche, en observant de s'étendre de manière à voir tout ce qui peut se passer sur tous les flancs.
20 Colonne du Centre, commandée par le citoyen Escalle.
Elle sera composée de deux bataillons de l'Hérault. En cas de mouvement elle passera toujours par le grand chemin ; les canons qui seront destinés à marcher à la tête de cette colone seront placés de manière à ce qu'il y ait 100 hommes en avant ; la même précaution sera observée par ceux qui marchant en arrière c. à. d. qu'ils auront 100 hommes derrière eux ; les canonniers seront constamment auprès des pièces qui leur sont affectées. | * Les ? bataillons de l'Hérault fourniront 300 hommes pour l’avant-garde de l’armée, commandé par le citoyen Bérisset ; ils fourniront de plus
Dumerbion à une heure, après minuit, l'ennemi a attaqué une seconde fois avec beaucoup plus de violence à ce que nous pouvons en juger. Ils ont été vigoureusement repoussés ».
Ce poste de Béolet dont les occupants étaient très démoralisés, inquiétait Masséna qui rendait compte au général d'une singulière démarche faite auprès de lui.
« J'avais eu l'honneur de vous rendre compte, hier, que les grenadiers de Béolet étaient venus ici avec une proposition, tendant à décamper, alléguant des raisons dictées par la plus grande insubordination, j'assemblais hier après-midi, quatre grenadiers par compagnie pour leur faire sentir les conséquences d’une démarche aussi peu réfléchie et déshonorante pour les grenadiers ; ils convinrent tous la vérité ce qui fit un bon effet ; ils se plaignirent beaucoup de n'avoir mangé depuis deux jours que du pain et du riz, sans huile. A l'instant que je les avais chez moi, arriva du lard et de l'huile. Tont cela finit de les convaincre qu'ils avaient mal fait. Je puis vous répondre, mon général, de mon camp, avec prière de donner des ordres aux commissaires, qu'on nous envoie exactement ce qu'on nous destine pour notre nourriture. Il ne nous est arrivé du lard que pour aujourd'hui. J'espère que nous en recevrons ce soir ; lorsque je
300 hommes à la colonne de gauche, commandée par le citoyen Salliet. 30 Colonne de gauche, commandée par le citoyen Saillet.
Elle sera composée du Îer bataillon du 700 régit. et de 300 hommes qu'il demandera aux bataillons de l'Hérault.
En cas de mouvement, elle s’enfoncera le plus qu'elle pourra sur la gauche du chemin et fera suivre tous les petits sentiers qui pourraient se trouver dans le bois et tenir toujours la hauteur des montagnes ayant cependant une correspondance avec la colonne du Centre.
Le Chef de Brigade, Commandant le camp de Fougasse: Masséna. — Arch.du maréchal Masséna, vol. 1 Regist d'ordres du camp de Fougasse. — Ordres du 31 août 1793).
Lo } ET SA FAMILLE 997
pourrai savoir ce que vos intentions sont, je saurai les ramener par la raison ou déployer de la force pour les faire rentrer dans l’ordre (1) ».
Le 1° septembre, deux déserteurs arrivèrent au camp. « Tout nous assure, écrit Masséna à Dumerbion, que l'ennemi fait filer beaucoup de troupes du côté de Gênes. Les déserteurs croient qu'ils attendront patiemment notre retraite, du reste, nous sommes presque toute la nuit sous les armes pour les attendre et les bien recevoir ».
Et, comme un chef qui a conscience d’avoir pris toutes précautions, il ajoute : « Tous nos postes sont retranchés. L'enceinte du camp est à même de se bien défendre. Tout le camp est garni de billots de bois, prêts à être précipités sur les assaillants. La palissade tend à sa fin. Ainsi nous sommes à merveille. Qu'ils viennent, nous les attendons ».
Masséna se tient sur un perpétuel qui-vive (2). « Il nous est arrivé cette nuit, écrit-il au général Dumerbion, le 4 septembre, trois déserteurs, nous assurer que nous serions attaqués cette nuit, ou demain sans faute. Ils m'ont assuré aussi qu'il leur arrive des troupes conduites par un général et qu'ils n’attendent que ce renfort (3) ».
Dans cette même journée du 4 septembre, Masséna prévient le général Dumerbion que vers les onze heures du matin « a passé une colonne qui a filé du côté de
(1) Lettre de Masséna du 1° septembre.
(2) Ordre de Masséna à ses lieutenants le ? septembre:
«.…. Je vous prie de donner les ordres les plus précis pour qu'en cas d'attaque la garde qui se trouverait à l'entrée du bois, arrête sans miséricorde tous les fuyards qu'il pourrait y avoir de mon camp et de les placer de force en première ligne, pour servir de rempart aux braves pour les punir de leur lâcheté. Vous sentez, comme moi, combien cette précaution est nécessaire. Cet ordre doit être donné une fois pour toutes. »
(3) Lettre de Masséna du 4 septembre.
Belvédère, d'environ 200 hommes ». Il ajoute : « Je viens d'être averti qu'un corps considérable sorti du grand camp vient de prendre le chemin de Belvédère. Je me suis porté sur le donjon pour examiner avec plus de soin sa marche : il filait sur trois colonnes avec un nombreux équipage qui le suivait » ; et Masséna à ce mot qui décèle sa tranquillité d'âme et son ardeur de soldat: « Je suis enchanté de toutes ces découvertes pour être à même de les bien recevoir (1) ». à
Tout contribue à faire prévoir une attaque imminente. Masséna apprend le 5 par un déserteur qu'on attend le Roi à Fontan « samedi ou dimanche prochain (2) ».*
L'attaque ennemie en réalité était décidée sur le désir du Roi, venu exprès à Tende pour le 7 septembre, anniversaire du 7 septembre 1706, où après la bataille de Turin, l'armée du Roi de Sardaigne avait obligé les français à lever le siège de cette ville.
Le 7 septembre, le général Dumerbion remercie Masséna de l'avis qu'il lui donne de la marche de différentes colonnes ennemies sur Belvédère. Il l'informe « que demain arrivera un bataillon à Levens, pour renforcer cette partie et après-demain plusieurs compagnies de grenadiers ». Il ajoute : € Vos avis sur le projet d'attaque des ennemis sont parfaitement conformes à ceux que je reçois et je ne doute pas qu'ils les exécutent. Battons-les bien, je suis bien sûr de vous et ils nous laisseront tranquilles (3) », et dans un autre ordre d'idées, Dumerbion indique à Masséna « je compte sous quelques jours être à même de vous annoncer une nouvelle qui vous sera individuellement agréable et que je partagerai avec vous ».
(1) Lettre de Masséna du 4 septembre.
(2) Lettre de Masséna du 5 septembre.
(3) Lettre de Dumerbion du ? septembre,
cs | ET SA FAMILLE 399
Ni Masséna, ni Dumerbion ne se trompaient sur les intentions de l'ennemi.
Le 8, en effet, une attaque d'envergure était déclanchée et Masséna écrivait au général Dumerbion : « Les ennemis nous ont tiré sans exagération, 800 coups de canon ou d'obus. Ils ont produit le seul effet de nous tuer deux hommes et blessé une douzaine. Leurs boulets sont généralement du calibre de 8 et de 12. Ils nous en ont envoyé aussi plusieurs de 18 ». Les piémontais avaient attaqué en même temps tous les postes avancés du Béolet, du Moulinet et le camp de la Condamine. Et Masséna ajoutait : © Il a été repoussé par les grenadiers du Béolet et j'ai lieu d'être étonné que le commandement de ce camp n'ait pas cherché à l'inquiéter pendant qu'il cherchait à nous attaquer sur différents points. J'ignore encore le le résultat de l'attaque de la Condamine, mais j'ai tout lieu de craindre que l'ennemi ne s’en soit emparé et qu'il n'ait fait des progrès du côté de Lantosque.….. Il paraît, d'après tout ce qui m'a été rapporté, que les ennemis ne doutent nullement de nous forcer à abandonner toutes les positions dont nous sommes en possession. » Et toujours avec son indéfectible confiance, Masséna terminait : « [ls seront, je l'espère, malgré leur obstination déçus de leur espoir ».
Le lendemain de cette attaque, Masséna s'attendait à uue récidive de la part de l'ennemi, “ nous avons passé la nuit, écrit-il le 9 septembre au général Dumerbion, au pied de nos retranchements pour y attendre les ennemis... Mais ils n’ont pas été assez braves pour nous attaquer une seconde fois. Sans doute, iis attendaient un plus grand succès de leur furieuse canonnade. Ils croyaient nous intimider avec leurs gros canons et leur grand nombre d’obus, mais les soldats de la République surveillent avec soin leurs ennemis pour être jamais surpris ».
Se trouvant sans nouvelles du général Serrurier, qui commande du côté de Lantosque (1) et ayant appris avec certitude que l'ennemi s'était emparé de la Bollène (2) ayant peur d’avoir sa retraite coupée et d'être attaqué sur ses derrières par la gorge de Saint-Colomban, Masséna fait part de ses appréhensions au général Dumerbion à la date du 10 septembre : { Je suis dans la plus grande inquiétude de n'avoir aucune réponse de votre part... J'aurais dû recevoir quelque ordre peur savoir ce que je devais faire, ne connaissant pas parfaitement la position que le général Serrurier aura pu prendré d’après vos ordres. Veuillez bien, mon général, me tracer la route que je dois tenir pour que mon mouvement soit d'accord avec ceux de la colonne de gauche (3) ».
Le même jour, 10 septembre, dans une nouvelle lettre au général Dumerbion, Masséna lui fait part de sa crainte que les piémontais ne veuillent cerner son camp; ül ajoute : « Je puis cependant vous assurer qu'ils auraient bien de la peine à m'empêcher de me faire une trouée au travers du plus fort de leur bataillon pour faire ma retraite sur le poste de Cola-Rosa, suivant vos instructions ».
(1) Serrurier, commandant la gauche de l’armée, avait été fortement attaqué sur son front et son flanc gauche. Dans la crainte d'être obligé d'abandonner Utelle, que Dumerbion par lettre du 8 septembre lui ordonnait de conserver à tout prix ainsi que Levens et les contreforts inférieurs du Férion, il s'était replié un peu trop précipitamment dans la journée du 9 septembre sur Loda et Saint-Arnoux, abandonnant aux Austro- Sardes Lantosque et la rive droite de la Vésubie, transportant son quartier général à Utelle. Ce mouvement plaçait le centre de l'armée commandée par Masséna dans une position critique. Masséna s'en rendait parfaitement compte et manifestait à tout instant ses inquiétudes à Dumerbion.
(2) Lettre du commandant de Peira Cava du 9 septembre.
(3) Lettre de Masséna du 10 septembre
Cliché J. Grierra, phot. Nice
gravé par Bonneville
PL. p. 400
Les craintes de Masséna ne sont pas vaines ; le 12 septembre du camp de Fougasse (1), il écrit au général Dumerbion : « L’ennemi nous a attaqués ce matin à la pointe du jour, son début a été à l'ordinaire des obus et ensuite du canon. Il peut nous avoir tiré une centaine de coups. Personne n’a pris mal. Il continue de nous tirer par intervalles quelques coups de canon de son gros calibre ainsi que quelques obus. Une petite colonne qui est à notre gauche, nous fusille, mais le tout sans succès. » Le Béclet, le Moulinet étaient attaqués en même temps, mais faiblement.
Masséna indiquait : « Je viens d'apprendre à l'instant par mon espion que l'attaque n'est que simulée, qu'ils craignent que nous nous portions en force sur leur camp, que toutes leurs forces sont sur la colonne de gauche ».
Et Masséna affirme que s'il avait pu se concerter avec Béclet et Brouis et « avoir l’ordre du général, rien de plus sûr que de leur porter un grand coup », et il se plaint de nouveau du silence de Dumerbion : « Je ne sais que penser ; je suis dans la plus cruelle inquiétude je ne sais absolument quel parti prendre. »
Par une lettre qui se croise avec celle de Masséna, le général Dumerbion calme en partie les appréhensions de Masséna que son camp de Fougasse ne soit pris à revers. « Le général Serrurier, lui écrit-il, qui est à Utelle avec une force imposante, a laissé à Saint-Arnoux le bataillon de grenadiers, le 2"° Var, le 2"° du 50° ; il occupe depuis la Chapelle jusqu’au dessus de la montagne, en gagnant les hauteurs qui dominent Saint-Colomban. Ils doivent, par conséquent arrêter l'ennemi s’il tentait de vous tourner. » D'ailleurs le camp de Masséna solidement retranché, appuyé sur le Tueis et la Fougasse, avec sa garnison de 3.000 hommes était à peu près imprenable.
(1) Lettre de Masséna du 12 septembre,
Pour la première fois dans une lettre écrite le 16 septembre au général Dumerbion, Masséna fait précéder son nom du titre de général de brigade. F . En réalité, sa nomination à laquelle avait beaucoup participé le général Dumerbion remontait au 22 août, date à laquelle le ministre avait signé sa promotion.
« Le ministre me charge de vous prévenir, écrivait le
citoyen Xavier Audoin, que le Conseil exécutif, instruit de
votre dévouement pour la République et persuadé que vous contribuerez à accélérer le triomphe qu'elle doit espérer sur ses ennemis vient de vous donner l'occasion de déployer vos talents militaires, en vous élevant au grade de général de brigade. Vous en trouverez ci-joint le brevet (1) ».
Quelle immense satistaction d’amour-propre et quel légitime orgueil devaient à cette nouvelle envahir l'âme d'André Masséna! Lui, le petit employé de l'oncle Augustin, le petit mousse, l’ancien soldat du Royal Italien, sans naissance et sans argent, parvenant à 37 ans, à force de volonté et de courage, seul artisan de son propre bonheur, aux épaulettes de brigadier. Mais l'heure n'était pas aux réjouissances.
(1) Voici la lettre du Ministère de la Guerre accompagnant l'envoi des lettres ds service :
Liberté Egalité bme division Paris, le 24 août 1793 Officiers généraux L'an II de la République Une et Indivisible
L'adjoint au Ministre de la Guerre, 5€ division au général de Brigade Masséna
Le Conseil exécutif ayant jugé utile, citoyen, de vous employer dans le grade de général de brigade, près les troupes qui composent l'armée d'Italie, le Ministre de la Guerre me charge de vous en informer. Je joins ici les lettres de service qui vous ont, en conséquence été expédiées et je vous engage à ne pas perdre de temps pour prendre les instructions du général de cette armée, sur les fonctions que vous aurez à remplir sous ses ordres. Vous voudrez bien m'accuser réception de vos lettres de service: BourpEuIL, #
SR
À diverses reprises, Masséna avait eu à souffrir du manque de communications entre les divers camps qu'il avait sous ses ordres. Il y remédia le 17 septembre (1) en instituant, d'accord avec le général en chef, un système de fusées accompagnées ou non d'un ou plusieurs coups de canon et destiné à informer les autres camps dés mouvements de l'ennemi en cas d'attaque. A cette même date, Masséna, préoccupé depuis longtemps par le nombre sans cesse croissant des déserteurs, ordonne à tous les commandants de corps de faire dresser un état général des déserteurs et les autorise d'envoyer à Nice un oflicier et un sous-officier pour réclamer auprès du général en chef et du commandant de la place « tous les hommes, qui, au mépris des lois et de leur devoir les plus sacrés. se sont permis d'abandonner le drapeau (2). Ils leurs feront ensuite rejoindre sous bonne garde, leurs corps respectifs pour y subir la punition que leur aura mérité le délit ».
A Nice, en effet, outre qu'ils étaient hors de danger les soldats trouvaient amplement à substituer. « On m'assure, écrit Masséna, (3) au général Dumerbion, qu'on leur déli- vre du pain, de la viande et même du vin, sur des bons, ce qui engage ces fuyards à rester à Nice. »
C'est à cette époque que Masséna reçut au camp de Fougasse son brevet de général de brigade (4). Il consulte
(1) Lettre de Masséna au Commandant de Béolet du {17 septembre. Lettre de Dumerbion du 19 septembre.
(2) Ordre de Masséna du 17 septembre.
(3) Lettre de Masséna à Dumerbion du 19 septembre.
(4) Et non à Utelle comme l'indique par erreur Durandy. « Mon Pays » G. van Oest édit. Paris Bruxelles 1918, T. I, p. 294.
Voici la lettre d'envoi accompagnant le brevet :
Liberté-Egalité Officiers généraux 6e Division.
Paris, ce 22 août 1793. L'an Il de la République Une et indivisible, l'adjoint de la Gme division.
Au citoyen Masséna, chef du 3e (!) bataillon du Var Le Ministre me charge de vous prévenir que le Conseil Exécutif instruit
à ce sujet Dumerbion : « Je désirerais savoir quel moyen je dois prendre pour mon uniforme je vous serais obligé si vous pouviez m'indiquer le moyen d’avoir du galon ». Et le 22 septembre le général lui répondra : « Vous ne trouverez point ici de galons pour votre uniforme, qui doit être national et comme la marque distinctive pour
de votre dévouement pour la République et persuadé que vous contribuerez à accélérer le triomphe qu’elle doit espérer sur ses ennemis, vient de vous donner l'occasion de déployer vos talents militaires en vous élevant au grade de général de brigade. Vous en trouverez ci-joint le brevet. Signé: XAVIER AUDOIN.
P.-S. — Vous voudrez bien m'envoyer l’état de vos services, le certificat des campagnes que vous pouvez avoir faites et votre extrait de naissance. VS
(Arch. du Maréchal Masséna, vol. 1).
Le brevet portait les annotations suivantes :
Détail des services:
Pour le citoyen André Masséna, né le 6 mai 1756, entré au service en
qualité de soldat dans le régiment Royal Italien le 16 août (formé en
chasseurs) 1773. Adjudant audit régiment le 19 novembre 1784. Adjudantmajor dans le 2e bataillon du Var le 21 septembre 1792. Lieutenantcolonel en second audit bataillon le 1°" février 1792. Chef du 2" bataillon du Var le {er août 1792. Général de brigade le 22 août 1793.
Campagnes-Blessures : Campagne d'Italie en 1792. Campagne d'Italie en 1793.
Le Conseil exécutif provisoire établi en vertu de la loi du 15 août 1792, l'an IV de la Liberté :
Prenant une entière confiance dans la valeur, expérience, vigilance, bonne conduite zèle et fidélité entière à la Patrie dont a donné des preuves dans toutes les occasions le citoyen Masséna Chef du 2° Bataillon du Var, l'a promu au grade de général de brigade pour en faire les fonctions, sous l'autorité du Conseil Exécutif provisoire et sous les ordres du Ministre ayant le département de la Guerre, le Conseil Exécutif provisoire, mande et ordonne à tous les chefs de brigage, officiers, sous-officiers et soldats de le reconnaître en ladite qualité.
Donné à Paris le 22° jour du mots d'aout 1793 l'an Ie de la République française Une et Insivible, Le Conseil exécutif provisoire. Signé: Deforgué. Le Ministre de la guerre. Signé : Bouchotte.
ËT SA FAMILIÉ 409
les officiers généraux n'est point encore décrétée par la Convention, je me bornerai à votre place de porter les épaulettes de général de brigade sur les uniformes que vous avez déjà. »
Le 21 septembre, au camp de Fougasse, Masséna reçoit cinq déserteurs piémontais qui s'accordent à dire qu'on a embarqué pour Toulon le 18, 4000 hommes de troupe de ligne et 2000 miliciens, nouvellement levés dans la vallée d'Oneille ; et qu'ils se sont embarqués sur des frégates anglaises à ce port. Masséna en informe Dumerbion et il ajoute que les déserteurs piémontais lui auraient déclaré de plus « que leur troupe est fort ennuyée de rester campée sur cette affreuse montagne. Ils disent qu'il y fait un froid de chien et qu'ils finiront par tous déserter ». Enfin, dit Masséna, ils m'ont assuré que nous serons attaqués demain sur plusieurs points mais que le fort de l’action se passera du côté de Lantosque pour nous tourner ensuite. Masséna termine avec belle humeur modifiant légèrement le proverbe : « un homme averti en vaut cent (!) » et il prévient aussitôt les commandants des camps placés sous ses ordres. Le renseignement était inexact car dès le 22 au soir Masséna pouvait écrire au général Dumerbion: « tout a été tranquille dans la nuit, à l'exception d’une quinzaine de coups de fusil qu'on a tiré à l’avant-poste de Béolet ».
Et à la fin de sa lettre, il ajoutait : « il a gelé bien comme il faut ; je suis obligé d'envoyer le caporal-fourrier pour aller chercher des hardes pour des pauvres malheureux qui sont tout nus ».
A cette époque de l’année toute cette région montagneuse des Alpes-Maritimes théâtre des opérations de guerre, commence à devenir singulièrement inhospitalière, par suite du froid et de la neige. Il n’est pas étonnant de voir les Piémontais, d'une part, se plaindre de leur sort et Masséna, d'autre part, obligé de recourir à des vête-
ments de fortune pour protéger ses hommes contre une température qui, la nuit surtout, est, aux altitudes où ils se trouvent, d’une rigueur exceptionnelle. Aussi, dès le 23 septembre, Masséna écrit-il au général Dumerbion pour lui demander des capotes pour les sentinelles : « Il fait un froid terrible ; il a neigé toute la nuit et il en tombe encore; des capotes deviennent absolument nécessaire et il nous en faudrait au moins 120 de plus, s'il est possible pour en donner aux bivouac ». (1)
Ce jour même le chef d'état-major de l'armée, Gauthier Kervéguen écrivait, non sans raideur à Masséna : « C’est avec une surprise extrême, général, que
j'ai vu, par votre lettre datée de ce jour, que vous n'avez pas reçu les ordres que je vous ai adressés moi-même, datés du 22 à 4 heures du matin, accompagnés d'une lettre pour faire partir sur le champ le détachement des canonniers de la compagnie Bonaparte du 4” régiment d'artillerie. Cet ordre vous a cependant été envoyé par un gendarme dépêché par le commandant de l'Escarène (2) ».
(1) Lettre de Masséna du 22 septembre.
(2) Bonaparte nommé en mai 1791, lieutenant au 4° régiment d'artillerie, n'était pas présent à cette époque à la compagnie qui portait son nom, et il n'avait pris aucune part aux opérations de guerre dans les Alpes. En effet, parti en Corse en octobre 1791. il avait participé aux troubles de l'Ile et n’était rentré en France qu'en mai 1792. Il venait à ce moment d'être destitué de son grade pour n'avoir pas été présent à la revue de rigueur de décembre 1791 et n'avoir pas justifié d’un congé. Cette décision fut annulée et il fut même nommé capitaine toujours au 4° régt. d'artillerie par brevet du 6 février 1791 qui ne lui fut délivré que le 30 avril de la même année. Dès son retour sur le continent il part pour Paris où ilséjourna du 28 mai 1792 à novembre de la même année, repart en Corse, accompagnant sa sœur Elisa et ne revient en France que le 13 juin 1793 où il débarque à Toulon malgré les flottes ennemies.
A ce moment seulement, il aurait pu rejoindre sa compagnie, mais le général Teil, cadet, qui commandait à Nice et qui connaissait Bonaparte pour l'avoir vu à Auxonne et à Pommiers chez son frère, le général ba-
Dès le lendemain, 24 septembre, Masséna se disculpait auprès de Kervéguen de toute négligence. Il n'avait pas reçu son ordre et il disait: « Je veux bien croire que le commandant de l'Escarène s'est acquitté de la commission dont il était chargé, mais je crois plutôt que l'ordonnance aura perdu votre lettre et je suis d'autant plus fondé à le croire que les gendarmes font
on ne peut plus mal leur service... Je suis actuellement
fermement persuadé qu'ils ont perdu plusieurs dépéches, tant de celles qui me sont adressées, que de celles que j'ai expédiées moi-même ».
Masséna était fort aimé de ses hommes, mais savait à l'occasion exercer contre les fautifs les rigueurs nécessaires. Au camp de Fougasse et tout près de la tente du campement du général, un volontaire engageait ses volontaires à déserter. « Ce propos, écrit Masséna au général Dumerbion (1), fut tenu à ma garde de police ; il croyait apparemment que je dormais ; mais il fut bien surpris de me voir sortir de ma tente et le faire arrêter sur le champ. Je compte le dénoncer à la cour martiale ».
Dans la même lettre il informe qu'il s'est rendu au camp de Peira-Cava où la troupe témoignait du mécontentement et de l'indiscipline. II fit, aussitôt son arrivée,
ron de Teil, le prit pour adjoint et le chargea de dresser et d’approvisionner les batteries de la Côte. Bonaparte vers le commencement de juillet quitta Nice pour Valence, chercher des munitions ; au retour il prend part à l’action de l'armée de la Convention contre Avignon, Tarascon, Beaucaire ; pris de fièvre, il est obligé d'interrompre sa tournée écrit le souper de Beaucaire et rejoint quelque temps après à Marseille, Saliceti et son frère Joseph. À ce moment, Donmartin commandant l'artillerie de l’armée de la convention, ayant été mis hors de combat aux défilés d'Ollioules par les Toulonnais insurgés, les représentants du peuple prennent un arrêté pour requérir Bonaparte de remplacer Donmartin. C’est alors qu'il arrive devant Toulon le 12 septembre 1793.
(F. Masson : Napoléon dans sa jeunesse, Napoléon dans sa famille ; A. Keim et Lumet: Bonaparte.)
(1) Lettre de Masséna à Dumerbion du 24 septembre 1793,
assembler les deux bataillons : « Je leur parlai, dit:l, d'un ton à leur faire comprendre que je n'épargnerai personne s'ils refusaient à s'assembler avec promptitude à la générale ou à telle autre batterie que le commandant jugerait à propos de faire battre... Ils me promirent tous de l'exactitude et de l’obéissance »”.
Masséna savait à la fois concilier l'autorité qu’un chef doit garder. avec les soins, pour ainsi dire paternels dont il entourait le bien-être de ses hommes. Masséna avait du
cœur. Tout récemment, le général Carteaux venait d'être.
nommé général en chef de l’armée d'Italie en remplace-
ment de Dumerbion, qui n'était du reste que général en
chef provisoire.
Masséna ressentit vivement la quasi disgràce dont son ami Dumerbion était la victime ; il lui en exprimait ses regrets en termes véritablement affectueux : « Je suis, lui écrit-il, à la date du 24 septembre, réellement sensible que tout autre que vous commande en chef l'armée. J'aurais toujours cru qu'on vous eut rendu la justice que vous méritiez en vous laissant le commandement d'une armée qui vous est réellement attachée, pour la donner à un général qui n’a aucune connaissance locale ».
Et il a cette pensée d'affectueuse déférence pour son chef dont il ne veut pas se détacher : « Je serais flatté, général, si vos occupations vous permettent de me donner plus souvent de vos nouvelles, de vouloir bien en faire le sacrifice. Je gagnerais d'autant mieux que je serai à même de me conduire d'après vos ordres sur les objets que j'ai l'honneur de vous parler dans les miennes ».
Ces déclarations font autant d'honneur à leur auteur .
qu'à leur destinataire. Empressons-nous d'ajouter que Dumerbion allait être aussitôt confirmé dans son commandement.
Le 25 septembre Masséna l'informait que l’avant-poste de Béolet « a été attaqué ce matin assez vivement à la
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pointe du jour » et que « la fusillade à duré environ une heure ». Masséna n'accuse du reste aucune perte en hommes. Il rend compte au général qu'il n'a plus de fonds, qu'il a été obligé de payer plus de six cents livres d'arrérages laissés par le général Dortman et enfin, ne s'oubliant pas lui-même avec raison : « Je vous rappellerai aussi le mulet que j'ai perdu à Sospel et dont vous avez eu la bonté de me dire que vous feriez votre possible pour me le faire payer ».
Le 25 septembre, les soldats de Masséna découvraient
dans les bois de la Mairis, accrochée à un morceau de bois, une proclamation signée des amiraux Hood et Langara, en même temps les sentinelles ennemies en donnaient quelques exemplaires à nos propres sentinelles et Masséna ajoutait dans sa lettre au général, en témoi- gnage du bon esprit de nos soldats : « Nos sentinelles les déchirèrent en présence des sentinelles ennemies, ce qui a fait que cette proclamation est ignorée d’une grande partie des soldats ».
La fin de cette même lettre témoignait par son ton de l'humanité et du bon cœur de Masséna pour ses hommes : « Je ressens une vive peine, mon général, étant le témoin des souffrances de nos braves frères d'armes, de ne pouvoir être à même, aussi souvent que je le désirerais, de leur procurer des soulagements. Depuis plusieurs jours nous sommes dans une pénurie extrême d’eau-de-vie », et il presse le général de donner des ordres en conséquence, au commissaire ordonnateur de l’Escarène, qui assure le service du ravitaillement.
En présence des lenteurs qu'apportait le commandement à satisfaire aux desiderata que le général Masséna ne cessait de renouveler, relativement aux fournitures diverses nécessaires à ses hommes, Masséna se décide à envoyer un de ses officiers, le citoyen Vignolle en mission auprès du général Dumerbion à Nice.
4i0 MASSÉNA
« Je vous envoie le citoyen Vignolle, écrit-il au géné-
ral en chef, à la date du 3 octobre, pour vous faire part de nos besoins sans lesquels il parait impossible d'aller ; on promet toujours sans assurance de pouvoir tenir la promesse. C'est ce qui fait un très mauvais effet surtout avec des hommes qui ne sont déjà que trop disposés à se plaindre ».
La fatigue, la dureté du service par une température inclémente et la nourriture défectueuse ;avaient une répercussion non seulement sur le moral, mais sur le physique des hommes. Ceux-ci d’ailleurs voyaient leur nombre diminuer chaque jour et Masséna qui s'attend à une attaque du coté de Peira-Cava et craint pour la sécurité de ce poste, vient d'envoyer au commandant Vabre, ses derniers hommes disponibles : une compagnie de pionniers. |
Dans cette même lettre à Dumerbion, Masséna indi-
quait: « Je mr'affaiblis tous les jours par le nombre d'hommes qu'il nous part pour l'hôpital. Mes soldats sont bien fatigués. Veuillez y avoir égard. Du moins, qu'on nous envoie des vivres et les capotes que jai demandées, et avec patience, ça ira ».
Le lendemain 4 octobre, Masséna informait Dumerbion que les barbets ou paysans révoltés et pillards, commençaient à se répandre dans le bois de la Mairis du côté du Col Nègre. « Ils nous ont enlevé, écrit Masséna, le chirurgien-major du 2" bataillon de l'Hérault ».
Mais là ne devait pas se borner l'aventure ; Masséna continue en effet : « Il avait malheureusement mon cheval et mon domestique ; il avait de plus à moi mes épaulettes de général, un chapeau, des bottes et un mulet chargé de vin avec quelques provisions de bouche ». Et il ajoute, non vraisemblablement sans quelque amer regret, si l'on en croit sa réputation d’avarice : « J’en suis pour plus de 2.000 francs ».
T - sa
La veille, les barbets avaient arrêté deux mulets avec un vivandier du 70% régiment. En même temps à Col Nègre, ils s'emparaient également d'un vivandier du 5° bataillon du Var, d'une femme et d'un mulet. De même six Canonniers du bataillon d'Aix, qui allaient à la paille dans le bois, avaient été enlevés et l'un d'eux blessé. Quelques jours plus tard, ils enlevaient dix vaches. Le ressentiment de Masséna grandit et il fait part à Dumerbion de son intention de redoubler de vigilance et de multiplier les patrouilles, mais celles-ci lui prennent du monde ; il lui faut également faire escorter les convois de crainte des barbets et ses contingents s’affaiblissent. D'autre part ; l'ennemi travaille ; il construit une batterie devant le poste de Saint-Arnoux et menace Peira-Cava. Masséna qui est très inquiet pour ce poste fait placer une pièce de 4 dans le bois de la Mairis et fait descendre une autre pièce de 3 à Peira-Cava.
Entre temps, Dumerbion a reçu la visite du citoyen Vignolle et il écrit à Masséna le 4 octobre : « Le citoyen Vignolle vous dira que j'ai donné des ordres plus précis pour que vous ne manquiez d'aucun genre de subsistance et que plusieurs commissaires réunis ont bien promis qu'ils seront bien exécutés ». Et plus loin... « Le Commissaire Eyssautier m'a encore répété hier qu’il avait donné des ordres pour qu'il voüs soit envoyé des capotes. Mandez-moi, si elles vous sont parvenues ».
Au cours de cette lettre, Dumerbion adoucit les regrets qu'éprouve Masséna de la perte de son mulet et de ses effets personnels : « Je fais remettre, dit-il, aux représentants du Peuple, la demande que vous me faites, relativement au mulet que vous avez perdu et qui me parait de toute justice ».
Les craintes de Masséna se justifient ; le 5 octobre, le poste de Saint-Arnoux est attaqué assez vivement, l'ennemi s'empare de deux postes qui sont aussitôt
contre-attaqués et repris par les français. L'après-midi, c'est au tour du Moulinet de subir l'assaut des Piémontais ; Masséna a un homme tué et 4 faits prisonniers; le 91% régiment, subit à peu près les mêmes pertes.
Le 8 octobre, Masséna écrit de Fougasse à Dumerbion pour l'informer que la patrouille de Peira-Cava s'était emparée la veille au soir de cinq barbets après en avoir tué un sixième. Ceux-ci venaient de s'emparer de 8 mulets. Aussi, Masséna se propose-t-il de leur faire donner la chasse, de manière à leur ôter l'envie de venir nous inquiéter : « J’ai fait coucher dans le bois la nuit dernière embusquée une compagnie d’éclaireurs. Il y a 165 hommes de mon camp qui partent tous les matins à 2 heures pour faire la découverte et laissent 56 hommes pour y patrouiller toute la journée ainsi que pour l'escorte du convoi. Je leur fait prendre la même mesure ‘au camp de Peira-Cava et je viendrai assurément à bout de les chasser du bois ».
Fuis il l'informe que Béolet a été attaqué d'une manière très vive le matin même à 3 heures. « Nos gens, dit-il, ont repoussé l'ennemi presque dans ses retranchements, mais ils ont été forcés aussi de faire retraite à leur tour». Il lui annonce ensuite une nouvelle sensationnelle : « Hier, dans la journée, nous est arrivé quatre déserteurs. Il y a un armurier qui me parait un compère très retors. Il m'a assuré que le Roi de Sardaigne a gracié tous les bandits du Piémont, à la condition qu'ils prendraient les armes et ne les quitteraient qu'à la fin de la guerre. Il m'a assuré qu'ils doivent arriver dans le courant de la semaine et qu'ils sont au nombre de 10.000. Vous pourriez, général, les faire appeler et interroger. Je pense que ce ne serait point mal. C'est un canonnier nommé Méno ».
Puis, toujours soucieux du bien-être de ses hommes : « Je n'ai reçu que 71 capotes ; il s'en faut de beaucoup
que ce petit nombre puisse remplir la moitié de nos besoins, malgré que le citoyen Eyssautier dise que c’est déjà trop. Il est bien aisé de décider de Nice, assis sur un bon fauteuil, de ce qui se passe à la montagne ».
Il termine par une légitime récrimination au sujet de l'irrégularité de la correspondance : « Je ne sais, mon général, ce qui peut être la cause de votre silence à mon égard, mais sur quinze lettres je suis bien heureux quand j'en reçois une ».
A la date du 15 octobre (1) Masséna informe le général Dumerbion que « les barbets paraissent avoir abandonné le bois de la Mairis. Les précautions que j'ai prises pour faire battre le bois nuit et jour, les éloigne de leur repaire ».
Il accuse réception de 71 capotes pour ses hommes en signalant qu'elles ne suffisent pas de beaucoup, vu le grand nombre de sentinelles, il ajoute: « Il gèle très ferme toutes les nuits. Nos hommes comme vous le savez sont bien mal vêtus ».
Mais il n'y a pas que ses hommes qui soient mal vêtus car il adresse au général Dumerbion une requête vestimentaire qui lui est personnelle : « Si le bien du service n’en souffrait pas, dit Masséna, j'aurais un extrême besoin d'une permission de quelques jours pour m'habiller, mais ce ne sera tout autant, je le répète, qu'il n'y aura rien à craindre pour le bien du service. Le général Bizannet, pourrait venir prendre le commandement du poste si vous le voulez bien, pour les jours que vous me permettriez de m'absenter ».
Malgré l'intimité de Masséna et de Dumerbion, celui-ci dès le lendemain 16 octobre, lui refuse un congé en termes amicaux et flatteurs : « Malgré tout le plaisir que je trouverais à vous obliger, il n’est pas possible de vous
(1) Arch. de la Guerre. — Lettre du 15 octobre 1793,
permettre de quitter le camp... votre présence y étant absolument nécessaire. Une autre fois je serais plus heureux et je le désire ».
Masséna pendant ce temps procède également à l’amalgame : (1) € J'ai amalgamé, écrit-il à Dumerbion, les deux demi-brigades, la 129° et la 165‘, mais je ne puis venir à bout d'arrêter leurs comptes ; les quartiers maîtres des ci-devant (unités) sont à Nice pour prendre toutes les pièces nécessaires pour finir la vérification de leur comptes, je désespère de pouvoir venir à bout d'y voir clair, malgré que je connaisse assez cette partie ».
A plusieurs reprises, nous verrons Masséna qui connaît
(1) Voici les instructions adressées à Masséna en vue de l’amalgame
Nice ; le 29 septembre 1793, l'an II de la République Française, une et Indivisible :
Le général de brigade, chef de l'Etat-major de l'armée d'italie au Général de Brigade Masséna, commandant les troupes du centre de la même armée.
L'intention des Ministres étant qu'il soit procédé le plus tôt possible à la formation des bataillons de l’armée en demi-brigades et le mode d’amalgame à cet effet portant qu'un officier général sera chargé de cette opération avec un commissaire des guerre, vous voudrez bien, Général, vous charger de cette formation pour les bataillons qui sont sous vos ordres et qui peuvent être amalgamés sans un grand déplacement.
Le mode d'amalgame ayant été adressé le 16 du courant, au commandanl des camps et à tous les chefs de ce bataillon ainsi que le tableau de sa composition en demi-brigades, arrêté par les représentants du peuple, vous vous conformerez à cette disposition et à l'instruction des officiers généraux consigné dans le mode. Le citoyen Pélissonne commissaire des guerres recevra aujourd'hui l'ordre de se rendre auprès
de vous et vous voudrez bien vous concerter avec lui pour tout ce qui a
rapport à Ses fonctions et en tout ce qui pourra faciliter et accélérer cette opération. Vous pourrez toujours, général, commencer par l’amalgame en demi-brigades du 1° et 2 bataillon de l'Hérault avec le {° bataillon du 70° régiment, ensuite celui des bataillons d'Aix et 10 du Var avec le 1° bataillon du 91° régiment qui forment la 129% et la 165 demi-brigade.
Vous trouverez ci-joint une note en forme d'instruction qui pourra peut-être vous servir dans cette opération.
Salut et fraternité, Gauthier KERVÉGUEN.
Va
à fond la comptabilité militaire, se plaindre de la difticulté qu'il éprouve à faire l'amalgame.
On sait que cette opération comportait deux phases successives ; l'encadrement, c’est-à-dire la répartition des bataillons de la réquisition dans les bataillons existant déjà de façon à les porter au complet de 1067 hommes ; et l'embrigadement c’est-à-dire la fusion d’un bataillon de ligne et de deux de volontaires en un seul corps. Le décret du 12 août 1793 avait réglé cette dernière opération, tandis que la première devait faire l'objet du décret du 8 janvier 1794. L'amalgame ayant commencé à l'armée d'Italie le 1‘ vendémiaire, an IL (15 septembre 1793), ce fut l'embrigadement qui précéda l'encadrement contrairement aux prescriptions ultérieures. Ce travail était rendu assez difficile car il était nécessaire de réunir dans une seule localité les bataillons à amalgamer puisque chaque compagnie du nouveau corps devait comprendre des gradés et des hommes de tous bataillons fondus ensemble. Il y avait de plus des procès-verbaux à établir, des états à dresser pour constituer officiellement la demi-brigade et son conseil d'administration. C'est surtout cette dernière partie pour laquelle Masséna rencontrait, comme on l'a vu, le plus d’embarras. Quelques jours plus tard, il se lamente à nouveau au sujet du grand nombre d'officiers qui séjournent à Nice tandis que lui et ses troupes sont surmenés sur la ligne
de feu. « J'ai l'honneur de vous envoyer, écritl le
15 octobre à Dumerbion, l’état des officiers absents. Vous serez étonné d'en voir autant. Ils (ses hommes) sont bien fatigués et très indisposés d’être obligés de faire le service de ceux qui se promènent à Nice. Je vous ai déjà rendu compte, général, qu'il gèle toutes les nuits et que nos soldats ne sont pas des mieux vêtus » et il insiste encore pour Obtenir les capotes qu'il ne cesse de réclamer,
A quoi Dumerbion répond le 16: « J'ai traité avec l'ordonnateur Eyssautier, le chapitre des capotes ; il m'a assuré qu'on travaillait à en faire et que bientôt vous recevriez toutes celles dont vous aviez besoin. Je Île presserai sur cet objet parce que je sais comme vous, que la chose est très nécessaire ».
Le 18 octobre, (1) Masséna qui avait reçu l'ordre du général Dumerbion d'envoyer le 1° bataillon de la 129"° demi-brigade à Saint-Martin du Var, l'informe que le bataillon est parti le matin même pour sa nouvelle destination. Il envoie l'état de situation des troupes qui lui restent avec lesquelles il est obligé de fournir tous les jours le nombre de 724 hommes de garde et il ajoute : « Vous devez vous être aperçu par l'état de situation de la quinzaine que nous avons perdu environ 300 hommes tant aux hôpitaux que par la désertion et cela depuis le dernier état du mois passé. Tout est fort tranquille, nous ne nous apercevons pas d'être vis-à-vis de l'ennemi », mais en chef prudent, il termine : « Ce silence ne fait cependant que me faire redoubler de vigilance ; crainte d'une surprise ».
Le 20 octobre, répondant à la lettre du 18 de Masséna, relative au départ pour Saint-Martin-du-Var, Dumerbion lui promet de renforcer son camp aussitôt que cela lui sera possible. Mais il avait besoin du bataillon pour chasser les ennemis des environs de Gilette. « Nos frères d'armes, y ont montré la plus grande énergie et le plus grand courage. L'ennemi a été chassé de partout. Déjà plus de 300 prisonniers sont arrivés hier ici ; on en annonce autant pour aujourd'hui, dont plusieurs officiers. On me dit aussi qu'on leur a pris 4 pièces de canons et plusieurs mulets. J'attends la confirmation de ceci d'un moment à l'autre, par le général Dugommier.
F (1) Arch. de la Guerre-Correspondance du 18 octobre.
Cliché J. Girerra, phot. Nice
« Enfant gâté de la Victoire »
Pi. p. 416
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Breil et ses avants-postes ont été attaqués et l'ennemi a été repoussé avec la même vigueur et on leur a fait 7 prisonniers dont un officier gravement blessé. La conduite que les soldats de la République ont tenue est au-dessus de tout éloge ».
Le même jour, lui rendant compte d'une tournée, Masséna confirmait à Dumerbion le silence de l'ennemi. € Tout est tranquille dans le camp ; quelques fusillades à Béolet, mais nous y sommes accoutumés ».
L'ennemi portait à ce moment là ses efforts sur l'aile droite ; Masséna écrivait en effet dans la même lettre : « J'ignore ce qui s’est passé du côté d'Utelle, ils ont fusillé toute la nuit ».
Le travail pour l'amalgame continue, les 23 et 24 octobre, Masséna tient à Fougasse un conseil d'administration avec Bérisset et Philippe pour la reddition des comptes des anciennes unités. Mais l'opération ne va pas sans quelques difficultés. Le 20 octobre il écrit en effet, au général Gauthier de Kervéguen, chef d'état-major à Nice, la lettre suivante :
« Le citoyen Pilizzone était venu à vous rendre compte, général, de notre opération pour l'amalgame de la 129"° et 165"° demi-brigades. J'aurais bien de la peine à arrêter leurs comptabilités, particulièrement du bataillon de volontaires. Il n'avait aucune pièce justificative ici, j'ai été forcé de les envoyer à Nice pour les aller prendre. Il y a, ce qu’on m'a dit, lé quartiermaître du 2° bataillon ci-devant Hérault nommé Galliat, qu'il veut attendre, dit-il, que le commandant descende à Nice.
Je vous serais obligé, général, si vous vouliez bien donner des ordres au commandant de la gendarmerie pour le faire traduire au camp afin que je puisse terminer cette opération et en rendre compte à qui de droit. J’ai été obligé de retenir ici le quartier-maître du ci-devant 70° qui aurait dû partir avec le 2"° bätaillon de la demi-brigade, à qui vous envoyez des ordres pour se rendre à Saint-Martin-du-Var,
Vous voyez général, qué le citoyen Galliat par sa désobéis sance met des entraves à l'exécution finale des opérations qu'il me reste encore à faire ». RE ne te
S'ÉSANN AUS RE Er
Un certain désordre règne FAUS Farmée ; de 25 Scrubs Masséna informe ses troupes-par la voie de l'ordre qu ‘il
est interdit: aux. chirugiens-majors de délivrer à quiconque des billets. d'hôpital, pour leur permettre de quitter leur poste, sans en avoir référé au préalable à lui-même ; puis ce sont les vivandiers qui mouillent le vin destiné à la troupe. Il leur ordonne avant d'en faire la distribution d'en apporter un échantillon au général. Ordre est également donné aux officiers d'interdire aux soldats de quitter leur poste pendant qu'il sont en service. La soupe devra être distribuée aux hommes de garde à des heures fixes et régulières. |
. Le séjour au camp de Fougasse du général Masséna allait être bientôt abrégé. Le 9 novembre, il recevait du général de brigade Kervéguen,. l'ordre d'avoir à partir du camp de Fougasse à la date du 21 novembre seulement et de se rendre à Nice, ce jour-là pour y recevoir “denouveaux -erdres: Son remplaçant à Fougasse était le général de brigade Bizannet. ;
Le 28 octobre Masséna explique comment il manquait de renseignements précis sur les forcés- énnemies, lesbarbéts empêchant les déserteurs autrichiens de passer: I évalue cependant d'après les dires d'un déserteur à à 4 ou 5000 hoñmes lés troupes occupant les deux camps de
Mille Fourches et de Saluces, avec une artillerie de 15 à
17 pièces de canon de fort calibre. Et vu l'état de ses
propres, troupes, fatiguées et insuffisamment vêtues, il demande: quelques renforts ; (J'ai l'honneur de vous rappeler, général, que les fusiliers n'ont qu'une nuit et quelques uns redoublent. Ils sont absolument tout nus. Il y a-quelques jours qu'il ne fait pas beau ; depuis hier, les monta-
gnes sont toutes couvertes de neige et je crois que nous ne tarderons pas à en avoir en abondance au camp ; quelques renforts les encourageraient. »
Dans la nuit du 29 octobre un déserteur confirme les renseignements fournis le 28 par Masséna: l'ennemi se renforce et Masséna fait de nouveau entendre ses doléances sur les intempéries, et leur répercution sur ses troupes: « nous avons eu de la neige toute la nuit. Depuistrois jours, il fait un temps affreux. J'ai bien de la peine à faire aller nos soldats. Ils sont très fatigués et n'ont pasle temps de se déchausser qu'il faut remonter la garde au bivouac. Je ne puis vous dissimuler, général, que si nous ne recevons pas de renforts, nous aurons infailliblement beaucoup de malades et bien de la peine à continuer le même service. Îl serait cependant à propos de tenir le plus de temps que nous pourrons, et nous occasionnerons une grande désertion aux ennemis, mais il nous faut du renfort.» Le 30 octobre, il édicte des mesures pour faire cesser le bruit que font les hommes en allant prendre la garde. « Il a été rapporté au général que plusieurs individus du camp, au mépris des lois relatives à la discipline militaire, se permettent d'aller à la chasse ; outre que cet acte d'indiscipline est contraire au bon ordre, il peut en résulter de grands inconvénients, ce qui -détermine le général à donner les ordres les plus précis pour que les postes avancés arrêtent tout officier, sous-officier ou soldat qui serait surpris, commettant un pareil délit. Ils en rendront sur le champ compte au général qui est bien déterminé à user de tous les pouvoirs que la loi lui donne pour faire punir sévèrement le délinquant. » Sa sollicitude pour les hommes n’a pas de cesse ; à la même date, il écrivait au citoyen Bérisset, commandant le camp de Peira-Cava:«Je suis fort étonné que malgré! ordre très expres que j'ai donné que le camp que vous commandez s'approvisionnât directement pour le pain à l'Esca-
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rène, plusieurs individus qui en font partie, se soient permis d'arrêter hier soir, une partie de celui destiné uniquement à la subsistance du camp de Fougasse. Je vous enjoints de réitérer cet ordre et je vous rends responsable de son inexécution, J'ai été de même instruit, citoyen que vous faites délivrer tous les jours l'eau-de-vie aux troupes qui sont sous vos ordres. « Vous ne devez cependant pas ignorer que j'ai ordonné qu'il n'en serait dé” livré qu'aux hommes qui descendent la garde ou le bivouac et généralement à tous ceux qui ont fait un service quelconque qui les a obligés de passer la nuit dehors. Vous voudrez bien dorénavant vous conformer à mes instructions à ce sujet. »
Le même jour, il informe ses chefs que sous l'influence des grandes pluies, plusieurs cabanes s'étaient écroulées, et qu'au donjon, au camp des canonniers, il y avait malheureusement sept hommes dessous qui soupaient. Deux y périssaient dont un capitaine, deux autres étaient transportés à l'hopital et les 3 autres s’en tiraient avec quelques meurtrissures ». Et Masséna ajoutait : € La neige parait avoir respecté le sol de la liberté. Le camp des ennemis est tout blanc et parait n'être pas disposée à partie cette année. Nous en avions assez hier chez nous, mais est toute fondue ; il gèle très ferme ; un peu d’'eau-de-vie ferait oublier, à nos sans-culottes, la mauvaise nuitqu'il passent. Je leur fais, cependant espérer que vous nous enverrez bientôt du renfort pour avoir au moins deux nuits. »
Le 31 octobre, Masséna apprend par un déserteur que l'ennemi porte ses forces sur Utelle et ne laisse au camp des Fourches « qu'une garde de volontaires payées 6 francs par jour et une bouteille de vin et qu'ils y passeraient l'hiver. » Il signale que les autrichiens travaillent de force pour retrancher tous les mamelons qui sont au-dessous de Belvédère. « Nous distinguons de notre camp beaucoup
de monde occupé à ce travail. Ils suivent la crête du Belvédère jusqu'au camp de Fourches ».
Les possibilités d'espionnage le préoccupent ; le 31 octobre il écrit au commandant Dalous : « Veuillez bien, commandant, à l'avenir, ne plus donner de permission à des paysans pour venir de notre côté, sans au préalable qu'ils se présentent au chef de poste le plus à la portée des biens des paysans ou directement au camp, sans cela vous me mettrez dans le cas de les faires arrêter, malgré qu'ils soient porteurs d'une permission de votre part pour les faire traduire à Nice. Celui d'aujourd'hui à été trouvé du coté des camps des ennemis. Vous voudrez bien m'envover un certificat de la Municipalité du Moulinet pour certifier qu'il a du bien au-dessous du camp de l'ennemi : on lui a arrêté une bourrique ; si ce paysan s’est trop avancé, elle sera perdue pour lui :en attendant, je la garde ici. »
Masséna se plaint le 3 novembre au général Dumerbion de nombreux cas de désertion : « Depuis 4 jours, il nous est déserté trois hommes à l'ennemi du poste avancé avec leurs capotes, deux éclaireurs du 91" etun grenadier du du 3° bataillon des Bouches-du-Rhône. Les ennemis travaillent. toujours à se fortifier du côté de Belvédère, audessus des mamelons qui dominent sur la crête qui conduit à Raus et aux Fourches. La 4" compagnie des pionniers, que j'avais ici, part aujourd’hui pour Levens. Malgré toutes les précautions et les ordres sévères, que j'ai donnés aux gardes de ne laisser passer personne sans une permission légale, il nous déserte beaucoup de moñde. Ils passent, à ce que je crois, dans les bois, au risque de se faire prendre par les barbets. Cette désertion, général, fatigue encore plus les braves qui restent à leur poste et rend toujours le service plus difficile. Vous pouvez jeter un coup d'œil sur l’état de situation et vous verrez notre force ».
Le 4 novembre, Masséna rend compte d’un fait nouveau la retraite possible de l'ennemi. Il m'est arrivé deux déser--
teurs dans la nuit qui m'ont assuré avoir vu partir hier du grand camp deux canons de 16 et deux obusiers pour Fontan et qu'ils seront tous dégoutés de rester plus longtemps
campés ».
.- Le 5 novembre, Masséna signale de nouveau les méfaits
commis par les barbets qui, la veille, ont pris le vivandier des grenadiers du 11"“et 5 mulets: «Je compte aujourd'hui faire mettre le feu aux endroits suspects.» Dans la nuit, du 8 novembre, Masséna reçoit cinq déserteurs ; € Ils m'ont assuré avoir fait la corvée pour descendre quatre canons à Fontan du poste de Belvédère ; » Et il ajoute qu'on a ‘beaucoup tiré du côté d’Utelle.
Le 8 novembre, Masséna se méfiant à la fois des espions et des barbets écrit au commandant de Gilette, pour lui ordonner de prendre une série de mesures spéciales. « Je pense que le bien du service exigerait que vous prissiez les mêmes précautions que je viens de prendre ici pour connaître les absences que les gens du pays peuvent faire sans votre permission. Les voici: Vous ferez diviser le village en six quartiers et à chacun d’eux vous y attacherez un officier intelligent, un officier municipalou notable avec un état très exact des personnes qui le composent, de tout âge et de tout sexe, pour que cet officier puisse, tous les jours, faire un appel très rigoureux du quartier qui lui sera affecté, accompagné de l'officier municipal. Si quelqu'un des habitants s'absente sans permission, vous ferez arrêter toute la famille de l’absent pour qu’elle soit conduite à Nice à la maison d'arrêt. Vous donnerez connaissance de votre ordreà toute l'habitation pour que personne ne l'ignore et qu'ils n'aient pas à dire qu'ils n’en ont pas'été prévenus. » l
- La retraite de l'ennemi s'accentuant, il lui demande aussi de s'assurer des mouvements des Piémontais : « Veuillez bien envoyer, Commandant, une forte découverte au Revest et à Tourettes pour savoir sil'ennemi a totalement
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abandonné cette partie, et tâchez de savoir si Toudon est abondonné aussi. Instruisez-moi, je vous prie de tous les mouvements que l'ennemi peut faire dans votre partie et ne négligez rien pour avoir quelques espions. Vous en trouverez aisément à Gilette. »
Quelques, jours plus tard, Dumerbion répondit à Masséna au sujet des barbets : «Il y a longtemps que je suis bien persuadé de toute votre activité pour empêcher les barbets de nous prendre des mulets. L’insouciance des +ivandiers est cause que nous en perdons autant ; il est donc nécessaire, général, de les punir sévèrement quand ils voyagent sans escorte, puisqu'ils ont d'autant plus de tort qu'on ne leur en refuse nulle part. Je m'en rapporte à vous pour remédier à ces abus qui sont on ne peut plus désavantageux à la chose publique. »
C'est à cette époque que Masséna va quitter le camp de Fougasse, laissant le commandement du centre de l'armée au général Bizannet, pour aller remplacer à Utelle en qualité de Commandant de l'aile gauche, Dugommier, appelé au commandement de l'armée de Toulon. (1)
({) Voici cet ordre :
9 novembre 1793 Liberté-Egalité Paul G. Kervéguen, général de brigade Chef de l'Etat - major de l'armée d'Italie
Au nom de la République française, Une et Indivisible, il est ordonné au général de brigade Masséna, commandant le Centre de l’armée d'Italie de partir du camp de Fougasse le 21 du courant (nouveau style). et de se rendre le même jour à Nice où il recevra de nouveaux ordres.
Il voudra bien, avant son départ, faire reconnaître le général de brigade Bizannet et lui donner toutes les instructions et les renseignements qui dépendront de lui donner et qu'il croira nécessaires pour le bien du service de la République.
Donné à Nice le 19 du 2° mois de l'an second de la République française, 3
Le général de Brigade, chef de l'état-major de l'armée d'Italie,
P, G. KERVÉGUEN, (Lettre No 115)
LVTR
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