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Cliché J. Giserra, phot. Nice MASSÉNA
Dessiné par Bonne-Maison, gravé par Fresinger
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André Masséna,
Commandant de l'aile gauche de l'Armée d'Italie
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Le nouveau secteur de Masséna avait été très agité, quelque temps auparavant. Dugommier, qui le 15 septembre y avait remplacé Serrurier essuyait, dès le 1°’ octobre, les attaques dirigées par le général autrichien de Wins sur Gilette et Utelle ; les Alliés avaient failli réussir et Dugommier n'avait sauvé la situation les 19 et 22 octobre que grâce à son esprit de décision, son énergie et sa valeur personnelle.
Le poste d'Utelle était un des nœuds les plus importants du front de bataille : il commandait à la fois. la rive droite de la Vésubie et le confluent du Var et de la Tinée. Trois hauteurs dominent le village; au nord, Parabouquet, ou Guadia ; à l’ouest, la cime du Diamant et au sud-ouest, le plateau de la Madonne. On comprend fort bien l'intérêt qu'attachaient les ennemis à posséder ce poste essentiel mais après leurs échecs d'octobre, et devant l'arrivée prochaine de la mauvaise saison, les austro-sardes ne songeaient plus maintenant à attaquer ; bien au contraire.
ils pensaient à se retirer sur des points plus habitables, faciles à défendre et à ravitailler pendant l'hiver.
‘Le 14 novembre 1793, le commandant des troupes sur la rive gauche du Var, le citoyen Martin, complimentait Masséna de sa nomination au commandement de l'aile gauche. « Cetté nouvelle m'a fait le plus grand plaisir, vos vertus civiques et vos talents militaires m'étant connus », et lui donnant des nouvelles des positions de l'ennemi, chez lequel le mouvement drs troupes annonçait une retraite probable et prochaine, il ajoutait : « les ennemis ont évacué le Revest. Il sont encore au nombre de quatre à six cents sur le col de Vial et ils envoient une grand-garde d'environ quinze cent cinquante hommes près de Tourette. Je suppose qu'ils ne tarderont pas à évacuer ce poste que le mauvais temps rend bientôt intenable. Une lettre que j'ai reçue hier au jour me confirme dans l'opinion où je suis, que les ennemis repasseront le Var et s’éloigneront de nos frontières. »
Par une lettre du 17 novembre le commandant Martin informe Masséna que l'ennemi n'a fait aucun mouvement... «il est toujours au col de Vial » ; d'autre part, d'un renseignement qu'il a reçue du général Serrurier commandant la division d'Entrevaux : «il résulte que les ennemis ont augmenté leurs forces au Puget, au Touet, au Villars, mais que le manque de munitions de guerre les met dans l'impossibilité d'agir offensivement. »
Il fallait en finir avec les Barbets. Masséna était informé par le commandant militaire de la Roquette que leur repaire était situé dans le vallon de Saint-Blaise, à une lieue de la Roquette. De là, ils inquiétaient les voyageurs venant de Nice et se répandaient dans les campagnes des environs. Le commandant de la Roquette proposait d'incendier toutes les maisons de campagne qui se trouvaient dans ce quartier et de marcher en force sur eux pour les investir. Masséna, qui possédait des propriétés
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dans cette région, ne goûtait que médiocdement ce projet, et d'ailleurs, il ne pouvait distraire de ses troupes des forces suflisantes pour une expédition de grande envergure, Aussi, à la date du 19 novembre, il lui répondait": « Je conviens avec vous qu'il serait nécessaire de détruire le repaire des barbets et de les traiter sans ménagement, vu toutes les atrocités qu'ils commettent contre nos frères d'armes. Jamais justice n'aurait été plus juste que celle des représailles envers des monstres tels que les barbets ; mais les circonstances me forcent à ne. pouvoir disposer des forces de Levens pour les faire attaquer sur plusieurs points, comme vous me le proposez. Bornons-nous donc, citoyen, à faire de fréquentes patrouilles pour les surprendre dans leurs différentes entreprises, en attendant que nous puissions les investir. Je vais donner des ordres au commandant de Saint-Martin-du-Var pour les attaquer par les vallons, tandis que vous les forcerez par-dessus, mais toujours par des patrouilles. »
« Veuillez bien m'instruire de ce que vous ferez et dû mouvement des ennemis. » Et immédiatement, il écrit au commandant de Saint-Martin-du-Var, pour lui indiquer de se rendre à la Roquette et de s'entendre avec le commandant de ce poste pour combiner une attaque contre les barbets, qui sont dans le vallon de Saint-Blaise, et avec sa parfaite connaissance des lieux, 1l lui conseille de les attaquer par le vallon qui se trouve sur le chemin de Nice, afin de les empêcher de pénétrer à Saint-Martin.
Le même jour, il rendait compte à Dumerbion des instructions données ajoutant que de son côté, le commandant à: Levens avait reçu l'ordre d'envoyer une colonne de cent hommes dans la direction du Férion pour le même
but.
L'opération allait réussir parfaitement et le 22 novembre,
Masséna pouvait féliciter le commandant de la Roquette de ses succès.
« Je suis enchanté, commandant, que le repaire des barbets soit enfin détruit ; les mesures qu’on avait prises de tous les postes qui avoisinent St-Blaise étaient si justes et si Bien combinées, qu'il fallait nécessairement qu'ils succombassent. Voilà des gueux de moins dans le voisinage de ton poste. » î
Le 17 novembre (1) le général de brigade commandant la division d'Entrevaux, Serrurier confirmait à son tour le mouvement de repli de l'ennemi. « Depuis plusieurs jours tous les avis s'accordent à dire que les ennemis évacuent ce pays. Ils ont abandonné Cuébris. dont ils ont détruit le château », et il propose à Masséna une collaboration en vue d'attaquer la garnison d’Ascros, où l'ennemi avait environ mille hommes. « Je ne sais, dit Serrurier, s'ils ont envie de garder ce poste cet hiver ; dans ce cas, d'accord ensemble, nous pourrions les obliger à mettre bas les armes, vous, en interceptant leurs communications sur la Tour, et moi celles de Guillan et de Rigoulet. »
Mais dès le lendemain, 18 novembre, ayant appris que les ennemis avaient abandonné le Puget, il marchait sur Daluis, déserté, et la Croix sans plus attendre, prenait sur lui d'ordonner une tentative sur Ascros. sans la collaboration de Masséna qui devait se montrer très froissé du procédé.En effet, le 20 novembre, Masséna se plaint au général Dumerbion: « Je reçois à l'instant une lettre du général Serrurier, par laquelle je vois qu'il se dispose à chasser les ennemis bien loin. Il me parait qu'il aurait pu se concerter avec moi et nous lui aurions donné la chasse de tous les côtés » et au commandant militaire au Broc, Masséna écrit à la même date : « Le général Serrurier aurait dû se concerter avec vous avant que de s'enfourner dans tout le pays, qu'il se propose de prendre et assurément (nous) aurions pu le chasser bien loin et avec plus
(1) Lettre de Serrurier à Masséna du {7 novembre,
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de certitude ; il me paraît qu'il aurait été d'un grand bien de faire cette expédition de concert. »
Il prescrit tout de même au commandant du Broc de s'avancer par Gilette jusqu'à Toudon avec ses grenadiers et même au delà, s’il le juge à propos. .
Ayant entendu, le même jour, une assez vive fusillade du côté de Villars, Masséna en déduit que les deux armées avaient bivouaqué à peu près à l'endroit où l'action s'étaient passée et qu'elles en viendraient aux mains au jour. Le lendemain donc, dès quatre heures du matin, il se met en route avec ses grenadiers et ses chasseurs pour faire diversiou aux forces ennemies et attaquer la Tour : « Je me suis mis en marche avec ma troupe, bien décidé à charger à la sans-culotte, à mon graud regret et à mon grand étonnement, rien n'a paru ni ne s'est fait entendre. »
A la fin de cette même lettre, Masséna exprime au général Dumerbion tout le ressentiment qu'il garde au général Serrurier pour son attitude d’incompréhensible indépendance ; « Pour te prouver, général, le peu de bonne volonté que le général Serrurier a de marcher de concert avec moi, pour le bien du service, je t'envoie copie de sa lettre en réponse à celle que je lui ai écrite en passant au Broc pour lui faire part de mon commandement de l'aile gauche et l’inviter à correspondre réci-
.proquement pour le bien de la chose. Le contenu de sa
lettre te prouvera qu'il n’en avait pas envie, d’après ce qu'il t'écrivait par la même ordonnance. Martin m'en a envoyé copie sans en être invité. D'ailleurs ce n'était pas de la manière qu'il fallait concerter une opération qui nécessitait de grandes réflexions puisqu'il aurait fallu tirer des troupes de Levens et le temps l'avait permis pour attirer Figaret par Le Brun et pour convenir avec Martin du chemin qu'il devait tenir. »
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« Tu vas me dire, général,-que Serrurier à voulu profiter des circontances de la fuite précipitée de l'ennemi et qu'il n'aurait pas eu le temps de combiner l'attaque sans le perdre. La chose aurait pu avoir lieu en la différant d'un jour et les évènements te le prouvent. Je n'ai rien à me reprocher, j'ai fait ce que je devais faire, malgré que je sois bien chagrin d’avoir manqué avec un peu de concert et d'accord une belle occasion de battre les esclaves. (!) J'ai cependant dit au citoyen Martin de passer à Gilette avec ses grenadierset quelques troupes qu'il pourra prendre à ce poste et de se porter à Toulon, et même à Ascros. Quoi que ce ne soit point un ordre. je pense qu'il l'aura fait et il aura sûrement inquiété l'ennemi. »
« Je reçois ta lettre à l'instant, général, que je t'écrivais et que j'avais fini. J'aurais désiré y voir quelque chose de plus positif et je pourrais alors entreprendre et charger l'ennemi. Du reste, je ne changerai rien à ma lettre ; avec de l'harmonie, nous aurions mieux fait. et les Piémontais s’en seraient aperçus. »
On remarquera que pour la première fois, répondant du reste à l'invite du général Dumerbion, Masséna dans cette lettre du 21, tutoie ce dernier. On ne peut voir dans cette manifestation d’affectueuse sympathie que la preuve de la haute estime avec laquelle se traitaient les deux compagnons d'armes et de leur profonde amitié.
Masséna sentant l'ennemi faillir se décide à le poursuivre avec acharnement et prend pour premier but Castel- Gineste d'où l'ennemi semblait menacer Utelle. Le 23 novembre, 1l donne des ordres au commandant militaire de St-Arnoux : « Les circonstances paraissent favorables pour chasser les ennemis du Figaret. J'ai absolument besoin que tu sois de la partie » et il lui prescrit de partir avec le plus de monde possible, puis « tu n'entreras en action que lorsque tu entendras tirer de notre côté... ton expérience et ton courage me répondent de ton poste. »
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Cliché J. Gizerra, phot. Nice
Dessiné par Fritz Millet, gravé par Bailly
PL. p. 432
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Instruit l'avant-veille que l'ennemi avait quitté la Tour, il se dirige directement au Castel-Gineste, avec sa troupe forte d'environ 500 hommes. Parti de très bonne heure, avant le jour, suivant son habitude, il surprend la garde de Saint-Elisabeth et grimpe vers le Scandouglier (ou (Suolca della Madonna) (1). La défense de ce poste avait été confiée au chevalier Radicati, qui couvrait ainsi les contreforts de Castel-Gineste. La fusillade lui ayant donné l'éveil, le commandant piémontais envoie une patrouille bientôt suivie d'un détachement de 30 hommes, sous les ordres d’un officier, dans la direction de St-Elisabeth, et il donne l'alarme au commandant du poste du Brech, M. de la Roque, lequel envoie immédiatement un secours d'un bataillon, puis le second bataillon d'Aoste, commandé par lui-même et qui est presque immédiatement suivi d'une centurie de Suse.
Masséna et sa troupe arrivent vers 9 heures du matin en présence du corps piémontais dont l'effectif atteint environ 800 hommes et qui se défend en faisant pleuvoir sur les assaillants une grêle de balles et de pierres. Ne désirant pas risquer une attaque de front, il oblique sur la gauche dans le vallon qui est dominé par le poste du Brech pour essayer de couper l'ennemi, ce que voyant, M. de la Roque qui d’ailleurs vient d'être blessé, bat en retraite sur le Brech abandonnant le camp du Scandouglier avec tentes, armes et bagages et une vingtaine d'hommes qui sont faits prisonniers. Pris de panique les Piémontais abandonnent également également Castel- Gineste où les Français font de nouveaux prisonniers (2).
Masséna a maintenant une communication assurée avec Utelle, mais il tient à profiter immédiatement de son
(1) Voir Krebs et Moris-Campagnes dans les Alpes, vol 1. Ces deux noms sont indiqués pour le même point suivant les cartes sardes ou piémontaises.
(2) Archives de Breil-pièce N° 58,
avantage. Après avoir laissé prendre à ses hommes un peu de repos, il fait hisser le lendemain matin 25 novembre, à bras d'hommes, en six heures de temps, un canon de 4, jusqu'au sommet du Scandouglier. C’est une idée de génie dont les résultats seront gros de conséquence.
En effet, quelque sensible que puisse avoir été pour les Piémontais la perte de la solide position de Castel-Gineste, il leur restait le Brech d'Utelle fortement défendu par une garnison de deux bataillons de Suse et D'Aoste, et qui semblait inexpugnable. De plus cette position était couverte sur la gauche par les postes de Figaret, du Pical et de là par des retranchements établis jusqu'à la Cerisière. Sur la droite, plus dégarnie, le commandement ennemi fait alerter, dès le 24 au soir, le bataillon suisse qui se trouvait au Siruol. Ordre est donné de plus, à six compagnies du régiment des Gardes, stationnées à Saint- Julien et Roquebillière de monter dans la nuit pour prendre position au col de Fort sous le commandement du Comte d'Aglian.
Le lendemain matin à 8 heures, cet oflicier prend le commandement des gardes. Il laisse un poste au lieu dit « Mangiarde » (1) à la bifurcation du chemin de Clans et s'établit au Col Le Tournes (2). Après s'être rendu au Brech, de sa personne, et avoir donné des ordres pour l'établissement d'une ligne de postes du Brech au Siruol, il se dispose à se retirer. Il est 3 heures de l'après-midi. C'est à ce moment, que Masséna ouvre le feu sur le Brech avec sa pièce de 4. Le premier projectile écorne un parapet en pierres dont les éclats volent de tous côtés. Saisis de terreur par cette canonnade inattendue, les Piémontais prennent la fuite sans opposer une grande résistance.
(1) Lava d'Aufrippa, sur les cartes sardes.
(2) Colle della Valetta sur les cartes sardes, Col des Carmes d’après le lieutenant Combret,
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Masséna en profite pour s'établir solidement au Brech. Pendant ce temps l'adjudant-général Despinoy s’avance vers Figaret avec le bataillon des chasseurs du Commandant Guillot. Figaret est pris et le soir-même, encore tout bouillant de l’action, Masséna envoie à Dumerbion un premier bulletin de victoire.
€ Général, j'arrive de ma course ; je m'empresse de te dire que j'ai battu l'ennemi sur le fameux Château-Gineste. J'ai trouvé la Tour évacuée ; ils s'étaient tous retirés sur la fameuse montagne de Lebrec (Le Brech}) Je n'ai point hésité à les attaquer, je les ai chassés et forcé ce poste inexpugnable. je leur ai fait environ 60 prisonniers et plusieurs tués et j'occupe ce poste. Je te rendrai un compte plus détaillée à mon retour du Figaret. Je n'ai qu'une quinzaine de blessés et tués ; demain, je descendrai à Figaret ».
Le lendemain 342 hommes des 42“ et 50" régiments sous les ordres du capitaine Sicard, viennent relever à Castel-Gineste et au Brech les grenadiers qui rentrent à Utelle où arrivent également trois compagnies d'infanterie légère que commande le commandant Salicetti, frère du représentant du Peuple, venu de Levens. sur l'ordre de Masséna. (1)
Le 26 novembre, ce dernier adresse à Dumerbion un second billet plus précis sur les derniers évènements :
Au général Dumerbion, à Nice Le 6 frimaire (26 novembre) Général,
Je ne puis te donner un détail bien exact des avantages que j'ai eus sur l'ennemi. Je les ai battus à la sans-culotte partout où j'ai pu les rencontrer. Je lui ai pris quatre camps et forcé d’évacuer le cinquième. Si nos soldats n'avaient voulu faire des
(1) Arch. de la Guerre.- Ordre de Masséna au Commdt.-Bonneville du 38° régimt à Levens le 26 novembre.- Lettre de Masséna du 27 novembre,
pantalons, nous aurions au moins 250 tentes, mais c’est impossible de les empêcher.
Nous occupons Figaret et le fameux poste du Brech. Le citoyen Guillot commande Figaret avec ses chasseurs. Demain, je te donnerai un détail très exact de tout, ainsi que de mes observations’sur les différents postes.
Ca va, ça ira, et ça tiendra Vive la République Masséna
Enfin le 28, il envoyait la lettre annoncée :
Utelle, le 8 frimaire (28 novembre 1793)
Instruit dans la soirée du 3 au 4 que les ennemis avaient évacué la Vorre, je résolus de profiter de ee mouvement rétrograde pour les attaquer dans le fameux poste de Castel-Gineste d’où ils semblaient encore menacer Utelle.
J'assemblai une partie des grenadiers et chasseurs de ce cantonnement formant un corps de 500 hommes environ, et je me mis en marche le 4, avant le jour, longeant le chemin de la Torre, äfin de tourner Gineste par sa droite, seul point qui fut attaquable. Nous gagnâmes le poste avancé des ennemis en nous accrochant à des degrés taillés naturellement dans le roc, suspendus sur d’horribles précipices.
L'audace de notre entreprise leur imposa tellement qu'ils s’enfuirent à notre approche. Après quatre heures d’une marche aussi pénible que difficile, à travers les défilés couverts de bois, nous atteignimes leurs corps de bataille sur les hauteurs de Castel-Gineste où ils étaient campés. L'action s’engagea par une fusillade des plus vives : nous fûmes bientôt à portée de pistolet de leurs retranchements. Les piémontais forts de leurs positions et de la supériorité de leur nombre (car ils étaient 800) firent alors pleuvoir sur nous une grêle de balles et de roches, mais si ce genre terrible de combat étonna un moment nos braves républicains, il ne put leur arracher la victoire.
Après deux heures de résistance opiniâtre, nous étions dans leurs retranchements ; nous les forçames, nous les poursuivi-
mes jusqu'à la montagne du Brech et plus de 80 tentes, 66 prisonniers dont 4 officiers, une foule de morts et de blessés laissés par eux sur le champ de bataille, furent les garants de ce premier succès. Ils s'étaient retirés dans le plus grand désordre, Notre ascendant était si bien marqué que toute formidable que fut la nouvelle position qu'ils venaient de prendre, je n’hésitai point et ce que je ne pouvais avoir par la force, j'imaginai de
. l'emporter par la terreur.
Le Brech est une montagne des Alpes en cette partie la plus élevée et la plus difficile; on n'y arrive que par un sentier étroit et anguleux, bordé de roches et de précipices, où depuis la naissance de la guerre, on ne s’avisa jamais de trainer un canon ; ce qu'on n'avait pas entrepris, nous l’achevâmes. Je fis monter de la Madone d’Utelle une pièce de 4; nous la portâmes à bras, l’espace de deux milles ; général, officiers, soldats, tout y mit la main; enfin après sept heures d'effort qui tient du prodige et que le génie de la liberté peut seul inspirer, elle était en batterie au poste avancé de Castel-Gineste, et elle tonnait sur les esclaves sardes. Peignez-vous leur surprise, leur épouvante ! Ils s’ébranlent, grenadiers, chasseurs, éclaireurs, montant au pas de charge, nous sommes maîtres du Brech. Nous poursuivons l’ennemi de rocher en rocher, de poste en poste. Une colonne conduite par Despinoy, adjudant général, se précipite par mes ordres au Figaret; après quelques fusillades les ennemis fuient de toutes parts, ils nous abandonnent 3 camps, plus de 40 mulets, chargés de bagages et de munitions de toutes espèces, 300 tentes, des ustensiles, des armes ; des matelas, des courte-pointes, des oreillers et l’attirail qui suit des hommes effeminés, des esclaves.
Notre communication avec Saint-Arnoux trop longtemps interceptée est enfin rétablie. La nuit seule arrête notre poursuite ; nous bivouaquons sur la montagne du. Brech dans le vallon de Figaret et nous voyons au jour l'ennemi lever encore ses camps, dans l’éloignement et redouter notre approche.
Tels sont les avantages qui ont signalé les armées de la République dans ces deux journées ; ils impriment à cette campagne le sceau de la‘victoire. Adieu les vastes projets des ennemis, ses
incursions sur les rives du Var, ses châteaux en Espagne ! Ceux qui menaçaient naguère notre propre territoire seront trop heureux de passer l’hiver au fond de leurs montagnes et parmi les neiges qui vont les couvrir.
Au reste, notre perte a été légère. Nous ne comptons que sept morts, et vingt blessés. L'ennemi a laissé les rochers qu'il occupait teintés de son sang et jonchés de ses cadavres. Nous avons recueilli beaucoup de ses blessés et d’après les rapports des derniers prisonniers que nous avons faits, il en a encore emporté
quatre-vingt avec lui, Masséna (1).
Le même jour, Dumerbion s'empressait de répondre à Masséna :
J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 7 courant, ainsi que le détail qui y était joint des différentes attaques que tu as faites sur les postes ennemis. Je t'en fais de nouveau, mon compliment bien sincèrement ainsi qu'à nos braves frères d'armes ; il n’est pas possible de montrer plus de courage et d'énergie que vous l'avez fait (2).
Je fais envoyer au général Dugommier ainsi qu'au Ministre de la Guerre et au Comité du Salut Public copie de ta relation.
Quelques jours plus tard, à la séance du 9 décembre lecture était donnée à la Convention Nationale de la lettre de Masséna qui se trouvait ainsi avoir pour la seconde fois (3) les honneurs du moniteur.
Masséna fait également part de ses succès à ses voisins ; il écrit au commandant Martin au Broc, à la date du 7
(1) Moniteur.- Réimpression, vol. 18 (1793) p. 631-632. Convention nationale ‘ Séance du 19 frimaire an II (9 décembre 1793).
(2) De son côté, ayant eu connaissaice du succès de Masséna, le commandant Martin lui écrivait le 8 frimaire (28 novembre) « Le bruit court que vous avez bien étrillé l'ennemi. Je n'en suis pas étonné, et vos républicains sous vos ordres iraient au diable.»
: (3) Son nom avait déjà été cité lors de la lecture, à la Convention de la Relation officielle de la prise de Tordon, Revest et Villars, le 20 février 1793.
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frimaire (27 novembre) une lettre au cours de laquelle il lui fait un nouveau récit de l'affaire :
J'ai été fort heureux dans mon expédition. J'ai battu l'ennemi pendant deux jours ou pour mieux dire, je l'ai chassé de partout où j'ai pu l’atteindre. Ils ont eu quatre camps de pris et forcé d'évacuer le cinquième. Environ une trentaine de-mulets chargés de pain, plus de trois cents tentes, soixante-dix prisonniers, plus de vingt tués, d'après le rapport du dernier prisonnier ; ils ont eu le premier jour, plus de quatre-vingt blessés, sans compter ceux du deuxième jour.
Vous connaissez le pays, commandant; j'appris que l'ennemi avait évacué la Tour et que toutes ses forces étaient au Gineste et au Brech. Je n’hésitai pas à les y aller attaquer. Après quatre heures de montée, nous en vinmes aux mains: les esclaves firent une très belle rsistance ; les officiers nous lançaient des pierres ds toutes mains. Ils occupaient une superbe position, Nous n'’étions que cinq cents et eux huit cents, mais malgré des efforts rares parmi les Piémontais, nous les forçames à lacher pied et quoique tout harassés de fatigue, les poursuivimes jusqu’au fameux rocher de Brech. Le lendemain je fis monter une pièce de 4 à Gineste, cela vous paraîtra impossible, cependant mes sans-culottes la montèrent à bras dans six heures. Quel fut l'étonnement des Piémontais de se voir canouner! Ils furent mis en fuite dès le deuxième coup et mes braves frères d’armes les
chassèrent jusqu’au dessus de Lantosque et sans la nuit, nous
serions rentrés. Je fis retirer ma troupe au Figaret et nous occupons ce poste en ce moment. Le bataillon de chasseurs la defend. Je n'ai eu que six hommes tués et quinze de blessés. Voilà, commandant, à peu prés le détail de mon expédition.
Au moment de sa marche sur Castel-Gineste, Masséna avait avisé en temps utile le général Parra (1) qui com-
(1) Arch. de la guerre. Lettre de Masséna du 23 novembre au Commandañnt de Saint-Arnoux.
Parra, ancien porte-drapeau du régiment du Lyonnais, puis capitaine au 28en régt. ci-devant Maine s'était distingué à Gillette sous le commandant de Dugommier et avait été fait général au cours de cette campagne.
mandait le camp de St-Arnoux de son mouvement offensif et lui demandait d'y coopérer, pour l’épauler le cas échéant. Ce dernier, sans ordre, avait pris l'initiative d'envoyer une reconnaissance à Lantosque dont l'échec fut complet. En eftet, après s'être emparé sans coup férir de ce village, nos soldats y trouvèrent des provisions et se livrèrent à la boisson. Ils se portèrent ensuite à l'attaque de la redoute de la Sommelongue, mais accueillis par une vive fusillade le feu de deux canons et une charge à le baïonnette, ils durent se replier en désordre sur Lantosque.
« Tu verras, dit Masséna à Dumerbion dans une lettre en date du 28 novembre, qu'il n’est point question de Lantosque dans une lettre à St-Arnoux, par la copie que je te fais passer. D'ailleurs le lendemain de la prise de Figaret, je ne partis après avoir bivouaqué toute la nuit qu'à neuf heures du matin. Tout était tranquille aux environs. Je crus pouvoir me retirer à Utelle, après avoir laissé mes instructions au commandant de ce poste. À peine arrivé, j'entendis une fusillade très vive. Je crus que les ennemis avaient attaqué les chasseurs que je venais de quitter. Je fis battre la générale ; je rassemblai le peu d'hommes qui me restait encore. Je me mis à leur tête et je courus à toutes jambes à Figaret au secours de mes gens. Je n'eus pas le temps d'arriver que le feu cessa. J’envoyai toujours quatre-vingt hommes pour s’en assurer et je remontai à mon poste, bien loin de m'imaginer que les grenadiers de St-Arnoux avaient eu l'imprudence de se porter sur Lantosque. Mais ce n'a été que l'espoir du pillage qui les a portés à cette entreprise tout à fait téméraire ».
Après son succès et dès le 29 novembre, Masséna procède au changement total de l'assiette du cantonnement de l'aile gauche qu'il commande. Il opère ce remaniement en tenant compte de deux éléments : le repli de l'ennemi et l'approche de Ia saison des grandes chutes de neige,
Cliché J. Gixerra, phot. Nice
Masséna au Combat de Castel-Gineste d’après unc lithographie du Musée Masséna, à Nice
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qui va obliger les belligérants à cesser les opérations et à prendre les quartiers d'hiver.
A ce moment, les trois divisions qui formaient les trois ailes de l’armée des Alpes occupaient les positions suivantes : La division de droite, forte de plus de 6000 hommes, commandée par le général Macquard, occupait les camps 'retranchés de Béolet, Brouis et Castillon. Une forte avant-garde était à Breil et des détachements gardaient en arrière la ligne de communication avec Nice.
5500 hommes sous les ordres du général Bizannet composatent la division du centre, répartis dans les trois postes fortifiés du Moulinet, de Peira-Cava et de St-Arnoux couverts par l'important camp de la Fougasse.
La division de gauche, sous le commandement de Masséna réduite à 3000 hommes occupait Utelle avec les avant-postes du Figaret, du Brech, de la Charbonnière. Gilette avec Revest et Tourettes constituaient les points d'appui de la défense en avant de la Vésubie et de l’Estéron. Enfin des détachements occupaient Levens, la Roquette St-Martin-du-Var, le Broc, les Ferres, Courségoules et Bezaudun.
Dès le 22 ou 23 décembre () il tombait à l’Authion une si grande quantité de neige que le général Bizannet commandant l'aile du Centre avait dù se replier en hâte sur Peira-Cava, dont l'évacuation du reste était décidée quelques jours après a cause des intempéries.
Les troupes décimées par les maladies et les privations aspiraient à un légitime repos. Et d'autre part, dès le commencement de décembre, l’armée sarde avait suivi les troupes autrichiennes déjà cantonnées dans les plaines du Piémont.
Les hostilités ne devaient reprendre qu’au printemps, après la fonte des neiges.
(1) Arch. de la Guerre-Lettre de Dumerbion dn 31 décembre.
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D'ailleurs l'intérêt des opérations militaires se portait maintenant vers Toulon. Déjà un grand nombre d'officiers étaient appelés à servir à cette armée. L'un d’eux, l’adjudant général Despinoy qui avait servi avec Masséna lui écrivait, en passant à Nice, avant de rejoindre l'armée de Toulon.
Nice, le 11 frimaire, l’an second de la République Une et Indivisible (1°" décembre 1793).
L'adjudant-général Despinoy au citoyen Masséna, général de brigade, commandant l'aile gauche de l'Armée d'Italie.
J'ai offert au général Dumerbion un tableau fidèle de notre situation. Je lui ai fait sentir en toutes choses la nécessité de. prononcer sur les nouvelles positions que nousavons prises.Ilen reconnaissait déjà l'avantage et il m'a prouvé qu'il avait adopté une partie de tes mesures en me communiquant sa lettre du 9. Aux forces près que tu lui demandes et que des circonstances extrêmement délicates ne lui permettent pas de t'accorder, je puis t'assurer que ses vues se trouvent conformes aux tiennes. Je regrette avec toi que cette économie de moyens t'empêche d'occuper la Torre qui aurait presque tiré la barrière entre nous et les ennemis, etje ne pense pas, en effet, qu'il soit de la prudence d’y mettre cinq compagnies, mais si tu ne peux le garder il te sera facile du moins de le surveiller et tu as sans doute placé un poste à la Carbonnière dans cette intention. Un bivouac sur la montagne où nous fimes halte lors de notre première sortie avec toi, un autre bivouac en face, sur le chemin de la Torre, un troisième aux extrémités de Geneste et précisément au même lieu, où nous abordâmes l'ennemi, en nous accrochant aux rochers, et s'ils entreprennent jamais de nous tourner, nous en serons du moins bien avertis et nous aurons le temps de préparer la défense. Voilà mes idées, mon cher général, que je te donne avec la franchise qui te plait et que je soumets volontiers à ta sagesse ; ne pouvant occuper la Torre, il faut que nous couvrions la Madonne et le Diamant par des avant-postes pour achever notre ligne de défense, relativement à Utelle, C’est la
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conséquence que je tire de notre situation et que tu saisiras peut-être avec moi.
J'ignore encore, quelle sera ma destination si je vais à Toulon. Je parlerai de toi au général Dugommier mais je lui dirai en même temps combien tu as été utile à l’armée d'Italie.
Dans tous les cas, je me rappelerai toujours de la gloire et du plaisir que j'obtins sous tes ordres et je serai bien sensible à tes moindres souvenirs.
Bien des témoignages d'amitié à ton aide camp, au citoyen Motté, notre camarade, à Guillot, Buget et nos braves compagnons d'armes.
Tes succès font grand bruit et méritent bien d'en faire.
DEsPinoY.
Quelques jours plus tard, le 3 décembre Dumerbion écrit à Masséna en réponse à ses demandes de renforts pour occuper la Tour :
Il faut, citoyen général que tu ne reçoives pas mes lettres puisque tu me demandes par celles que j'ai reçues ce matin, sans date, si mon intention est d'occuper la Torre. Je te répète donc que non et d'autant plus affirmativement que je viens de recevoir ordre de faire passer à l’armée sous Toulon sous le plus court délai, le bataillon du 28° régiment avec ses grenadiers, chasseurs et éciaireurs, le 3"° régiment bataillon de Haute- Garonne et la compagnie franche de Clairac. Les citoyens Parra, Gaspard, Guillot, Despinoy, Motté et les deux frères Buget. Le général Kervéguen t'adresse des ordres pour le départ de tous.
Tu feras remplacer le bataillon de Haute-Garonne par le 1° bataillon de la 129"° demi-brigade et je fais partir demain quatre compagnies de grenadiers pour Levenzo, pour remplacer le 28° régiment en attendant que je puisse t'envoyer des forces plus considérables. Tu feras remplacer le citoyen Guillot au commandement des chasseurs par un officier propre à la chose, et je te laisse maître du choix.
Les ennemis ont été battus par nos braves frères d'armes de l'armée sous Toulon: dans une sortie qu’ils ont faite, ils ont
perdu plus de 200 hommes tant tués que blessés et fait prisonniers ; parmi ces derniers plusieurs officiers de grade supérieur et enfin leur général en chef, M. O'Hara, blessé d’un coup de feu au bras droit.
Le général Dugommier a reçu de fortes contusions dont une au bras droit et l’autre à l'épaule, mais sans danger. Çà ira. Je vais faire descendre un bataillon d'Entrevaux que je mettrai sous tes ordres. Je te ferai part du jour ou il arrivera aux Ferres et environs (1).
Masséna dès ce moment s'efforçait bien d'obtenir des renforts pour organiser une ligne sérieuse de défense et occuper au besoin Clans et la Tour. Mais à toutes ces demandes, Dumerbion répond régulièrement par une fin de non recevoir et conseille à Masséna de se maintenir, simplement sur le Brech et la rive droite du Var.
L'intérêt n'est plus sur ce point, mais bien à Toulon. Masséna le comprend parfaitement ; il voit partir tous ses amis, ses meilleures troupes et il n'a plus qu'un désir, c'est d’être appelé lui aussi le plus tôt possible pour servir à l’armée, chargée d'investir cette place. Il s'en ouvre à Dumerbion :
« Je crois, que pour cette année, il n'y aura pas grand-chose à faire, les ennemis s'écartent trop de nous pour en venir encore aux mains et tu pourrais me faire remplacer pour aller où je pourrais être plus utile. »
A quoi, Dumerbion répond le 9 décembre : « S'il se présente des circonstances à t'employer plus utilement
(i) Masséna était ainsi privé de ses troupes d'élite et de ses meilleurs officiers. Le commandant Joseph Martin, chef du 3%° bataillon de la Haute-Garonne et l'adjudant général Guillot qui allait être grièvement blessé à Toulon, le général Parra, les deux frères Buget, l'ainé le lieutenant François et le cadet le sous-lieutenant Claude Joseph qui quelques jours plus tard, s'étant emparé d'un canon aux combats du siège de Toulon s'écriait dans l'excitation de l'action :
« Il est à moi, c'est moi qui l'ai pris. personne ne me le disputera. » Tous sauf l’ainé des Buget, qui sera tué devaient devenir généraux,
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que dans la partie où tu es, je les saisirai avec plaisir, mais dans ce moment-ci, je la regarde encore comme fort intéressante. »
Pendant la première quinzaine de décembre, Masséna dont les forces sont presque journellement diminuées. s'emploie à la répartition entre les divers postes des unités qui lui restent. Il adresse à Dumerbion le matériel de guerre pris ou abandonné par l'ennemi : quatre-vingt fusils (1) vingt-mille cartouches, un fusil de rempart, des. matelas, des mulets, un calice « qu'il croit en argent », trente livres de poudre ; il fait construire des retranchements et mettre les postes en état de défense (2) prend des mesures pour chasser les maraudeurs qui pillent Revest et améliore le ravitaillement en fourrage (3); il interdit encore le tir à la cible, défend sous menace de destitution que les habitants des villages occupés par la troupe soient molestés (4) enfin interdit et en quels termes, aux officiers de s'absenter de leurs postes pour aller à Nice.
(1) Lettres à Dumerbion des 30 novembre, 4 décembre et 8 décembre
(2) » » » » 3 décembre » »
(3) Ordre du 3 décembre, lettre à Dumerbion du 4 décembre, à Jaume entrepreneur de charrois du 1? décembre.
(4) Au commandant militaire au Cros (d'Utelle).
Veuillez bien, citoyen prendre le nom du curé et des deux barbets qui sont arrivés à votre poste et les surveiller avec attention jusqu'au moment de la réponse du général en chef, vous n'avez qu’à en rendre responsabze le Maire et tous les parents des nouveaux arrivés. Prévenez le capitaine Susini que je suis fort étonné qu'il s’avise de tirer à la cible toute la journée ; c'est à lui de donner l'exemple et j'espère que cela n’arrivera plus. Vous pouvez le prévenir encore que l'intention des représentants du peuple n’est assurément pas qu’il maltraite les habitants et qu'à la première plainte qu'il me reviendra sur son compte, je le ferais relever.
Salut et Fraternité Ça ira
« Citoyen Commandant, écrit-il à Saillet, chef de la
129" demi-brigade à Gilette le 9 décembre (19 frimaire). J'apprends avec étonnement que tu as quitté ton poste pour aller à Nice. Ta présence est absolument nécessaire à Gilette pour faire exécuter des ordres que je puis être à même de te donner. J'espère qu’à l'avenir, tu t'absenteras le moins possible. Tu sais que l'œil du chef vaut bien du monde ! »
Aucun détail ne lui échappe ; il exerce une surveillance de tous les instants sur le ravitaillement :
Citoyen Commissaire,
Je te dénonce un abus qui est très préjudiciable à la Républipue. Les bouchers laissent absolument mourir les bœufs de faim ; dès le moment qu'ils partent de Nice, ne leur donnent plus aucune nourriture ; de façon qu'il en reste la moitié en route et font dresser des procès-verbaux par les commandants des postes ou municipalités ; c’est un vol manifeste qu’on ne doit plus tolérer: Ils pourraient les faire paître dans les montagnes mais ils ne veulent pas s’en donner la peine.
Je n'ai pas voulu, Commissaire, en écrire aux représentants comme c’est une partie qui te regarde. J'espère que tu donneras des ordres pour que les intérêts de la République soient ménagés avec plus de soin.
Salut et Fraternité,
MaASSÉNA (1).
Enfin il prescrit que les femmes devront être renvoyées à l'arrière...
Au citoyen Salicetti, commandant de la place d'Utelle, 22 frimaire.
Tu voudras bien, citoyen commandant, donner des ordres dans la ville pour que l'invitation que le commandant de la
(1) Lettre de Masséna du 5 décembre 1793 au commissaire général à
Nice,
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