SIÈGE DE TOULON
Le 13 décembre 1793, Dumerbion adressait à Masséna à Utelle, un message par lequel il lui faisait connaitre que les représentants du peuple aux armées lui donnaient l’ordre de se rendre immédiatement à Solliès-Ville, pour servir désormais à l’armée chargée d'investir Toulon occupé par les forces anglaises et espagnoles réunies. (1)
(1) Nice le 23 frimaire an II (13 décembre 1793)
J'ai reçu cette nuit, citoyen général une dépêche des représentants du peuple, Ricord et Robespierre par laquelle ils me chargent de te donner ordre de partir sur le champ pour te rendre à Solliès-Ville et de te dire de prendre sans retard les voies les plus promptes pour y arriver. Au reçu de la présente tu remettras donc le commandement dont tues chargé à l'officier supérieure que tu en croiras le plus capable et ce, provisoirement jusqu'a l’arrivée du général Chartogne a qui je viens de donner ordre de se rendre à Utelle, mais comme sa santé est mauvaise et que problablement il n’y arrivera que demain, tu ne l’attendras pas et laissera toutes les instructions à l'officier supérieur qui les remettra à cet officier général Je t'attends dont demain soir au plus tard et nous verrons sans délai à te procurer tous les moyens pour te rendre à ta nouvelle destination le plus promptement possible. Salut et Fraternité. Le général de
l’armée d'Italie.
Dumerbion,
Ce nouveau poste de combat lui était confié à la suite de ses succès dans les Alpes au camp de Fougasse et à Utelle, où il avait déployé des qualités de stratège et de tacticien de premier ordre. Au reçu de cette lettre, Masséna s'empressait de se rendre à Nice où le lendemain, Dumerbion le nantissait d'un ordre de départ. (1).
Masséna partit sur le champ pour Antibes d'abord, où il passa la nuit au milieu des siens qu'il n'avait pas revus depuis de longs mois ; il se mit en route dès le lendemain matin pour Solliès, mais malgré sa diligence il ne peut arriver à temps auprès du général Lapoype sous les -ordres duquel il devait servir, et qui commandait à Solliès la division détachée de l’armée d'Italie.
Dugommier avait en effet tenu un Conseil de Guerre à Ollioules, le 11 décembre, au cours duquel toutes les dispositions pour l'attaque générale prochaine avaient été prises. Les différentes unités étaient déjà pourvues de leurs chefs respectifs.
Lc division de l'Est, sous Lapoype, était divisée en trois colonnes d'attaque : celle de gauche, devait avoir à sa tête Lapoype, lui-même et la Harpe, colonel du 35°" régiment, ci-devant Aquitaine, Micas, commandait celle du centre et Argod la colonne de droite.
Masséna qui tenait quand même à participer à l'action qui devait s'engager et promettait d'être décisive, obtint la faveur d'y prendre part, en qualité de volontaire, sans
(1) Pierre Dumerbion, général de l'armée d'Italie. Au nom de la République française, Une et Indivisible, 14 décembre 1793.
IL est ordonné au général de brigade Masséna de se rendre sans délai à Solliès, où il joindra l’armée révolutionnaire pour Toulon. H prendra les ordres du géneral en chef de cette armée sur sa destination ultérieure. Donné à Nice le 24 frimaire 1793, l'an second de Ia République Une et Indivisible. Le général d'Italie :
Dumerbion.
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commandement et se plaça tout naturellement aux cotés du général Lapoype, à la colonne de gauche. (1)
L'assaut fut donné le 17. La troupe de Lapoype massée auprès du château de Beaudouvin, s'avança vers le fort Faron. A trois reprises différentes, les républicains essayérent en vain d'y pénétrer. Ils furent repoussés et des cris de « Sauve qui peut ; nous sommes trahis » retentirent dans les rangs.
Argod partit de Revest, se heurta également à une solide défense des Espagnols à l'ouvrage de St Antoine et dut se replier. Micas plus heureux, emporta le pas de la Maäsque, put alors faire sa jonction avec la colonne d’Argod et tous deux allèrent à l'assaut de la Croix Faron défendue par un corps piémontais devant lequel ils échouèrent. Mais tous ces efforts avaient démoralisé les ennemis qui d'eux-mêmes abandonnèrent les positions.
Le 18, les français purent après un sérieux combat, oc* cuper les forts l’Artigues et Sainte-Catherine. Masséna entrait le premier dans le fort l'Artigues et ayant réussi à désenclouer six piéces de canon, il faisait ouvrir le feu sur l'escadre ennemie qui louvoyait à l'entré de la rade.
C’est à la suite de cet exploit personnel et à ses qualités d’entraineur d'hommes que Masséna gagna à ce siège son grade de général de division. En effet deux jours plus tard, le 20 décembre 1793. les représentants du peuple prenaient l'arrêté suivant : | ru à
30 frimaire Liberté - Egalité 2"e année républicaine | Au nom du Peuple Français
Les représentants du peuple près l’armée dirigée contre Toulon, d’après lé compte qui leur a été rendu par le général en chef de l’armée d'Italie, chargé du siège de Toulon et de la bra-
(1) Mémoire de Masséna par le général Koch. C'est pour cette raison que Masséna n’est pas nommé dans le compte-rendu officiel des opéra-
494 MASSÉNA voure, zèle, intelligence et civisme qu'a montré le citoyen Masséna, général de brigade, dans toutes les actions qui ont eu lieu contre cette ville rebelle; nomment le citoyen Masséna au grade de général de division pour en exercer les fonctions et jouir des prérogatives et appointements attachés à ce grade, chargent le général en chef de l’armée de le reconnaitre et faire reconnaitre en ladite qualité.
Fait au quartier général à Toulon le 30 frimaire (20 décem-
bre 1793) de l’an second de la République Une et Indivisible. *
PauL BARRAS - RICORD - FRÉRON - SALICETTI (1).
Il avait été général de brigade pendant quatre mois.
Trois jours après, le 23 décembre 1793, Masséna était l'objet d'une nouvelle faveur et d'une haute marque de confiance du général en chef de l’armée, chargé de la conduite du siége de Toulon qui nommait le nouveau divisionnaire Masséna au commandement supérieur des forts et de cette ville (2). Il ne devait conserver ce comman-
tions du siége de Toulon. C-F. Dugommiers par A.Chuquet.— Paris Roger et Cernowitz, 1 vol. p 103. — Krebs et Moris-Campagnes dans los Alpes sous la Révolution, vol. 1, chap. Siège de Toulon.®
(1) Arch. du maréchal Masséna, vol. 1 Italie arch. adm. de la Guerre
Cette nomination était faite en vertu de l'art. IV du décret du 4 nivose an IT relatif à la prise de Toulonainsi conçu : Les récompenses aux braves citoyens de cette armée qui se sont faits remarquer par des grandes actions. Confirmation de ce décret allait être bientot faite par le Ministre de la Guerre après avis de la commission du mouvement des Armées de terre.
(2) Jacques Coquille Dugommier, général en chef de l'armée d'Italie et chargé de la conduite du siége de Toulon. Au nom de République Une et Indivisible, il est ordonné au général divisionnaire Masséna de
prendre dans la journée le commandement des forts et de la ville de
Toulon.
Il recevra du général Mouret les intructions relatives à son commandement,
Au quartier général de Toulon, le 3eme jour du mois de Nivose l'an II
de la République française Une et Indivisible (23 décembre 1793). Le
général en chef ; Dugommier.
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dement que vingt jours, mais pendant cette courte période (1), il dépense tant d'activité ; de vigueur et d’habileté qu'il inspire la plus haute confiance aux représentants. Ils jugèrent que ses talents ne devaient point rester inemployès dans une place où l'ordre d'ailleurs était parfaitement rétabli, quand l'armée d'Italie réclamait le concours des hommes les plus expérimentés.
Aussi dès le 15 janvier 1794, Masséna remettait le commandement de la place de Toulon au général Durand et se rendait à Nice avec ses huit mille hommes où il allait être placé à la tête de l’aile droite de l’armée d'Italie.
Masséna ne devait se rendre à l’armée d'Italie que dans le courant du mois de février ; entre temps il allait recevoir de ses compatriotes antibois un nouveau témoignage d'estime, d'affection et de confiance.
Le 17 février 1794, la ville d'Antibes (2) recevant la visite du représentant Ricord donnait à cette occasion de grandes fêtes. Le cortège officiel qui comprenait les géné-
: raux Masséna et Barquier partit de la salle de la Société populaire de la ville, pour se rendre au temple de la Raison où le citoyen Lamarre Guillaume dans un discours en flammé rendit les hommages de la ville au représentant Ricord, protestant du dévouement des antibois à la chose
(1) Les ordres de Masséna comme gouverneur de Toulon pendant son commandement son fort rares, Voici l’un d’eux ;
Le général divisionnaire, commandant à Toulon à la Commission.
provisoire,
Vous voudrez bien citoyen, requérir des travailleurs de Lavalette ou autres, si vous le jugez nécessaire. pour faire enterrer les cadavres qu'il yaen ce moment au champ de Mars. Salut et Fraternité,
Çà ira Masséna,
(Toulon le 4 nivose, an Î1 républicain) (24 décembre 1793) Arch. du
maréchal Masséna, vol. 1 ; Italie.
(2) La famille Bonaparte habitait à ce moment Antibes au Château Salé,
publique et de leur confiance dans les travaux de la Convention. É
Au cours de sa harangue, le citoyen Lamarre se garde bien d'oublier les hauts services militaires rendus à la Patrie par le général de division Masséna, fils adoptif d'Antibes et s'écrie dans un élan d'enthousiasme, partagé par ses auditeurs : “ Et toi, Masséna, cette commune compte sur tes vertus, sur ta fidélité autant que sur ton habileté et ton courage. Elle espère que tu ne la feras jamais rougir de t'avoir adopté et elle apprendra par tes succès que tu n'as pas trompé la confiance de la République et son attente...
Toulon et les montagnes t'ont déjà vu à la tête de nos colonnes renverser avec gloire et succès les phalanges ennemies. Rien ne coûtera à tes frères d'armes, je le lis dans leur cœur, d'affronter avec toi les plus grands dangers. Ils ont tous la plus grande envie de tesuivre dans tes expéditions et de partager avec toi les périls et la gloire. » (1)
Le Maire d'Antibes ne pouvait se douter combien sa prophétie se réaliserait. La campagne d'Italie allait s'ouvrir ; elle devait être pour Masséna fructeuse en lauriers à cueillir, Bientôt, en effet, devait avoir lieu l'expédition d'Oneille, la prise d’Ornéa, de Saorge, puis les combats de Montenotte, Dégo, Mondovi, Lodi, Castiglione, Arcole…
Masséna allait appartenir à l’histoire nationale.
Nice 1919 — Paris-Moutiers 1923
(1) Tisserand. La Révolution dans les Alpes-Maritimes, p. 228-229,
Arch. Municip. d'Antibes.— Voir également à la date du 9 février 1794 les certificats de civisme délivrés par l'administration municipals à Masséna et à Rosalie Lamarre, sa femme.
ËT SA FAMILLE