‹ MassenetChapitre 19 sur 57 · OPÉRA DE VIENNE · texte numérisé non relu

OPÉRA DE VIENNE

LYON

Bertha, Mlle Cerale.

Karl, M. Frappart.

5 février 1896 Bertha, MHo Tornaghi.

Karl, M. Faraboni.

« La scène se passe à Courtrai au siècle. L'horloger

Karl aime et voudrait épouser la fille du brasseur Rombalt ; mais celui-ci ne veut pas d'un tel gendre et lui préfère Pit, le syndic de la corporation des ramoneurs, ou Jef le syndic de la corporation des boulangers, Tun ou l'autre au choix de sa fille, qui d'ailleurs fort éprise de Karl se fait un malin plaisir de les évincer. Les deux prétendants éconduits guettent l'occasion de se venger. Voici justement qu'un héraut du duc de Bourgogne paraît, annonçant que l'entrée solennelle de son maître aura lieu le lendemain et que si à dix heures du matin le carillon ne sonne pas l'horloger payera ce silence avec un temps de prison. Or le mécanisme de l'horloge est détraqué et Karl n'a plus le temps matériel pour faire les réparations exigées. Ne sachant à quel saint se vouer, il invoque celui de son église et Saint Martin dont la statue s'illumine, semble lui faire un signe protecteur.

Une vision surnaturelle s'offre à ses yeux ; les murs sont devenus transparents et dans l'air les anges sonnent eux-mêmes le carillon. Karl court au devant de Bertha, son amie, pour lui conter ce miracle j'mais profitant de son absence ses rivaux

Pit et Jef sont montés dans la tourelle et se hâtent de briser tout : x\ussi quand le jour parait, l'émotion devient générale. O merveille ! A Theure dite le carillon résonne. Les anges se sont chargés sans doute de réparer les dégâts et lorsque tombe le voile de l'horloge, on aperçoit Pit et Jef transformés par Saint Martin en : Jacquemarts ! ils devront pour toujours sonner l'heure, en frappant alternativement de leur marteau la grosse cloche de bronze qui surmonte le cadran. Rien ne s'oppose plus alors au mariage de Karl et de Bertha, qui tombent joyeusement dans les bras l'un de l'autre, tandis que le carillon sonne à toute volée

Quant à la partition de 31assenet, on peut dire qu'elle est en son genre un petit chef-d'œuvre. Et le fait n'étonnera personne, si l'on songe aux délicieux ballets, dont il a toujours pris soin d'émailler ses opéras depuis le Roi de Lahore jusqu'au Mage en passant par Hérodiade et le Cid. Heureux choix du motif, ingéniosité de l'agencement, richesse et variété des timbres, autant d'atouts dans son jeu. qui lui assurent le gain de la partie. On pourrait citer comme particulièrement réussis ; l'entrée des corporations, la danse moqueuse de Bertha, le duo d'amour écrit pour violon et violoncelle avec accompagnement de pizzicati, l'apparition des anges et la scène finale, pleine de mouvement et de couleur. La vérité est qu'on a tout goûté et tout chaleureusement applaudi.

Un tel ballet avec ses raffinements d'harmonie et d'instrumentation, écrit selon les principes de la symphonie moderne devait dérouter, au premier abord, un auditoire habitué aux valses de Straus et aux mélodies vulgaires qui là-bas alimentent tous les ballets à la 3Iode, comme \diFée des poupées ou Soleil et terre. Mais la surprise a bientôt fait place à Tad^ miration et l'on a compris que depuis Léo Délibes nul n'avait animé la danse avec plus de finesse et soutenu la marche de la pantomine avec plus d'esprit que Massenet.

Charles Malherbe.

[Le Monde Artiste, 28 février 1S92).

Ce ballet a été improvisé en quelques semaines. C'est une œuvre sans prétention et sans grande valeur, qui ne se recommande pas par une originalité bien marquée. Le thème du carillon, qui joue un grand rôle dans l'action scénique, aurait notamment pu être plus ingénieux. On peut citer les deux valses, la pantomine à rythme boiteux de Pit et de ses ramoneurs et l'ensemble brillant de l'arrivée de la foule, au lever du jour.

Georges Servières {La Musique Française Moderne, 1897).

Page 1