‹ MassenetChapitre 12 sur 36 · I. Auguste Dorchain : Pierre Corneille · texte numérisé non relu

I. Auguste Dorchain : Pierre Corneille

1. Dans son livret, Scribe croyait avoir imité une ballade germanique, alors qu'en réalité le sujet provenait du Lai de Graeian, de Marie de France, ce qui le fait remonter au XIII® siècle.

lui-même n'était pas allé au delà de Fortis est ut mors diiectio,

La prêtresse Sita, faussement accusée de sacrilège, est aimée du roi de Lahore, Alim, et lui rend son amour. Le roi, tué par trahison au milieu d'une bataille, et enlevé jusqu'au paradis d'Indra, en dédaigne les joies et demande à revenir sur terre auprès de la bien-aimée. Il ne le peut qu'à la condition, par lui acceptée, d'abdiquer toutes ses dignités d'autrefois. — Il rejoint donc Sita, mariée à l'usurpateur Scindia qui jadis avait trahison maître. L'ayant vainement revendiquée, il va s'enfuir avec elle, lorsque Scindia les fait arrêter. Sita se poignarde, entraînant vers la mort, ou plutôt vers la vie lumineuse de l'Infini, celui qu'elle aime et à qui Indra l'unit pour jamais.

La partition suit de très près le poème et s'en inspire avec une juvénile sympathie qui en atténue les rares gaucheries. D'abord une ouverture en annonce les principaux thèmes. Puis des chœurs se font entendre, parmi lesquels celui des vestales — je veux dire des prêtressesd'Indra — se détache avec la pureté d'un cantique. Les aveux de Sita sont notés avec justesse, et les ensembles établis avec une louable entente de l'effet scénique. On

peut regretter que le farouche Scindia roucoule un peu trop langoureusement. Ses mélodies sont trop galantes \

Et jusqu'à « je vous hais », tout s'y dit tendrement...

Unentr'acte évoquantles sonneries guerrières qui sillonnent le fracas de la bataille, et un joli duo entre Sita et sa suivante précèdent la scène de la trahison, magistralement conduite. On souhaiterait plus de vigueur dramatique à la scène d'amour qui se termine par la mort d'Alim.

Nous voici maintenant au sommet du mont Mérou, parmi les bienheureux réunis autour d'Indra. Peindre musicalement un pareil tableau n'allait point sans péril. Souvenons-nous des merveilleuses descriptions du Jéhovah indou : Il est (( la lumière sans voile, le soleil, le jour d'Orient qui donne une forme à ce qui en manque ; le voyageur céleste, l'archet nomade à la chevelure d'or qui est monté au plus haut du ciel, le chef de l'armée des rayons incréés. Les prières affluent dans son sein comme les eaux dans le lac. En lui est l'unique puissance,

I, En l'une d'elles cet Indou paraît se ressouvenir de 1 Aveu par où débutent les Pensées fugitives d'A. de Castillon, antérieures de quelques années au Roi de Lahore.

l'unique sagesse, il est la lumière des lu-

mières \ ))

De cette sorte de Walhalla sublimé Massenet a donné une fort agréable transcription scénique. La Marche céleste^ le ballet qui la suit et dans lequel s'épanouit une phrase déjà chantée par les cigarières de Carmen^ sont en vérité de charmantes pages". Et le musicien s'élève ensuite jusqu'au sommet du Alérou sacré. L'entrée d'Alim, ses supplications, les arrêts prononcés par le dieu :

Qu'il soit lui ! Qu'il ne soit plus lui ! Qu'il dorme dans la tombe et marche sur la terre ! Que son âme immortelle ait un corps de poussière \

les répliques du chœur, tout cela est incontestablement d'une noble et tragique beauté.

Le quatrième acte, outre son Cortège qui semble une brillante réplique de la Marche Indienne àQ l'Africaine^ et les anticipations amoureuses de Scindia, contient un brillant finale ;

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