I. Rig-Véda
1. Toutefois, en relisant ce ballet, « demandez-vous si la danse classique, par ses moyens remarquables eu soi, mais d'un style totalement incompatible avec tout exotisme, peut prétendre aucunement exprimer ses langueurs et ses coruscations, l'enivrante et voluptueuse atmosphère du Paradis d'Indra ». (Jean d'Udine : Qu est-ce que la Danse ?)
le cinquième, enfin, synthétise les motifs précédemment ouïs, et conclut fort honorablement une œuvre vibrante de jeunesse et d'espoir, — en outre fort habilement élaborée. Elle constituait un rajeunissement inattendu de la formule qui nous avait valu, quarante ans plus tôt, de très remarquables opéras, et somme toute se rapprochait davantage de l'esthétique de Spontini, de Meyerbeer ou d'Halévy que de celle, toute récente de Gounod, bien que Tessence musicale accusât, chez Massenet, une évidente parenté avec celle de Fauteur de Roméo et Juliette. Il est donc, dansle Roide LahorCy ainsi qu'il le sera dans ses opéras suivants, partagé, sinon tiraillé, entre deux directions opposées.
Esclarmonde fut l'œuvre préférée de Massenet, nous l'avons dit plus haut. 11 est d'ailleurs permis de ne point partager cette préférence. Le sujet -en est donc tiré, avec une louable habileté, d'un roman de chevalerie : Partenopeusde Blois \ Fille de l'empereur d'Orient Phorcas, lequel est en outre magicien et renonce à la puissance
T . Quelques ouvrages lyriques ont été extraits chez nous des romans de chevalerie. Sans oublier \ Amadis de Lully, on peut citer: Robert le Diable de Meyerbeer, le Lac des fées d'Auber (v. plus haut, p. 9a), la Magicienne d'Halévy, Roland à Roncevaux de Mermet, les Quatre fils Aynion de Balfe, Le Lancelot de Victorin de Joncières, etc.
souveraine pour se consacrer, dans la solitude, à des études mystérieuses, la belle Esclarmonde attire à elle le chevalier Roland et se donne à lui. Mais c'est à condition qu'il garde le secret sur leurs amours. Armé d'une épée magique, le vaillant amoureux va combattre les Sarrasins et délivrer la ville de Blois par eux assiégée. 11 trahit alors la parole donnée. — Enfin, dans la forêt des Ardennes il rencontre Esclarmonde et son père. La mort va être le salaire de sa trahison, à moins que la magicienne ne renonce à son amour. Nous pouvons d'ailleurs être tranquilles, car, à la suite d'un tournoi où naturellement il continuera d'être vainqueur, Roland épousera, corampopalo, celle qu'il n'a cessé d'aimer — et ^ui n'a cessé de l'aimer.
Religion, chevalerie, féerie, volupté, aventures fantastiques, et enfin poésie légendaire, tout se réunissait assurément dans ce poème pour séduire Massenet. Il y trouvait en outre l'occasion d'y exercer un certain wagnérisme à l'usage des gens du monde, par l'emploi du leit-motw pratiqué à satiété, et avec une insistance parfois abusive. Mais en même temps, et par un éclectisme un peu trop généreux, il traçait une vaste carte d'échantillons dans laquelle les amateurs
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pouvaient apprécier, à leur choix, du Wagner^, du Gounod, duMeyerbeer, du Reyer, du Verdi, et même des souvenirs d'opérette. De là un ensemble assez bariolé, mais dans lequel — et le contraire nous eût déçu — l'amour, aussi peu platonique que possible, occupe la première place. On peut, à cet égard, en. détacher d'excellentes pages, telles mélodies du chevalier, telles cantilènes d'Esclarmonde ; mais surtoutle fameux duo d'amour qui s'accomplit « sous un arbre gigantesque qui abaisse ses rameaux et les déroule pour la nuit nuptiale autour des amants extasiés ». A un moment donné Tarbre, sentant bien que l'abri de ses feuilles ne voilera point suffisamment les transports de la magicienne et de son ténor, fait un signe discret au machiniste. Un pudique rideau s'abaisse à son tour pour protéger les regards des non moins pudiques spectateurs. Mais à quoi bon ces chastes précautions ! Les oreilles se substituent aux yeux, et l'orchestre, éperdu de volupté, ne leur fait grâce d'aucun détail
L'ombre était nuptiale, auguste et solennelle.
1. L'influence duleit-motiv wagnérien sur Esclarmonde a été fort bien étudiée par Léonce Mesnard dans un de ses Essais de critique musicale.
Du beau vers de Victor Hugo retranchez les deux dernières épithètes ; mais tenez pour certain que jamais la première ne fut mieux justifiée par une plus abondante, habile, expressive, parlante et — comment dirons-nous? — agissante instrumentation !
En une jolie page, Jules Lemaître philosopha très agréablement sur la morale — ou V amorale — à dégager de ce luxuri...ant poème musical. Et, tout en se défendant, lui, « si peu musicien, d'avoir une opinion quant à Tœuvre nouvelle de Massenet », il n'omit cependant point d'en louer « les souples mélodies, longues et caressantes comme des vagues ou comme des femmes * ».
Voici encore de la chevalerie et de la légende amoureuse, cette fois évoquées d'après Boccace -.