I. Les noces Corinthiennes
1. Victor de Laprade : Les parfums de Madeleine {Poèmes évangéliques).
L'ŒUVRE i3i
longtemps encore continuera de nous charmer. Massenet avait reçu, à l'occasion du succès de (( son drame sacré », une lettre d'Ambroise Thomas dont nous extrayons les lignes suivantes :
« ... Voilà une œuvre sérieuse, noble et touchante à la fois ; elle est bien de notre temps, mais vous avez prouvé qu'on peut marcher dans la voie du progrès tout en restant clair, sobre et mesuré.
« Vous avez su émouvoir, parce que vous avez été ému.
(( Jai été pris comme tout le monde et plus que tout le monde.
« Vous avez rendu avec bonheur l'adorable poésie de ce drame sublime !
« Dans un sujet mystique où l'on est exposé à tomber dans l'abus des tons sombres et dans l'âpreté du style, vous vous êtes montré coloriste en gardant le charme et la lumière...
(( Soyez content, votre ouvrage reviendra et restera. » ^
Lettre charmante, judicieuse et sincère, qui fait tout ensemble honneur à l'écrivain et au destinataire.
A propos à'Eve, nous rappellerons au lecteur
I. Marie-Magdeleine fut transportée à la scène, d'abord à l'Opéra de Nice, le 9 février igoS, puis à l'Opéra-Comique, le 12 avril 1906.
i32 MASSENET
la lettre qu'écrivit Gounod à Fauteur, et qui relève plus de l'apologétique et de la théologie que de la critique musicale. Eve est beaucoup moins vQ\igie\xsQ(\\\(iMarie-Magdeleine, Au reste, le vénérable texte de la Genèse y est aussi peu respecté que possible. Le serpent est absent de ce jardin d'Eden. Mais la musique sensuelle, prenante et colorée ne nous laisse guère le loisir de songer à la source hébraïque. Elle nous rappellerait volontiers le poème de Victor Hugo :
Une harmonie égale à la clarté, versant Une extase divine au globe adolescent, Semblait sortir du cœur mystérieux du monde ;
bien que la puissance fasse défaut au musicien qui eût vainement essayé d'en exprimer cette autre partie :
Tout ce que l'infini peut jeter de lumière Eclatait pêle-mêle à la fois dans les airs... Les vents et les rayons jetaient de tels délires Que les forêts vibraient comme de grandes lyres ^
Adam et Eve chantent donc un duo empreint d'une grâce juvénile. Plus tard, expiant leur