‹ MassenetChapitre 19 sur 36 · I. Le Sacre de la je mine [La Légende des siècles · texte numérisé non relu

I. Le Sacre de la je mine [La Légende des siècles

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péché en une réincarnationheureusement choisie, ils se nommeront Des Grieux et Manon Lescaut, et continueront de chanter dans le même style leur amour demeuré immuable.

Charmant aussi est le chœur des « Voix de la Nature », murmuré sur le rythme de la polka la plus ancienne sans doute quece monde ait ouïe. Plus à sa place est le chœur chanté par les mêmes Voix incitant notre commune mère à examiner

de près

...l'arbre de science

Dont l'amour est le fruit.

Aussitôt elle se rend à la troublante invitation en invoquant la Nuit ; page agréable, mais qui ne fera pas oublier l'admirable Hymne à la Nuit du Désert de Félicien David. La scène suivante, dépeignant la séduction d'Eve parles puissances invisibles, est fort bien menée et constituerait le très bon finale d^un acte d'opéra.

Un beau prélude, entamé par les cordes pénétrantes des violons et des altos, ouvre le chapitre de « la Faute ». Le Récitant essaye, sur un air calme et triste, d'en détourner la Femme. Malheureusement ce souvenir de la manière de Heendel n'opère sur elle aucun effet, et à peine est-il achevé qu elle entame avec Adam un duo.

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en hommage à la mémoire de Gounod. La « Malédiction » ne tarde guère à se faire sentir : Le Dies Irœ^ obligeamment prêté à Massenet par Thomas de Celano, Berlioz et Saint-Saëns, fait dans FEden désormais maudit une entrée quelque peu anachronique, mais d'un indéniable effet dramatique. Le récit prononçant Tarrèt fatal est d'un émouvant caractère, ainsi que le chœur dont il est suivi, et qu'interrompt l'affirmation du couple maudit, mais toujours uni par un invincible amour. Cette péroraison rayonne d'une farouche et mâle beauté.

La Vierge est, au point de vue religieux, de beaucoup supérieure aux deux précédents oratorios.

« Eve nous ayant présenté le fruit de mort, Marie nous présente le vrai fruit de vie ; afin, dit saint Irénée, écoutez les paroles de ce grand martyr, « afin que la vierge Marie fut l'avocate de la vierge Eve», ut virginis Evœ virgo Maria fier et advocata. »

Ainsi s'exprime Bossuet en son deuxième Sermon pour la fête de U Annonciation, en développant un texte emprunté au prophète Jérémie. Il ne paraît pas absolument certain que Massenet

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ait lu Jérémie, saint Irénée et Bossuet. Il ne laissa point, toutefois, de se conformer implici^ tement à leur pensée, et c'est pourquoi sans doute la Vierge parut après Eve.

Le prélude initial de V Annonciation n'est pas inférieur à celui de Marie-Magdeleine. Pareil à FEudore de Chateaubriand, le musicien, «levant les yeux vers le firmament chargé d'étoiles, entonne son noble cantique ». Le rêve de Marie, le chœur angélique, le message délivré par l'archange Gabriel, tout cela est d'une grâce éminemment pieuse...

Les Noces de Cana prêtent à un grand développement et à une orgie sonore. Véronèse a passé par là. Pourquoi s'en plaindre et blâmer les convives fêtant ce vin « qui réjouit le cœur de l'homme », ainsi que nous l'enseigne le Psalmiste? Viennent ensuite un ensemble bien rythmé, des danses qui s'efforcent de paraître orientales, mais sont en tout cas charmantes, un miracle, enfin, dûment affirmé par des roulements de tambour! Un contraste douloureux s'en suit, alors que la Vierge Marie semble redo.uter d'avoir été tenue à Técart par son divin Fils.

Le GolgotJia forme un très beau tableau ; le des-

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sin en est pur, le coloris grave et sobre. La douleur de la Mère et des disciples, le chœur insultant des Hébreux, révanouissement de la Vierge après la mort du Christ, tout cela est évoqué avec un réel talent et un tact irréprochable.

LAssomptioîi est annoncée par un prélude devenu célèbre sous ce titre : Le dernier sommeil de la Vierge. C'est une fort jolie page, extrêmement langoureuse et tendre. 11 n'y a point là de tristesse, à peine un peu de mélancolie; nulle peine assurément n'effleure cette mélodie aérienne, ces souples harmonies. Et nous voici encore ramenés à Bossuet s'écriant, dans son premier sermon sur l'Assomption de la Sainte Vierge : ce Comme la plus légère secousse détache de l'arbre un fruit déjà mûr ; comme une flamme s'élève et vole d'elle-même au lieu de son centre : ainsi fut cueillie cette âme bénite, pour être tout d'un coup transportée au ciel ; ainsi mourut la divine Vierge par un élan de Tamour divin ». Seulement, voici : la mélodie de Bossuet — - si j'ose ainsi dire — est décidément plus religieuse, sans être pour cela moins musicale, que celle de Massenet. Détachons deux fragments de cette dernière : aussi bien est-elle entièrement

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caractéristique de la manière de son auteur, et aurons-nous à y revenir :

Andante reli^çioso

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Dans Z<^ Terre promise^ Massenet, ainsi que l'écrivait le regretté Charles Malherbe, « a été son propre poète, ou plutôt, selon l'exemple donné par Haendel dans le Messie, il a emprunté son texte à la Bible ; il a supprimé certains passages dont la nature ou les développements nuisaient à l'équilibre du discours musical ; il a rapproché ou interverti quelques versets ; mais il n'a introduit dans sa version poétique et musicale aucun mot qui ne fût dans la Vulgate, traduite en français par Silvestre de Sacy*. A

I. Le distingué musicographe commet ici une erreur : ce n'est pas à l'orientaliste Silvestre de Sacy, mais bien au Janséniste Le Maistre de Sacy qu'estdue cette traduction delà Vulgate. Admirons au passage les bizarreries de la Fortune qui fit du chantre de Manon le collaborateur d'un Janséniste,

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cet égard, son ouvrage demeure donc d'une orthodoxie parfaite et d'une correction religieuse qui échappe à toute critique ». Fort bien ! — toujours est-il que Moab, Jéricho et Chanaan constituent les trois parties de cet oratorio dans lequel l'auteur a déployé une énergie assurémentméritoire. Desthèmesgraves, des chœurs vigoureux, des objurgations lancées par Moïse, une marche vibrante couronnée par Técroulementdes murs de Jéricho, une heureuse intervention de l'orgue accompagnent les promesses de Jéhovah, auxquelles répond « la sainte et pure ivresse » des fils d'Israël ; enfin une fugue robuste et vivante, « dontHaendel lui-même aurait approuvé le thème joyeux et bien vocal », tout cela est sans conteste fort digne d'une admirative sympathie. Mais le meilleur morceau, celui qui porte indiscutablement la marque du musicien, est la cantilène en fa, entendue dès la première partie, et qui plus tard caractérisera délicieusement la fertilité des prairies chananéennes.

En somme, cette œuvre, « conçue pour être exécutée dans un vaste vaisseau, affecte une

lequel le couvrit de son « orthodoxie ! » Qu'en aurait dit le pape Alexandre YIl ?

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allure résolument, violemment décorative, mariant aux austérités de la fugue classique tout le luxe des procédés modernes. Elle est tracée à larges traits » \ La Terre promise forme donc hors-d'œuvre dans la suite des compositions du maître qui prouvait, en l'écrivant, la souplesse de sa facture. Mais parfois il s'oublie jusqu'à redevenir lui-même, « et l'on retrouve le Massenet à'Hérodiade dans la marche du septième jour^ ».

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