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MUSIQUE INSTRUMENTALE

Etant donné le peu d'attrait que Massenet ressentait pourlasymphonie — et réciproquement — ■ Ton devinerait a priori quelgenre le séduisit principalement dans le domaine de la musique d'orchestre, et que les titres seuls des ouvrages suffiraient à définir. Voyez plutôt la liste de ceux-ci, accompagnés de leurs sous-titres : Première suite d'orchestre : Pastorale et fugue ; Variations ; Nocturne, Marche et strette. — ScÈ^-Es ho'groises il' suite d'orchestre) : Entrée en forme de danse; Intermède ; Adieux de la fiancée ; Cortège ; Bénédiction nuptiale. — Il en va de même avec les Scènes dramatiques, les Scèn'es pittoresques^

les SCÈ>'ES N'AP0LITAI>-ES, IcS ScÈN'ES DE FEERIE,

les ScÈN'ES ALSACiEN'NES. Ce sont des séries de tableaux dont le coloris, toujours séduisant et habile, est généralement supérieur au dessin. Ils attirent le regard et le retiennent, sans pour cela

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s'y imprimer bien profondément. Aussi regrettet-on, par exemple, que les Scènes dramatiques se soient inspirées de thèmes shakespeariens. Quoi ! Macbeth, Othello, la Tempête, Roméo et Juliette! Tempête dans un verre d'eau, alors, et jardinet

de banlieue !...

De toutes ces agréables collections de tableautins, la meilleure nous paraît être les Scènes alsaciennes, qui bénéficièrent, sans doute, des sentiments d'un patriotique regret, désormais sans raison de subsister. Mais leur charme propre n'en demeure pas moins, et il est indéniable.

C'est d'abord le village alsacien vu « le dimanche matin, à l'heure des offices; les rues désertes, les maisons vides avec quelques vieux quisechauffentdevantleurporte,réglise pleine...

et les chants religieux entendus par bouffées au passage... » Charmante aquarelle, aux tons purs et dûment assortis. Une phrase, que nous retrouverons, modifiée, dans la suite de Touvrage, et que présentent la flûte d'abord, puis la clarinette et enfin le hautbois, semble le battement léger d'une plume de colombe :

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Un « choral protestant » laisse, par intervalles, transparaître la grave douceur de ses accords*.

Ensuite s'ouvre « le cabaret, dans la grande rue, avec ses petits vitraux encadrés de plomb... Et la chanson des gardes forestiers se rendant au tir I Oh ! la joyeuse vie et les gais compagnons ! »

Les timbales cognent, la valse se déploie, interrompuepar une pittoresque intervention des trompes de chasse, puis deplusbellese déchaîne. Tableau très vivant et vigoureusement brossé.

« Plus loin encore... avec le grand silence des après-midi d'été... et tout au bout du pays, la longue avenue de tilleuls, à lombre desquels, la main dans la main, marchait paisiblement un couple amoureux, elle, doucement penchée vers lui, et murmurant bien bas : « M'aimes-tu toujours ?... »

Elle est simplement exquise, cette idylle. Cinq heures sonnent... sous un dessin des cordes estompées s'élève tendrement la voix masculine du violoncelle, à laquelle répond, non moins tendre, la voix féminine de la clarinette. Et le

I. Ce choral, dû à Ph. >'icolas et inséré dans le Recueil de Lausanne, a été compris également dans le Recueil de Psaumes et Cantiques des églises réformées de France.

dialogue amoureux se poursuit, toujours plus ému ; les notes semblent échanger des baisers. Et, comme dit le prince Hamlet, « le reste est silence... »

Cette page est assurément Tune des plus réussies parmi celles que l'amour inspira au maître. On la dirait faite pour illustrer ce vers mélancolique que nous présente le Roman de Renart :

Celé foi

Que j'oi chanter sor ce tilluel.

Enfin, voici « le soir, sur la grand'place... tout le monde sur les portes..., les danses que rythmaient les chants du pays.

« Huit heures !... le bruit des tambours, le chant des clairons... c était la retraite !... la retraite française !... Alsace ! Alsace l... ^ »

Final très convenable : airs populaires, rappels des motifs précédemment entendus, instruments militaires. « Par où », a dû se dire Massenet, à l'instar de La Fontaine :

« Par où saurais-je mieux finir ! »

Les œuvres pour piano relèvent d'une esthétique analogue. Ce sont d'agréables albums de

I . Alphonse Daudet : Alsace! Alsace! dans les Contes du lundi.

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cartes postales illustrées que Ton se plaît à feuilleter. On y rencontre des danses, des nocturnes, des marches. Pour les amoureux de la nature voici des Papillons blancs et noirs, un Après-midi cVété, des Jours d'automne, un Deux novembre, des Soirées dliiver, des Matins de printemps. Aimez-vous le Gra?id soleil, ou plutôt VOmbre, à moins que cependant vous ne préfériez une Promenade au clair de lune ? Voici, en outre, les Feuilles jaunies, les Lilas, Les premiers nids, Noël, Pâques, que sais-je encore ! On sent que ces piécettes, de si fine allure et si spontanément artificielles, durent être facilement écrites, et on les joue ou on les écoute avec un plaisir sincère et fugitif...

Mentionnons un concerto pour piano, dédié à l'éminent pianiste Louis Diémer, et que celuici estimait « très intéressant». Il Test, effectivement, et messieurs les pianistes pourraient, sans déroger, s'en souvenir de temps à autre.

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