CONCLUSION
Laissant de côté les exagérations dithyrambiques et les naïves flagorneries de certains biographes', comme aussi les dénigrements partiaux et systématiques de certains autres, nous voudrions maintenant présenter au lecteur quelques appréciations empruntées à des juges aussi compétents qu'équitables. Commençons par les musicographes :
a Massenet a créé dans la musique une forme très caractéristique. On la retrouve comme on reconnaît l'écriture d'un ami sur l'enveloppe d'une lettre.., Massenet est le musicien de la femme et de l'amour. L'amour, il l'a chanté sous toutes ses formes : mystique ou charnel, idéaliste ou romantique; il Ta même soumis aux caprices
I. Par exemple E. de Solenière déclarant tout uet que Massenet est le musicien par excellence !
i5o MASSEMET
de la mode... Musicien de l'actualité, si l'on veut. Mais c'est être quelqu'un que de pouvoir fixer Factualité S »
« Massenet était un mélodiste, et quoi qu'en puissent penser certains musiciens impuissants qui rejettent la mélodie au rang des vieilles lunes parce qu'ils sont incapables de construire une phrase de huit mesures qui ait un sens et un développement normal, là éclatait surtout sa puissance, sa supériorité. Massenet charmait l'auditeur par son étonnante faculté d'invention, par la nouveauté, le charme et la puissance d'expression qu'il savait donner à la phrase musicale, tout en restant le musicien parfaitement instruit qu'il était, en doublant ses inspirations d'harmonies très élégantes, très neuves, souvent très piquantes, et en les complétant par des recherches et des trouvailles d'orchestre qui semblaient n'appartenir qu'à lui". »
En parlant de la Galathée de Victor Massé, et en imaginant « ce délicieux sujet » repris par Massenet, un de nos confrères a fort bien défini
2, Arthur Pougin, Massenet. Le maître lui-même écrivait : « Quant à ce qu'on appelle mélodie, je ne crois pas encore au mépris que 1 on espère lui marquer. »
CONCLUSION i5i
l'essence du génie amoureux de ce dernier : « Lui du moins saurait faire courir sur les flancs de Galathée le frisson voluptueux, mettre dans ses yeux comme dans ceux d'Eve Tétonnement du premier regard, sur ses lèvres le désir du premier baiser. 11 exprimerait la soudaine effusion de l'âme entrant comme en un temple dans ce corps si beau; il traduirait les vers d'Ovide :
dataque oscula virgo Sensit, et erubuit; timidumque ad lumina lumen Attollens, pariter cum cœlo vidit amantem ^, »
(Mais, objecterons-nous, n'est-ce point justement Galathée qu'à dépeinte Massenet, sous les pseudonymes successifs de Manon, d'Esclarmonde ou de Thaïs?)
« Son talent très délicat et son art très fin, mais légèrement précieux, se font beaucoup mieux apprécier dans des salles de dimensions moyennes, lorsqu'il ne se croit pas forcé de grandir son style et de grossir les sonorités, pour remplir un plus vaste cadre. J'ajouterai que les scènes de drame intime, que la peinture de sentiments agitant des personnages de condition moyenne et plus rapprochés de nous que des