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I. Georges Servières : loc. cit

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encore multipliées par le nombre des étranges moutures tirées d'un même et inépuisable sac : Une Elégie de Louis Gallet devient VInvocation à Hermès des Erinnyes (à moins que ce ne soit rinverse), sans qu il y ait d'ailleurs le moindre rapport entre les deux « numéros ». Thaïs méditant fournit un Ave Maria quelque peu imprévu, et en outre confie sa Méditation, écrite pour les sons liés du violon, au cure-dents de la sèche mandoline, laquelle n'hésite pas davantage à interpréter le prélude d'Hérodiade, la Pensée d automne et... tenez-vous bien ! le Clair de lune de Werther et le dernier sommeil de la Vierge î... Tirons après cela Téchelle, qui autrement risquerait de tomber d'elle-même...

N'insistons pas sur ces regrettables faiblesses qu'il sied de considérer

Comme vices unis à l'humaine nature,

et concluons par cette ligne empruntée à Musset, dans// nefaut jurer de rien : « Ilya certainement du génie, beaucoup de talent et de la facilité. » Je sais bien qu'elle fut écrite à propos de Lamartine ; miis combien plus justement s'applique-t-elle à Massenet...

Et nous ne pourrions mieux exprimer ni plus

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hautement louer la qualité toute personnelle, l'essence rare et parfois merveilleuse de sa mélodie et des sonorités qui Fenveloppent, que par ce rapprochement avec le grand poète des Harmonies, dont on a pu si justement dire qu'il fut la poésie même !

Il nous reste à dire deux mots de Massenet écrivain. En sa qualité de membre de Tlnstitut, il fut obligé de rédiger des notices et de prononcer des discours ^ C'est ainsi qu'il célébra l'obscurité de son prédécesseur Bazin, prononça

I. Le 23 octobre 1910, il présida la Séance publique annuelle des Cinq académies, déclarant que pour les « chanter dignement, il eût fallu cette lyre antique à cinq cordes, que les hellénistes appellent pentacorde ». (Ce dernier renseignement pour l'instruction de ses collègues des Inscriptions et belleslettres^ probablement.) Tout comme un autre il célébra les mérites des disparus : chartiste, ingénieur, astronome, algébriste, historien, philosophe, sculpteur et même musicien. Par lui l'on put apprendre que « le salon de Gaston Paris était achalandé en gens de lettres remarquables », et que Ton « s'y frottait à des poètes radieux comme Sully Prudhomme et de Heredia », tout en y rencontrant « de grands esprits, de vastes cerveaux, comme ceux de Renan et de Taine », et aussi qu'Emile Cheysson était un « meunier génial et gigantesque » Quelques jours plus tard il présidait la Séance publique annuelle de lAcadéraie des Beaux-Arts.

un discours lors de l'inauguration de la statue de l'admirable Méhul à Givet, et aussi les oraisons funèbres d'Ernest Guiraud et d'Ambroise Thomas. II prit également la parole à l'occasion du centenaire de Berlioz à Monte-Carlo. De plus, Massenet répondit complaisamment à des demandes à^ interviews formulées par divers périodiques. Enfin il confia ses ^o?^(^e/iï>5 à VEcho de Paris, et ils constituent assurément le meilleur document psychologique qui se puisse souhaiter pour évaluer l'homme enclos en ce musicien. Au reste nous en avons déjà cité maints passages.

Ces Souvenirs sont dédiés « A mes petitsenfants ». Ce sont des récits notés, semble-t-il, au courant de la parole. L'homme heureux s'y révèle à chaque ligne avec une bonhomie apparemment aussi simple que spontanée, bien que Ton y perçoive la volonté bien arrêtée d'un optimiste résolu à supprimer toute ombre sur son paysage ensoleillé.

Cette autobiographie si volontairement naïve fait songer à une vaste distribution des prix dans laquelle chaque élève est sûr de remporter sa couronne. Par exemple, « Auber était entouré de la vénération de chacun, et tous l'adoraient

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au Conservatoire ». M. Laurent, professeur au dit Conservatoire, « était la bonté même, réalisant cette qualité dans le sens le plus absolu du mot ». M. Savard « était bien Térudit le plus extraordinaire. Son cœur était à la hauteur de son savoir. » M. Schnetz « était bien un papa exquis pour tous ses enfants de l'Académie de France à Rome ». Halanzier, directeur de TOpéra, était « uniquement bon, aimait la jeunesse et la protégeait » ! Alexandre Dumas fils écrit à Massenet : « Avouez que vous avez cru que je vous oubliais, homme de peu de foi. » Sur quoi le musicien note gravement : « Le Christ n'aurait pas dit autre chose à ses disciples bien-aimés ». — N'est-ce point délicieux?

Au reste, date manibus lilia pleiiis^ il y en a pour tout le monde : LL. SS. les papes Pie IX et Léon XIII, S. M. la Reine d'Italie, S. M. le roi des Belges ; « mon bien cher et grand éditeur Henri Heugel », M. et M""^ Villes, propriétaires de « l'excellent hôtel de l'Europe S de bien dignes et obligeantes personnes » ; MM. Leoncavallo, Mascagni et Puccini, « également illustres » (cela est exact). M. Alphonse de Roths-

I. « Place Grillon, à Avignon ». Mais cette louange ne rend point Massenet injuste à l'égard des propriétaires de

APPENDICE i6^

child, « mon confrère de l'Académie des Beaux- Arts qui, sachant que je devais me rendre très souvent à Bruxelles, pour les répétitions d'Hérodiade... et voulant m'éviter les attentes dans les gares, m'avait donné un permis de circulation ». (Tout nous invite à espérer que c'était en promière classe !)

Mais qu'est-ce que toutes ces choses, y compris le permis de circulation, auprès de ce geste surhumain : « Son Altesse Sérénissime le Prince de Monaco embrassant avec effusion » l'auteur de Roma en présence du précité M. Raoul Gunsbourg... Ah! Ton devrait subitement mourir à la suite de telles joies...

Nous en avons, chemin faisant, cité quelquesuns. Et Ton croira aisément qu'il put toujours choisir et choisit souvent la fleur du panier. Beaucoup des noms suivants font leur propre éloge. Du côté féminin : M"'"' Galli-Marié, Priola, Pauline Viardot, Gueymard, Brunet-Lafleur, Miolan-Garvalho, de Reszké, Deschamps, Tre-

l'hôtel de Suède, à Nice, « M. et M""*^ Roubion, qui furent charmants » pour lui et ses compagnons, « absolument gâtés » par eux. Cuique suum

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melii, Fidès-Devriès, Heilbronn, Rose Caron, Sybil Sanderson, Lureau-Escalaïs, Delna, Région, Nardi, Calvé, Guiraudon, Ackté, Krauss, Pacary, Daram, Bréval, Mérentié, Louise Grandjean, Mary Garden, Cavalieri, Kousnezoff, Bréjean-Silver, Georgette Leblanc, Arbell. Du côlé masculin : Capoul, Lhérie, Bouhy, Bosquin, Lassalle, Salomon, Boudouresque, Vergnet, Gresse, Talazac, Taskin, Cobalet, Grivot, Collin, Jean et Edouard de Reszké, Melchissédec, Yan Dyok, Bouvet, Barnolt. Delmas, Alvarez, Fugère, Garbonne, Plançon, Salignac, Maurel, Maurice Renaud, Muratore, Chaliapine, Marcoux, Clauzure, etc., etc.

Evidemment il y a un triage à opérer dans cette nomenclature, d'ailleurs incomplète. Mais que d'étoiles de première grandeur, et comme Ton comprend la gratitude qu'exprime fréquemment le maître à l'égard des traducteurs de sa pensée I Nous nous bornerons à citer les lignes émues qu'il consacre, en ses Soupenirs, à Sybil Sanderson, la féerique créatrice à'Esclajinonde si prématurément enlevée à son

art :

« Sybil Sanderson...! Ce n'est pas sans une poignante émotion que je me rappelle cette

artiste fauchée par la mort impitoyable, en pleine beauté, dans l'épanouissement glorieux de son talent. Idéale Manon à TOpéra-Comique; Thaïs inoubliée à l'Opéra, ces rôles s'identifiaient avec le tempérament, l'âme d'élite de cette nature, une des plus magnifiquement douées que j'aie connues. »

« Professeur de composition au Conservatoire où l'avait appelé en 1878 son ancien et vénéré maître Ambroise Thomas, il se trouvait avoir charge d'âmes. Pendant des années, il donna tout son cœur et trouva le moyen de donner beaucoup de son temps à cette jeunesse qui l'intéressait d'autant plus qu'il la voyait plus attirée par son enseignement. Non content de ses deux cours officiels par semaine, chez lui, le dimanche, il réunissait ses élèves afin de les connaître mieux, de pénétrer leur pensée, et de savoir comment parler à chacun d'eux.

« Piien n'exige plus de tact que ce devoir essentiel du professeur, de respecter les tendances les plus diverses, de n'arrêter aucun essor, de ne verrouiller aucune des portes qui ouvrent sur l'avenir. »

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Ainsi s'exprime M. Widor\ et ces paroles pèsent d'undoublepoids, venant d'unmaîtrequi luimême pratique si bien le programme exposé en ces dernières lignes. Les élèves de Massenet ont d'ailleurs toujours témoigné à son enseignement la plus touchante reconnaissance, et en appuyant l'expression de celle-ci desplus probantes raisons. Qu'on nous en permette quelques citations.

C'est M. Charles Levadé s'écriant : « Combien j'ai été heureux de faire partie de cette classe qui était pour moi, comme pour nous tous, une délicieuse récréation, en même temps qu'un précieux enseignement qui nous conduisait vers les beautés de la Ville éternelle ! Enseignement très imagé et faisant comprendre la musique, avec un art tout particulier, par des exemples qu^il savait trouver dans la littérature, la peinture... Un des grands talents du maître, talent inoubliable î c'était de faire comprendre, aimer, approfondir; lui-même chantant, exécutant au piano les œuvres des maîtres. »

Gaston Carraud écrivait : « Son enseignement se bornait à examiner et à corriger nos travaux,

à leur opposer et à commenter des modèles : les principes se déduisaient ainsi, au hasard de l'occasion, qui parfois menait loin. On peut concevoir plus de méthode ; mais, données avec la vivacité d'intelligence et la passion qu'y apportait M. Massenet, ces leçons avaient un pouvoir merveilleux d'éveiller et de soutenir l'activité d'un jeune esprit. Jouant et chantant lui-même, illuminant ainsi nos pauvres essais, le maître démêlait mieux que nous ce que nous avions rêvé d'y mettre, discernait du premier coup la miette féconde (?) dont nous n'avions pas su tirer parti ; et s'il nous renvoyait, notre travail en morceaux, il ne nous renvoyait qu'avec l'ardente confiance de faire mieux, et le moyen topique d'y réussir. La clarté, la mesure, la rigoureuse propreté, mais le mouvement juste de la forme ; la sincérité et la simplicité du sentiment : là étaient ses premiers conseils. »

M. Paul Vidal déclare que « le maître a toujours gardé, quant à ses œuvres », vis-à-vis de ses élèves, « un silence farouche )>. Il les leur cachait presque. « Tel était son souci de nous éloigner des choses de la mode, de faire de nous — au sens le plus hautain, le plus éternel du mot — des musiciens. Ce fut le plus merveilleux

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éveilleur d'âmes, le plus généreux stimulateur d'énergies et d'imaginations. »

(( Mon souvenir de la classe Massenet? » écrit M. Henri Rabaud. « Le souvenir d'une classe où nous allions avec joie, d'un maître qui était adoré de ses élèves, d'un enseignement vivant, varié, et le contraire de scolastique.

« C'est un beau souvenir. Et notre maître sait bien que ses nombreux élèves lui gardent tous une profonde reconnaissance. » k Ah ! les belles heures que nous passions là ! » s'écrie avec émotion M. André Bloch.

M. Max d'Ollone, qui a considéré cet enseignement en un article très fouillé, loue avec raison Téclectisme de son maître, quant au choix des œuvres qu'il proposait en exemple. Il dit aussi : « Si cette façon libre, poétique, pittoresquement suggestive d'enseigner lui était personnelle, ce que nous retenions d'essentiel, ce que nous examinions de sang-froid après avoir quitté le contact magnifique du maître, c'était, non pas une doctrine esthétique qui lui fut propre, mais quelque chose d'impersonnel et de lumineusement vrai, à la fois si pratique et si précis dans le domaine de la technique, et si complètement d'accord, dans de plus hautes régions, avec les

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lois régissant les autres arts, la littérature et la philosophie, que le doute n'était pas possible et que nous étions surpris de n'avoir pas trouvé nous-mêmes des vérités aussi évidentes. »

Heureux jeunes gens, qui pouvaient ainsi vérifier, en toute évidence, Taccord parfait régnant entre les lois de l'harmonie et celles des plus hautes régions ! Platon lui-même n'eût pas mieux instruit ses disciples.

M. d'Ollone reconnaît ensuite que « Massenet ne poussait pas beaucoup ses élèves à écrire de la musique pure, et que la plupart d'entre eux, se préparant au concours de Rome, lui apportaient tout naturellement des scènes de cantate ». D'ailleurs il leur conseillait de s'exercer sur des fragments de tragédies classiques, qu'il leur recommandait d'aller entendre au Théâtre-Français, suspectant avec raison la valeur inspiratrice des proses vermiculaires dues aux manouvriers en cantates.

En somme, enseignement loyal, intéressant et fécond, qui forma de remarquables musiciens dont beaucoup font grand honneur à leur maître et à l'Ecole française. Ne pouvant les citer tous, rappelons au moins — outre les noms précités — ceux d'Alfred Bruneau, Gustave Gharpen-

lier, Georges Marty, Paul Vidal, Xavier Leroux, Charles Silver, Gustave Doret, Augustin Savard, Lucien Hillemacher, Gabriel Pierné, Guy Ropartz, Henry Février, Georges Enesco, Edmond Malherbe, Gabriel Dupont, Florent Schmitt, Ernest Moret, E. Trémisot et Charles Kœchlin. M. André Gédalge, élève de Guiraud. reçut aussi les conseils de Massenet \ dont il fut le suppléant pendant plusieurs années ■.

Le Conservatoire ne se montra pas ingrat envers Massenet, et son nom figura à maintes reprises sur les programmes des distributions de prix. Comme exécutant, d'abord : en 1859, année

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