CHAPITRE PREMIER
ques bien distinctes. La première a pour héros principal un livre plutôt qu'un homme, VAugustinus, de Tévêque d'Ypres, avec ces fameuses cinq propositions qui devaient occuper le monde pendant cent ans. Ce fut aussi à propos d'un livre que se livrèrent les grands combats de plume de la seconde époque, à propos des Réflexions morales du P. Quesnel sur le Nouveau Testament. Lorsque Massillon entra dans l'Oratoire, le jansénisme était assoupi, mais le quesnellisme allait naître. Déjà le P. Quesnel avait fait imprimer à Paris (1671) la première édition de ses Réflexions morales . Il se préparait à les compléter et à délayer en plusieurs volumes écrits en français le venin des cinq propositions, pour le faire accepter plus facilement. Nous ne pouvons ici que rappeler en très-peu de mots la doctrine fondamentale de VAugustinns. Selon les jansénistes, Jésus-Christ n'est pas mort pour tous les hommes : l'atTirmer, ce serait être semipélagien (5* propos.). Il est mort seulement pour un certain nombre d'hommes qu'il prédestine à la vie éternelle. A ces prédestinés, il donne une grâce intérieure à laquelle ils nepeuvent pas résister (2'' propos.) ; mais cette incapacité de résistance ne les empêche pas de mériter. Dans l'état de notre nature déchue, le mérite peut s'acquérir sous le joug d'une nécessité inévitable, qui détermine fatalement la volonté. Il suffit que nulle coaction extérieure ne violente l'homme et ne lui fasse produire par force une action plutôt qu'une autre (3* propos.). Ceux qui ne sont pas prédestinés et ne reçoivent pas cette grâce irrésistible qui oblige à faire le bien, ne peuvent pas, malgré toute leur bonne volonté, tous leurs efforts, tous leurs désirs du salut, observer certains commandements de Dieu (l""^ propos.). En parcourant ces propositions, il est aisé de voir comment elles enseignent la radicale impuissance de l'activité humaine pour
le bien, et la disparution complète de la liberté sons l'action directe et irrésistible de Dieu. De là au système de Calvin sur la prédestination, ou au système de Luther sur l'inutilité des bonnes œuvres, il n'y a qu'un pas.
UAîfgustinus n'avait été publié que deux ans après la mort de l'évêque d'Ypres.Deux ans après sa publication, Urbain VIII en défendit la lecture par la bulle in eminenti. Mais déjà, dans les Pays-Bas et en France, la doctrine de Jansénius rencontrait d'ardents défenseurs, disposés à mettre \ Augustinus dM-diQ?>^\xs> de toutes les bulles des papes. Le syndic de la Faculté de théologie de Paris, Nicolas Cornet, soumit en Sorbonne, à l'examen des docteurs, cinq propositions extraites du livre de Jansénius. Elles furent solennellement condamnées par Innocent X. (Bulle cum occasionc, 31 mai 1653.) La Sorbonne donna aussitôt rexemple de l'obéissance. Par respect pour l'Eglise, la plupart des partisans de Jansénius imitèrent l'exemple de la Sorbonne ; mais plusieurs d'entr'eux, en reconnaissant comme hérétiques les propositions condamnées, prétendirent qu'elles ne se trouvaient pas dans le livre dont elles résumaient la doctrine. Ils demandèrent si l'Eglise est réellement infaillible dans la détermination d'un fait historique tel que le sens d'un livre. Douée d'infaillibilité pour définir la doctrine, est-elle encore infaillible quand elle déclare que telle doctrine est enseignée par tel livre ? Avec cette distinction du fait et du droit, le jansénisme devint quelque chose de plus qu'une hérésie, il se transforma en faction religieuse, en secte schismatique. Alexandre VII, par la bulle ad sacram (165G), déclara que les cinq propositions exprimaient réellement la doctrine de ÏAugustinus, et qu'elles avaient été condamnées selon le sens qu'elles avaient dans le livre. Sur la demande des évêques français, le pape envoya l'année suivante un formulaire que le