‹ MassillonChapitre 11 sur 215 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

clergé devait souscrire sans équivoque. De nos jours, une seule bulle du pape terminerait en France toutes les discussions religieuses ; mais alors FEglise gallicane n'accordait au Souverain-Pontife que l'autorité qu'elle ne pouvait méconnaître sans tomber dans le schisme. Quelques évêques refusèrent de souscrire, et donnèrent à l'ardeur des disputes un nouvel aliment. Sous le pontificat de Clément IX, les évêques opposants souscrivirent le formulaire, mais avec cette explication que leur souscription était une pure cérémonie extérieure accomplie dans l'intérêt de la paix ; qu'ils persistaient au fond du cœur dans leur opinion, mais qu'ils consentaient à garder un silence respectueux. Du reste, ils ne firent connaître qu'à leurs amis cette restriction mentale ; le pape et le roi purent croire que les quatre évêques opposants avaient enfin souscrit purement et simplement. Les jansénistes semblaient avoir fait la paix et déposé les armes. On appela cette trêve la paix Clémentine . Une médaille fut frappée en l'honneur de cet événement et déposée dans les fondements du Louvre, auquel on travaillait alors (1668). Sur cette médaille étaient gravés ces mots: Gratiaetpax Deo, ob restitutam ecclesiœ concordiam. Hélas! cette concorde ne devait pas durer longtemps. Le pape ne devait pas tarder à reconnaître que sa bonne foi avait été surprise. Les jansénistes prétendirent que par son bref aux quatre évêques qui avaient souscrit le dernier formulaire, le Souverain-Pontife autorisait le silence respectueux, et permettait à chacun de garder sur les cinq propositions l'opinion qu'il lui plairait. Clément XI, par la bulle vineam Domini, déclara que le silence respectueux ne pouvait suffire, et qu'il fallait ne conserver aucun doute sur la certitude du jugement intervenu.

Quand on se demande, à deux siècles de distance,

comment des hommes d'un mérite incontestable, tels que les solitaires de Port-Royal , comment de graves théologiens ont pu soutenir avec tant d'opiniâtreté une théorie de la liberté humaine qui nous paraît si évidemment absurde; il est difficile de donner une réponse qui explique tout ce vaste mouvement d'opposition , et de rattachera une cause unique les incidents si variés de ce long débat. Il est probable que Jansénius, comme Baïus, qui lui avait frayé la voie, comme Luther dans son traité du serf-arbitre, n'était arrivé à Terreur que par la contemplation exclusive d'une vérité. Dominé par ridée de la toute-puissance de Dieu et de sa souveraine Indépendance, il lui sembla que Dieu ne pouvait pas tenir compte de la liberté humaine. Il ne considérait en Dieu qu'un maître absolu, libre de destiner au ciel ou de condamner à l'enfer ses créatures, de choisir les unes et de repousser les autres. Il croyait qu'on ne pouvait accorder au libre arbitre de l'homme une part dans l'œuvre du salut ou de la damnation sans mettre des bornes au pouvoir de Dieu. Egaré en quelque sorte par une idée fixe, il ne voyait pas que ces bornes étaient ellesmêmes l'œuvre de Dieu, qui n'a créé des êtres libres que pour être aimé et servi librement, et pour récompenser le bon usage de la liberté. L'accord de la prescience de Dieu et de la liberté humaine sera toujours un mystère , mais qu'importe que nous ne comprenions pas l'union de ces deux termes pourvu que nous soyons certains de l'un et de l'autre? En même tejnpsque notre raison nous oblige à croire que Dieu peut tout, sait tout et prévoit tout, notre sens intime nous oblige à croire que nous sommes libres. Pour expliquer le mystère, Jansénius supprimait la liberté. Dieu, disait-il, fait de nous ce qu'il veut, il nous sauve et nous perd à son gré; il nous refuse ou nous donne comme il lui plaît la grâce qui fait les

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