‹ MassillonChapitre 9 sur 215 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

la vocation de Massillon ne fût pas plus ébranlée pendant son séjour au collège que ne l'avait été celle de Ms"" Deidier lui-même. Il y fat l'objet de soins particuliers. Son heureux caractère, son application, sa vive intelligence le rendirent cher à ses maîtres. Dès qu'ils eurent constaté les premiers germes de sa vocation à l'état ecclésiastique,ils s'appliquèrent à l'attirer dans leur congrégation. Ils gagnèrent facilement son cœur. La reconnaissance l'attachait aux maîtres pieux qui avaient instruit et sanctifié sa jeunesse. Désireux de se consacrer au service des autels, il résolut d'abriter ses jours dans une congrégation où le culte des sciences sacrées s'alliait à la vie religieuse. Il était à peine âgé de dix-huit ans lorsqu'il fut agrégé à l'Oratoire. Ce fut le 10 octobre 1681, dans la maison d'Aix, qu'il entra dans l'Institut fondé par le cardinal de BéruUe. La maison d'Aix était la première que l'Oratoire eut possédée en Provence. Elle avait été fondée parle P. Romillon, né à l'Isle, dans le comtat Venaissin. Ce saint prêtre essayait d'introduire en France TOratoire de Saint-Philippe de Néri, pendant que le cardinal de Bérulle jetait les fondements de l'Oratoire de Jésus. Voyant que le succès ne répondait pas à ses efforts, le P. Romillon s'entendit avec le cardinal pour unir les maisons de Provence à la congrégafion qui venait d'être établie à Paris, et qui jetait son premier et son plus vif éclat. Les articles d'union furent signés à Tours en 1619 (1).

L'Oratoire, lorsque Massillon y entra, cessait déjà de

(1) C'est dans la rue de l'Ecole que le P. Romillon avait fondé sa maison d'Oratoriens. En 1638, cette maison, trop étroite, fut abandonnée; l'Oratoire s'établit dans la rue du Bon-Pasteur. L'église qu'il y fit construire fut abattue en 1797. Sur ses ruines, les religieuses Carmélites élevèrent plus tard leur chapelle. Les religieuses de la Présentation ont succédé aux Carmélites dans le couvent de l'Oratoire. {Les Rues d'Aix^ par Roux-Alphéran, 2 vol.)

tenir toutes ses promesses, quoique sa fondation ne datât que de soixante ans. Plusieurs de ses membres s'étaient épris de doctrines condamnées par l'Eglise, et l'esprit de secte avait envahi quelques-unes de ses maisons. La dernière moitié du dix-septième siècle et la première moitié du siècle suivant ont été gravement troublées par une hérésie subtile, tenace, renaissant sous les coups qui l'abattaient, ne voulant ni avouer sa révolte, ni se résigner à la soumission. Le jansénisme n'a disparu que dans le grand cataclysme de la révolution française. Ses débris se sont mêlés aux ruines amoncelées par cet immense écroulement. Aujourd'hui nous ne pouvons plus nous intéresser aux disputes qui ont si vivement passionné nos pères. Nous ne comprenons pas, en notre siècle qui a fait son idole de la liberté, comment les querelles sur la grâce et le libre arbitre ont pu se prolonger si longtemps, comment plusieurs générations ont pu s'engouer d'un système théologique qui aboutissait au fatalisme et au mépris de l'activité humaine. Pour un lecteur du dixneuvième siècle, l'histoire du jansénisme est nécessairement ennuyeuse; c'est une histoire de livres et de pamphlets, de discussions sans bonne foi, d'intrigues sans intérêt. Cependant, nous ne pouvons éviter de parler du jansénisme en nous occupant de Massillon . Quand il se trouva mêlé aux agitations religieuses dont cette hérésie fut l'origine, la lutte avait perdu en élévation ce qu'elle avait gagné en vivacité. Le grand siècle touchait à son déclin. Les questions religieuses se rapetissaient comme toutes les autres. De même que sur les champs de bataille on n'avait plus que la monnaie de Turenne, dans les pamphlets que multipliaient les sectaires, on ne trouvait plus que la monnaie d'Antoine Arnauld.

L'histoire du jansénisme peut se diviser en deux épo-

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