‹ MassillonChapitre 100 sur 215 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

M™« de Maintenoii avait un autre grief contre Massillon : il n'aimait pas assez le roi. Pour lui plaire il ne suffisait pas d'être dévoué au roi ; il fallait l'aimer aveuglément (1). Gomme il arrive à tous les partis qui ne sont pas en faveur et que le souverain sacrifie à un parti rival, les jansénistes, pour employer une expression moderne, étaient des hommes d'opposition. Loin d'applaudir tous les actes de Louis XIV, ils les blâmaient quelquefois sévèrement. Gomment n'auraient-ils pas contrôlé la politique du roi , eux qui avaient la prétention d'enseigner la théologie au pape. Louis XIV n'éblouissait plus de sa gloire tout le royaume. Il était isolé dans son malheur et dans sa majesté. Tout en respectant sa vieillesse, les mécontents attendaient avec une impatience mal déguisée l'heure de sa mort qui devait amener des changements désirés. Parmi ces mécontents, dont plusieurs avaient de justes sujets de l'être, les principaux se groupaient autour du duc d'Orléans. Les parlementaires comptaient sur lui pour rétablir leurs droits méconnus ; les jansénistes comptaient sur lui pour gouverner les affaires religieuses, et de persécutés devenir

de 1701 et 1704; Massillon l'A vent de 1699 et les Carêmes de 1701 et 1704. — Depuis le dernier Carême de Massillon jusqu'à la mort de Louis XIV les prédicateurs du roi ne furent plus choisis parmi les oratoriens. Ce ne fut qu'en 1717 que la cour entendit de nouveau, pendant le Carême, un oratorien, le P. Terrasson. (1) Un trait suffira pour faire comprendre comment Mme de Maintenon entendait qu'on aimât le roi. Elle annonça un jour aux jeunes filles de Saint-Cyr qu'une victoire venait d'être remportée. Ces enfants exprimèrent naïvement la joie que leur causait cette nouvelle. Mme de Maintenon demanda à chacune d'elles ce qui la touchait le plus dans ce succès. — Cela nous achemine à la paix, dit l'une. — Cela soulage le peuple, dit l'autre. Ainsi de suite. Une dernière répondit : Cela fait plaisir au roi. — Ah ! enfin, dit Mme de Maintenon, voilà la première qui y pense; c'est elle qui a raison. Oui, mes enfants, voilà comme il faut aimer lo roi. (Œuvres de Mme de Maintenon, édit. Lavallée, IV, 185.)

persécuteurs. Quelques amis de Fénelon , quelques ennemis de l'intolérance royale fortifiaient cette opposition. L'oraison funèbre de Louis XIV et le Petit Carême nous prouvent que Massillon partageait, si je puis m'exprimer ainsi, les opinions libérales de Daguesseau, de Duguet et d'une foule d'autres qui préféraient à l'autocratie absolue la monarchie tempérée telle que l'avait rêvée l'auteur du Télémaque et telle que l'avait comprise le duc de Bourgogne. Daguesseau , pour contenir dans de justes bornes l'autorité absolue du souverain aurait voulu que l'autorité du parlement fût plus réelle. « Être comme la voix de la patrie , disait-il , qui réclame toujours la règle et la loi, qui, dans les temps difîiciles, proteste sagement pour le bien public, et dans les jours plus tranquilles rappelle le souvenir de l'ancien ordre de l'État et ramène la patrie à ses véritables principes , telle est non- seulement la gloire mais l'obligation d'une compagnie qui est comme la dépositaire des intérêts publics. »

Un ami de Daguesseau et de Massillon , Duguet, qui avait rédigé pour la mère du chancelier un traité sur la « conduite d'une dame chrétienne, pour vivre saintement dans le monde, » écrivit pour le fils aîné du duc de Savoie V Institution d'un prince (1). On y trouve plus d'une critique indirecte du gouvernement de Louis XIV. « Un prince, dit Duguet, ne doit pas confondre la souveraine autorité avec le pouvoir arbitraire Un prince

(1) Duguet eut aussi pour amis Arnaud et Quesnel et se réfugia comme eux à Bruxelles pour résister avec plus de liberté à la bulle Unigenitus, Il commença le livre de l'Institution d'un prince dans l'abbaye de Tamiers, près d'Annecy. De retour à Paris, après la mort de Louis XIV, ^1 acheva les deux premières parties, les fit transcrire et les envoya au duc de Savoie par le sieur Blondin, domestique du célèbre Rollin. (Notice sur Duguet, entête de Vîns- I iltiiion d'un 'prince, édition de Londres, 1748.)

Page 1