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CHAPITRE VIII

trêve qu'on appela la paix Clémentine. Mais en 1704 la publication du Cas de conscience raviva de nouveau le feu qui couvait sous la cendre. — Faut-il absoudre, demandait-on, celui qui croit que les cinq propositions ne se trouvent pas dans Jansénius ; que toutes les actions qui ne sont pas faites par l'impression de quelque mouvement d'amour de Dieu sont des péchés ; qu'en assistant à la messe avec l'affection au péché mortel on commet un nouveau péché ; etc. — Quarante docteurs répondirent affirmativement. Leur décision excita de vives réclamations. Elle fut condamnée par un bref du pape. Le cardinal de Noailles et plusieurs évêques censurèrent le Cas de conscience. La faculté de théologie de Paris, par une délibération en date du 4 septembre 1704 exclut de son sein les signataires de la décision qui refuseraient de se rétracter. La plupart révoquèrent le^r signature, mais plusieurs continuèrent à se retrancher derrière le silence respectueux, prétendant qu'ils pouvaient garder dans leur for intérieur toutes les opinions condamnées et qu'ils n'étaient obHgés qu'à ne pas contredire ouvertement les décisions du Souverain pontife. Contre ces hommes qui « employaient mille subterfuges pour troubler la paix de l'Église, » Clément XI publia la bulle vineam Domini. Avec le système du silence respectueux, disait le pape « on n'obéit pas à l'Église, on s'en joue. » Mais le jansénisme entrait dans sa seconde phase. Trop obstinés pour se soumettre aux plus formelles décisions des Souverains pontifes, les sectaires prétendirent que la bulle de Clément XI ne décidait rien et qu'elle ne les atteignait pas. Ces discussions entretenaient dans le royaume une agitation religieuse dont Louis XIV s'irritait sans pouvoir l'apaiser. Elle se jouait de son pouvoir absolu. Comment en finir avec ces subtils et opiniâtres dissidents sur une question de doctrine? Il ne dépendait

pas de lui d'assembler un concile général. C'était pourtant le seul moyen, puisqu'il avait fait déclarer au clergé de France, en 1682, que le pape n'était infaillible qu'autant que ses décisions étaient acceptées par la majorité des évêques. Impuissant contre les doctrines jansénistes, Louis XIV n'avait d'autre ressource que de retirer ses faveurs aux hommes qui les soutenaient et de les accabler de sa disgrâce. Mais, par suite de sa fausse position, quoiqu'il servit la vérité en traitant les jansénistes en ennemis, comme il n'obéissait ni au pape ni à un concile général il semblait n'obéir qu'aux jésuites.

La disgrâce trop méritée des jansénistes devait entraîner celle des oratoriens en général et de Massillon en particulier. Les adversaires de la morale rigoriste formaient eux aussi un parti puissant, ils ne négligeaient aucune occasion de combattre par la langue et par la plume les adversaires de la morale relâchée. Plusieurs sermons du prédicateur dont l'Oratoire était justement fier donnaient à la critique de quoi s'exercer. Le P. La Chaise dut trouver que l'amour affectif et l'amour effectif y étaient aussi peu distingués que dans l'épitre de Boileau . Mm' de Maintenon entendait certainement Massillon avec plaisir. « Il a la même diction dans la prose, disait-elle, que Racine dans la poésie. » Mais après les troubles suscités par le Cas de conscience et par les Réflexions onorales^ pouvait-elle souhaiter que l'honneur de prêcher dans la chapelle de Versailles fût accordé à un Père de cette congrégation de l'Oratoire qui avait nourri dans son sein Quesnel, Duguet et tant d'autres inflexibles soutiens de la coterie janséniste (1) ?

. (1) Avant 1704 les Pères de l'Oratoire prêchèrent souvent devant la cour. Mascaron prêcha les Avents de 1666, 1668, 1671, 167Ô, 1683, 1691 et les Carêmes de 1667, 1669 1670, 1675; le P. Hubert le Carême de 1683; le P. Joancn les Carêmes de 1G86, 1688, 1699 ; le r. Ta Koche Icib Carêmes de 1691 et 1692, le P. Maure les Avents

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