‹ MassillonChapitre 102 sur 215 · CHAPITRE VIIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIT

jansénistes n'ont pas épargné les calomnies à leurs adversaires ; ne soyons pas surpris si plusieurs de ceux qu'ils s'efforçaient de rattacher à leur parti ont été ac^ cusés injustement. Il importe, dit très-bien M. Sainte- Beuve, non de discuter, mais de repousser, et par la bouche de Massillon, ces accusations diffamantes. Laissons le plus sagace et le plus érudit de nos critiques discuter ce point délicat. « Il arriva à Massillon, après ses premiers succès, ce qui arrive à tout prédicateur éloquent et célèbre. Il fut recherché, on accourut à lui, on le força de quitter cette retraite de la maison Saint-Honoré où il vivait humble, studieux et occupé de la méditation de l'Eternité. Y eut-il un moment où Massillon ne fut point assez en garde contre ce monde malicieux et perfide qui l'entourait et qui ne demandait que prétextes à raillerie? Se laissa-t-il trop engager, en effet, à ces demandes de direction qui lui venaient de toutes parts et que des femmes encore à demi-mondaines lui adressaient à l'envi? Il aimait naturellement la bonne compagnie : s'y laissa-t-il un peu trop gagner en apparence? alla-t-il passer, dès 1704 les vacances d'automne dans les terres et les châteaux où on l'invitait ? Il est possible qu'à ce moment où il entrait dans la célébrité il ait commis quelque imprudence de ce genre, et les railleurs à TafFùt, ne pouvant ôter à sa parole puissante de son onction et de son charme, essayèrent de lui

le fait était vrai on en trouverait quelque indice dans les lettres de Mme de Coulanges. Les contemporains de Massillon ont nommé la marquise de l'Hôpital, femme du célèbre géomètre, auteur de l'Analyse des infiniment petits. Massillon la dirigeait, dit-on, dès 1703, et il alla passer les vacances chez elle, à Saint-Mesme, en 1704. Elle venait de perdre son mari ; ce fut un prétexte suffisant pour faire circuler des couplets injurieux. Fontenelle, cependant, a célébré les vertus domestiques du marqviis et de la marquise de l'Hôpital. « Leur union, dit-il, a été jusqu'au point qu'il lui a fait part de son génie pour les mathématiques. »

ôter de son autorité. Il semble en plusieurs de ses sermons y avoir songé et y avoir répondu . Qu'on lise dans cette pensée le sermon sur V Injustice du monde envers les gens de bien et celui surtout sur la Médisance. » Les traits de la médisance, dit-il, ne sont jamais plus vifs, plus brillants, plus applaudis dans le monde que lorsqu'ils portent sur les ministres des saints autels, 'c Le monde, si indulgent pour lui-même, semble n'avoir conservé de sévérité qu'à leur égard et ils ont pour eux des yeux plus censeurs et une langue plus empoisonnée que pour le reste des hommes. » Il caractérise en termes vifs et précis toutes les suites de cette médisance, d'abord futile et légère, « ce rien qui va emprunter de la réalité en passant par différentes bouches. » Ce qui n'était d'abord qu'une simple plaisanterie, qu'une conjecture maligne, va devenir bientôt une affaire sérieuse, un décri formel et public, le sujet de tous les entretiens. « C'est un scandale qui veut survivre, s'écrie Massillon ; les histoires scandaleuses des cours ne meurent jamais avec leurs héros : des écrivains lascifs ont fait passer jusqu'à nous les satires, les dérèglements des cours qui nous ont précédés, et il se trouve parmi nous des auteurs licencieux qui instruisent les âges à venir des bruits publics, des événements scandaleux et des vices delà nôtre. y> Ces paroles pourraient s'écrire comme épigraphe et comme sentence en tête du recueil tout entier de Maurepas (et d'une foule d'autres recueils et mémoires manuscrits ou inprimés). Quant à Massillon, pour couper court à une question qui n'en saurait être une et à une justification à laquelle il ne faut point descendre, il suffit avec lui de redire : « Un prêtre corrompu ne l'est jamais à demi (1). » Massillon pouvait se consoler des calomnies anonymes

(1) Causeries du lundi, t. IX, p. 22 et suiv.

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