‹ MassillonChapitre 105 sur 215 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

livres précieux, dont il enrichit la bibliothèque confiée à ses soins, l'abbé de Louvois fut nommé grand vicaire de son oncle Letellier, archevêque de Rheims. Il remplit les devoirs de cette charge avec plus de zèle qu'on n'en attendait d'un érudit et s'appliqua surtout à procurer aux jeunes ecclésiastiques des moyens d'instruction. L'évéché de Glermont lui fut offert en 1717, mais il souffrait alors d'une maladie cruelle qui ne lui permit pas d'accepter le fardeau de l'épiscopat. Il mourut des suites de cette maladie le 5 novembre 1718. Saint-Simon l'a jugé, avec sa méchanceté ordinaire qui suppose aux meilleures actions des motifs intéressés. « L'abbé de Louvois, ditil, refusa l'évêché de Glermont sous prétexte de sa santé, en effet, parce qu'il s'était attendu longtemps aux plus grands postes et qu'il se trouvait vieux pour en accepter un

si médiocre A. peine commençait-il à poindre lors de

la mort de son père, qui était perdu bien auparavant. Barbézieux, crosse par le roi, comme un jeune homme des débauches et des disparates duquel il était très-souvent mécontent, n'eut pas le loisir de mûrir et de s'accréditer assez pour vaincre auprès du roi les soupçons que les jésuites et M°^^ de Maintenon, par Saint -Sulpice, lui donnaient sans cesse de l'éducation ecélésiastique du neveu de l'archevêque de Rheims, que les jésuites avaient toujours regardé comme leur ennemi et donné par conséquent pour un dangereux janséniste. Ce manège avait perdu l'abbé de Louvois dans l'esprit du roi et quelques bagatelles de première jeunesse qu'en ce genre il ne pardonnait jamais. Ainsi l'abbé de Louvois avait vu les premiers postes lui échapper, mais il n'avait pu s'accoutumer à en perdre l'espérance depuismêmeque sa situation était devenue ordinaire par la perte du ministère de son frère et de son oncle. Il était demeuré assez de crédit et d'établissement parmi ses frères et sœurs pour le nour-

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rir et tout attendre de la facilité du régent. Quand il vit ses espérances trompées par l'évêché de Glermont, il ne put en digérer Thumiliation et il aima mieux hasarder de ne sortir point du second ordre. Le P. Massillon, père de rOratoire, célèbre par ses sermons, en profita (1). :» Saint-Simon est d'une injustice irritante. Souffrant d'une maladie cruelle dont une douloureuse opération ne put retarder le dénouement, comment l'abbé de Louvois aurait-il accepté Tépiscopat? Obligé de refaser Tévêché de Glermont, il recommanda au régent Massillon, son ami, que déjà recommandaient suffisamment ses mérites personnels . Massillon ne prévoyait pas qu'il occuperait un jour le siège refusé par l'abbé de Louvois, lorsque le 2 janvier 1701 il écrivit cette première lettre à son ami qui venait d'être envoyé en Italie :

« Je commence, Monsieur, à user de la liberté que vous m'avez donnée. Il est juste de vous demander au commencement de ce siècle la continuation de vos bontés et de demander au Seigneur, pour vous, la continuation et l'accroissement de sesmiséricordes.Vousdevezêtre jusqu'ici bien content de votre voyage . A p eine avez-vous paru à Rome que vous nous avez donné un pape des premiers temps (2) . Du moins on le dit ainsi vers la rue de Saint- Louis ; mais au faubourg Saint- Jacques on attend, et quoique on y aime les premiers siècles, je ne vois pas qu'on se presse d'y battre des mains (3). Peut-être se

(1) Mémoires de Saint-Simon à l'année 1717.

(2) Jean François Albani, né à Pesaro en 1669, cardinal en 1690, élu pape le 24 novembre 1700, prit le nom de Clément XI. Son élection lut due en partie à l'influence du cardinal de Bouillon, grand aumônier de France, nommé en 1698 ambassadeur de France à Rome, où il mourut en 1715.

(3) Les Jésuites avaient leur maison principale rue Saint-Antoine, près la rue Saint-Louis, au Marais. (C'est aujourd'hui l'église Saint- Louis-Saint-Paul). — Au faubourg Saint-Jacques était l'abbaye de Port-Roya], (aujourd'hui hospice de la maternité) qui soutenait la cause des jansénistes.

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