‹ MassillonChapitre 108 sur 215 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

sa réputation et tels furent ses bons exemples qu'on peut dire qu'il mourut en odeur de sainteté (1).

La conversion du comte de Forbin-Janson ne fit pas moins de bruit que celle du colonel de Gourville. Né en 1654, d'une famille qui avait donné plus d'un héros à la patrie, François-Toussaint de Forbin-Janson se destina de bonne heure à la carrière militaire. A l'âge de vingt ans il eut une querelle avec un de ses amis. Un duel s'en suivit. Il eut le malheur de tuer son adversaire et se réfugia aussitôt en Allemagne pour se soustraire aux peines sévères portées contre les duélistes. Là il prit le nom de comte de Rosemberg, demanda et obtint aisément un grade supérieur dans l'armée. Il se distingua dans la guerre contre les Turcs et prit une part brillante à la célèbre victoire de Vienne, que l'immortel Sobieski remporta sur l'armée ottomane, et qui délivra définitivement l'Europe des menaces des musulmans. Peu de temps après, Tempereur Léopold déclara la guerre à la France. Le comte de Rosemberg ne voulut pas porter les armes contre sa patrie. Il offrit à Louis XIV ses services, qui furent acceptés. Nommé major dans un régiment allemand il fut employé dans l'armée qui combattait en Piémont sous les ordres de Gatinat. Il fit des prodiges de valeur à la bataille de la Marsaille (1693). Couvert de blessures il perdit son sang à flots et s'évanouit. Il fut d'abord laissé sur le champ de bataille, puis retrouvé parmi les morts et transporté à Tambulance. De là il fut conduit chez les jésuites de Pignerol qui le traitèrent avec tous les égards dus à sa naissance et à sa valeur. Il ne put respirer la paix et le bonheur de cette religieuse solitude sans rentrer en lui-même et songer à se donner à Dieu. Mais il fut guéri de ses blessures plus promptement qu'il ne l'espérait. Dès qu'il fut rétabli il se rendit

(1) V. Vie de Courville par la Rivièra.

à Paris. Après la paix de Ryswick il abandonna la carrière des armes et se livra sans mesure à toutes les dissipations de la vie mondaine.

Pour partager une distraction qui passionnait tout le monde, il alla entendre prêcher. Massillon. Il sortit bouleversé de ces sermons qui l'obligeaient à penser à son éternel avenir. Étant tombé malade il se hâta de faire appeler Massillon et lui ouvrit sa conscience. Il [lui révéla qu'après la bataille de la Marsailleil avait fait vœu de se retirer à la Trappe s'il échappait à la mort. Massillon ne le pressa pas d'accomplir le vœu, et lui laissant le temps de la réflexion, il mit entre ses mains les ouvrages de l'abbé de Rancé. La lecture des livres de l'austère réformateur acheva de décider le comte de Forbin-Janson. Il se rendit à la Trappe, y prit l'habit religieux, le 7 décembre 1702, et reçut le nom de P. Arsène. Le duc de Toscane ayant demandé à l'abbé de la Trappe quelquesuns de ses plus fervents rehgieux, le P. Arsène fut envoyé avec cinq autres Pères, à l'abbaye de Buon-Solazzo. C'est là qu'il termina ses jours, en 1710, après avoir édifié tous ses frères qui le regardaient comme le modèle des religieux.

Nous ne pouvons passer sous silence un autre triomphe de l'éloquence de Massillon. Il nous montre avec quelle force cet orateur persuasif remuait les cœurs, les embrasait d'une ardeur subite et les rendait capables des sacrifices les plus généreux. Un jour que Massillon devait prêchera Saint-Leu, Rollin, qui était alors principal du collège de Beauvais, conduisit ses élèves au sermon. Ils écoutèrent le prédicateur avec toute l'attention que des humanistes et des réthoriciens peuvent accorder à un orateur célèbre. Mais bientôt ils oublièrent son éloquence pour ne penser qu'à l'état de leur âme et à leurs devoirs. Tantôt il baissaient les yeux comme des

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