‹ MassillonChapitre 109 sur 215 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

coupables convaincus de leurs fautes, et tantôt il les tenaient fixés sur le ministre de la parole sainte. Le sermon fini, ils retournèrent au collège dans un silence profond qui étonna tous les passants, peu habitués à tant de recueillement et de gravité. Plusieurs voulurent suivre à la lettre les conseils du prédicateur, s'imposer de rudes mortifications et se condamner à des jeûnes rigoureux. Il fallut modérer leur ardeur et s'opposer prudemment à leurs pieux excès. Si Massillon, au lieu de remuer leurs cœurs, ne se fût adressé qu'à leurs esprits, sa parole n*eût pas fait sur eux une si forte impression (1).

Tels furent les heureux succès du zèle de Massillon

(1) Rollin fut nommé principal du collège de Beauvais en 1697. L'abbé Vittement lui fit donner cette place, lorsque il fut appelé à la cour, pour être sous-précepteur des ducs de Bourgogne, d'Anjou et de Berri. Rollin gouverna le collège de Beauvais jusqu'en 1712. Dans les notes de son poëme de l'Éloquenee, le P. La Serre, de l'Oratoire, dit que ce fut un sermon sur la Sainteté du chrétien qui produisit cet effet inattendu. Nous ne trouvons pas de sermon sous ce titre dans les œuvres de Massillon, et nous croyons que le P. La Serre a voulu parler du sermon sur les Caractères de Vesprit de J.-C. et de Vesprit du monde, indiqué, dans les œuvres de Massillon, comme un sermon détaché qu'il a prêché le jour de la Pentecôte La seconde partie de ce sermon a pu décider les élèves du collège de Beauvais à s'imposer de rigoureuses mortifications. L'esprit de J.-C. y est présenté comme un esprit de renoncement et de pénitence. « Nous plaignons-nous devant Dieu, demande Massillon, de la faiblesse de notre chair et de ne pouvoir en faire, par des satisfactions rigoureuses, l'instrument de notre pénitence, comme elle l'a été de nos crimes ? La punissons-nous du moins selon ses forces, si notre lâcheté et sa faiblesse ne nous permettent pas d'aller au-delà? Nous regardons-nous comme des criminels à qui tous les plaisirs sont interdits et qui ne peuvent éviter la mort éternelle qu'ils ont encourue par leurs crimes qu'en se condamnant à une mort temporelle, c'est-à-dire, en mourant tous les jours, par la pénitence, au monde, à la chair, à ses désirs et à toutes les créatures. » — Les élèves du collège de Beauvais devaient être préparés à cette morale sévère. Rollin était un ardent janséniste, un zélé partisan du diacre Paris et des convulsionnaires de Saint-Médard.

dès les premières années de son apostolat. Bourdaloue en fat témoin. Vers la fm de sa carrière si bien remplie, il put se consoler en pensant que l'éloquence sacrée, qu'il avait élevée à un si haut degré de perfection, ne rentrerait pas avec lui dans la tombe. On dit qu'étant allé à l'église de Notre-Dame, pour entendre Massillon qui commençait à attirer la foule, il témoigna toute sa satisfaction et prédit que le jeune oratorien serait son digne successeur. Plusieurs de ses confrères lui demandèrent son avis. 11 leur montra Massillon qui descendait de chaire et leur répondit en s'appliquant les paroles du précurseur : Oportet illum crescere^ me autemminui. Cette réponse fait autant d'honneur au grand homme qui l'a prononcée qu'à celui qui en a été l'occasion. C'est une chose merveilleuse, observe très-bien Dussault, que la candeur, la naïveté avec laquelle les génies supérieurs de cette illustre époque se rendaient justice les uns aux autres. Bossuet, en parlant de Bourdaloue, disait : « Il est notre maître à tous. « Fénelon déplorant la mort de Fléchier, s'écriait . « Nous avons perdu notre maître. » Bourdaloue, à l'aspect de Massillon qui s'élève, s'applique ces paroles du précurseur sur le Christ : « Il faut que celui-là croisse et que je diminue. » — Dans son humilité, Bourdaloue se trompe. La gloire de Massillon ne devait pas diminuer la sienne. L*un et l'autre devaient rester, avec leurs qualités différentes, deux modèles également parfaits, également dignes d'être étudiés par tous ceux qui aspirent à marcher dans la carrière qu'ils ont si brillamment parcourue.

Avouons-le cependant : si nous admirons comme des chefs-d'œuvre qu'on ne méditera jamais assez les sermons de Bourdaloue et de Massillon, nous ne regardons ni l'illustre jésuite ni l'évêque de Clermont comme un type achevé d'orateur chrétien. Il est vrai qu'on ne peut lire

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