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CHAPITRE IX

Le sermon sur l'Aumône. — Massillon et madame du Deffand. — Les panégyriques et les sermons de vêture. — L'oraison funèbre du prince de Conti.

Massillon, qui nous a laissé moins de sermons que Bourdaloue, en aurait composé un plus grand nombre si Louis XIV, suivant sa première inspiration, l'avait appelé tous les deux ans à prêcher le Carême dans la chapelle de Versailles. Il répéta chaque année , dans les diverses chaires de Paris, une partie des sermons qu'il avait composés pour la cour et qui étaient assez nombreux pour former deux Carêmes distincts. A cette époque, la grande voix de la presse, trop souvent indiscrète, ne dispersait pas aux quatre vents du ciel les paroles des prédicateurs en vogue. En ne livrant pas leurs œuvres à l'impression, ils pouvaient s'en servir toute leur vie et leur conserver longtemps le charme de la nouveauté. Cependant ils avaient à se défier des contrefaçons. D'avides copistes publièrent sans scrupule, à Trévoux, quatre volumes de prétendus sermons de Massillon, en 1705, et six volumes l'année suivante . On y lisait, entre un sermon de M. Poucet, évêque d'Angers, et un autre du P. Bretonneau, une infidèle reproduction des chefs-d'œuvre que Massillon avait fait admirer à Versailles et à Paris. Il s'inscrivit en faux contre ces sermons apocryphes et les journaux firent connaître ses justes plaintes. Ses let-

très et ses protestations n'arrêtèrent pas les spéculateurs. De toutes les propriétés littéraires, celle des prédicateurs a toujours été la moins respectée. Ces sermons qui reproduisaient les plans et les pensées de l'orateur, sans reproduire son style, furent imprimés quatre ou cinq fois en peu de temps.

Massillon n'avait que trop le droit de se plaindre des éditeurs de Trévoux. Ils lui dérobaient le fruit de son travail. Ils donnaient la substance de ses sermons avec une fidélité désolante ; mais ils dépolissaient son style et lui enlevaient sans remords toute sa grâce et tout son éclat. Prêchant le Carême dans l'Église de Saint-Paul, en 1706, un an après l'édition de Trévoux, Massillon eut le chagrin « de voir son auditoire rempli de gens qui lisaient sa prédication à mesure qu'il la débitait et qui peut-être ne faisaient d'autre usage de cette lecture que de voir si le prédicateur suivait mot à mot l'imprimé (1) .» Chacun dut reconnaître que ce qu'il lisait était moins élégant et moins harmonieux que ce qu'il entendait. Nous ne citerons qu'un exemple pour montrer jusqu'à quel point les éditeurs de Trévoux se permettaient de défigurer le style de Massillon. Dans son sermon sur la Samaritaine, il prouve par des exemples que Dieu ne r efuse pas aux pécheurs des grâces capables de les couver-, tir, et il s'exprime ainsi: ce Hélas, la pécheresse de la cité était fragile, enivrée du monde, pleine de passions et ne paraissait pas née pour la vertu. Cependant fut-il jamais d'amour plus vif pour Jésus-Christ, de pénitence plus prompte, plus fervente, plus durable que la sienne ? Augustin était faible; hélas! ses désirs ses rechutes, ses

(i) M. l'abbé Blampignon, à qui nous devons cette anecdote a donné de très-nombreux fragments de l'édition de Trévoux au bas du texte de Massillon. Ils pourront servir à d'utiles comparaisons littéraires et faire sentir tout ce que gagne une pensée d'être exprimée en bon style.

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